Trois écoles, une nation : le pari risqué de la TunisieTrois écoles, une nation : le pari risqué de la Tunisie

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Un système à trois vitesses, public, privé et pilote, redessine silencieusement les trajectoires sociales d’une génération. Décryptage d’un chantier national devenu urgent.

À onze ans, l’avenir d’un enfant tunisien se joue déjà. Un concours, quelques points d’écart, et c’est toute une trajectoire scolaire, sociale, parfois même migratoire, qui bascule. Ce moment charnière, loin d’être anecdotique, révèle les failles profondes d’un système éducatif tiraillé entre l’ambition de l’excellence et la promesse, de plus en plus fragile, de l’égalité des chances.

Depuis l’indépendance, l’école a été pensée comme le grand levier de mobilité sociale du pays. Mais sept décennies plus tard, la coexistence de trois filières, l’enseignement public, le privé et le réseau pilote, a fini par produire l’effet inverse : une polarisation croissante qui inquiète autant les familles que les spécialistes des politiques publiques.

Ces constats trouvent un écho précis dans un Policy Brief publié par l’Association des économistes tunisiens (ASECTU) dans le cadre du projet Savoirs éco, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France. L’étude croise les statistiques officielles du ministère de l’Éducation avec une enquête inédite menée auprès de 200 familles et de 42 chefs d’établissement du Grand Tunis, offrant une photographie rare et documentée d’un système sous tension.

Un ascenseur social qui montre des signes de fatigue

Les chiffres donnent le vertige. Un élève tunisien accumulerait aujourd’hui jusqu’à six années de retard d’apprentissage par rapport à ses pairs internationaux, selon une estimation fondée sur les derniers résultats PISA disponibles et la méthodologie des années de scolarité ajustées par les acquis.

Le taux d’abandon scolaire avoisine 4%, tandis que le chômage des jeunes diplômés dépasse 23%, symptôme d’un divorce croissant entre les compétences transmises et les besoins réels du marché du travail.

Paradoxe frappant, cette dégradation qualitative survient alors même que l’accès à l’école n’a jamais été aussi large. Le dernier recensement de l’Institut national de la statistique, en 2024, affiche des taux de scolarisation de 28,6% dans le primaire, 37,1% dans le secondaire et 16,1% dans le tertiaire. L’universalisation de l’accès n’a donc pas suffi, à elle seule, à garantir l’équité des parcours.

La fracture pilote, privé, public à l’épreuve des chiffres

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Auteur: Mohamed Ben Abderrazek
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