LE TEMPS – Hamma HANACHI
Il a dit le mot clé « Le plus important, c’est que les professionnels reprennent confiance et y croient de nouveau» ; ajoutant «je crois que c’est gagné avec l’arrivée de cet avion en attendant d’autres prochainement».
Ces propos ont été exprimés, par M. Mohamed Ali Toumi, ministre du Tourisme et de l’Artisanat à l’aéroport de Djerba, à l’occasion de l’arrivée du premier vol charter, après des mois d’arrêt. 155 touristes français, allemands et luxembourgeois étaient à bord d’un avion affrété par le Tour Opérateur luxembourgeois Luxair.
Discours de circonstance, nourri d’optimisme et d’assurance. Dans le hall de l’aéroport, le Gouverneur, le commissaire au Tourisme et autres autorités régionales à l’accueil, des sourires, des mots de bienvenue ; des serveurs, visages protégés, des tables nappées, des friandises, des boissons (scènes vues sur une télé européenne). Djerba est à la fête, disons que le hall de l’aéroport le fut, le temps d’une escale ; car au-delà, on imagine le parking vide, désolé, alors, qu’en pareille période, les clients se bousculent pour rejoindre leurs hôtels dans la « zone », comme disent les insulaires.
L’île souffre certainement plus cruellement que les autres bassins touristiques (Sousse et Hammamet) du covid-19 : son économie étant fondée essentiellement sur le tourisme et ses effets d’entrainement sur l’artisanat, le transport, les services, les loisirs, etc. Djerba attendrait- elle d’autres arrivées d’avions prochainement ? Rien ne l’indique pour le moment, les opérateurs sont toujours dans l’attente et les conditions ne semblent guère favorables.
Il n’est pas loin le temps où Toumi, prédisait, sans tenir compte de l’évolution du virus « que la demande va dépasser l’offre » sic. Alors que les professionnels entrevoyaient des lueurs du côté du marché français (l’un des premiers sur l’île), voilà que les espoirs s’amenuisent à la lumière de l’apparition d’une nouvelle vague du virus et l’obligation pour les citoyens français de porter des masques. En somme, il y a une nouvelle approche des prévisions qui se font désormais au jour le jour, au gré des cas de contamination. Le mois d’août sera certainement mieux que les précédents, (des miettes par rapport aux années fastes).
Et que fera-t-on en septembre, mois de la rentrée et des revendications de toutes natures…et plus tard ? L’île en des temps « préhistoriques » comptant sur son potentiel naturel exceptionnel, se distinguait par la bonne tenue de ses arrières saisons. Il vaut mieux ne pas évoquer ce passé glorieux, « définitivement » enterré et regarder vers le futur.
Regarder vers l’avenir, c’est apparemment le credo et la posture courageuse qu’endosse Toumi, qui lors de ce déplacement du week-end dernier, avait invité les professionnels et les médias à une réunion pour parler non pas de solutions immédiates attendues, applicables à court ou à moyen terme, mais pour conjecturer sur des projections et une lecture « scientifique» de l’état du tourisme. Il évoque en substance de restructuration du secteur, ah, ce mot-valise que chaque responsable porte en bandoulière et en use pendant les périodes de crise (combien d’études sur le sujet moisissent dans les tiroirs des anciens ministres ?).
Cette restructuration serait, « évidemment » la clé de voûte pour sortir le secteur fragilisé, menacé à chaque crise d’effondrement (…et des crises, il y en a eu depuis 2011). Le ministre évoque la nécessité de révolutionner le secteur, de diagnostiquer des points faibles, de diversifier le produit, d’énormes potentiels inexploités dont le tourisme culturel et alternatif… Notons au passage et pour donner une idée sur ces chantiers « à révolutionner », que les experts (mondiaux) ont dénombré de 60 à 70 modèles de développement touristiques. C’est dire la difficulté du choix.
Est-ce opportun, alors qu’une partie des hôteliers aient fermé boutique, que d’autres pensent à le faire après la saison (à l’instar de beaucoup d’hôteliers français), ou à renvoyer du personnel de parler d’une « vision à long terme allant jusqu’à 2035 ? ». A cette vision, un hôtelier remarque « …si au lieu d’analyser les algorithmes, de créer une Direction de réflexions stratégiques au sein de l’ONTT, on pensait à accélérer l’octroi du crédit annoncé tambours battants, ça pourrait soulager momentanément les angoisse des professionnels ».
Sur quoi, on a répondu que les humains, sont soit du côté de Balzac (Réalisme) ou du côté de Jules Verne (Fiction), l’entre-deux est un exercice d’équilibriste.
H.H.
Auteur: letemps1
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