Se dirige-t-on vers un tripatouillage constitutionnel en République démocratique du Congo (RDC)? Il est peut-être trop tôt pour répondre à cette interrogation par l’affirmative. Mais toujours est-il que le débat sur une révision de la Constitution, est plus que jamais relancé au sein de la classe politique congolaise. Pour cause: certains veulent voir modifiée la Loi fondamentale qui n’a plus été touchée depuis 20 ans. Parmi eux, le premier des Congolais, le président de la République. C’est un rêve que Félix Tshisekedi nourrit depuis belle lurette. Mais bousculé, d’une part, par l’opposition depuis le retour de son prédécesseur Joseph Kabila qui a mis fin à son exil politique et tenaillé, d’autre part, par les rebelles du M23, Fatchi avait été contraint de mettre cette ambition en berne.
Président Tshisekedi est loin d’avoir convaincu tous les Congolais, de l’opportunité d’une révision constitutionnelle
Mais l’homme politique reste ce qu’il est: lorsqu’il tient à quelque chose, il n’y renonce pas facilement. Et Tshisekedi en a donné la preuve. Ce projet de révision constitutionnelle, il en a des frissons de désirs. Et il y tient. Mais pour garder ses mains propres, il envoie ses lieutenants faire le sale boulot. Et depuis quelque temps, ses ouailles sortent du bois pour annoncer cette ambition présidentielle de tripatouiller la Constitution congolaise. “Que les choses soient claires, nous allons toucher à cette Constitution”, martelait le chef du parti présidentiel UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) au cours d’une rencontre avec des caciques du régime. Pour Augustin Kabuya, si Mobutu (l’un des personnages controversés de l’histoire politique de ce pays) a révisé la Constitution 17 fois, que Laurent-Désiré Kabila l’a touchée trois fois et que Joseph Kabila l’a lui aussi retouchée, il n’y a pas de raison que le président Tshisekedi s’en prive. Comme si ces cas constituaient des exemples. Au sein même du gouvernement, certains propos frisent la condescendance et la désinvolture, à l’image de cette déclaration du ministre des Sports Didier Budimbu. «Qu’on ne se voile pas le visage. Nous n’allons pas faire du genre les deux mandats prennent fin, puis on cède le pouvoir, pour le donner à qui ? Et pour que celui à qui on le donne, en fasse quoi ? Nous allons tout droit vers un troisième mandat, nous n’aurons pas honte», avait osé cet allié du président. Comme dirait un commerçant du grand marché de Roodwoko de Ouagadougou. «Quand on t’envoie, il faut aussi savoir t’envoyer». De telles dérives langagières ne rendent pas du tout service au président Félix Tshisekedi qui, il faut le dire, est, pour l’instant, loin d’avoir convaincu tous les Congolais de l’opportunité d’une révision constitutionnelle. La preuve, tous les partis d’opposition condamnent à l’unisson, l’obstination du président de la République à procéder à une modification de la Loi fondamentale. L’ex-président Joseph Kabila dénonce une «démarche suicidaire» pendant que l’opposant Martin Fayulu, juge le projet de révision constitutionnelle «inopportun». Quant au président de l’Alliance pour le changement, Jean-Marc Kabund, il estime que relancer le débat sur le changement de la Constitution, en plein conflit dans l’Est du pays, est «moralement inacceptable et politiquement irresponsable».
Il serait de bon aloi de promouvoir davantage la culture de l’alternance
Et il n’y a pas que la classe politique qui émet des réserves sur ce projet de révision constitutionnelle. En effet, les évêques, à travers la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), interpelaient déjà, en novembre 2024, le pouvoir sur l’opportunité d’une modification constitutionnelle, évoquant un contexte social difficile qui ne s’y prêtait pas. Au regard de la levée de boucliers qu’a suscitée son projet de révision constitutionnelle, Tshisekedi a-t-il des chances de réussir son pari? On attend de voir comment le peuple réagira face à cette décision du pouvoir. En tous les cas, il est évident que la priorité des Congolais ne réside pas dans une modification constitutionnelle qui, en réalité, ne vise qu’à prolonger la durée du président Tshisekedi, au pouvoir. Malheureusement, Fatchi ne l’entend pas de cette oreille et tient à obtenir sa révision constitutionnelle. Tout cela aux fins de prolonger son règne. Ainsi donc, lui aussi n’aura pas résisté à la tentation du troisième mandat, à l’instar de bien de ses pairs africains. Et le moyen le plus facile pour y arriver, c’est de procéder à un tripatouillage constitutionnel. Ce scénario, on le connaît par cœur sur le continent; tant il s’est maintes fois répété. Au regard des exemples qui sont légion sur le continent, on est porté à croire que le problème de la gouvernance politique en Afrique, réside dans le rapport des dirigeants au pouvoir, toute chose qui fait qu’une fois qu’on l’acquiert, on s’y accroche par tous les moyens.
“Le Pays”
Auteur: Editions LEPAYS
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