Ramadhan est là. Cette année, il intervient dans un contexte très particulier.
La politique a pris le dessus sur la vie sociale. Comment les Algériens vivent-ils les premiers jours de jeûne ? Sont-ils dans le même état d’esprit que les années précédentes ? Témoignages.
Manel, 39 ans
«Cette année, je dois avouer que je n’ai pas senti ‘‘rihet Ramadhan’’. D’habitude, il y a une ambiance particulière qui s’installe durant les jours qui précèdent son arrivée. Les odeurs, les préparatifs, la fébrilité des citoyens. Tout a été différent. Autour de moi, les gens ne parlent que de politique. Les arrestations spectaculaires auxquelles nous assistons monopolisent les discussions. La politique a pris le dessus sur le côté spirituel. Les interrogations sur la tournure que prendra le Hirak durant ce mois sacré sont au cœur des conversations. D’habitude, nous cherchons des programmes festifs pour meubler nos soirées de Ramadhan. Cette année, nous pensons aux slogans à inscrire sur les pancartes de nos marches. Ce Ramadhan est incontestablement celui des revendications et de la poursuite de notre révolution.»
Issam, 45 ans
L’ambiance de ce Ramadhan est très particulière. Nous sommes dans un autre état d’esprit. Hasard du calendrier, le mois sacré nous a trouvés en pleine révolution. Le gouvernement pensait que la mobilisation allait faiblir et qu’il allait tranquillement appliquer sa feuille de route. Mais il y a comme un fossé entre le discours politique et la volonté du peuple.
Les gens parlent moins des prix des fruits et légumes, même si, comme chaque Ramadhan, les commerçants s’adonnent à la spéculation. Nous sommes plus préoccupés par la situation de notre pays que par notre tube digestif ! Que va-t-il se passer dans les semaines à venir ? Les élections se tiendront-elles le 4 juillet prochain ? Qui sera le prochain président ? Ce Ramadhan 2019 a vraiment une autre couleur. Nous vivons des moments historiques. Attendons de voir ce qui va se passer !»
Houda, 43 ans
«Je n’ai pas eu envie d’acheter une nouvelle nappe pour ce Ramadhan comme je le fais chaque année ! Je n’ai pas senti les effluves du mois sacré. Ce que j’ai vu par contre, c’est la détermination du peuple à poursuivre le combat, coûte que coûte. Partout il y a des contestations, même au sein des entreprises. La parole s’est libérée. Le peuple, qui a été muselé pendant plus de 20 ans, ne veut plus se laisser faire. Alors Ramadhan ou pas, le combat continue. Il y aura moins de soirées culturelles. Les rues seront occupées en soirée pour des marches, des rassemblements pacifiques. Fini le côté festif. Il faut instaurer un Etat de droit. C’est la priorité du peuple tout en respectant l’esprit de solidarité et de partage du mois sacré de Ramadhan.»
Mohamed, 54 ans
«Le contexte de ce Ramadhan est très différent. Nous sommes loin des Ramadhan qui coïncidaient avec les vacances d’été où les longues soirées nous gardaient éveillés. En ce mois de mai, les enfants vont à l’école et les gens travaillent. Finies donc les longues ‘‘sahrat’’, exception faite pour le week-end. Le côté festif n’est plus de mise non plus. La situation politique que vit actuellement l’Algérie est très préoccupante. L’avenir de notre pays est en jeu. Le peuple est plus que jamais mobilisé. Ce Ramadhan ne ressemblera pas aux précédents. Il aura pour toile de fond la contestation. Je pense que Ramadhan 2019 fera date.»
Nadia, 21 ans
«Je suis étudiante et le Ramadhan de cette année me trouve en pleine grève ainsi que tous mes camarades de l’Université de Bab Ezzouar. Nous allons poursuivre notre mobilisation jusqu’à l’aboutissement de nos revendications. Nous continuerons à nous rassembler avec d’autres étudiants pour débattre et échanger des idées. Le Ramadhan est passé au second plan cette année. Il n’a pas la même ‘‘odeur’’.» Le politique cristallise toutes les attentions actuellement. Ce mois promet d’être riche en rebondissements. Dans ce contexte très particulier, les débats politiques accrochent plus que les sketchs-chorba. Les citoyens ne comptent pas se faire voler leur révolution. Ils s’adaptent à la situation. «Ramadhan ou pas, le combat continue», scandent-ils à l’unisson.
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