La Russie a subi dans la nuit du 19 au 20 septembre l’une des plus importantes attaques ukrainiennes contre Moscou depuis le début de la guerre. La raffinerie de Kapotnia a été touchée, un site industriel en région de Voronej également visé, et plusieurs personnes ont été tuées dans la région de Moscou selon des bilans encore mouvants. Volodymyr Zelensky a confirmé l’emploi de plusieurs armes ukrainiennes, dont les missiles « Flamingo » et un système désigné « Pelican ». L’opération intervient surtout à un moment politiquement sensible : le dernier jour des élections législatives russes, que Vladimir Poutine présente comme une démonstration du soutien de la population à sa politique et à la guerre en Ukraine.
Moscou visée par une attaque d’une ampleur exceptionnelle
La capitale russe et sa région ont été la cible d’une attaque massive de drones et d’autres armes ukrainiennes dans la nuit de samedi à dimanche.
Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, affirme que plus de 1 600 drones ont été interceptés sur différents axes depuis le début de l’attaque, dont 450 à l’approche de Moscou — un chiffre que Sobianine lui-même a qualifié d’ »sans précédent ». Ces chiffres fournis par les autorités russes n’ont pas été vérifiés indépendamment.
Plusieurs appareils ont toutefois franchi les défenses russes.
La raffinerie de Moscou de Gazprom Neft, située à Kapotnia dans le sud-est de la capitale, a été touchée. Des témoins de Reuters ont entendu plusieurs explosions et observé d’importantes colonnes de fumée au-dessus du complexe. Andriï Kovalenko, responsable du centre ukrainien de lutte contre la désinformation, a évoqué sur Telegram un « incident majeur » en cours sur le site, qu’il a décrit comme approvisionnant en carburant la capitale russe.
Les autorités ukrainiennes ont confirmé avoir visé le site.
La cible est loin d’être marginale. La raffinerie de Moscou a traité environ 11,6 millions de tonnes de pétrole en 2024, produisant notamment 2,9 millions de tonnes d’essence et 3,2 millions de tonnes de diesel. Elle joue un rôle important dans l’approvisionnement en carburants de Moscou et de sa région.
Une opération interservices, revendiquée jusqu’en Voronej
Volodymyr Zelensky a confirmé dimanche que les forces ukrainiennes avaient frappé ce qu’il a décrit comme une installation clé de l’industrie pétrolière russe ainsi qu’un site logistique dans la région de Moscou — et a précisé qu’un site industriel avait également été touché dans la région russe de Voronej, sans donner davantage de détails sur cette seconde cible.
Le président ukrainien a présenté l’opération comme un effort coordonné entre plusieurs services : le SBU (sécurité intérieure), les forces de systèmes sans pilote, les forces d’opérations spéciales, le renseignement militaire (DIU) et le renseignement extérieur (SZR).
Il a également dévoilé une liste particulièrement large des armes utilisées au cours de l’opération :
FP-1, RZ-100, MICH-2000, Palianytsia, Vendetta, Liutyi, Bars, Flamingo, Sichen et Pelican.
L’entreprise ukrainienne Fire Point, qui fabrique notamment le Flamingo et revendique le développement du Pelican, a confirmé sur Telegram que ses drones FP-1 avaient été utilisés dans la frappe contre la raffinerie de Moscou — une confirmation industrielle directe qui vient corroborer les déclarations présidentielles.
Pour Kiev, le message principal reste toutefois moins technologique que stratégique : Zelensky affirme que les installations visées représentent des milliards de dollars de ressources soutenant la machine de guerre russe.
Pourquoi Kiev frappe les raffineries russes
L’attaque s’inscrit dans une stratégie ukrainienne désormais clairement assumée : frapper les installations qui génèrent des revenus pour la Russie ou qui contribuent à son approvisionnement énergétique et militaire.
Les raffineries constituent une cible particulièrement sensible. Le pétrole et les produits raffinés restent une source majeure de revenus pour l’économie russe, tandis que les carburants sont indispensables aux transports, à l’industrie et aux opérations militaires.
Les attaques répétées commencent à avoir des conséquences mesurables. À la mi-septembre, trois des six plus grandes raffineries russes productrices de diesel avaient dû réduire fortement ou interrompre une partie de leur activité après des attaques ukrainiennes, selon des calculs de Reuters.
La Russie a parallèlement dû prendre différentes mesures pour préserver son approvisionnement intérieur en carburants, alors que les prix et les tensions sur certains produits raffinés ont augmenté.
La campagne ukrainienne vise donc moins un effet ponctuel qu’une pression cumulative : obliger Moscou à réparer régulièrement ses installations, disperser ses défenses aériennes et consacrer davantage de moyens à la protection de son infrastructure énergétique.
« Regarde les flammes au-dessus de Moscou »
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a résumé dimanche le message politique que Kiev cherche à associer à ces frappes.
Dans une publication du ministère ukrainien des Affaires étrangères, il a affirmé avoir reçu des messages de plusieurs homologues étrangers à propos de ce qu’il a qualifié de « jour de Moscou en flammes ».
Il a directement renvoyé Vladimir Poutine aux conséquences de la guerre déclenchée contre l’Ukraine :
« Regarde par la fenêtre du Kremlin, regarde les flammes au-dessus de Moscou — et mets fin à cette guerre. »
Sybiha affirme que les Russes doivent désormais tenir Vladimir Poutine responsable du fait que la guerre touche directement leur territoire.
Cette déclaration relève de la communication politique ukrainienne, mais elle illustre clairement l’un des objectifs recherchés par Kiev : faire ressentir en Russie même le coût d’une guerre qui, pendant longtemps, s’est déroulée principalement sur le territoire ukrainien.
Un timing particulièrement sensible : la Russie vote
L’attaque revêt une dimension politique supplémentaire en raison de son calendrier.
Elle intervient le 20 septembre, troisième et dernier jour des élections législatives russes organisées du 18 au 20 septembre pour renouveler les 450 sièges de la Douma d’État.
Il s’agit des premières législatives russes depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022.
Vladimir Poutine avait lui-même donné au scrutin une forte dimension liée à la guerre, le présentant comme une occasion de montrer que des millions de Russes soutiennent l’armée et la politique menée en Ukraine.
Le vote se déroule dans un paysage politique très contrôlé. La plupart des candidats ouvertement opposés à la guerre ont été exclus, emprisonnés, contraints à l’exil ou empêchés de concourir dans des conditions comparables aux formations soutenant le Kremlin.
Le parti Russie unie de Vladimir Poutine devrait ainsi conserver sa domination sur la Douma.
Le scrutin également organisé dans les territoires ukrainiens occupés
Moscou organise aussi le vote en Crimée et dans les territoires occupés des régions ukrainiennes de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson.
Kiev et ses partenaires occidentaux considèrent ces consultations comme illégales et ne reconnaissent pas l’annexion revendiquée par Moscou de ces territoires ukrainiens.
L’Associated Press confirme que les élections sont organisées dans les régions ukrainiennes annexées unilatéralement par la Russie, malgré les protestations internationales.
L’opération ukrainienne contre Moscou se déroule donc au moment même où le Kremlin cherche à projeter une image de normalité politique, de contrôle territorial et de soutien populaire à la guerre.
La guerre s’invite dans le récit électoral du Kremlin
Le contraste est particulièrement fort.
Pendant que les électeurs russes étaient appelés à renouveler la Douma, explosions, interceptions de drones, incendies et perturbations étaient signalés à Moscou et dans sa région.
Les autorités russes ont elles-mêmes établi un lien entre les attaques et les élections. Vladimir Poutine avait accusé Kiev, dès le début du scrutin, de chercher à perturber le processus électoral. Moscou avait également annoncé des cyberattaques visant ses systèmes de vote électronique. Aucune preuve publique n’a toutefois été présentée établissant que la perturbation du scrutin constituait l’objectif opérationnel de l’attaque ukrainienne du 20 septembre.
Le calendrier produit néanmoins un effet politique évident : alors que le Kremlin souhaite utiliser ces élections pour afficher stabilité et soutien à sa politique militaire, l’Ukraine démontre simultanément sa capacité à porter la guerre jusqu’à la capitale russe.
Reuters estime que le scrutin pourrait permettre à Poutine de présenter une victoire de Russie unie comme une validation de sa politique en Ukraine et de renforcer le poids politique des vétérans de guerre.
Des pertes civiles dans la région de Moscou, un bilan encore mouvant
L’attaque a également provoqué des pertes civiles, mais les bilans rapportés varient selon les sources et les heures de publication — un signe que la situation évoluait encore au moment des premiers comptes rendus.
Selon les premières informations relayées par plusieurs médias citant le gouverneur de la région de Moscou, Andreï Vorobiov, un drone a touché un immeuble résidentiel à Sofrino, faisant un mort et plusieurs blessés, et une autre victime a été rapportée dans le secteur d’Orekhovo-Zuevo. Des bilans ultérieurs, dont celui cité par Reuters, font état de trois morts au total dans la région de Moscou. Au total, une vingtaine de personnes auraient été blessées dans l’ensemble de la région.
Kiev affirme que ses frappes visent des installations liées à l’effort de guerre russe et non la population civile.
Au même moment, les attaques russes contre l’Ukraine se poursuivaient : dans la région de Kiev, une frappe de drones russes a tué plusieurs personnes dimanche selon les autorités ukrainiennes, les bilans rapportés faisant état d’une femme et de plusieurs enfants parmi les victimes.
Une pression destinée à peser sur les choix du Kremlin
La logique défendue par Kiev apparaît désormais clairement.
L’Ukraine cherche à combiner la défense de son territoire avec une pression économique et militaire directement exercée en Russie : raffineries, dépôts de carburant, sites logistiques et autres infrastructures liées à l’effort de guerre figurent au cœur de cette stratégie.
Zelensky maintient parallèlement que Kiev reste disposé à discuter d’une désescalade réciproque, notamment concernant les infrastructures énergétiques et la sécurité alimentaire.
Son message adressé dimanche à Moscou était explicite : plutôt que de multiplier les défenses autour de la capitale, la Russie devrait, selon lui, « mettre fin à sa guerre brutale et choisir la paix ».
La frappe du 20 septembre réunit ainsi trois dimensions : militaire, avec les dégâts infligés à une importante raffinerie et à un site en Voronej ; économique, avec la poursuite de la campagne contre les capacités énergétiques russes ; et politique, puisqu’elle intervient au cœur d’un scrutin que le Kremlin entend précisément présenter comme une démonstration de stabilité et de soutien à la guerre.
Pour Kiev, le message est que la poursuite du conflit aura désormais un coût de plus en plus visible non seulement sur le front ukrainien, mais également au cœur du territoire russe.
Que se passe-t-il en Tunisie?
Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!

Auteur: Jihen
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.
