Le Cheikh Rached Ghannouchi est conscient de la délicatesse de la situation dans laquelle il se trouve, avec son parti. Il est en présence d’un chef du gouvernement chargé, qui ne jure que par le président de la République qui l’a désigné. Un chef du gouvernement qui semble indifférent aux demandes, voire même, aux avertissements des partis majoritaires à l’ARP. On dirait bien que le jeune Elyes Fakhfakh s’est mis dans la tête qu’il peut faire ce qu’il veut, et qu’il n’a rien à craindre des députés, trop apeurés par l’éventualité de perdre leurs sièges. D’ailleurs, n’est-t-il pas resté de pierre devant les multiples menaces des partis, de recourir aux élections anticipées ?
Et d’un autre côté, Ghannouchi sait très bien que le refus de la confiance au gouvernement d’Elyes Fakhfakh ne veut pas, forcément, dire que le parlement va être dissous. Car dans ce cas de figure, la constitution donne la possibilité, et non l’obligation, au chef de l’Etat de dissoudre le parlement. Et, même s’il est prêt à le dissoudre, Kaïs Saïed n’a, selon les dispositions de la constitution, aucune contrainte de temps. Ce qui veut dire qu’il est capable de continuer à travailler avec la formule actuelle, qui semble lui plaire, avec un gouvernement de gestion des affaires courantes. Et il sera, dans ce cas de figure, le seul maître à bord, alors que Ghannouchi va se trouver relégué au rôle de figurant.
C’est pour toutes ces raisons que Ghannouchi a été obligé de passer au plan B, celui de faire peur à Elyes Fakhfakh, non pas en le menaçant de recourir à des élections anticipées, mais en lui faisant miroiter le même sort que son prédécesseur, Habib Jemli. Il lui a, à ce sujet, fait remarquer que la quasi-totalité des partis est prête à tenter les élections anticipées, et qu’il n’a guère plus de soutien politique qui puisse lui faire passer le test de l’ARP. Ghannouchi lui a rappelé que les partis du courant démocratique et du mouvement du peuple ne pourraient jamais être fiables, et qu’ils peuvent lui réserver des surprises en cours de route, comme ils l’ont fait avec Jemli.
C’est, en résumé, le contenu de la discussion qu’a eue Elyes Fakhfakh, ce matin avec le Cheikh. Une discussion qui semble avoir donné ses fruits, puisqu’Elyes Fakhfakh, apparemment inquiet de se retrouver isolé contre la majorité de la classe politique, avec pour seul appui, Kaïs Saïed qui ne saurait lui être du moindre secours, a fini par lâcher prise, et se serait littéralement, jeté dans la Jebba du Cheikh. Il lui aurait proposé de faire participer 9alb Tounes au gouvernement, avec des personnalités non connues comme étant ses candidats, et d’accorder quelques postes de ministres conseillers, en un deuxième temps, aux membres du parti, puisque ces nominations ne seront pas soumises au vote de l’ARP.
Mais si Fakhfakh s’attendait à une réponse apaisante de la part du Cheikh, c’est qu’il ne connait pas la personne. Car Ghanouchi, remonté par son ascendant, l’a laissé mijoter tout seul, en lui demandant de lui donner le temps pour se concerter, après son retour au pays, avec la direction du parti, et d’essayer de les convaincre de cette formule.
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Auteur: Ramsis
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