Repère

Encore une campagne qui tire vers le bas et nous dit que nous sommes tous kif-kif, corrompus et «addicts» à la rente.

A travers les réseaux sociaux (ces autoroutes du dénigrement), des messages sont distillés subtilement pour faire croire en effet à l’idée que la corruption en Algérie n’est pas l’apanage d’une élite, et qu’il s’agit d’un phénomène généralisé qui traverse l’ensemble des couches sociales.

En somme, que le «cachir» se mange en famille, et que les convives de la Coupole étaient dûment mandatés par l’ensemble de la société. «Je passe le grand bonjour aux enseignants qui habitent les logements de fonction dans des écoles primaires et qui branchent leurs machines à laver à partir d’une prise électrique d’une classe.» C’est là l’un des profils du rentier lambda, sérié dans l’un de ces textes partagés et commentés actuellement sur Facebook.

Si l’énoncé comporte une vérité admissible, la démarche cache mal cependant la volonté de légitimer une dérive discursive : jeter l’anathème sur le hirak, ce mouvement qui ne vaut pas mieux que ceux qu’il dénonce. Vraiment !

Fatalement, l’immoralité déclinée par le rapport vicieux à l’argent, la violence et l’inversion de l’échelle de valeurs a gagné la société algérienne, soumise à la domination du criminel impuni et du moins méritant comme seuls modèles de réussite.

En d’autres circonstances, cette campagne aurait été une louable initiative de sensibilisation, de salubrité publique contre «notre immoralité», mais dans la conjoncture actuelle, elle soulève plutôt le doute sur ses véritables visées et la coïncidence, et fait penser immanquablement à une attaque en règle visant à détruire ce que le mouvement a de plus précieux : son éthique.

Le mouvement du 22 février s’est soulevé pour s’opposer aux forces du mal, certes, mais aussi pour s’ériger comme une entité moralement irréprochable, née de la transfiguration individuelle et collective des Algériens, leur élévation

. Une version meilleure de nous-mêmes, produite par un sursaut spontané qui nous dit que nous pouvons nous conjuguer au pluriel et que nous pouvons encore nous regarder les uns les autres fraternellement, en nous projetant ensemble dans l’avenir. «Khawa Khawa», «Silmya Silmya» forment, entre autres, les éléments de ce nouveau champ sémantique d’une nation qui renaît, quand les images de nettoyage, de solidarité et de partage lors des marches en sont le versant actif.

Les ennemis du hirak ont fini par saisir les points forts de ce mouvement et s’activent tactiquement à le dessaisir de ses qualités. Les attaques prennent des formes diverses, et souvent elles sont subtiles. Qui vole un œuf vole un bœuf, nous rappelle-t-on. Soit. Mais la révolution connaît ses priorités et sait que nous ne sommes pas tous mangeurs de cachir.

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Auteur: Hicham Chouadria
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