Le raccordement entre les bassins du Sebou et du Bouregreg a déjà permis d’éviter des pénuries d’eau dans la région de Casablanca grâce au transfert de près d’un milliard de mètres cubes.
Diversification : La combinaison entre l’interconnexion hydraulique, la multiplication des infrastructures et la montée en puissance du dessalement, les «autoroutes de l’eau» dénote un changement de paradigme. Le Maroc passe d’une gestion conjoncturelle des crises hydriques à une planification structurelle, pensée pour renforcer la résilience du pays face aux dérèglements climatiques.
Il y a plusieurs mois que le Maroc a opté pour une politique de diversification de l’offre hydrique. Au cœur de cette stratégie: la mise en place d’infrastructures de transfert d’eau entre les bassins. Baptisés «autoroutes de l’eau», ces projets s’inscrivent d’abord dans une logique de solidarité territoriale, avec un mot d’ordre: ne laisser aucun territoire à sec. Une manière de répondre à l’augmentation constante de la demande en eau et anticiper les effets du changement climatique. Justement, en parlant de changement, cette saison a connu un épisode pluvio-neigeux d’intensité rare qui a bouleversé l’équilibre hydrique du pays.
Certes, l’année hydrologique 2024-2025 a été marquée par un déficit pluviométrique estimé à 18,5 % par rapport à une année normale, ce qui a affecté négativement les apports en eau aux barrages, enregistrant ainsi un déficit d’environ 61 % par rapport aux apports d’une année normale.
En revanche, l’année hydrologique en cours, 2025-2026, a connu d’importantes précipitations, ce qui a eu un impact positif sur le taux de remplissage des retenues de barrages et sur les réserves des nappes souterraines.
De fait, cette politique repose sur les grands projets d’interconnexion. Par exemple, le raccordement entre les bassins du Sebou et du Bouregreg a déjà permis d’éviter des pénuries d’eau dans la région de Casablanca grâce au transfert de près d’un milliard de mètres cubes.
Une nouvelle étape est prévue avec le lancement, fin 2026, du projet de liaison entre les bassins du Bouregreg et de l’Oum Er-Rbia, doté d’une capacité pouvant atteindre 800 millions de mètres cubes par an. Cette extension illustre la logique des «autoroutes de l’eau», conçues pour redistribuer la ressource à l’échelle nationale et réduire les disparités territoriales.
Des objectifs et des engagements précis
Entre octobre 2025 et le début du mois de mars 2026, le taux national de remplissage des barrages a connu une hausse spectaculaire, s’établissant autour de 75% selon les chiffres communiqués, soit un bond sensible par rapport à la fin d’année.
Cette amélioration hydrique constitue un gain stratégique car elle sécurise l’approvisionnement en eau potable pour une à deux années dans certaines régions et renforce les ressources disponibles pour l’irrigation. Cependant, ce n’est pas uniquement une bonne nouvelle. Dans plusieurs bassins, les retenues ont dépassé leur capacité nominale : au moins trente-et-un barrages affichent un taux de remplissage supérieur à 80%, et des opérations de déversement ont été engagées sur onze ouvrages pour limiter tout risque de rupture ou de submersion incontrôlée. Le volume total évacué depuis décembre s’élève à des milliards de mètres cubes. Sur le plan conjoncturel, les précipitations récentes ont permis une amélioration significative du taux de remplissage des barrages, désormais établi à 74%. Pour le gouvernement, ce niveau offre une visibilité de deux à trois ans pour l’alimentation en eau potable, tout en contribuant à la recharge des nappes phréatiques, avec un horizon d’exploitation estimé entre trois et cinq ans. Par ailleurs, les épisodes de crues ont été mis à profit pour procéder à des opérations de vidange des barrages, afin d’évacuer les sédiments et d’optimiser les capacités de stockage à moyen et long termes.
Selon le ministère de tutelle, 14 barrages sont actuellement en cours de réalisation, portant la capacité nationale de stockage à 20,8 milliards de mètres cubes. Dans la même veine, plusieurs projets de protection contre les inondations, notamment à M’rirt et Aghbala dans la province de Khénifra, de même que la protection contre les crues de l’oued Bouskoura et de l’oued Mirikan dans la province de Nouaceur, la protection du centre d’Ouled Mrah dans la province de Settat, des centres de Rommani, Maaziz et Tiddas dans la province de Khémisset, ainsi que la protection des villes de Benslimane et Mansouria dans la province de Benslimane.
Parallèlement, le Royaume poursuit le développement de ses capacités en dessalement d’eau de mer, avec une production actuelle estimée à 350 millions de mètres cubes par an, et un objectif à terme d’un milliard de mètres cubes. La future station de Casablanca, dont la mise en service est prévue en février 2027, atteindra une capacité de traitement de 200 millions de mètres cubes, contre 100 millions actuellement.
Il faudrait rappeler également la poursuite de l’équipement des forages et de la réalisation de forages de reconnaissance pour actualiser les paramètres des nappes d’eau souterraine et afin de mobiliser des ressources en eau pour pallier les déficits conjoncturels en eau potable, notamment dans le milieu rural, outre la poursuite de l’engagement dans le programme de réutilisation des eaux usées traitées afin de réduire la pression sur les ressources en eau conventionnelles, notamment pour l’arrosage des espaces verts.
C’est pour dire que la combinaison entre l’interconnexion hydraulique, la multiplication des infrastructures et la montée en puissance du dessalement, les «autoroutes de l’eau» traduisent un changement de paradigme. Le Maroc passe d’une gestion conjoncturelle des crises hydriques à une planification structurelle, pensée pour renforcer la résilience du pays face aux dérèglements climatiques.
Auteur: ALM
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