Le peuple est passé d’une communication officielle quasi inexistante depuis la première hospitalisation au Val-de-Grâce (France) de Bouteflika en avril 2013 à une autre, plus fructueuse et intense, depuis sa démission de la Présidence, à la suite du mouvement populaire qui a ébranlé le pouvoir depuis février dernier.

Depuis, on enregistre environ trois déclarations directes ou par communiqué par semaine. Sauf que ces dernières n’émanent pas du chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, comme cela devrait être le cas, mais du chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, Ahmed Gaïd Salah ! Depuis plus de trois semaines, beaucoup de questions sont posées sur les intentions du chef d’état-major.

Les Algériens ont l’impression de perdre progressivement leur révolution – qui a pour objectif initial le changement de tout le système et pas seulement une partie. «Gaïd Salah veut-il réellement accompagner la transition, comme il l’a dit, ou la gère-t-il, comme tout ce qu’il fait l’insinue», se demandent nos compatriotes.

Les revendications du peuple, qui souhaite le changement du système et d’aller vers une deuxième république et un Etat démocratique et de droit, rejoignent-elles les aspirations de Gaïd Salah, qui agit en vrai chef de l’Etat et en gérant des affaires courantes, comme le démontrent les différentes directives qu’il donne aux institutions, notamment la justice dernièrement ?

Il est tout à fait légitime, du moins pour ces Algériens qui manifestent publiquement leurs craintes sur les agissements de Gaïd Salah et refusent son ingérence dans les affaires politiques, de poser ces questions qui en tourmentent plus d’un.

Racistes

Décidé d’aller au bout de ses revendications, le peuple marchera aussi aujourd’hui et fera encore entendre sa voix comme il le fait depuis dix semaines.

Vendredi dernier, les revendications des manifestants sont devenues plus ciblées notamment à l’égard de Gaïd Salah à qui ils demandent aussi de «dégager avec le reste d’el 3issaba» (la bande). Mais Gaïd Salah ne l’entend pas de cette oreille.

Dans son dernier communiqué rendu public mercredi, le chef d’état-major de l’ANP affirme que «les démarches entreprises» par sa personne répondent en fait aux «aspirations du peuple qui le fait savoir à travers ses slogans scandés lors des marches du vendredi».

Gaïd Salah insiste encore sur l’option constitutionnelle, en appelant à une élection présidentielle le 4 juillet prochain et en gardant, au moins, deux visages concluants du régime Bouteflika, à savoir Abdelkader Bensalah comme intérimaire de Bouteflika et Noureddine Bedoui comme Premier ministre.

«Qu’y a-t-il de réellement changé quand on sait que ceux qui soutenaient le pouvoir et fraudaient les élections sont ceux qui gèrent actuellement la transition avec la même Constitution, qui est à l’origine de la crise, et qui veulent organiser aussi la prochaine élection présidentielle avant même la satisfaction des revendications des millions d’Algériens qui manifestent depuis plus de deux mois pour cet objectif», s’interrogent des milliers d’Algériens. «Même Gaïd Salah fait partie du système et des gens qui doivent partir», insistent d’autres.

Unité

Devant la détermination du peuple algérien à ce qu’ils partent tous notamment à travers son slogan «Yetna7aw Ga3», un groupuscule mené par deux personnages publiqcs, connus surtout pour leur propos racistes envers les Kabyles – la présidente du Parti de l’équité et de la proclamation, Naima Salhi, et le présentateur d’une émission sur une chaîne algérienne privée –accompagnés par quelques influenceurs sur Facebook, ont tenté d’organiser, mercredi, une manifestation de soutien à l’armée et à Gaïd Salah dans la wilaya de Djelfa. Officiellement, c’était une action de soutien à l’armée mais sur un fond raciste, notamment envers la Kabylie, comme l’ont fait savoir les déclarations de ces initiateurs.

Les meneurs en question ont fini par être chassés par les habitants des Ouled Naïl qui leur ont fait comprendre qu’«ils refusent toute tentative de diviser le peuple algérien». Un geste salué par des milliers d’Algériens, notamment sur les réseaux sociaux.

Le peuple manifestera aussi aujourd’hui sous le signe de l’unité et contre la division, devenue le fond de commerce de certains instigateurs qui font tout pour faire avorter la «révolution du sourire».

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Auteur: Hicham Chouadria
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