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Plusieurs grands projets annoncés en Tunisie au cours des dernières années peinent encore à voir le jour. Certains sont restés au stade des études, d’autres ont connu des retards importants dans leur mise en œuvre, alimentant les interrogations sur la capacité de l’État à concrétiser ces initiatives stratégiques.

Dans une déclaration accordée à Tunisie Numérique ce jeudi 5 mars 2026, l’expert en gouvernance et lutte contre la corruption Charfeddine Yaacoubi a analysé les principales raisons de ces blocages et présenté des pistes de solutions pour relancer ces projets.

Le manque de planification stratégique

Selon Yaacoubi, l’un des principaux facteurs expliquant le retard de nombreux projets réside dans l’insuffisance de la planification stratégique. Il souligne que les grandes infrastructures – qu’il s’agisse de lignes ferroviaires à grande vitesse, de grands stades, de nouveaux aéroports ou encore de projets de digitalisation destinés à réduire la bureaucratie – nécessitent une préparation rigoureuse et des plans d’action réalistes.

Or, malgré l’existence de certains projets accompagnés de propositions de financement, plusieurs obstacles ont freiné leur concrétisation. L’expert évoque notamment l’instabilité politique, les changements fréquents de gouvernements et la modification des priorités économiques, qui ont empêché l’élaboration d’une vision de développement cohérente et durable.

Dans ce contexte, certaines initiatives, comme le projet de train rapide ou celui du port en eau profonde d’Enfidha, continuent d’être évoquées depuis près d’une décennie sans avancées significatives.

Des difficultés de financement

Le manque de financements constitue également un facteur majeur de blocage. Plusieurs projets ont été proposés à des bailleurs de fonds, mais les ressources nécessaires n’ont pas toujours été mobilisées.

La situation économique du pays, marquée par un niveau d’endettement élevé et des difficultés à mobiliser des financements extérieurs, rend la réalisation de grands projets particulièrement complexe, d’autant plus que certains nécessitent des investissements très importants.

Des problèmes de gouvernance et de suivi

L’expert souligne également l’existence de problèmes de gouvernance dans la gestion des grands projets publics. Ceux-ci concernent notamment les procédures liées aux marchés publics, ainsi que le suivi et le contrôle de la mise en œuvre, qui restent parfois insuffisants.

À cela s’ajoute la question des capacités techniques et humaines de l’État, car la réalisation de projets d’envergure exige des compétences spécialisées et des investissements importants dès la phase d’études.

Ces différents facteurs ont contribué à ralentir l’exécution des projets, ce qui a parfois nourri un sentiment de perte de confiance dans la capacité de l’État à mener à bien les initiatives annoncées.

Le blocage de l’identité numérique et ses répercussions

Yaacoubi a également évoqué le retard du projet d’identité numérique, qui a eu des répercussions sur d’autres initiatives, notamment celles liées à la transformation digitale de l’administration.

Selon lui, le projet avait démarré de manière prometteuse, avec plusieurs campagnes de sensibilisation destinées à encourager les citoyens à adopter l’identité numérique. Toutefois, cette dynamique s’est rapidement essoufflée et le taux d’inscription des Tunisiens est resté très faible.

Des campagnes avaient également été lancées dans certaines administrations publiques, mais celles-ci n’ont duré que quelques semaines, alors qu’une stratégie de communication continue aurait été nécessaire pour favoriser l’adhésion des citoyens.

L’expert estime qu’il est essentiel de mettre en place des incitations concrètes pour encourager les citoyens à adopter l’identité numérique, par exemple en facilitant l’accès à certains services administratifs de manière plus rapide et à moindre coût.

Privilégier des projets progressifs pour restaurer la confiance

Pour surmonter ces difficultés, Yaacoubi estime qu’il serait judicieux de commencer par des projets de taille plus modeste, pouvant être réalisés dans des délais raisonnables.

Ces réalisations concrètes pourraient contribuer à restaurer la confiance des citoyens dans la capacité de l’État à mettre en œuvre ses projets, avant de s’engager dans des initiatives plus ambitieuses.

L’expert cite également plusieurs projets numériques ayant bénéficié de financements importants, comme les services numériques de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) ou encore le projet de justice numérique, mais dont les résultats restent peu perceptibles pour les citoyens.

Pour éviter la répétition de ces blocages, il recommande des études plus approfondies, une planification rigoureuse, ainsi qu’une stratégie claire de communication et de mise en œuvre technique afin d’assurer le succès des projets publics en Tunisie.

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Auteur: Yassine Atoui
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