Ce vendredi, le septième depuis le déclenchement de la révolte le 22 février dernier, sera particulier puisque les Algériens l’aborderont avec un goût de première victoire sur les lèvres. Il s’agira aussi d’un test grandeur nature par rapport à la poursuite de la mobilisation, trois jours après l’annonce de la démission de Abdelaziz Bouteflika.

Il s’agirait de voir si le départ officialisé du désormais ex-chef de l’Etat, comme réclamé par la population, va-t-il à lui seul suffire pour calmer la colère des Algériens, une colère exprimée pacifiquement et de fort belle manière depuis six semaines. Il est question aussi de savoir si la «feuille de route» proposée par le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, s’articulant autour de la mise en œuvre des articles 7, 8 et 102 de la Constitution, va être acceptée ou non par la population.

Vendredi dernier, les Algériens étaient sortis en masse à travers toutes les wilayas du pays, pour la sixième fois de suite. Serait-ce le cas demain aussi ? Si au tout début il était beaucoup plus question de rejeter le 5e mandat, au fil du temps, le plafond des revendications a été porté à la hausse, puisqu’au bout de deux semaines les Algériens ne réclamaient ni plus ni moins que le «départ du régime». «Partez tous», ne cessent de scander les manifestants.

En exigeant, avant-hier, l’application «dans l’immédiat» des dispositions de l’article 102 de la Constitution, ce à quoi a répondu favorablement le chef de l’Etat quelques quarts d’heure après, le chef d’état-major de l’ANP espère remettre l’Algérie dans la «légalité constitutionnelle».

Et cette dernière passe nécessairement, dans le cas d’une application stricte de la Loi fondamentale du pays, par une présidence (par intérim) assurée par le président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, et par l’organisation d’une présidentielle dans un délai de 90 jours par le Premier ministre, Noureddine Bedoui.

Or, ces deux personnalités, tout comme le président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaïz, sont contestées par la population et bon nombre des formations politiques de l’opposition. «Les institutions sont pilotées par les mêmes hommes du système, gouvernement Bedoui, Conseil constitutionnel Belaïz, chef de l’Etat Bensalah et Gaïd comme l’homme fort incarnant le régime de transition. Non, l’édifice institutionnel, constitutionnel et le personnel qui a mené le pays à la crise doivent changer.

L’application de l’article 102 est une manœuvre de plus qui vise à casser le mouvement et à avorter la naissance de la nouvelle République. Continuons notre marche pacifique, on a déjà une victoire», a déclaré à cet effet le vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), Saïd Salhi.

Le Collectif de la dynamique de la société civile pour une sortie de crise pacifique, composé de plusieurs associations et syndicats autonomes, comme RAJ, LADDH (Benissad/Zehouane), le Snapest ou le Snapap, exige pour sa part le «départ de tous les responsables de ce régime honni».

Hier, lors d’un rassemblement organisé à la Grande-Poste, à Alger, par des bénéficiaires de crédits Ansej et CNAC, auxquels se sont joint d’autres manifestants, il y avait des écriteaux qui donnent une indication sur ce que sera la réaction des Algériens demain. «Système dégage», «Le peuple veut l’activation de l’article 7 de la Constitution et le gel de l’article 102.

La souveraineté au peuple», peut-on lire, entre autres. «Ni Gaïd ni Toufik», scandaient par ailleurs certains manifestants. A cet effet, en plus des appels pour une manifestation massive ce vendredi circulant sur les réseaux sociaux, pour rappeler que «le peuple est source de tous pouvoir» et pour dénoncer les autorités de la transition découlant de l’application de l’article 102 (Bensalah et Bedoui), des partis, associations et personnalités politiques ont appelés les Algériens à «poursuivre la mobilisation».

C’est le cas du Parti des travailleurs (PT), de l’Union démocratique et sociale (UDS), du Mouvement de la société pour la paix (MSP), du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), pour ne citer que ceux-là. Le Collectif de la dynamique de la société civile pour une sortie de crise pacifique a appelé, ainsi, à «maintenir la pression par la mobilisation pacifique et à sortir massivement pour les manifestations de ce vendredi 5 avril 2019 partout en Algérie et réaffirmer la volonté populaire pour le changement démocratique».

Il est clair que tel qu’elle se présente, la feuille de route de la légalité constitutionnelle (article 102 de la Constitution) ne peut satisfaire la population qui a comme principal mot d’ordre «le départ du régime». La mobilisation de ce vendredi renseignera sur la suite des événements. Mais a priori, tous les signes montrent que les Algériens s’en tiennent toujours à la «rupture» avec le système. La réponse à la feuille de route s’articulant autour de la mise en œuvre de l’article 102 sera donc connue lors de ce «vendredi acte 7».

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Auteur: Hicham Chouadria
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