Edito

Quelles belles perspectives offrent la révolution pacifique pour la presse algérienne ! Le mouvement né le 22 février a libéré le quatrième pouvoir après avoir été pendant longtemps au service exclusif de l’Exécutif qui s’en servait sans retenue pour escamoter une gouvernance délabrée, pourrie par une corruption endémique, et gravement métastasée dans tous les corps sociaux.

Ce qui devait accomplir la grande et noble mission de service public a été honteusement transformé en outil de pouvoir et de sa conservation par une caste sans foi ni loi.

Bien sûr que cela n’aurait pas été possible sans une faune de journalistes «bouffeurs», sans éthique et sans conscience. Du premier collège, le pouvoir en a fait de petits milliardaires grâce à l’argent de l’Anep, du deuxième, il en a fait un peuple de quémandeurs capables de monnayer leur profession contre un smartphone, et des fois même un sandwich. Ce 3 mai 2019 sera peut-être gravé dans l’histoire.

Le peuple a réussi majestueusement à libérer la profession des mains polluantes d’un système vil dont souffrent les Algériens depuis des décennies. Le chemin est certes très long, mais le combat que mènent beaucoup de confrères, notamment dans les médias publics, à la radio comme à la télévision mérite d’être souligné.

Beaucoup d’entre eux souffraient dans le silence de ce qu’est devenu le métier de journaliste dans leur rédaction et des exactions de leurs chefs qui, pour quelques privilèges, se sont mis à la solde des maîtres du moment.

A présent, on le constate, ils sont complètement libérés. Ils mènent leur propre révolution au sein des entreprises de presse dans lesquelles ils travaillent pour redonner au service public la mission qui est la sienne. Sans l’omerta imposée aux médias, les passe-droits, la corruption à grande échelle, celle qui a mis notre pays à genoux, n’auraient jamais pu sévir.

Sans le dévoiement de la profession, devenue un outil de propagande éhonté entre les mains d’une mafia qui bloque l’épanouissement d’un pays aussi riche et au grand potentiel humain que le nôtre, le système de Bouteflika n’aurait jamais tenu aussi longtemps.

Dans les pays démocratiques où l’indice de corruption est le plus faible, et celui du développement humain plus fort, n’importe quel journaliste peut se présenter dans une institution publique, une entreprise, un ministère, pour demander à voir les dépenses effectuées par un responsable. Rien, en fait, ne peut garantir la transparence et la bonne gestion de la chose publique que la liberté de la presse et le libre accès à l’information.

Pour ceux qui sont animés de bonnes intentions et ont de grandes ambitions pour leur nation, la presse est incontestablement un outil indispensable à la bonne gouvernance. Elle assure la transparence et prémunit de la corruption et du vol. C’est pourquoi la presse est un enjeu important, une question de vie ou de mort pour les systèmes mafieux.

Le combat pour la liberté de la presse en Algérie a pour une fois une chance d’aboutir à l’ombre de la révolution citoyenne enclenchée le 22 février dernier, même si la tentation autoritaire et la disponibilité de certains mercenaires de la profession à en faire le jeu est toujours là. Mais les professionnels, les vrais, peuvent déjà célébrer la réappropriation de certains espaces de liberté.

Un prix bien meilleur que celui qui a été institué ces dernières années : celui de l’ex-président Bouteflika. Une kermesse organisée chaque année pour festoyer autour des «belles réalisations» d’un système honni par le peuple.

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Auteur: Hicham Chouadria
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