Quand certains veulent une élection présidentielle dans les meilleurs délais, d’autres veulent d’abord aller vers une constituante ; quand les premiers mettent en avant la nécessité d’une dialogue inclusif centré sur une présidentielle comme sortie de crise, les seconds veulent une période de transition assortie de certains préalables. Cette valse hésitation de la classe politique sur les voies de sortie de la crise politique actuelle symbolise toute l’épaisseur des contradictions et des clivages entre deux, voire trois paliers de discussions et de dialogue que s’efforcent de mener acteurs de la société civile et partis politiques.
Au panel de dialogue et de médiation mis en place par les autorités, qui semble de plus en plus rebuter la classe politique comme les personnalités nationales conviées à s’y intégrer, il faut mettre à côté d’eux autres forces politiques, qui agissent comme une centrifugeuse, le conglomérat de la société civile emmenée par les syndicats autonomes, et les partis d’opposition, où évoluent toutes les tendances, des « démocrates » aux islamistes. Et, entre les deux tendances réunies, il y a le mouvement des étudiants, qui s’intègre de plus en plus dans la dynamique actuelle tendant vers la constitution d’un large front social et politique, assez puissant pour se poser comme une vraie alternative été une force de propositions face aux jeux de coulisses du pouvoir, dont le cheval de Troie, le Panel de Kariml Younes, peine à convaincre de l’option d’une présidentielle coûte que coûte, et maintenant.
C’est pourtant cette éventualité de la tenue d’une élection présidentielle dans les six prochains mois, qui a les faveurs d’une partie de la classe politique, et cela s’est largement sentie et répercutée dimanche lors des travaux de la première réunion entre la société civile et les partis à Alger. A l’opposé des partisans de la tenue d’une élection présidentielle comme moyen de sortie de crise, dont les adeptes se recrutent autant au sein des associations de la société civile que parmi les partis membres du « Front du changement », il y a ceux qui militent d’abord pour la mise en place d’une Constituante, qui se recrutent parmi les membres de l’ « Alternative démocratique », une frange de la classe politique et des personnalités nationales qui ne veut pas aller franchement vers une élection présidentielle avant la mise en place de certains préalables, dont une légère révision de la Constitution. La mise à l’écart des propositions du Panel que dirige M. Karim
Younes est flagrante, et la société civile comme les partis d’opposition ne veulent surtout pas tomber dans le piège de l’affrontement inutile et négatif avec l’approche de sortie de crise proposée par le pouvoir, que veut faire adopter l’Instance de dialogue et de médiation. Les démarches entre temps se poursuivent pour concilier les approches, pas fondamentalement ambivalentes, entre les deux grandes tendances politiques actuelles nées du Hirak populaire, le « Front du changement » et « l’alternative démocratique », auxquels se sont joints les mouvements estudiantins. A partir de là, il y a le fait que les démarches du Panel, et donc la proposition de sortie de crise du pouvoir, ont pris les contours de contre mesures impopulaires, antidémocratiques et dangereuses pour le règlement de la crise sociale et politique actuelle. D’autant qu’imposer une feuille de route refusée et dénoncée par les forces du Hirak est contreproductif et périlleux pour la stabilité du pays.
Auteur: Boudjedri
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