Un numéro vert, le 8350, et une plateforme pour alerter sur les vio­lences à l’égard des femmes. L’Union nationale des femmes du Maroc (UNFM) a lancé cette initiative fin janvier 2020. L’association, créée il y a un demi-siècle, a développé aussi une application «Tous avec toi» pour venir en aide aux femmes victimes de violences physique, psychologique… (www.unfm.ma).

Sa plateforme opère 24h/24 et sans interruption pendant toute la semaine. L’UNFM compte aussi un réseau national de 12 cellules d’écoute et d’orientation mis en place en par­tenariat avec la Faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat. Les coordonnées de ses centres d’écoute et d’orientation sont disponibles sur le site de l’UNFM.

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La Sûreté nationale (DGSN), la Gendarmerie royale, la présidence du ministère public et le ministère de la Solidarité, du Développement social, de l’Egalité et de la Famille sont par­tenaires de ce projet d’intérêt général. La DGSN intervient en cas de si­gnalement dans le milieu urbain. La Gendarmerie royale opère plutôt dans les zones rurales. L’Union nationale des femmes du Maroc «a reçu des milliers d’appels» depuis le lancement de la plateforme fin janvier 2020. Leur nombre ne nous a pas été communi­qué.

Par ailleurs, une trentaine d’autres associations(1) sont mobilisées pour faire entendre la voix des victimes. Pour elles, il y a une corrélation entre la hausse de la violence domestique et le confinement obligatoire. La situation est «très critique», alertent-elles dans leur plaidoyer du 2 avril 2020.

«Les femmes victimes de violences sont doublement impactées par le confine­ment imposé par le risque de propaga­tion de la pandémie du coronavirus», déplore Amina Lotfi, présidente du bu­reau de Rabat relevant de l’Association démocratique des femmes du Maroc. L’état d’urgence sanitaire a été dé­crété par le gouvernement le 20 mars 2020. Depuis lors, les associations signataires du plaidoyer «sont très préoccupées par le sort des femmes et des filles victimes de violences».

Durant le confinement qui va du­rer jusqu’au 20 avril, «les victimes de violences domestiques seront enfermées avec leurs agresseurs. Ce qui augmente le risque d’agressions comme le montre les récentes statis­tiques internationales». Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a d’ailleurs sonné l’alarme, le 6 avril à New York, sur «une horrible flambée mondiale de violence domestique».

Sur le plan national, l’enquête de 2019 sur la prévalence de la violence à l’encontre des femmes apporte un éclairage précieux. Que constate son auteur, le Haut Commissariat au Plan (HCP)? «Le contexte domestique qu’il soit conjugal ou familial (y compris la belle famille) demeure le plus mar­qué par la violence». Ce fait socio­logique est confirmé par les statis­tiques judiciaires de 2018: dans 6 cas sur 10, l’auteur d’une agression est un proche de la victime.

Le HCP relève ainsi que 6,1 mil­lions de femmes sont dans cette si­tuation avec une prévalence de 52%. Il constate une hausse d’un point par rapport à son enquête de 2009.

                                                                               

 Des centres d’écoute et d’orientation fermés

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Faudrait-il mener une enquête spéciale sur la violence domestique pendant le confine­ment? «Durant cette période, les victimes ne peuvent ni se défendre, ni quitter le domicile pour se ré­fugier ailleurs. Elles sont livrées à leurs agresseurs et privées de tout recours et mesures de protec­tion», rapportent les associations de défense des droits des femmes. D’autres éléments alimentent leur inquiétude.

Premièrement, «les centres d’écoute et d’orientation juri­diques, mis en place dans leur qua­si-majorité par les associations, sont fermés et les dispositifs de tra­vail à distance ne sont pas à même d’apporter aide et soutien requis», alertent les associations signataires dans leur plaidoyer du 2 avril 2020.

Deuxièmement, l’alerte donnée par L’Economiste renseigne sur le degré d’efficacité du dispositif (Lire article). «Les services de sécurité ne se déplacent pas systématiquement au lieu de l’agression. Il faut que l’inci­dent ait entraîné par exemple des bles­sures graves», rapporte l’accompagna­trice d’une association ayant requis l’anonymat.

Troisièmement, que signifie une victime «gravement atteinte»? Les coups et blessures peuvent parfois entraîner des séquelles graves invisibles à l’oeil nu comme une hé­morragie interne. Il y a également les effets psychologiques d’une agression et son impact sur l’environnement immédiat de la victime, à commen­cer par les enfants. C’est ce que le HCP qualifie de «coût social et éco­nomique» de la violence.

Faiçal FAQUIHI

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(1) Forum des Alternatives Maroc, Mains Libres, Association des femmes de la montagne, Association femmes Sud, Voix de la femme amazighe, Organisation marocaine des droits humains, Association démocratique des femmes du Maroc, Oujda Aïn Ghazal 2000…

Auteur: hlafriqi
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