Ukraine, Iran… carburants de la colère européenne ?Ukraine, Iran… carburants de la colère européenne ?

Révision profonde
le message politique qui nourrit la contestation est le suivant : l’argent européen pour soutenir l’Ukraine dans sa guerre est disponible facilement, par contre il est difficilement mobilisable quand il s’agit d’investir dans les services publics.

Les scènes de manifestations monstres et violentes vécues en France et moins agressives ailleurs en Europe ont toutes un point commun : le refus de l’austérité imposée par les politiques de leur gouvernement. Si l’on fait exception des violences urbaines commises en France par des groupes de casseurs en cagoule et qui obéissent à un agenda autre que de la simple revendication sociale, le reste des manifestations est la somme de frustrations sociales, de hausse des prix, de baisse de pouvoir d’achat et de montée en flèche des prix du carburant.
Et cette situation sociale explosive en France et en Europe est le fruit direct de deux guerres actuellement en cours et qui ont fini par impacter les dynamiques de ces sociétés. La première est la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Outre qu’elle dérègle totalement les marchés énergétique et céréalier et fait peser sur les citoyens une sourde pression, cette guerre aussi impose aux budgets citoyens des Etats de l’Union européenne des sacrifices financiers très lourds. Pour l’Europe, il s’agit pour le moment de soutenir l’Ukraine avec «un quoi qu’il en coûte» difficilement supportable pour les opinions.
Une des raisons de cette colère de la population européenne est cette capacité brusque à trouver des milliards quand il s’agit de financer la guerre en Ukraine en comparaison à cette paralysie chronique à trouver des ressources pour financer des services publics comme l’éducation ou la santé qui souffrent d’une situation structurelle délétère. Et le message politique qui nourrit la contestation est le suivant : l’argent européen pour soutenir l’Ukraine dans sa guerre est disponible facilement, par contre il est difficilement mobilisable quand il s’agit d’investir dans les services publics. L’épée de Damoclès de l’austérité et des impératifs comptables est ressortie.
La seconde guerre qui impacte actuellement le mood social européen est celle que mène Donald Trump à l’Iran. Les pays européens ont dès le départ refusé d’y participer, la considérant comme une violation du droit international mais n’ont pas été épargnés par ses conséquences. La fermeture ou du moins les difficultés de navigation de deux détroits vitaux pour l’économie mondiale que sont le détroit d’Ormuz et de Bab El Mandab ont provoqué une hausse vertigineuse des prix du carburant.
Le premier round des gilets jaunes lors du premier mandat d’Emmanuel Macron a été provoqué par une petite hausse de vingt centimes du prix du gasoil à la pompe. La hausse généralisée et ascendante des prix en Europe aujourd’hui a fini par coaguler toutes les colères et provoqué ce cycle des manifestations en constante radicalisation. D’où ces nombreuses prédictions que le nouveau cycle des gilets jaunes pourrait être plus violent et plus lourd à gérer pour les forces de l’ordre.
Deux guerres aux ramifications mondiales ont fini par provoquer des crises sociales d’une ampleur inédite en Europe. Et quand cette nouvelle séquence coïncide avec des scrutins électoraux où les pays européens préparent des alternances politiques, la tension sociale prend des proportions inédites. Des forces extrêmes et radicales sont tentées de profiter de cette crise sociale pour faire avancer leurs agendas. C’est le cas en France de la France insoumise emmenée par Jean-Luc Mélenchon accusé aussi bien par les autorités que par les autres partis de l’opposition de jeter de l’huile sur le feu pour exciter les pulsions destructrices des manifestations.
Il n’empêche que ces graves évolutions de la situation sociale en Europe imposent une révision profonde aux autorités européennes sur au moins deux niveaux : le premier touche à la gouvernance économique des dossiers. La simple évocation de l’austérité comme unique horizon politique n’est plus suffisante pour calmer les ardeurs et les frustrations sociales.
Le second niveau est sécuritaire. Comment gérer cette vague de saboteurs et de casseurs qui s’abattent sur les centres- villes, pillent les magasins, détruisent les emblèmes de l’Etat. L’enjeu pour ces pays est de repenser une nouvelle doctrine du maintien de l’ordre public qui soit compatible avec la dangerosité de ces mouvements sociaux de plus en plus violents. Si le ministre de l’intérieur français, Laurent Nunez, avait à l’issue de ces manifestations présenté sa démission (refusée) à Emmanuel Macron, c’est qu’il y a constat que les approches classiques de gestion sécuritaire des crises ont fait leur temps.

Auteur: Mustapha Tossa
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