Le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott, a intensifié sa campagne contre les espaces d’ablution (وضوء) destinés aux voyageurs musulmans dans deux des principaux aéroports de l’État. Il demande désormais au ministère américain de la Justice d’examiner officiellement ces installations, qu’il considère comme discriminatoires à l’égard des non-musulmans.
Selon des informations rapportées par le Washington Post, le gouverneur vise notamment les installations des aéroports Dallas-Fort Worth et George Bush Intercontinental de Houston.
Greg Abbott affirme que ces espaces ne sont pas des salles multiconfessionnelles accessibles à tous, mais des installations créées spécifiquement pour répondre aux besoins des voyageurs musulmans.
Des financements fédéraux également visés
Le gouverneur texan avait auparavant demandé au département américain des Transports de suspendre certaines subventions destinées aux deux aéroports tant que ces espaces ne seraient pas fermés.
Peu après cette initiative, les responsables de l’aéroport Dallas-Fort Worth ont décidé de ne pas poursuivre un projet prévoyant la création d’installations supplémentaires destinées aux ablutions.
Ces équipements permettent notamment aux voyageurs musulmans d’effectuer les ablutions rituelles avant la prière sans devoir utiliser les lavabos ou autres installations des toilettes publiques.
Des juristes contestent l’argument de la discrimination
La position de Greg Abbott a suscité de nombreuses critiques parmi des spécialistes du droit constitutionnel américain et des responsables musulmans.
Plusieurs experts cités par le Washington Post rejettent l’idée selon laquelle l’existence d’un espace répondant à un besoin religieux particulier constituerait en elle-même une discrimination envers les autres usagers.
Steven T. Collis, professeur de droit à l’Université du Texas à Austin, estime que la controverse s’inscrit dans un contexte politique plus large visant les musulmans dans l’État.
La spécialiste du droit constitutionnel Asma Uddin rappelle, pour sa part, que le principe américain de neutralité religieuse n’impose pas nécessairement de traiter toutes les pratiques religieuses de manière strictement identique. Selon cette lecture, l’enjeu juridique consiste notamment à éviter que les autorités publiques imposent, favorisent ou excluent une religion en raison de l’identité des personnes concernées.
Des spécialistes citent également d’autres aménagements répondant aux besoins de catégories particulières de la population : alimentation halal ou casher dans certains lieux publics, ou encore plages horaires adaptées dans des musées et des parcs afin de réduire le bruit, la foule et certains stimuli pour les personnes autistes.
Omar Suleiman dénonce une instrumentalisation politique
L’imam Omar Suleiman, président du Yaqeen Institute for Islamic Research à Dallas, estime que cette campagne intervient dans un climat politique où les musulmans sont de plus en plus directement pris pour cible.
Il considère que les arguments portant sur la discrimination, la sécurité ou le coût des installations masquent, selon lui, un phénomène plus large de polarisation politique et religieuse au Texas et aux États-Unis.
Omar Suleiman souligne également que les espaces d’ablution répondent à un problème concret pour les voyageurs musulmans, qui doivent autrement réaliser ces gestes dans des sanitaires classiques parfois peu adaptés.
Une controverse en pleine période électorale
Cette offensive intervient alors que Greg Abbott cherche à obtenir un quatrième mandat à la tête du Texas, sur fond de durcissement du discours politique autour de l’islam au sein d’une partie du Parti républicain.
Le gouverneur avait déjà été interrogé sur le contraste entre son opposition aux espaces d’ablution et son soutien à une loi texane imposant l’affichage des Dix Commandements dans les salles de classe des écoles publiques.
Lors d’une interview accordée à Fox News, Greg Abbott avait rejeté cette comparaison, considérant que les Dix Commandements appartenaient à l’histoire et aux fondements culturels du Texas, contrairement, selon lui, à d’autres traditions religieuses.
Selon les informations rapportées, Abbott avait également qualifié l’année dernière le Council on American-Islamic Relations (CAIR) d’organisation terroriste étrangère. Son administration et les responsables républicains du Texas ont par ailleurs contesté plusieurs projets liés à des organisations musulmanes, notamment un projet immobilier et résidentiel porté par un centre islamique près de Dallas.
Plus de 300 000 musulmans au Texas
La polémique intervient alors que la population musulmane occupe une place croissante dans plusieurs grandes métropoles américaines.
D’après les chiffres cités par le Washington Post, les États-Unis compteraient plus de 4,6 millions de musulmans, dont environ 313 000 au Texas.
La région de Houston abriterait la plus importante communauté musulmane de l’État, avec plus de 200 mosquées et centres islamiques. À Dallas, la population musulmane aurait doublé en une décennie.
Haris Tarin, vice-président du Muslim Public Affairs Council, estime que les manifestations d’hostilité envers les musulmans sont aujourd’hui devenues plus ouvertes et plus visibles qu’elles ne l’étaient dans les années qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001.
À Houston, la mairie défend l’utilité de l’installation
Le maire de Houston, John Whitmire, a défendu l’existence de l’espace d’ablution installé dans le terminal D de l’aéroport George Bush Intercontinental.
Selon lui, 22 % des voyageurs internationaux utilisant ce terminal empruntent des compagnies aériennes de pays à majorité musulmane.
La municipalité affirme que l’installation a été créée à la suite de demandes de voyageurs et qu’elle répond à un besoin pratique dans un aéroport international accueillant des passagers venus du monde entier.
Des salariés et voyageurs interrogés ont également défendu ces équipements. Obaid Mian, responsable de plusieurs restaurants de l’aéroport de Houston et utilisateur régulier de la salle d’ablution, a rappelé que le Texas accueillait une population très diverse et estimé que la présence de telles installations ne portait préjudice à personne.
Une controverse qui dépasse les aéroports
L’affaire intervient dans un contexte de tensions plus larges entre les autorités texanes et plusieurs institutions musulmanes.
Selon les informations rapportées, différentes initiatives ont notamment concerné le statut juridique d’organisations musulmanes ainsi que l’accès d’écoles islamiques à certains programmes publics de financement scolaire, plusieurs contentieux ayant ensuite été examinés par les tribunaux.
La question des espaces d’ablution dans les aéroports est ainsi devenue l’un des nouveaux points de cristallisation d’un débat beaucoup plus large aux États-Unis, mêlant liberté religieuse, neutralité de l’État, campagne électorale et place croissante des communautés musulmanes dans la société américaine.
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Auteur: balkis T
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