Depuis le 22 février, chaque vendredi que le hirak fait, un miracle se renouvelle à Béjaïa. Au départ, on se dit que cette fois-ci, la foule n’est pas au rendez-vous.
Que la chaleur, la canicule qui s’éternise, l’attrait de la plage, la cherté du mouton, les préparatifs de l’Aïd, les discours soporifiques et anesthésiants de Gaïd Salah, la fatigue, l’absence de perspectives ou les congés d’été ont eu raison de la mobilisation des Algériens et de leur inébranlable volonté à changer de régime et à se construire un avenir.
Puis, non. La foule grossit comme une colère contenue et enfle comme une rumeur folle. Elle remplit le boulevard principal de la ville de Béjaïa sur toute sa longueur.
«C’est à chaque fois le même étonnement et la même joie de nous voir aussi nombreux et aussi déterminés», dit Sabrina Zouaghi, professeure d’université et militante pour les changements démocratiques, qui met un point d’honneur à participer aussi bien à la marche des étudiants le mardi qu’à celle du vendredi. En effet, ils arrivent de partout, on ne sait vraiment d’où. Toujours aussi déterminés. Mêmes slogans, même détermination, même volonté de tout balayer.
Comme un ouragan. Toute cette Algérie plurielle, sociale, métissée, colorée, que l’on croise chaque jour dans la rue, est là. La femme de ménage croise le jeune entrepreneur, l’étudiant côtoie l’ancien moudjahid, le professeur d’université est dans le même carré qu’un groupe de chômeurs ou de supporters alors que la grand-maman est venue avec sa petite fille ou le papa avec ses deux enfants.
L’emblème national est porté avec la même fierté que le drapeau amazigh. Loin des injonctions policières et des procureurs en service commandé, Mère patrie et identité se complètent main dans la main, sans se renier.
Ce vendredi, actualité oblige, un carré est réservé aux détenus et à leurs proches. On note au premier rang de ce carré, le militant mozabite Hadj Brahim Aouf, récemment libéré et qui avait partagé la cellule avec le regretté Kamel Eddine Fekhar. Hadj Brahim, qui avait également failli mourir de négligence médicale et d’une longue grève de la faim, n’a dû sa liberté qu’à l’acharnement de son avocat, le pugnace maître Dabouz, et à la mobilisation de toutes les forces de progrès et de l’opinion publique. L’autre détenu récemment libéré est Nadir Fetissi.
Arrêté à Annaba pour le port d’un drapeau amazigh, son cas a défrayé la chronique judiciaire et attiré l’attention même de l’opinion internationale dans le sens où il encourait 10 ans de prison pour le port d’un simple drapeau et qu’il a fini par être innocenté et sortir libre de la prison où il avait été jeté.
Nadir a été porté à bout de bras par la foule, qui voit dans sa libération une victoire de la mobilisation populaire et un signe annonciateur que tous les autres détenus du hirak seront bientôt libres. Alors que la marche atteint les hauteurs de la ville, elle nous offre l’une des images les plus symboliques et symptomatiques.
Celle de cette immense foule qui s’arrête sous les balcons des immeubles, les bras levés au ciel et qui vibre à l’unisson en lançant à gorge déployée des slogans appelant à l’indépendance du pays sous les youyous des femmes. La chaleur est telle, que l’air se fige, mais de tous les balcons et de toutes les fenêtres, des femmes et des enfants balancent des bassines d’eau sur ces marcheurs dont les chants galvanisent tous les présents. C’est une scène qui donne des frissons dans le dos.
Tous les slogans ont de nouveau ciblé la tête du commandement militaire qui a pris le relais de la dynastie des Bouteflika. Tous les slogans réclament un Etat civil, une démocratie et non une dictature militaire. Tous les slogans, toutes les pancartes soulevées par les citoyens sortis marcher disent non à la feuille de route du pouvoir. Point d’élection avant un changement radical du régime et la libération de tous les détenus d’opinion. Balle au centre. La suite au prochain épisode.
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Auteur: Hicham Chouadria
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