{"id":100655,"date":"2020-10-02T10:59:00","date_gmt":"2020-10-02T14:59:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-fausse-route\/"},"modified":"2020-10-02T10:59:00","modified_gmt":"2020-10-02T14:59:00","slug":"tunisie-fausse-route","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-fausse-route\/","title":{"rendered":"Tunisie: Fausse route"},"content":{"rendered":"<p class=\"c4\"><span class=\"c3\"><span class=\"c2\"><em><strong>Par Monji\u00a0 Ben Raies &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> Nos grandes erreurs de gouvernance se sont cristallis\u00e9es sur le plan politique, \u00e9conomique et social depuis 10 ans maintenant, lorsque le tout un chacun s\u2019est immisc\u00e9 \u00e0 la Constituante sous pr\u00e9texte de poser les fondations de ce qui devait \u00eatre l\u2019Etat nouveau de l\u2019apr\u00e8s 2011. Progressivement, la soci\u00e9t\u00e9 politique tunisienne est devenue un salmigondis de personnes du commun qui se m\u00ealent des affaires politiques comme Monsieur Jourdain dit de la prose, sans rien en conna\u00eetre. Telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente, la classe politique semble n\u2019avoir plus que faire de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et surtout n\u2019aidera pas le pays \u00e0 se relever des crises \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition qu\u2019il est en train de vivre. L\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral s\u2019estompe peu \u00e0 peu, et les politiques publiques, pourtant n\u00e9cessaires, semblent des ombres diaphanes sur le tableau \u00e9tatique. Nous avons une classe politique, \u00e0 la fois fragment\u00e9e, tout en \u00e9tant d\u00e9sunie dans ses int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels contradictoires.<\/p>\n<p class=\"c4\">Cette situation fait que ce sont ces int\u00e9r\u00eats qui pr\u00e9dominent et qui dictent les comportements et non pas l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur soci\u00e9tal et de la Nation. Sur des questions centrales, financi\u00e8res, sanitaires, sociales, relativement \u00e0 la situation \u00e9pouvantable du pays sur le plan \u00e9conomique et social, avec la paup\u00e9risation et l\u2019amenuisement de la classe moyenne, des clans s\u2019opposent \u00e0 prendre des mesures pour y faire face. La classe politique \u00e9go\u00efste est totalement d\u00e9consid\u00e9r\u00e9e par la population qui demande maintenant, dans la rue, son changement. Depuis 2011, elle a accapar\u00e9 tout l\u2019\u00e9tage de l\u2019h\u00f4tel du pouvoir pour elle-m\u00eame, pour se servir \u00e0 convenance au buffet ouvert des privil\u00e8ges, sans y apporter une once de bon sens ou de solution. Chaque parti sert ses int\u00e9r\u00eats et ceux de sa paroisse, b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019avantages mat\u00e9riels outranciers.<\/p>\n<p class=\"c4\">Face \u00e0 cela, les jeunes notamment, mais pas seulement eux, ne supportent plus l\u2019iniquit\u00e9 de ce syst\u00e8me politique. Apr\u00e8s seulement six ann\u00e9es, le r\u00e9gime politique mis en place par la Constituante en 2014 semble aujourd\u2019hui \u00e0 bout de souffle, compte tenu de son inad\u00e9quation, de son inadaptation et de l\u2019\u00e9quilibre pr\u00e9caire des forces politiques en pr\u00e9sence, qu\u2019il instaure. Il contribue \u00e0 un immobilisme politique directement responsable de la crise qui frappe le pays depuis plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"c4\">En Tunisie, la politique n\u2019\u00e9volue pas ou plus, faite seulement de faux-semblants et de poudre-aux-yeux, du fait de cet \u00e9quilibre instable de la soci\u00e9t\u00e9 politique et de la peur maladive de le rompre par des r\u00e9formes qui redistribueraient les cartes. Ce syst\u00e8me ne laisse donc place \u00e0 aucune \u00e9chappatoire, \u00e0 aucun autre d\u00e9bat, aucun autre discours, que celui du nombre de si\u00e8ges et du nombre de portefeuilles minist\u00e9riels dans la formation de gouvernements que l\u2019on n\u00e9gocie dans le souk des tapis politiques de Dar Dhiaffa. Une course au pouvoir personnalis\u00e9e et un partage corporatiste du G\u00e2teau Tunisie. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne chronovore emp\u00eache la focale de se d\u00e9caler de cette pseudo repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale r\u00e9p\u00e9titive tr\u00e8s floue, pour passer \u00e0 des choses plus concr\u00e8tes comme les vraies questions \u00e0 propos de politique g\u00e9n\u00e9rale, de diplomatie, d\u2019\u00e9conomie et de finances publiques. Au-del\u00e0 du syst\u00e8me en tant que tel, c\u2019est le rejet plus direct de certains repr\u00e9sentants auxquels on reproche d\u2019entretenir la zizanie entre les formations, leur amateurisme, leur incomp\u00e9tence et leur souci de ne faire que s\u2019asseoir sur les si\u00e8ges des institutions pour occuper la place, sans plus d\u2019apport qu\u2019une pr\u00e9sence.<\/p>\n<p class=\"c4\">Le printemps arabe, la r\u00e9volution dont on a tant parl\u00e9, comme une all\u00e9gorie du Peuple en qu\u00eate de dignit\u00e9. Il crie toujours sa r\u00e9volte et nous interpelle sur la question de savoir si toutes les r\u00e9volutions m\u00e8nent \u00e0 la libert\u00e9. Simplement pour montrer comment la Tunisie continue d\u2019\u00eatre maltrait\u00e9e m\u00eame par ses nouveaux dirigeants. La d\u00e9mocratie n\u2019a toujours pas su se repositionner, face \u00e0 la mont\u00e9e de l\u2019autoritarisme ext\u00e9rieur et int\u00e9rieur, port\u00e9e par les d\u00e9sarrois des classes moyennes disqualifi\u00e9es. Notre d\u00e9cennie r\u00e9volutionnaire n\u2019a surtout fait qu\u2019embarquer les questions irr\u00e9solues de la pr\u00e9c\u00e9dente, comme une voie d\u2019eau ingurgitant des paquets de mer, dans le flanc d\u2019un navire meurtri. Les questions politiques, financi\u00e8res, sociale, soci\u00e9tale, \u00e9cologique, n\u2019ont toujours pas le d\u00e9but d\u2019une r\u00e9ponse \u00e0 la hauteur du d\u00e9fi, c\u2019est-\u00e0-dire adapt\u00e9e en termes de moyens et de degr\u00e9 de coordination. Le Brexit continue de cr\u00e9er une \u00e9norme inconnue, aux portes de l\u2019Union Europ\u00e9enne et de ses partenaires, dont nous, Tunisie. L\u2019Alg\u00e9rie reste un voisin g\u00eanant, une poudri\u00e8re politique et financi\u00e8re au bord de l\u2019implosion ; tout comme la Libye qui s\u2019installe durablement dans la guerre civile internationalis\u00e9e ; et l\u2019on ne voit sur aucun de ces terrains s\u2019esquisser l\u2019amorce d\u2019un d\u00e9nouement quelconque. Nous situant toujours dans l\u2019apr\u00e8s 2008, nous n\u2019avons pas su traiter l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle et la question sociale. Nous sommes confront\u00e9s \u00e0 des mirages, la r\u00e9cession mondiale tant crainte n\u2019aura probablement pas l\u2019ampleur que certains lui pr\u00e9disent ; et pourrait resurgir, pr\u00e9matur\u00e9ment, le concept de reprise dans le vocabulaire des experts. Dans ce monde de l\u2019apr\u00e8s 2008, o\u00f9 l\u2019argent, les prix d\u2019actif, les tr\u00e9soreries, ont leur vie propre, d\u00e9corr\u00e9l\u00e9e du r\u00e9el, l\u2019\u00e9conomie peut aller mal, l\u2019activit\u00e9 peu ralentir avec ou sans son floril\u00e8ge de faillites, de licenciements, qui g\u00e9n\u00e9ralement amplifient le ph\u00e9nom\u00e8ne. Et certains s\u2019illusionnent de l\u2019id\u00e9e d\u2019une r\u00e9solution de notre crise, qui n\u2019est que le d\u00e9but d\u2019un processus long et profond\u00e9ment incertain ; qu\u2019ils s\u2019illusionnent aussi de l\u2019apaisement des bras de fer partisans, les consid\u00e9rants \u00e0 tort comme une \u2018\u2019Pax politica\u2019\u2019. Et que les tractations et marchandages, port\u00e9s par des int\u00e9r\u00eats durablement au plancher et le rachat d\u2019influence, accr\u00e9dite l\u2019id\u00e9e d\u2019une lev\u00e9e des points de blocage et que tout cela soit momentan\u00e9ment auto-r\u00e9alisateur.<br \/>Mais d\u00e9trompons-nous ! M\u00eame s\u2019il devait y avoir quelque reprise de feu de la croissance, ce serait une fausse bonne nouvelle et un mauvais sympt\u00f4me ; et peut-\u00eatre m\u00eame un plus gros risque. L\u2019illusion que tout ne va pas si mal, avec la finance dans le r\u00f4le de l\u2019orchestre sur le Titanic, est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui fait que 2011 n\u2019appartient toujours pas au pass\u00e9 et que le \u2018\u2019business as usual\u2019\u2019 continue son cours, sans prendre \u00e0 bras le corps les enjeux ; et cette conjoncture en apesanteur est aussi ce qui fait que l\u2019administration du moment n\u2019aura pas \u00e0 rendre compte de son bilan v\u00e9ritable \u00e0 plus long terme. La d\u00e9mocratie est assaillie de toutes parts et ne sauve les meubles qu\u2019en apparence ; et dans ce contexte chaque scrutin devient le marqueur de cette d\u00e9liquescence soci\u00e9tale annonc\u00e9e. Les \u00e9lections d\u00e9cisives pour la recomposition politique<\/p>\n<p class=\"c4\">de certains pays comme le n\u00f4tre, surlignent l\u2019extr\u00eame fragilit\u00e9 du mod\u00e8le d\u00e9mocratique en proie \u00e0 des partis politiques peu fr\u00e9quentables, qui ne se maintiennent plus que par des machinations et un acharnement th\u00e9rapeutique qui acc\u00e9l\u00e8re leur discr\u00e9dit et devrait acter encore plus le naufrage des id\u00e9aux ; l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle tunisienne du prochain quinquennat, occupera le devant de la sc\u00e8ne et pourrait consacrer le caract\u00e8re insubmersible de l\u2019administration actuelle ; et m\u00eame si tel n\u2019\u00e9tait pas le cas, une victoire d\u2019un parti d\u00e9mocrate risquerait fort d\u2019\u00eatre un cadeau empoisonn\u00e9, tant ces derniers sont divis\u00e9s, et tant le corps social n\u2019est pas pr\u00eat \u00e0 op\u00e9rer ce tournant radical qui permettrait \u00e0 la Tunisie de changer d\u2019\u00e9poque sous leadership d\u2019un Etat de droit et de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et d\u2019entra\u00eener dans leur sillage les Pays de l\u2019Afrique en d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p class=\"c4\">Reste le d\u00e9sastre le plus certain de 2020, tout ce qui ne se fera pas. Le slogan sera l\u00e0, mais le red\u00e9collage n\u2019aura pas lieu. Faire, c\u2019est accepter un engagement, un budget, une dette publique, mobiliser des montants massifs dans des d\u00e9lais courts, r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s, restaurer la capacit\u00e9 d\u2019achat des simples citoyens, ainsi que la justice fiscale et b\u00e2tir des fili\u00e8res sur le territoire. C\u2019est r\u00e9volutionner le cadre financier en imposant plus justement tous les contribuables sans exception, y compris les grandes fortunes. En 2020, on parlera encore de d\u00e9rives financi\u00e8res, mais on ne s\u2019attaquera pas \u00e0 l\u2019hyper-concentration des fonds p\u00e9cuniaires dans une minorit\u00e9 de mains. On parlera taxation, mais les lobbys et le pouvoir de l\u2019argent la torpilleront. Finalement, imaginer la fin 2020 aujourd\u2019hui, c\u2019est imaginer une ann\u00e9e en trompe-l\u2019oeil, une ann\u00e9e qui appartient d\u00e9j\u00e0 au pass\u00e9, une ann\u00e9e pour rien, sinon corrompre l\u2019ann\u00e9e \u00e0 venir et le devenir de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p class=\"c4\">En Tunisie depuis 2011, les erreurs de politique \u00e9conomique, suite d\u2019abord \u00e0 la grande r\u00e9cession de 2008, mais aussi au changement de r\u00e9gime, et au pi\u00e9tinement des remaniements gouvernementaux, ont abouti \u00e0 des r\u00e9sultats calamiteux ; un taux de croissance annuel moyen tomb\u00e9 en dessous de \u00bd %, et un nombre de ch\u00f4meurs en hausse constante, puisqu\u2019avec la crise sanitaire, nous devrions atteindre et m\u00eame d\u00e9passer les 35 %.<\/p>\n<p class=\"c4\">Egrainer et cat\u00e9goriser les erreurs successives de notre chapelet conduit \u00e0 pr\u00e9senter trois types d\u2019erreurs fondamentales propres \u00e0 la situation pr\u00e9sente, des erreurs de strat\u00e9gie, des erreurs de diagnostic, des erreurs de timing.<br \/>Parmi les erreurs de strat\u00e9gie, l\u2019une d\u2019elles est sans conteste, commune \u00e0 tous les gouvernements, l\u2019absence de prise \u00e0 bras le corps de ce qui est \u00e0 l\u2019origine d\u2019un malaise tunisien, le d\u00e9s\u00e9quilibrage du voisinage, Alg\u00e9rie, Maroc et Libye et la p\u00e9riph\u00e9risation de l\u2019\u00e9conomie tunisienne. Au coeur du probl\u00e8me Tunisien, il y a l\u2019agglom\u00e9ration de la logistique exportatrice du Maroc et en corolaire la perte d\u2019audience tunisienne \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne, africaine et arabe, qui participe \u00e0 la panne du projet d\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale et nationale. Le Maroc joue en solo et surfe sur les d\u00e9faillances \u00e9conomiques et de repr\u00e9sentativit\u00e9 tunisiennes et r\u00e9cup\u00e8re ses parts de march\u00e9 perdues et sa cr\u00e9dibilit\u00e9 dissolue. Remonter la pente, tout en nous diff\u00e9renciant devrait \u00eatre au coeur de nos probl\u00e9matiques politiques et socio-\u00e9conomiques. Au lieu de cela, la Tunisie, comme d\u2019autres pays de la zone m\u00e9diterran\u00e9enne, s\u2019\u00e9vertue \u00e0 devenir une p\u00e2le copie satellite de l\u2019Am\u00e9rique, de la France, de l\u2019Allemagne ou de la Turquie et ne con\u00e7oit uniquement ses r\u00e9formes que par le prisme de ces derniers. R\u00e9sultat, la Tunisie, subit pour l\u2019heure les revers de l\u2019orthodoxie lib\u00e9rale occidentale au plan budg\u00e9taire, salarial et fiscal, social, pour tenter de retrouver le chemin de la comp\u00e9titivit\u00e9. Mais la remont\u00e9e pr\u00e9matur\u00e9e des taux financiers, en 2011, a tu\u00e9 dans l\u2019oeuf l\u2019embryon de reprise qui s\u2019esquissait. Le contraste est saisissant avec la politique men\u00e9e par nos voisins. Le constat est implacable ; la Tunisie s\u2019est laiss\u00e9 happer dans la dynamique des pays du sud avec une crise \u00e0 rechute et une mentalit\u00e9 d\u2019assist\u00e9.<\/p>\n<p class=\"c4\">Dans le prolongement du premier constat, relativement aux erreurs de diagnostic, de prime abord, il apparait que le syst\u00e8me productif est le grand absent de nos politiques \u00e9conomiques et sociales. Il est abandonn\u00e9 \u00e0 l\u2019anarchie de l\u2019initiative priv\u00e9e et de la concurrence sauvage. Certes, il y a eu une inflexion vers l\u2019offre depuis 2014, mais il n y\u2019a pas de vrais instruments \u00e0 la hauteur de notre probl\u00e8me productif pour concevoir un produit tunisien original. C\u2019est flagrant au niveau du secteur touristique, dont le produit offert n\u2019a pas \u00e9volu\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1960. Il y a eu une \u00e9bauche de changement, avec les p\u00f4les de comp\u00e9titivit\u00e9, mais depuis on continue de s\u2019en remettre au march\u00e9 quand il faudrait agir, prot\u00e9ger l\u2019innovation, orienter l\u2019investissement pour rattraper le terrain perdu ou se repositionner l\u00e0 o\u00f9 le tissu productif est le mieux \u00e0 m\u00eame d\u2019extraire de la valeur, comme dans le secteur agricole. A l\u2019inverse, la d\u00e9faillance de politique Tunisienne d\u2019exon\u00e9rations de cotisations sociales sur les bas salaires n\u2019a cess\u00e9 d\u2019affaiblir notre positionnement de gamme, et de fragiliser notre socle de productivit\u00e9 pour ne servir in fine que des hausses de SMIC d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es unilat\u00e9ralement du sommet de l\u2019Etat.<\/p>\n<p class=\"c4\">Les erreurs de timing sont la troisi\u00e8me cat\u00e9gorie d\u2019erreur, et notamment la myopie de notre pilotage soci\u00e9tal et la carence d\u2019une v\u00e9ritable politique financi\u00e8re et fiscale, juste, \u00e9galitaire et \u00e9quitable. Les gouvernements successifs n\u2019ont pas cess\u00e9 de sp\u00e9culer sur des reprises hypoth\u00e9tiques et des taux de croissance irr\u00e9els, ouvrant les vannes budg\u00e9taires quand tout va bien et les refermant quand l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique et sociale ralentit.<\/p>\n<p class=\"c4\">En absence de r\u00e9serves, toutes les p\u00e9riodes de risques sont abord\u00e9es sans munition appropri\u00e9e, pr\u00e9parant des lendemains qui d\u00e9chantent et des \u2018\u2019stop and go\u2019\u2019 incessants. Un mauvais tempo procyclique, dont le dernier en date est celui du d\u00e9but de mandat du Pr\u00e9sident de la r\u00e9publique, Ka\u00efs Sa\u00efed, en janvier 2020, h\u00e9ritier d\u2019une longue p\u00e9riode de stagnation. La croissance tunisienne est sous le z\u00e9ro en rythme annuel et elle est au diapason de la crise mondiale et locale accentu\u00e9e par son volet sanitaire. Moins d\u2019un an plus tard, le trou d\u2019air, certes g\u00e9n\u00e9ral, puisque la croissance du reste de la zone m\u00e9diterran\u00e9enne est revenue sur un rythme des plus lents, en Tunisie, est devenu plus qu\u2019une d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration.<\/p>\n<p class=\"c4\">L\u2019\u00e9conomie tunisienne d\u00e9croche nettement de celle de ses voisins et partenaires ; c\u2019est un vrai coup d\u2019arr\u00eat, une chute libre sans palier. Ce d\u00e9raillement est tr\u00e8s largement imputable au mauvais tempo des r\u00e9formes, notamment celles conduisant \u00e0 l\u2019alourdissement brutal de la barque fiscale des m\u00e9nages en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e, au moment m\u00eame o\u00f9 la croissance se d\u00e9robait, o\u00f9 les prix du p\u00e9trole s\u2019envolaient et pesaient sur le pouvoir d\u2019achat cassant l\u2019\u00e9lan de la consommation.<br \/>Cette s\u00e9quence n\u2019est que le remake du tournant survenu quand le choc fiscal d\u2019une grande violence a fait d\u00e9raper le poids des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires sur les m\u00e9nages et les entreprises, au pire moment du cycle \u00e9conomique. Les d\u00e9boires de l\u2019\u00e9conomie tunisienne ne sont, toutefois, pas dus simplement \u00e0 l\u2019accumulation de chocs venus de l\u2019ext\u00e9rieur, mais aussi et surtout des erreurs de gouvernance venues de l\u2019int\u00e9rieur. Ils ne sont aussi que les cons\u00e9quences de nos d\u00e9pendances, politique, id\u00e9ologique et \u00e9conomique. D\u00e9pendance \u00e9conomique avec la dette publique exorbitante ; nous fabriquons les moteurs de notre d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique, malgr\u00e9 notre p\u00e9trole, ou plut\u00f4t \u00e0 cause du p\u00e9trole qui nous emp\u00eache de d\u00e9velopper r\u00e9ellement d&rsquo;autres opportunit\u00e9s comme le solaire et l\u2019\u00e9olien rentable ou encore comme l&rsquo;hydrog\u00e8ne, que l\u2019on nous dit trop cher et dangereux \u00e0 produire et \u00e0 g\u00e9rer, alors que la r\u00e9alit\u00e9 nous prouve le contraire ; D\u00e9pendance digitale qui nous fait subir ses co\u00fbts sans qu&rsquo;on en tire des avantages autres que ceux de simple utilisateur. Nos experts, form\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, ne rompent pas le lien ombilical avec le pays qui les a form\u00e9s et n\u2019adaptent pas leurs Savoir-Faire aux contexte et besoins tunisiens ; D\u00e9pendance industrielle aussi, qui nous fait acheter des produits plus chers, si l&rsquo;on compte les co\u00fbts sociaux de la d\u00e9sindustrialisation.<\/p>\n<p class=\"c4\">\u00ab\u00a0On n\u2019est jamais mieux servi que par soit m\u00eame\u00a0\u00bb nous dit la sagesse populaire. C&rsquo;est l\u2019adage que nos dirigeants ont pourtant oubli\u00e9. Nous faisons des ponts d&rsquo;or pour que l\u2019\u00e9tranger puisse venir investir en Tunisie en payant moins d&rsquo;imp\u00f4ts, sans que ce soit b\u00e9n\u00e9fique pour le pays compte tenu du fait qu\u2019en contrepartie, la politique \u00e9conomique Tunisienne n\u2019offre aucun support et appui au tissu \u00e9conomique des PME en Tunisie, ce qui aboutit \u00e0 d\u00e9sindustrialiser le pays.<br \/>Dans un contexte de mondialisation \u00e0 plusieurs vitesses, il serait temps d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la hauteur des ambitions affich\u00e9es, en conjuguant efficacement les techniques de l&rsquo;ancien et du nouveau monde. Un nouveau mod\u00e8le est \u00e0 d\u00e9finir et \u00e0 adopter par la Tunisie afin de rem\u00e9dier \u00e0 tous ces al\u00e9as macro-\u00e9conomiques qui la paralysent.<\/p>\n<p class=\"c4\">Une visite des quelques cr\u00e9dos \u00e9conomiques dominants, qui pr\u00e9valaient \u00e0 la veille de la crise de 2008, nous donnerait toute la mesure de la fragilit\u00e9 des dogmes qui sous-tendent la distribution de bl\u00e2mes et de satisf\u00e9cits de la part des grands organismes internationaux. Dans les ann\u00e9es 90, la consolidation des finances publiques, devient \u00e9tendard de la nouvelle doctrine de \u2018\u2019 la rigueur=<\/p>\n<p class=\"c4\">confiance = reprise\u2019\u2019, avec la baisse des d\u00e9penses publiques, notamment celles attenantes au fonctionnement des pouvoirs publics, comme voie la plus efficace pour r\u00e9duire l\u2019endettement public, et facteur d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la croissance \u00e0 court terme. A la fin des ann\u00e9es 2000, les multiplicateurs budg\u00e9taires font partie des vieilles reliques. En 2010, c\u2019est l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 expansionniste avec un seuil d\u2019endettement, 90% empiriquement attest\u00e9, \u00e0 partir duquel la dette publique p\u00e9naliserait fortement la croissance potentielle. La Gr\u00e8ce, l\u2019Espagne, le Portugal pour l\u2019Europe, l\u2019Afrique, dont la Tunisie, pour le Tiers Monde, ont test\u00e9 la rigueur et la dette est toujours l\u00e0, plus corrosive que jamais. La croissance de son c\u00f4t\u00e9, tarde \u00e0 venir, attendant patiemment que la pilule am\u00e8re de la rigueur s\u2019interrompe, pour tenter de d\u00e9marrer. Les Etats-Unis ou le Royaume Uni, quant \u00e0 eux, sont rest\u00e9s fid\u00e8les aux vieux pr\u00e9ceptes keyn\u00e9siens de la politique contracyclique, avec les r\u00e9sultats que l\u2019on sait. Depuis, les organismes internationaux, FMI en t\u00eate, ont r\u00e9vis\u00e9 leur doctrine, mais le mal est d\u00e9j\u00e0 fait. Autre chef d\u2019oeuvre \u00e9conomique en p\u00e9ril, la croissance potentielle. Avant la crise de 2008, elle \u00e9tait le point de rep\u00e8re de tous les gardiens de la stabilit\u00e9 dans le monde et notamment la Banque Centrale Europ\u00e9enne, mais aussi le FMI et la Banque Mondiale et ses filiales, le sentier de croissance d\u2019\u00e9quilibre ; celui qui stabilise l\u2019inflation compte tenu des capacit\u00e9s humaines et techniques disponibles. La croissance potentielle est la boussole des Banques Centrales, selon laquelle, seules les r\u00e9formes structurelles peuvent modifier le cours de la croissance et le niveau de ch\u00f4mage \u00e0 long terme. Vouloir forcer la cadence, c\u2019est s\u2019aventurer sur une zone de tous les dangers (inflation, surchauffe des prix d\u2019actifs, des mati\u00e8res premi\u00e8res), et la force de rappel au potentiel ne sera que plus brutale. La Tunisie n\u2019en a eu cure et a commis l\u2019h\u00e9r\u00e9sie d\u2019appuyer sur l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur fiscal, alors que le ch\u00f4mage est \u00e0 un point tr\u00e8s bas.<\/p>\n<p class=\"c4\">Autre territoire d\u00e9vast\u00e9 de la vision classique, tout le corpus de connaissance qui sous-tend la formation des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat et de l\u2019\u00e9pargne. Si l\u2019on en cro\u00eet la repr\u00e9sentation en termes de fonds pr\u00eatable, il n\u2019y a plus d\u2019incitation \u00e0 \u00e9pargner, donc plus de s\u00e9lection de l\u2019investissement possible. Nous sommes dans un grand n\u2019importe quoi et l\u2019anomalie des taux z\u00e9ro s\u2019\u00e9tire dans le temps. A mieux observer l\u2019histoire, on r\u00e9alise, que les taux ne sont jamais l\u00e0 o\u00f9 ils devraient \u00eatre, sans qu\u2019influe une quelconque force de rappel. Que dire encore de toutes ces certitudes sur lesquelles il n\u2019y avait pas place au d\u00e9bat ? Les vertus ricardiennes incontest\u00e9es de l\u2019ouverture des \u00e9changes ; notre lecture de l\u2019\u00e9conomie o\u00f9 le cocktail de la concurrence et de la diminution des barri\u00e8res \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, l\u2019explosion des start-ups, devaient acc\u00e9l\u00e9rer les gains de productivit\u00e9. La crise de 2008, a laiss\u00e9 un v\u00e9ritable champ de ruine cognitif chez les \u00e9conomistes. Face \u00e0 la d\u00e9b\u00e2cle, certains se raidissent dans la posture de la scientificit\u00e9 de la discipline, alors que tout montre que, face \u00e0 l\u2019incertitude radicale, l\u2019\u00e9conomie produit avant tout des techniques qui peuvent \u00eatre stabilisantes pendant un temps, jusqu\u2019au jour o\u00f9 elles ne le sont plus.<\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Monji\u00a0 Ben Raies<\/strong><br \/><span class=\"c2\"><em>Universitaire, Juriste, Enseignant et chercheur en droit public et sciences politiques,<br \/>Universit\u00e9 de Tunis El Manar, Facult\u00e9 de Droit et des Sciences politiques de Tunis.<\/em><\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30679-tunisie-fausse-route\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Monji\u00a0 Ben Raies &#8211; Nos grandes erreurs de gouvernance se sont cristallis\u00e9es sur le plan politique, \u00e9conomique et social depuis 10 ans maintenant, lorsque le tout un chacun s\u2019est immisc\u00e9 \u00e0 la Constituante sous pr\u00e9texte de poser les fondations de ce qui devait \u00eatre l\u2019Etat nouveau de l\u2019apr\u00e8s 2011. Progressivement, la soci\u00e9t\u00e9 politique tunisienne [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-100655","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/100655","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=100655"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/100655\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=100655"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=100655"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=100655"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}