Tunisie – 28% d’eau de surface en moins depuis 1990 : la sécheresse devenue structurelleTunisie – 28% d’eau de surface en moins depuis 1990 : la sécheresse devenue structurelle
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Le chiffre circule depuis des années, mais il garde toute sa brutalité : moins de 400 mètres cubes d’eau douce par habitant et par an, l’un des niveaux les plus bas du bassin méditerranéen. Au 10 octobre 2025, les barrages du pays n’étaient remplis qu’à 27,4 %, soit environ 649 millions de mètres cubes retenus.

Cette tension sur l’eau n’est que la partie visible d’une crise plus vaste, qui touche les sols, l’air, la mer, les déchets et, de plus en plus, la paix sociale. Dans plusieurs régions, des habitants réclament désormais ouvertement un droit que la Constitution de 2022 leur reconnaît pourtant : celui de vivre dans un environnement sain et équilibré.

Ce constat est celui d’un policy brief publié par l’IACE avec ECOTOUS, intitulé « La Tunisie face à la durabilité environnementale : l’urgence d’agir ! ». Son analyse, multidisciplinaire, sert de base à cet article.

Un pays riche en cerveaux, pauvre en résultats

Le paradoxe tunisien tient en deux classements. Selon le Global Sustainable Competitiveness Index 2024, le pays pointe au 114e rang sur 191, avec 40,61 points sur 100, soit la 6e place en Afrique. Mais son capital intellectuel, lui, se hisse au 68e rang mondial. Autrement dit, la Tunisie dispose des compétences, pas encore de la capacité à les convertir en politiques publiques cohérentes.

L’Environmental Performance Index 2024 confirme cette position d’entre deux : 91e mondial, avec 45,3 points. La Jordanie fait mieux (74e), l’Algérie (114e) et le Maroc (128e) font moins bien. Le fossé avec l’Estonie, première du classement, ou avec la France, 12e, reste immense.

Gabès, le symbole d’une facture différée

Nulle part le coût de l’inaction n’est aussi visible qu’à Gabès. Depuis les années 1970, le Groupe Chimique Tunisien rejette dans la mer environ 2,8 millions de tonnes de phosphogypse par an. Les herbiers de posidonie ont presque disparu, à hauteur de 90 %, tandis que les habitants font état d’une hausse des maladies respiratoires et cancéreuses. Plus de 100 000 personnes se sont mobilisées pour demander la fermeture des unités de production, et la contestation a gagné Gafsa, Sfax, Kélibia et Sayada.

Le brief montre que ce n’est pas un cas isolé. Le pays compte 756 sources de pollution hydrique identifiées. Les particules fines PM10 atteignent 70 à 80 microgrammes par mètre cube en moyenne annuelle dans plusieurs villes, contre 50 recommandés par l’OMS.

Sur les 2,6 millions de tonnes de déchets ménagers produits chaque année, 30 % ne sont pas collectés et seulement 10 % sont recyclés. Les dépôts sauvages ont atteint 157 sites en 2023, et plus de 4 milliards de sacs plastiques sont encore utilisés par an malgré l’interdiction partielle de 2020.

Le réseau invisible qui n’avance plus

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Auteur: Mohamed Ben Abderrazek
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