{"id":101938,"date":"2020-10-15T18:07:14","date_gmt":"2020-10-15T22:07:14","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/dossier-thomas-sankara-il-y-aura-un-jugement-roch-marc-christian-kabore-president-du-faso\/"},"modified":"2020-10-15T18:07:14","modified_gmt":"2020-10-15T22:07:14","slug":"dossier-thomas-sankara-il-y-aura-un-jugement-roch-marc-christian-kabore-president-du-faso","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/dossier-thomas-sankara-il-y-aura-un-jugement-roch-marc-christian-kabore-president-du-faso\/","title":{"rendered":"Dossier Thomas Sankara \u00ab Il y aura un jugement \u00bb, Roch Marc Christian Kabor\u00e9, Pr\u00e9sident du Faso"},"content":{"rendered":"<div class=\"td-post-featured-image\"><a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Roch016.jpg\" data-caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"696\" height=\"464\" class=\"entry-thumb td-modal-image\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Roch016-696x464.jpg\" srcset=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Roch016-696x464.jpg 696w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Roch016-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Roch016-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Roch016-630x420.jpg 630w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Roch016.jpg 787w\" sizes=\"auto, (max-width: 696px) 100vw, 696px\" alt=\"\" title=\"Roch016\"\/><\/a><\/div>\n<p><strong>Dans un entretien accord\u00e9 \u00e0 France 24 et \u00e0 Radio France internationale (RFI), hier jeudi 15 octobre 2020 \u00e0 Ouagadougou, le Pr\u00e9sident du Faso, Roch Marc Christian Kabor\u00e9, \u00e9voque, entre autres, la r\u00e9cente lib\u00e9ration des otages au Mali, la situation s\u00e9curitaire, le bilan de son mandat et les \u00e9lections du 22 novembre prochain. Sidwaya vous propose cet entretien.<\/strong><\/p>\n<p>France 24 : Monsieur le pr\u00e9sident, il y a une semaine, quatre otages ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s au Mali, en \u00e9change de la lib\u00e9ration de quelque 200 pr\u00e9sum\u00e9s terroristes. Parmi eux, figure le cerveau pr\u00e9sum\u00e9 d\u2019attaques en 2016 \u00e0 Grand Bassam en C\u00f4te d\u2019Ivoire et contre l\u2019h\u00f4tel Splendid \u00e0 Ouagadougou et le restaurant Capuccino, qui avait fait une trentaine de morts. Est-ce que cela vous r\u00e9volte ?<\/p>\n<p>Roch Marc Christian Kabor\u00e9 (R.M.C.K.) : Je voudrais saluer la lib\u00e9ration des otages. Vous savez tr\u00e8s bien, Souma\u00efla Ciss\u00e9, chef de file de l\u2019opposition politique au Mali, avait \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 il y a quelques mois. Il \u00e9tait important qu\u2019on puisse aboutir \u00e0 sa lib\u00e9ration. En ce qui concerne la contrepartie, nous pouvons dire qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 pay\u00e9e ch\u00e8re. Mais en tout \u00e9tat de cause, comme c\u2019est une n\u00e9gociation entre les autorit\u00e9s maliennes et le camp des preneurs d\u2019otages, je ne pourrai pas donner un avis motiv\u00e9 sur cette question, sauf de dire que nous devons continuer \u00e0 assumer la lutte contre le terrorisme comme \u00e9tant une priorit\u00e9 aussi bien pour le Burkina Faso que pour tous les autres pays du G5-Sahel.<\/p>\n<p>France 24 : Juste apr\u00e8s cette lib\u00e9ration, il y a eu de multiples attaques au Mali revendiqu\u00e9es par le groupe-m\u00eame avec qui on avait n\u00e9goci\u00e9. N\u2019est-ce pas un cadeau ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Il est difficile d\u2019appr\u00e9cier la situation dans ce contexte. M\u00eame ici au Burkina Faso, hier seulement (le 14 octobre, ndlr), nous avons subi une attaque contre des populations civiles dans un march\u00e9 et des villages, co\u00fbtant la vie \u00e0 une vingtaine de personnes. Le terrorisme est un domaine tellement ondoyant. Il y a tellement de groupes et de sous-groupes qui y sont, qu\u2019il est difficile d\u2019appr\u00e9cier d\u00e8s maintenant. Donnons-nous le temps de voir comment les choses \u00e9voluent parce que je ne connais pas les conditions de n\u00e9gociations telles qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es. Ont-elles \u00e9t\u00e9 men\u00e9es de sorte \u00e0 amener une accalmie? Est-ce que c\u2019\u00e9tait simplement de pouvoir sauver des otages ? Je n\u2019en sais rien. C\u2019est pourquoi, je pr\u00e9f\u00e8re ne pas me lancer dans une appr\u00e9ciation hasardeuse de la situation.<\/p>\n<p>France 24 : Et quand le cerveau des attaques de Grand Bassam et de Capuccino a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9, \u00e9tiez-vous au courant \u00e0 l\u2019avance ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Pas du tout ! On a suivi les \u00e9v\u00e9nements comme tout le monde avec beaucoup d\u2019impatience. Quant \u00e0 la contrepartie, nous n\u2019y \u00e9tions pas et je consid\u00e8re que c\u2019est le Mali qui a d\u00e9cid\u00e9 de g\u00e9rer cette situation de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir lib\u00e9rer les otages. En tout \u00e9tat de cause, cela n\u2019entame en rien notre engagement dans la sous-r\u00e9gion, \u00e0 lutter contre le terrorisme et dans notre pays, en particulier.<\/p>\n<p>France 24 : Depuis votre \u00e9lection, la situation s\u00e9curitaire s\u2019est beaucoup d\u00e9grad\u00e9e au Burkina Faso et particuli\u00e8rement dans le Nord-est, le Nord et l\u2019Est. On d\u00e9plore plus de 1 100 morts et plus d\u2019un million de d\u00e9plac\u00e9s internes. Un tel bilan oblige \u00e0 se demander si vous n\u2019avez pas sous-estim\u00e9 la menace, il y a cinq ans. Est-ce que vous reconnaissez des erreurs<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Je pense que nous n\u2019avons rien sous-estim\u00e9. Au moment o\u00f9 nous organisions ces \u00e9lections en 2015, il \u00e9tait loin de l\u2019esprit de tout Burkinab\u00e8 que nous serions rattrap\u00e9s par des attaques terroristes sur notre territoire. Et 15 jours apr\u00e8s l\u2019investiture, nous avons eu la premi\u00e8re attaque \u00e0 Capuccino qui a caus\u00e9 une trentaine de morts. D\u00e8s cet instant, les attaques terroristes se sont multipli\u00e9es sur quasiment toutes nos fronti\u00e8res avec le Mali et le Niger. C\u2019est une situation in\u00e9dite et nouvelle pour nous. Il \u00e9tait tout \u00e0 fait normal que dans un premier temps, apr\u00e8s la p\u00e9riode de stupeur, nous nous concentrions pour nous organiser, de mani\u00e8re \u00e0 apporter une riposte cons\u00e9quente \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Ce qui est certain, la lutte contre le terrorisme est une lutte de longue haleine, parce que nous n\u2019avons pas affaire \u00e0 des personnes qui sont assises sur un pan du territoire pour le g\u00e9rer. Les terroristes se d\u00e9placent quotidiennement, tendent des embuscades \u00e0 nos arm\u00e9es, attaquent les populations civiles, de mani\u00e8re \u00e0 cr\u00e9er la psychose, la d\u00e9sarticulation du tissu social, les batailles entre les communaut\u00e9s. Cela a entrain\u00e9 aujourd\u2019hui un million de personnes d\u00e9plac\u00e9es et des cons\u00e9quences humaines importantes. A cela, il faut ajouter la stigmatisation et le repli identitaire qui sont des questions sur lesquelles nous devons travailler avec les communaut\u00e9s, pour amener les gens \u00e0 se d\u00e9marquer de ce processus sanguinaire engag\u00e9 par les terroristes.<\/p>\n<p>France 24 : En septembre 2019, lors d\u2019un sommet de la CEDEAO organis\u00e9 ici m\u00eame \u00e0 Ouagadougou, une centaine de soldats fran\u00e7ais se sont d\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 votre demande pour s\u00e9curiser la ville de Djibo. Il y a eu plusieurs autres interventions fran\u00e7aises sur le sol burkinab\u00e8. Cela ne justifie-t-il pas ce que le Chef d\u2019\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, le Gal Fran\u00e7ois Lecointre avait d\u00e9clar\u00e9 il y a quelques mois : \u00ab Si on s\u2019en va, les pays du Sahel s\u2019effondreront sur eux-m\u00eames \u00bb ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Les op\u00e9rations que nous organisons avec la France sont des op\u00e9rations \u00e0 caract\u00e8re ponctuel. Parce que de fa\u00e7on fondamentale, pour l\u2019arm\u00e9e burkinab\u00e8, depuis les constats faits aux premi\u00e8res heures des attentats, tout en travaillant dans le cadre du G5 Sahel avec Barkhane, nous avons fait de sorte \u00e0 pouvoir, aussi bien en termes de formation que de mat\u00e9riel, doter notre arm\u00e9e pour qu\u2019elle assure ses missions de s\u00e9curisation du territoire national. Nous avons de tr\u00e8s bon rapport avec Barkhane et le G5 Sahel dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, mais ce que le Burkina Faso et les arm\u00e9es du G5 Sahel ont toujours demand\u00e9, c\u2019est d\u2019avoir une source de financement p\u00e9renne. Au-del\u00e0, si cette source existe et que nous avons de bons encadrements pour la formation de nos hommes, nous pouvons nous-m\u00eames, assumer cette mission.<\/p>\n<p>France 24 : Sans les forces fran\u00e7aises, les terroristes seraient \u00e0 Ouagadougou\u2026<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Peut-\u00eatre pas, parce que pour l\u2019instant, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du Burkina Faso, ce sont les Forces de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 et les Volontaires pour la d\u00e9fense de la Patrie qui travaillent sur le territoire burkinab\u00e8. C\u2019est un combat qui se m\u00e8ne au quotidien. Il y a des pour et des contre, mais globalement, la situation est bonne. Elle est difficile, mais nous avons bon espoir de r\u00e9ussir dans ce combat.<\/p>\n<p>France 24 : Les Etats-Unis bloquent les financements p\u00e9rennes de l\u2019ONU. Est-ce que vous souhaitez la victoire de Joe Biden, le 3 novembre prochain \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle am\u00e9ricaine ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Le peuple am\u00e9ricain choisira son pr\u00e9sident. En tout \u00e9tat de cause, nous continuons avec nos partenaires \u00e0 insister sur cette question. Mais je dois vous rappeler que la plus grande force de Barkhane est install\u00e9e plut\u00f4t au Mali qu\u2019au Burkina Faso. Je r\u00e9it\u00e8re que les op\u00e9rations que nous menons ensemble sont des op\u00e9rations \u00e0 caract\u00e8re ponctuel entre le Burkina Faso, la Force Barkhane et le G5 Sahel. Mais de fa\u00e7on structurelle, dans la lutte contre le terrorisme, c\u2019est l\u2019arm\u00e9e burkinab\u00e8 qui assume ses missions.<\/p>\n<p>France 24 : Vous venez de parler de batailles entre communaut\u00e9s, un mot tr\u00e8s fort. Les terroristes ont r\u00e9ussi \u00e0 monter les communaut\u00e9s, les unes contre les autres. En janvier dernier, vous avez fait voter une loi qui permet le recrutement des Volontaires pour la d\u00e9fense de la patrie qui ressemblent \u00e0 des milices d\u2019autod\u00e9fense. Cela n\u2019aboutit-il pas \u00e0 armer des civils anti peulhs ? Ne risquez-vous pas de tomber dans le pi\u00e8ge que vous tendent ces terroristes ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Il s\u2019agit d\u2019une loi adopt\u00e9e pour favoriser la participation de la population \u00e0 la d\u00e9fense de la patrie. Ce n\u2019est pas du tout une milice. Cette participation est r\u00e8glement\u00e9e et les VDP sont encadr\u00e9es par les forces de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9. Nous avons 8000 \u00e0 9 000 villages au Burkina Faso. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait d\u2019instaurer une forme de s\u00e9curit\u00e9 villageoise connue, qui permette d\u2019anticiper sur les attaques des terroristes dans les villages et \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, au cas \u00e9ch\u00e9ant, de pouvoir d\u00e9fendre les populations. Parce qu\u2019aujourd\u2019hui, les terroristes bougent. De passage, ils s\u2019arr\u00eatent dans un village, dans un march\u00e9 et tuent les civils parce qu\u2019il n\u2019y a aucune s\u00e9curit\u00e9 dans le village. De fa\u00e7on technique et mat\u00e9rielle, l\u2019arm\u00e9e ne peut pas \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9e dans 8 000 villages en m\u00eame temps. C\u2019est dire que nous ne sommes pas tomb\u00e9s dans un pi\u00e8ge, mais cela correspond \u00e0 un recrutement sur l\u2019ensemble du territoire et avec l\u2019ensemble des communaut\u00e9s qui participent \u00e0 ce travail de d\u00e9fense. Les terroristes cherchent \u00e0 s\u00e9parer les communaut\u00e9s, de mani\u00e8re \u00e0 entrainer des guerres intercommunautaires que nous n\u2019avons jamais connues depuis notre ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>France 24 : A Nouakchott en juin dernier lors du dernier sommet du G5 Sahel, Emmanuel Macron a dit que les Peulhs ne sont l\u2019ennemi de personne. Ne pensait-il pas au Burkina Faso ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Les Peulhs ne sont pas les ennemis des Burkinab\u00e8. Vous pouvez aller dans tout le pays, partout o\u00f9 vous avez des villages, il y a toujours un chef de la communaut\u00e9 peule. Nous avons une situation n\u00e9e dans le Sahel o\u00f9 commun\u00e9ment, la majorit\u00e9 des personnes qui y vivent sont des Peulhs, mais on n\u2019a aucunement une question de stigmatisation des Peulhs au Burkina Faso. Je d\u00e9fie quiconque d\u2019aller dans tous les villages, il trouvera toujours, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des chefs des autochtones, une chefferie peule, une population peule qui vit en harmonie avec les autres.<\/p>\n<p>France 24 : Le risque de guerre entre les communaut\u00e9s n\u2019existe-t-elle donc pas ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Il est limit\u00e9 pour l\u2019instant aux zones de combat.<\/p>\n<p>France 24 : Des abus de certaines de ces milices ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9s. En juillet, Humain rights Watch a \u00e9galement affirm\u00e9 avoir d\u00e9couvert au moins 180 corps enterr\u00e9s dans la r\u00e9gion de Djibo et affirme que c\u2019est l\u2019arm\u00e9e qui en est \u00e0 l\u2019origine. Cela a cr\u00e9\u00e9 un \u00e9moi au sein de la communaut\u00e9 internationale et a m\u00eame pouss\u00e9 des officiels de l\u2019administration Trump \u00e0 menacer de suspendre la coop\u00e9ration s\u00e9curitaire si une enqu\u00eate ind\u00e9pendante n\u2019\u00e9tait pas ouverte. Quelle est votre r\u00e9action \u00e0 ces exactions et est-ce qu\u2019une v\u00e9ritable enqu\u00eate est men\u00e9e pour satisfaire la communaut\u00e9 internationale ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Lorsqu\u2019il y a des conflits dans un pays, il y a toujours un certain lobby qui diffuse un certain nombre d\u2019informations. Nous attendons qu\u2019ils viennent nous montrer ces 180 corps. Dans notre cas, certaines organisations travaillent sur la base d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui contribuent \u00e0 salir l\u2019image de marque du Burkina Faso. Vous \u00e9tiez surpris et nous aussi.<\/p>\n<p>France 24 : Vous enqu\u00eatez sur ces accusations ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Nous avons fait des enqu\u00eates et nous avons r\u00e9pondu au gouvernement am\u00e9ricain. Qu\u2019il y ait de temps \u00e0 autre des insuffisances, oui ! Mais jamais, l\u2019arm\u00e9e burkinab\u00e8 n\u2019osera tuer 180 personnes en une fois, pour les enterrer dans des fosses communes. Je peux mettre ma main au feu pour cela, parce que les questions des droits humains ont toujours \u00e9t\u00e9 des questions sur lesquelles j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s ferme avec nos militaires, pour dire qu\u2019il faut que nous fassions en sorte \u00e0 gagner la confiance des populations. Dans ces zones aujourd\u2019hui, et vous-m\u00eames vous le diffusez, des combats entre les terroristes eux-m\u00eames se m\u00e8nent et il y a des cinquantaines de morts. Nous n\u2019y intervenons pas. C\u2019est entre eux que les r\u00e8glements de comptes se font. Je refuse donc de porter la casquette qu\u2019on veut nous faire porter, en disant qu\u2019au Burkina Faso, nous avons tu\u00e9 180 personnes qu\u2019on a enterr\u00e9es dans des fosses communes. \u00c7a n\u2019existe pas et je suis cat\u00e9gorique l\u00e0-dessus.<br \/>France 24 : Le 22 novembre vous serez candidat \u00e0 un deuxi\u00e8me mandat de cinq ans. Mais \u00e0 l\u2019heure du bilan, Z\u00e9phirin Diabr\u00e9 affirme que vos cinq ans au pouvoir ont \u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9s par la mauvaise gestion, la gabegie. Eddie Kombo\u00efgo d\u00e9nonce le marasme \u00e9conomique, la corruption. Kadr\u00e9 D\u00e9sir\u00e9 Ou\u00e9draogo pointe vos r\u00e9sultats calamiteux sur le plan du vivre- ensemble. Est-ce que vos principaux adversaires ne disent pas l\u00e0 certaines choses pertinentes ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Je n\u2019ai jamais vu dans un pays, une opposition qui dit du bien du pr\u00e9sident sortant. C\u2019est une valeur qui est universelle, comme j\u2019ai l\u2019habitude de le dire, il est facile de s\u2019asseoir devant sa t\u00e9l\u00e9vision et faire des d\u00e9clarations. La question ne se trouve pas l\u00e0-bas. Le bilan que nous avons soumis aux populations est un bilan positif. Je le dis, ce n\u2019est pas parce que je manque de modestie, mais c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9. De 2015 \u00e0 nos jours, nous avons avanc\u00e9 sur un certain nombre de domaines qui sont importants. Sur le plan de la d\u00e9mocratie, sur la base du Pacte national du renouveau de la justice, nous sommes engag\u00e9s dans un travail qui permet d\u2019avoir une justice ind\u00e9pendante. Deuxi\u00e8mement, sur le plan des libert\u00e9s, comme vous pouvez le constater, nous pouvons dire que l\u2019ancrage d\u00e9mocratique est une r\u00e9alit\u00e9 au Burkina. Sur le plan des infrastructures toutes confondues, que ce soit au niveau sanitaire ou en mati\u00e8re d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, nous avons fait en cinq ans ce que les autres n\u2019ont pas pu faire les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Sur le plan de la sant\u00e9, d\u00e8s 2016 nous avons fait en sorte qu\u2019il y ait la gratuit\u00e9 des soins pour les femmes et les enfants de moins de cinq ans. Cette mesure que nous avons prise continue d\u2019avoir ses effets et d\u2019am\u00e9liorer les conditions de vie de nos populations. Concernant les avantages conc\u00e9d\u00e9s aux travailleurs du Burkina, malgr\u00e9 le contexte aussi bien s\u00e9curitaire que sanitaire, les efforts que nous avons consentis n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 faits dans ce pays. Je ne dis pas que nous avons tout r\u00e9solu, mais je suis certain que des efforts notables ont \u00e9t\u00e9 faits et sont appr\u00e9ci\u00e9s.<\/p>\n<p>France 24 : Vous esp\u00e9rez passer d\u00e8s le premier tour comme en 2015. Mais si vous \u00eates mis en ballotage, accepterez-vous le verdict des urnes ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Je suis un d\u00e9mocrate et vous pouvez \u00eatre s\u00fbr que quelle que soit la situation en ce qui me concerne en tant que candidat, j\u2019accepterai les r\u00e9sultats des urnes tels qu\u2019ils se pr\u00e9senteront. Je ne dis pas que je passerai au premier tour. Tout d\u00e9pend du peuple burkinab\u00e8. C\u2019est lui qui vote. Je respecte les autres candidats, les r\u00e9sultats seront proclam\u00e9s au soir du 22 novembre. Soyons patient, je souhaite que tous les autres candidats aient la m\u00eame attitude que moi. Que nous acceptions tous le verdict des urnes.<\/p>\n<p>France 24 : Vous en doutez ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Je n\u2019en doute pas. J\u2019attends de voir. (Rires)<\/p>\n<p>France 24 : Nous sommes aujourd\u2019hui le 15 octobre, la comm\u00e9moration du 33e anniversaire de l\u2019assassinat de Thomas Sankara. C\u2019est une date symbolique pour tous les Burkinab\u00e8. Une instruction men\u00e9e par un juge qui est boucl\u00e9e. Une dizaine de suspects ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s dont l\u2019ancien pr\u00e9sident Blaise Compaor\u00e9. Une question se pose : y aura-t-il un proc\u00e8s bient\u00f4t ? J\u2019aimerais avoir votre intime conviction au-del\u00e0 des affaires juridiques. Pensez-vous que Blaise Compaor\u00e9 est impliqu\u00e9 dans la mort de Thomas Sankara ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Comme vous l\u2019avez soulign\u00e9, c\u2019est un dossier qui est aux mains de la justice et l\u2019objectif est qu\u2019il y ait un jugement. On ne peut pas faire des investigations et mettre le dossier sur le boisseau. Forc\u00e9ment, il y aura jugement. C\u2019est la justice qui d\u00e9cidera du rythme qu\u2019elle va mettre. Je ne voudrais pas m\u2019avancer pour accuser des gens de participer ou de n\u2019avoir pas particip\u00e9. Laissons la justice faire son travail et la v\u00e9rit\u00e9 sera mise \u00e0 jour pour tout le monde. C\u2019est la seule attitude correcte que je peux avoir en tant que chef de l\u2019Etat. M\u00eame si j\u2019ai des avis politiques que je peux exprimer, je ne suis pas oblig\u00e9 de le faire.<\/p>\n<p>France 24 : Comme promis par Emmanuel Macron, c\u2019\u00e9tait ici m\u00eame au palais de Kosyam, il y a trois ans, la France a d\u00e9classifi\u00e9 deux lots d\u2019archives secr\u00e8tes sur l\u2019assassinat de Thomas Sankara. Les parties civiles sont plut\u00f4t d\u00e9\u00e7ues par le contenu de ces archives. Apparemment un 3e lot qui est attendu n\u2019est pas encore arriv\u00e9. Parlons franchement M. le pr\u00e9sident, est-ce- que la France a quelque chose \u00e0 cacher ? Est-ce que Fran\u00e7ois Mitterrand est impliqu\u00e9 dans cette affaire ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Je ne saurai le dire. Ce que je constate simplement est qu\u2019en d\u00e9pit du fait que tous les trois lots ne sont pas parvenus, la justice burkinab\u00e8 a d\u00e9cid\u00e9 de poursuivre avec les \u00e9l\u00e9ments mis \u00e0 sa disposition. La France est impliqu\u00e9e ou elle ne l\u2019est pas, l\u2019histoire nous le dira plus tard.<\/p>\n<p>France 24 : Vous avez un soup\u00e7on ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Pas du tout, je n\u2019ai aucun soup\u00e7on. J\u2019appr\u00e9cie la r\u00e9alit\u00e9 des faits.<\/p>\n<p>France 24 : Les relations entre Houphou\u00ebt Boigny et Thomas Sankara n\u2019\u00e9taient pas bonnes. Tout le monde s\u2019en souvient, la C\u00f4te d\u2019Ivoire de F\u00e9lix Houphou\u00ebt Boigny est-elle totalement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 cette affaire ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Comme je vous le dis, il est difficile d\u2019appr\u00e9cier ces diff\u00e9rentes questions parce que Thomas Sankara a \u00e9t\u00e9 une ic\u00f4ne de la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance v\u00e9ritable du Burkina Faso et des Etats africains. Je pense qu\u2019il d\u00e9rangeait certainement beaucoup de monde de par son langage, sa franchise et le fait qu\u2019il tenait \u00e0 ce que les Etats puissent eux-m\u00eames, de fa\u00e7on interne, mobiliser les ressources pour faire face aux besoins des populations. Peut-\u00eatre que c\u2019\u00e9tait un r\u00eave, mais en tout \u00e9tat de cause, il a pos\u00e9 des actes qui sont rest\u00e9s dans la m\u00e9moire collective des Burkinab\u00e8.<\/p>\n<p>France 24 : Il d\u00e9rangeait Houphou\u00ebt ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Il d\u00e9rangeait tous ceux qui avaient une pens\u00e9e publique qui n\u2019\u00e9tait pas celle qu\u2019il avait. Maintenant, qui a fait quoi, qui a contribu\u00e9 \u00e0 faire quoi, je crois que sur le chemin du droit, on finira par comprendre pourquoi Thomas Sankara a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9.<br \/>France 24 : Blaise Compaor\u00e9 vous a envoy\u00e9 une lettre il y a 18 mois vous proposant ses offres de services. Vous ne lui avez pas r\u00e9pondu. Pourquoi ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Je n\u2019ai pas r\u00e9pondu \u00e0 ces offres, parce que je consid\u00e8re que l\u2019offre \u00e9tait de dire je veux rentrer, j\u2019aime mon pays et bon voil\u00e0\u2026 Je trouve que c\u2019est un peu surprenant qu\u2019un chef d\u2019Etat, qui a quitt\u00e9 son pays, constate qu\u2019apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es que celui-ci est en difficult\u00e9. De fa\u00e7on globale, malgr\u00e9 les probl\u00e8mes qui peuvent se poser, la solidarit\u00e9 d\u2019un ancien dirigeant pour son pays doit \u00eatre, de mon point de vue, constante. Ce n\u2019est pas que je refuse la main tendue, l\u00e0 n\u2019est pas la question. Je dis simplement que nous sommes dans un processus de r\u00e9conciliation nationale qui a pris son temps. Comme j\u2019ai l\u2019habitude de le dire, la r\u00e9conciliation n\u2019est pas une course de vitesse. Il faut la faire de mani\u00e8re \u00e0 ce que les Burkinab\u00e8 apaisent les c\u0153urs pour que nous puissions aboutir \u00e0 quelque chose qui nous permette d\u2019avancer. Nous aurons certainement \u00e0 finaliser ce processus apr\u00e8s les \u00e9lections. Tout le monde pourra rentrer tranquillement au Burkina Faso et ceux qui ont des dossiers en justice se pr\u00e9pareront \u00e0 les d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>France 24 : Est-ce que vous pourriez lui garantir un retour sans proc\u00e8s, sans vous engager dans un mod\u00e8le sud-africain justice, v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9conciliation ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Dans ma vision, si je suis r\u00e9\u00e9lu, je consid\u00e8re que le 1er semestre de 2021 doit me permettre de r\u00e9soudre ces questions. Je ne peux pas dire que je vais l\u2019autoriser \u00e0 rentrer. C\u2019est avec l\u2019ensemble des composantes de la soci\u00e9t\u00e9 que nous pourrons en discuter.<\/p>\n<p>France 24 : En son temps, il n\u2019y avait pas d\u2019attentats au Burkina Faso, peut-\u00eatre que son savoir-faire pourrait \u00eatre utile ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Je pr\u00e9f\u00e8re ne pas revenir sur des sujets qui f\u00e2chent, car ce n\u2019est pas utile en ce moment. Ce qui nous int\u00e9resse simplement est de faire face aux d\u00e9fis. En ce qui concerne le terrorisme, il n\u2019y a pas des gens qui ont une solution cl\u00e9 en main. Sinon, il y aurait des endroits aujourd\u2019hui o\u00f9 le terrorisme serait supprim\u00e9.<\/p>\n<p>France 24 : Donc d\u2019ici le 30 juin 2021, le pr\u00e9sident Blaise Compaor\u00e9 sera au Burkina ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Vous savez, j\u2019ai toujours dit qu\u2019on n\u2019interdit \u00e0 personne de rentrer. Nous avons simplement dit que ceux qui veulent et qui ont des probl\u00e8mes avec la justice doivent se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019institution. Nous consid\u00e9rons qu\u2019une fois que nous avons termin\u00e9 avec les \u00e9lections, nous allons r\u00e9unir l\u2019ensemble des composantes de notre soci\u00e9t\u00e9 pour discuter de cette question de la r\u00e9conciliation nationale et voir ce qu\u2019il faut faire. En fonction de cela, la d\u00e9cision sera prise.<\/p>\n<p>France 24 : Le coup d\u2019Etat du 18 ao\u00fbt dernier au Mali vous fait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la fragilit\u00e9 de la d\u00e9mocratie, notamment ici au Burkina o\u00f9 la derni\u00e8re tentative de coup d\u2019Etat remonte \u00e0 cinq ans ?<\/p>\n<p>R.M.C.K. : Les coups d\u2019Etat de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale sont des questions \u00e0 bannir dans le processus de d\u00e9mocratie dans nos pays. C\u2019est pour cela que la CEDEAO a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de prendre des mesures fortes, de sorte que le retour \u00e0 une transition civile puisse se faire et que nous puissions aller \u00e0 des \u00e9lections qui permettent au Mali de se retrouver dans le concert des nations. La fragilit\u00e9 est normale, la d\u00e9mocratie en Afrique est une d\u00e9mocratie qui ne prend pas en compte toutes les r\u00e9alit\u00e9s sociales et culturelles de nos pays. Nous sommes \u00e0 une soixantaine d\u2019ann\u00e9es de pratiques d\u00e9mocratiques souvent interrompues par des coups d\u2019Etat. C\u2019est une culture qu\u2019il faut impl\u00e9menter. Donc fragilit\u00e9, je dis oui, mais pas du tout inqui\u00e9tant dans la mesure o\u00f9 nous avons des outils pour g\u00e9rer ces questions.<\/p>\n<p>Entretien r\u00e9alis\u00e9 par RFI et France 24 et transcrit par La R\u00e9daction<\/p>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_bottom tdi_30_f1f td_block_template_1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-27454\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/PUB-Bandeau-paiement-mobile-siteweb.jpg\" alt=\"\" width=\"728\" height=\"90\"\/><\/div>\n<p>Auteur: BM. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2020\/10\/15\/dossier-thomas-sankara-il-y-aura-un-jugement-roch-marc-christian-kabore-president-du-faso\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un entretien accord\u00e9 \u00e0 France 24 et \u00e0 Radio France internationale (RFI), hier jeudi 15 octobre 2020 \u00e0 Ouagadougou, le Pr\u00e9sident du Faso, Roch Marc Christian Kabor\u00e9, \u00e9voque, entre autres, la r\u00e9cente lib\u00e9ration des otages au Mali, la situation s\u00e9curitaire, le bilan de son mandat et les \u00e9lections du 22 novembre prochain. 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