Six mois après que l’Agence de régulation des télécommunications (ART) a servi des mises en demeure aux trois opérateurs de téléphonie mobile en activité au Cameroun du fait de la dégradation persistante de la qualité du service, la situation empire nettement chez Orange, qui comptait officiellement 6,9 millions d’abonnés à fin 2018. Le mois de décembre qui s’achève remporte certainement la palme d’or en termes de désagréments subis par les utilisateurs du téléphone mobile : indisponibilité quasi-permanente des abonnés – il faut appeler plusieurs fois avant de joindre son correspondant -, mauvaise qualité des appels, difficile accès au mobile money, mauvaise diffusion des SMS, etc.

Jusque-là, tous les opérateurs prenaient la peine d’envoyer un message pour expliquer les causes des perturbations sur le réseau. Et ces causes tournent généralement autour d’incidents sur la fibre optique, gérée de manière monopolistique par l’opérateur public Cameroon Telecommunications (CAMTEL). Orange semble avoir rompu cette fois avec cette obligation à la fois éthique règlementaire.

En effet, conformément à l’article 12 de la Directive N/08-UEAC-133-CM-18 fixant le cadre juridique de la protection des droits des utilisateurs de réseaux et de services de communications électroniques au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), « les Etats membres veillent à ce que les opérateurs autorisés fournissent en permanence aux utilisateurs des services de qualité. Les Etats membres s’engagent à exiger des opérateurs autorisés la publication d’informations complètes et actualisées sur la qualité et la permanence de leurs services, fondées notamment sur les critères suivants : délai de fourniture pour le raccordement initial ; – taux de défaillance par ligne d’accès ; délai de réparation d’une défaillance ».

Des sources non officielles chez cet opérateur invoquent la « densité du trafic téléphonique » pour expliquer ce service pour le moins catastrophique. Une explication peu convaincante qui traduit à la limite un manque d’intérêt de cette filiale du groupe de télécommunications français Orange – qui a réalisé 1 737 milliards Fcfa de bénéfices depuis son installation au Cameroun en 1999 -, à investir dans les équipements.     

La loi du 21 décembre 2010 régissant les communications électroniques au Cameroun dispose, entre autres missions dévolues à l’ART, qu’elle doit sanctionner les manquements des opérateurs à leurs obligations. Par-delà tout, elle doit garantir la protection des consommateurs. C’est en cette qualité de gendarme des télécommunications qu’en juillet 2019, elle a donné à Orange et ses concurrents que sont MTN et NEXTTEL six mois pour honorer leurs cahiers de charges, en respect des engagements pris à la suite d’un audit réalisé en 2016 par le cabinet suédois Cybercom Group, à la demande du ministère des Postes et des Télécommunications (MINPOSTEL). Face à la dégradation persistante du service chez Orange, le régulateur doit pouvoir frapper du poing sur la table.

Auteur: Emile FIDIECK
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