Par Mohamed Kilani
Tunisie – Pays Bas 1-3 (m-t 0-2)
Stade: Arrowhead Stadium, Kansas City, Etats-Unis
Arbitre: Katia Garcia Mendoza (Mexique)
Buts: Skhiri (csc 3’), Brobbey (7’), Ben Slimane (csc 62’) pour les Pays Bas; Mastouri (54’) pour la Tunisie.
Averissement: Khedira (Tunisie)
Tunisie: Dahmen, Valéry, Talbi, Ben Hamida (Achouri 68’), Abdi, Khedhira (Ben Ouannes 68’), Skhiri (cap), Mejbri, Ben Slimane (Haj Mahmoud 68’), Gharbi (Chaouat 75’), Mastouri ( Tounekti 90’).
L’équipe de Tunisie a l’habitude de disputer en Coupe du monde le dernier match du groupe tout en étant éliminée. En 2022, elle réalisa une performance notable en battant la France champion du monde et futur finaliste. Mais cette fois-ci, elle aborde son dernier match dans un climat délétère, un bilan catastrophique et des dispositions psychologiques très fragiles. S’y ajoute le statut de l’adversaire ; auteur d’une démonstration de football face à la Suède qui en fait un prétendant sérieux et ce qui rend la confrontation fort déséquilibrée.
Pour Hervé Renard, l’entraîneur de circonstance, ce n’est nullement une posture enviable, et son premier souci est sans doute de ne pas subir le sort des Suédois. Pour y parvenir, il doit disposer des moyens et d’un état de forme conséquent. Cela fait une équation à plusieurs inconnues.
La formation subit quelques chambardements, faute de formation-type. Mastouri en attaque soutenu par Gharbi et Ben Slimane est une innovation. Accorder à certains jeunes la chance de goûter au plaisir de jouer dans cette compétition majeure peut aussi s’inscrire dans les plans d’Hervé Renard.
Au coup d’envoi c’est la Tunisie qui crée une occasion nette grâce à l’incursion de Mastouri que Gharbi idéalement servi n’a pas su exploiter. La sanction est immédiate: c’est Skhiri qui dégage le centrage adverse dans son camp (3’). Un scénario qui place l’équipe dans la posture la plus délicate copte tenu de ses limites offensives. Le second but, quatre minutes après, marqué par Brobbey complique la situation et laisse entrevoir le pire.
C’est alors que l’équipe amorce son réveil et réussit des attaques bien élaborées et frôlant la concrétisation par Ben Slimane (11’) et Mejbri (13’), mais leur jeu de tête est approximatif. Les Hollandais reprennent ensuite la maîtrise du jeu pour menacer Dahmen (19’), profitant ses espaces concédés et de l’incapacité des Tunisiens à créer des occasions franches. Gravenberch est même à deux doigts de tripler la marque (28’). La pression hollandaise se poursuit créant une menace constante et laissant Hervé Renard dans l’expectative. Une tentative de Gharbi ne trouve pas le cadre (32’), signe d’une impuissance criarde. Les déchets techniques compliquent la mission de l’équipe et permettent à l’adversaire de consacrer l’essentiel de son énergie au jeu d’attaque, et c’est Dahmen qui empêche les Pays Bas de tripler la marque (39’, puis Skhiri, à son tour (42’). La mi-temps intervient avec une sensation mitigée compte tenu des deux buts encaissés d’entrée.
La reprise montre encore de l’appétit chez les Hollandais à deux doigts de marquer sans la présence de Skhiri (51’). La réaction tunisienne est immédiate avec une attaque amorcée avec détermination par Mejbri générant un corner transformé par Mastouri (54’). L’équipe retrouve un nouveau moral et un brin d’assurance. Le match s’équilibre quelque peu grâce à l’application des joueurs, mais la malchance poursuit l’équipe qui encaisse un troisième sur corner en deux temps : heading de Van Becke dévié de justesse par Ben Slimane, impuissant (62’). La pression se poursuit pour mettre à l’épreuve Dahmen à deux reprises (63’, 65’).
Les changements opérés par Renard offrent à la formation un appoint physique pour résister aux athlètes hollandais. Et Mejbri est à deux doigts de réduire le score (76‘). La crainte d’un effondrement en fin de match planait mais Dahmen ne se laisse pas intimider (82’).
La fin du match enregistre quelques velléités tunisiennes qui ont le mérite de tempérer l’avidité de l’adversaire et de manifester de l’amour-propre. La réaction est globalement digne mais la déception est réelle.
Avec cette nouvelle défaite, l’équipe de Tunisie rentre avec un bilan qui ne surprend que ceux qui n’ont aucune appréciation de l’état des lieux à tous les niveaux. Les Aigles de Carthage battent ainsi de l’aile et incriminer une seule composante c’est commettre une injustice, ou tout au moins tomber dans la partialité et l’approximation. Le football tunisien est malade de ses dérives stratifiées, héritées d’une société elle-même dilettante, nonchalante et individualiste. Comment le football peut-il en être autrement même si le recours aux expatriés se présente comme un palliatif dont les fruits ne sont que fluctuants et éphémères?
Post-scriptum
Dans la soirée, l’Equateur a battu l’Allemagne pour se qualifier en tant que 3ème. Curaçao, une ile des Caraïbes plus petite et moins peuplée que Djerba, a quitté le Mondial avec dignité pour la qualité de son football. Le Cap Vert, 600 mille habitants, brigue la qualification, face à l’Arabie Saoudite, après ses nuls devant l’Espagne et l’Uruguay.
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