L’Algérie est bien enfoncée dans la crise. Le déficit budgétaire a atteint des proportions  très importantes, plus de 20 milliards de dollars, selon les déclarations du ministre des Finances, Mohamed Loukal, qui a présenté hier le projet de loi de finances 2020.

Et au rythme où vont les choses, la fonte des réserves de change ira plus vite que prévu. Elles seront totalement épuisées à la fin de l’année 2021. Peut-être plus tôt. D’où le gouvernement va chercher de l’argent pour combler l’énorme trou budgétaire, qui pourra se creuser encore plus, si les cours du pétrole n’évoluent pas positivement sur les marchés internationaux ?

Le PLF-2020 n’exclut ni le recours encore à l’usage de la planche à billets ni le retour à l’endettement extérieur. Les deux pourraient donc être actionnés en même temps. Pas seulement. Le gouvernement de Nourreddine Bedoui,  censé gérer les affaires courantes en attendant de trouver une  issue à la crise politique très complexe qui secoue le pays, engage l’Algérie dans des choix économiques très délicats en optant pour une dévaluation déguisée du dinar pour les trois prochaines années. En effet, le PLF-2020 prévoit un taux de change de 123 DA pour un dollar en 2020, 128 DA l’année suivante et 133 DA en 2021.

Ce qui étonne aussi dans l’exposé de Mohamed Loukal, c’est sa manière de se projeter dans l’avenir quand il parle de l’urgence de lancer des réformes économiques, et même de la création de 2 millions d’emplois en 2020. S’il ne dit pas comment cela est possible dans une économie totalement en panne avec des centaines, sinon des milliers d’entreprises, qui ont fermé, et des dizaines de milliers d’emplois perdus depuis au moins une année, n’explique pas également où ira-t-il chercher la légitimité qu’il faut pour faire accepter, par le peuple, «les réformes structurelles» dont a besoin l’économie nationale ? Le gouvernement de Nourreddine Bedoui est dans une véritable stratégie de fuite en avant et de passage en force de projets et de décisions dont il aurait pu faire l’économie en les laissant à l’équipe qui va lui succéder, mieux outillée en compétences et ayant le bénéfice de l’assentiment populaire. Il est d’ailleurs le seul à voir l’extrême urgence de promulguer une nouvelle loi sur les hydrocarbures, malgré un consensus national bien visible sur l’inopportunité  d’une telle décision.

Il y a même une sorte d’unanimité contre le fait de toucher à des questions  vitales et stratégiques  qui engagent l’avenir des futures générations. Mais le gouvernement n’est apparemment pas de cet avis et semble bien agir en dehors des règles que fixe la Constitution dont il est visiblement peu soucieux de respecter. Il vient, en effet, de définir,  par décret exécutif, les missions du  Commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique, créé auprès du Premier ministre en octobre dernier. Il a bien de la suite dans les idées Nouredine Bedoui !

Les attributions qu’il accorde à ce Commissariat sont  incroyables, au point de se demander l’utilité de l’existence du ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables. «Cet  organe de conception de la stratégie nationale de développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, et un instrument d’aide à la mise en œuvre et à l’évaluation de la politique   nationale, dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique», selon le décret signé par le Premier ministre.  A quoi joue donc le gouvernement dans la complexité de la crise politique qui secoue le pays et dont on n’entrevoit pas l’issue, du moins pour le moment ? S’entêter à forcer le passage à des décisions et des projets rejetés par les Algériens n’est pas le meilleur moyen de dépasser la complexité de la crise. Il la complique davantage. 

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Auteur: Hicham Chouadria
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