The Guardian : pourquoi les élections israéliennes du 27 octobre sont présentées comme décisives pour l’avenir du paysThe Guardian : pourquoi les élections israéliennes du 27 octobre sont présentées comme décisives pour l’avenir du pays

À un peu plus d’un mois des élections législatives israéliennes du 27 octobre 2026, la campagne dépasse largement la question de savoir qui dirigera le prochain gouvernement.

Dans une chronique publiée par The Guardian, Jonathan Freedland rapporte que plusieurs Israéliens rencontrés lors d’un récent séjour considèrent ce scrutin comme l’un des plus importants de l’histoire du pays, certains craignant même qu’une nouvelle victoire de la coalition conduite par Benjamin Netanyahu ne fragilise durablement les contre-pouvoirs institutionnels.

Une appréciation qui relève de l’analyse politique et non d’un constat établi sur l’avenir du régime israélien.


L’essentiel

  • Israël votera le 27 octobre 2026, lors du premier scrutin national depuis l’attaque du 7 octobre 2023.
  • The Guardian présente cette élection comme potentiellement déterminante pour l’avenir des institutions et des contre-pouvoirs israéliens.
  • La Cour suprême, la réforme judiciaire et la liberté d’expression figurent parmi les principaux sujets de confrontation.
  • En Cisjordanie, le gouvernement actuel a approuvé 104 nouvelles implantations selon Peace Now.
  • Le projet E1 porte désormais sur 3 401 logements, avec une échéance d’appel d’offres fixée au 25 octobre, deux jours avant le scrutin.
  • Les sondages de mi-septembre donnent une photographie très fragmentée du Parlement et ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer quelle coalition pourra être formée.

Le vote sera le premier scrutin national organisé en Israël depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et les conflits qui ont suivi à Gaza, au Liban puis avec l’Iran.

À ce contexte sécuritaire s’ajoutent de profondes tensions internes autour de la justice, des médias, de la liberté d’expression et de la politique menée en Cisjordanie occupée.

Pourquoi The Guardian évoque une élection potentiellement « dernière »

Dans sa chronique publiée le 18 septembre, Jonathan Freedland rapporte qu’un certain nombre d’Israéliens rencontrés pendant son séjour considèrent les élections du 27 octobre comme les plus importantes de l’histoire du pays.

Certains de ses interlocuteurs vont jusqu’à craindre qu’il puisse s’agir de la dernière élection pleinement démocratique si la coalition actuellement au pouvoir remportait un nouveau mandat.

Cette formulation constitue une analyse et une inquiétude exprimées dans une chronique d’opinion du Guardian. Elle ne signifie pas qu’un projet officiel de suppression des élections existerait en Israël.

L’argument développé par Freedland porte plutôt sur l’accumulation de changements institutionnels susceptibles, selon lui et les personnes qu’il cite, de réduire les contre-pouvoirs face au gouvernement.

La Cour suprême au cœur de la bataille institutionnelle

La question judiciaire constitue l’un des principaux enjeux du scrutin.

En 2023, le gouvernement Netanyahu avait lancé une vaste réforme destinée à modifier les rapports de pouvoir entre le gouvernement, le Parlement et les tribunaux.

Ses opposants y voyaient une tentative d’affaiblir le contrôle de la Cour suprême sur l’exécutif. Les partisans de la réforme soutenaient au contraire qu’il s’agissait de rééquilibrer les pouvoirs entre juges non élus et responsables politiques élus.

Le projet avait provoqué plusieurs mois de manifestations massives avant que le processus ne soit en partie interrompu après le 7 octobre 2023.

Le conflit institutionnel n’a toutefois pas disparu. Plusieurs membres du gouvernement ont depuis contesté certaines décisions de la Cour suprême, tandis que des composantes de la réforme judiciaire sont revenues dans le débat politique.

Pour Freedland, la justice demeure l’un des principaux mécanismes institutionnels capables de limiter l’action de l’exécutif.

Le sujet prend également une dimension particulière alors que Benjamin Netanyahu reste jugé dans plusieurs affaires de corruption. Le Premier ministre nie les accusations portées contre lui.

Le documentaire « Naza » ravive le débat sur la liberté d’expression

La campagne électorale est également marquée par une vive polémique autour du documentaire israélien « Naza », consacré à la conduite des opérations militaires à Gaza.

Après la diffusion du film, Benjamin Netanyahu a annoncé vouloir promouvoir des mesures permettant notamment de retirer la citoyenneté et d’alourdir fortement les sanctions pour diffamation contre des personnes accusées de porter atteinte aux soldats israéliens.

Netanyahu affirme que le documentaire présente injustement les militaires israéliens comme des criminels.

Les réalisateurs et leurs soutiens considèrent au contraire que les réactions politiques suscitées par le film posent une question de liberté d’expression et de droit à enquêter sur les actions de l’armée.

The Guardian, qui a participé à la production du documentaire, a également défendu publiquement les réalisateurs après les menaces et manifestations dont ils ont fait l’objet.

Yair Golan visé par des accusations non étayées

Le climat de campagne est également marqué par des accusations particulièrement dures entre adversaires politiques.

Freedland rappelle que Sara Netanyahu, épouse du Premier ministre, a laissé entendre sans fournir de preuves que Yair Golan, ancien général et dirigeant du parti Les Démocrates, aurait disposé d’informations avant l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.

Golan a rejeté ces accusations.

L’ancien général s’était rendu dans le sud d’Israël le jour de l’attaque et avait participé personnellement au sauvetage de plusieurs personnes.

De son côté, Benjamin Netanyahu a également démenti des informations de presse selon lesquelles il aurait reçu avant le 7 octobre un avertissement concernant la possibilité d’une attaque du Hamas.

Aucune de ces accusations ne peut donc être présentée comme un fait établi.

Cisjordanie : 104 implantations approuvées sous le gouvernement actuel

L’autre grande dimension du scrutin concerne la Cisjordanie occupée.

Au-delà de l’analyse du Guardian, plusieurs données montrent une accélération importante de l’expansion des colonies et avant-postes.

Selon l’organisation israélienne Peace Now, le gouvernement actuel avait approuvé à la mi-juillet 104 nouvelles implantations depuis son arrivée au pouvoir.

Ce total comprend :

  • 38 nouvelles colonies ;
  • 50 avant-postes appelés à être légalisés comme colonies indépendantes ;
  • 16 quartiers devant obtenir le statut de colonies distinctes.

Le gouvernement israélien a parallèlement consacré 1,3 milliard de shekels, soit environ 434 millions de dollars, au développement de dizaines de nouvelles implantations.

Environ 700 000 colons israéliens vivent actuellement en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, selon les données citées par Reuters, tandis que la Cisjordanie compte environ 2,7 millions de Palestiniens.

Les Nations unies et la majorité de la communauté internationale considèrent les colonies israéliennes dans les territoires occupés comme contraires au droit international. Israël conteste cette interprétation et invoque notamment ses liens historiques avec ces territoires.

E1 : 3 401 logements et une échéance deux jours avant les élections

Le projet E1, situé entre Jérusalem-Est et la colonie de Maale Adumim, cristallise particulièrement les tensions.

Israël a ajouté un appel d’offres portant sur 2 167 nouveaux logements, après un premier lot de 1 234 unités.

Le programme atteint ainsi 3 401 logements.


Une date politiquement sensible


Les offres doivent être remises le 25 octobre 2026, soit seulement deux jours avant les élections législatives israéliennes.

Les responsables palestiniens, plusieurs gouvernements étrangers et des organisations israéliennes opposées aux colonies estiment que le projet E1 pourrait couper la Cisjordanie entre le nord et le sud et isoler davantage Jérusalem-Est.

Ils considèrent qu’un tel développement rendrait plus difficile la création d’un futur État palestinien territorialement continu.

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, défend au contraire le projet et a explicitement déclaré qu’il devait contribuer à empêcher la création d’un État palestinien.

« 250 colonies et avant-postes » : une estimation à attribuer

Lors de son déplacement en Cisjordanie, Jonathan Freedland était accompagné de Yehuda Shaul, militant israélien opposé à l’occupation et cofondateur de Breaking the Silence.

Shaul estime qu’environ 250 colonies et avant-postes nouveaux sont apparus depuis 2023.

Ce chiffre doit être attribué à l’activiste car son périmètre est plus large que celui des statistiques portant uniquement sur les colonies formellement reconnues par le gouvernement israélien.

Peace Now recensait pour sa part 146 colonies officiellement établies en Cisjordanie au 1er août 2026, hors Jérusalem-Est, auxquelles s’ajoutent de nombreux avant-postes.

Des villages palestiniens vidés de leurs habitants

Freedland décrit également sa visite de communautés palestiniennes, notamment Mu’arrajat et Ras Ein al-Auja.

Selon son récit, des habitants ont quitté certaines zones après des violences, intimidations et pressions attribuées à des colons.

Le journaliste décrit des habitations et une école abandonnées ainsi que des terres désormais utilisées par des troupeaux appartenant à des colons.

Les violences impliquant colons israéliens, Palestiniens et forces israéliennes se sont fortement accrues en Cisjordanie depuis 2023. Les autorités israéliennes affirment pour leur part intervenir lorsque des infractions sont établies.

Le retour d’implantations évacuées en 2005

Le chroniqueur du Guardian souligne également le retour dans le nord de la Cisjordanie de sites qui avaient été évacués lors du désengagement décidé sous Ariel Sharon en 2005.

Lors de sa visite, Freedland dit avoir observé quatre anciennes colonies évacuées désormais réinvesties ou en cours de reconstruction, ainsi que 14 autres implantations construites ou approuvées dans la même région.

Cette évolution s’inscrit dans une politique plus large menée notamment sous l’impulsion de Bezalel Smotrich, qui dispose d’importantes compétences civiles concernant la Cisjordanie.

Que disent les sondages à quelques semaines du vote ?

Les enquêtes d’opinion publiées à la mi-septembre donnent une photographie très fragmentée du paysage politique israélien.

Dans un agrégat publié le 16 septembre, Reuters indiquait que le parti centriste Yashar disposait d’une avance d’environ trois points sur le Likud.

Les formations opposées à Benjamin Netanyahu obtenaient dans cette moyenne environ 66 sièges, contre 48 pour les partis soutenant actuellement le Premier ministre.

Ces chiffres ne signifient toutefois pas qu’une coalition alternative pourrait automatiquement être formée.

Les partis concernés divergent notamment sur leurs alliances possibles et sur la participation de formations arabes à une future majorité.

À retenir sur les sondages

Il s’agit d’une photographie des intentions de vote à la mi-septembre, et non d’une prévision du résultat du 27 octobre ou de la composition du prochain gouvernement.

Une élection dont les conséquences dépassent Benjamin Netanyahu

Le titre choisi par Jonathan Freedland, selon lequel le prochain scrutin pourrait être « le dernier », doit donc être compris comme une mise en garde politique formulée dans une chronique d’opinion.

Il n’existe pas, à ce stade, d’élément établissant que les élections israéliennes seraient juridiquement appelées à disparaître.

L’interrogation porte plutôt sur l’évolution future des rapports entre gouvernement, Parlement, Cour suprême, médias et autres contre-pouvoirs.

Dans le même temps, les décisions prises en Cisjordanie donnent au scrutin une dimension qui dépasse le fonctionnement institutionnel interne.

Les 104 implantations approuvées par le gouvernement, les 3 401 logements du projet E1 et la multiplication des avant-postes peuvent avoir des conséquences durables sur la géographie de la Cisjordanie et sur les perspectives d’un futur règlement israélo-palestinien.

Le scrutin du 27 octobre sera donc observé à la fois pour la composition du prochain gouvernement israélien et pour les orientations qu’il donnera aux institutions du pays et à sa politique dans les territoires palestiniens.

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Auteur: balkis T
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