L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) est toujours en zone de turbulence. Ses comptes de 2024 montrent une amélioration mais restent encore loin de l’équilibre.

En 2024, le résultat net s’est amélioré à -7,28 milliards de DH contre -11,4 milliards en 2023, sous l’effet de la baisse des prix des combustibles amorcée en 2023 et qui s’est poursuivie en 2024
L’Office a clos l’exercice sur un résultat net négatif de -7,29 milliards de dirhams contre -11,41 milliards un an plus tôt, soit une réduction de 36% du déficit. Cette «embellie» résulte principalement de la baisse des coûts des combustibles amorcée dès 2023, conjuguée à un contrôle plus rigoureux des charges. Son chiffre d’affaires s’est établi à 42,52 milliards de dirhams, en progression de 3% par rapport à 2023, malgré le début du retrait de l’activité distribution opéré à partir d’octobre 2024, avec le transfert des premières antennes régionales vers les Sociétés régionales multiservices (SRM). Dans le même temps, la dette de financement a diminué à 54,69 milliards de dirhams, soit une baisse de 18%, grâce au transfert des emprunts liés aux actifs de distribution. L’Office a reçu 4,88 milliards de dirhams de transferts de l’État au titre de la même année, confirmant une dépendance persistante à la subvention publique pour équilibrer ses comptes.
Les investissements réalisés en 2024 ont atteint 6,89 milliards de dirhams, soit 69% du budget initial (9,92 milliards de DH). Ces montants traduisent une relance des grands chantiers, notamment ceux inscrits dans le plan d’équipement 2025-2030. Les premiers bilans à mi-2025 confirment la fragilité de l’équilibre financier.
L’ONEE semble toutefois s’extraire lentement de la zone rouge, portée par la baisse des coûts énergétiques et la réorganisation du secteur. Mais la trajectoire demeure fragile: la viabilité à long terme dépendra du nouveau cadre contractuel avec l’État, de la consolidation des SRM et de la capacité de l’Office à transformer ses investissements massifs en leviers durables de souveraineté énergétique et hydrique.
À fin juin, le chiffre d’affaires atteignait 19,17 milliards de dirhams, soit 48% des prévisions annuelles. Le résultat d’exploitation restait négatif (-3,3 milliards de DH) et le résultat net s’élevait à -4,21 milliards, en ligne avec la tendance prévue sur l’année.
Les prévisions de clôture 2025 tablent sur un chiffre d’affaires en baisse à 39,81 milliards de dirhams, affecté par le retrait complet de la distribution et la révision des tarifs dans certaines branches. Le déficit net atteindrait -16,33 milliards de dirhams, tandis que la dette poursuivrait sa décrue à 50,32 milliards (-8%). L’Office a également prévu 10,87 milliards d’investissements sur l’exercice, en hausse de 58%, pour accélérer les projets structurants inscrits dans son plan d’équipement.
Electricité renouvelable: La production à 26,7% du total
Malgré ses pertes, l’Office demeure un acteur central de la transition énergétique. Selon le rapport sur les établissements et entreprises publics, l’ONEE branche Électricité (BE) a mobilisé 13,36 milliards de dirhams d’investissements à impact climatique, soit près de 70% de ses projets entre 2022 et 2024, tandis que sa branche Eau (BO) a consacré 885 millions de dirhams à des programmes d’adaptation hydrique. En 2024, la puissance installée nationale atteignait 12.017 MW, dont 45% issus de sources renouvelables contre 6.127 MW en 2009. Parmi les projets emblématiques figurent le parc éolien de Jbel Lahdid (270 MW) et la station de transfert d’énergie par pompage d’Abdelmoumen (350 MW). La production d’électricité renouvelable représente désormais 26,7% du total national. Dans la branche Eau, la production a atteint 1,37 milliard de m³, avec un taux d’accès rural à l’eau potable de 98,8%, tandis que le programme d’électrification rurale (PERG) affiche un taux de couverture de 99,9%, confirmant la quasi-universalisation des services de base.
Un effort d’investissement massif
Le programme pluriannuel de l’ONEE consacre un volume global de 72,3 milliards de DH à l’horizon 2030, dont 49,9 milliards pour la branche Électricité (ONEE-BE) et 22,4 milliards pour la branche Eau (ONEE-BO).
Pour 2026, les investissements prévus atteindraient 17,19 milliards de DH, avant de retomber à 10,59 milliards DH en 2027 et 7,88 milliards en 2028. Le chiffre d’affaires devrait remonter progressivement, à 40,5 milliards DH en 2026, 41,7 milliards de DH en 2027 et 45,4 milliards DH en 2028, traduisant une stabilisation du modèle économique. Les priorités portent sur le déploiement des stations de dessalement alimentées à 100% par des énergies renouvelables et la modernisation du réseau électrique national, incluant le projet d’interconnexion HVDC de 1.400 km entre le Sud et le Centre. A cela s’ajoutent la mise en service de centrales à cycle combiné gaz naturel (1.500 MW) et le renforcement des transferts hydriques interbassins et la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable. Par ailleurs, sur le plan de la gouvernance, l’ONEE met en œuvre le protocole d’accord État-ONEE 2023-2027, qui constitue le cadre actuel de coopération avec le ministère des Finances et l’ANGSPE. Ce protocole vise à consolider la viabilité financière de l’Office et à encadrer son programme d’investissement pluriannuel. L’Office poursuit, en parallèle, sa coordination avec Masen et les autres acteurs publics de l’énergie pour assurer la cohérence du plan d’équipement 2025-2030.
Khadija MASMOUDI
L’article Sous perfusion, l’ONEE peine à retrouver l’équilibre est apparu en premier sur L’Economiste.
Auteur: Khadija MASMOUDI
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.