{"id":102760,"date":"2020-10-24T19:31:00","date_gmt":"2020-10-24T23:31:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/bourguiba-ben-salah-meme-combat\/"},"modified":"2020-10-24T19:31:00","modified_gmt":"2020-10-24T23:31:00","slug":"bourguiba-ben-salah-meme-combat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/bourguiba-ben-salah-meme-combat\/","title":{"rendered":"Bourguiba \u2013 Ben Salah : m\u00eame combat"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c3\"><span class=\"c2\"><strong><em><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Aisa-Baccouche.jpg\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"right\" alt=\"\"\/>Par A\u00efssa Baccouche &#8211;<\/em><\/strong><\/span><\/span> Maintenant que les deux sont pass\u00e9s de vie \u00e0 tr\u00e9pas, l\u2019un, Bourguiba en 2000, l\u2019autre, Ben Salah en 2020, il est peut-\u00eatre temps de se rem\u00e9morer la saga, riche et tumultueuse, de ce bin\u00f4me qui a marqu\u00e9 l\u2019histoire contemporaine de la Tunisie durant pr\u00e8s d\u2019une quinzaine d\u2019ann\u00e9es &#8211; de 1955 \u00e0 1970.<\/p>\n<p>Une fois, le pays lib\u00e9r\u00e9 du joug du colonialisme, l\u2019ain\u00e9 et son cadet de vingt-cinq ans, men\u00e8rent un combat d\u2019une autre nature contre ce qu\u2019il \u00e9tait convenu d\u2019appeler le sous-d\u00e9veloppement &#8211; le jihad supr\u00eame dans la doxa bourguibienne.<\/p>\n<p>Le premier en fut le timonier avis\u00e9, le second, le fantassin intr\u00e9pide.<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient mus par une volont\u00e9 farouche de gommer les marqueurs de l\u2019arri\u00e9ration de plans entiers de la population tunisienne ; sous-emploi, analphab\u00e9tisme, logement rudimentaire, fl\u00e9aux sanitaires, bref des conditions de vie peu am\u00e8nes.<\/p>\n<p>Il fallait donc parer au plus press\u00e9. Apr\u00e8s avoir g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 les chantiers de travail, on devait assumer, comme le pr\u00e9conisait, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, dans son enseignement \u00e0 la Sorbonne. notre ma\u00eetre Fran\u00e7ois Perroux (1903-1987) la couverture des co\u00fbts de l\u2019homme c\u2019est-\u00e0-dire nourrir, instruire et soigner.<span class=\"c3\"><sup><strong>(1)<\/strong><\/sup><\/span><\/p>\n<p>C\u2019est ainsi, qu\u2019apr\u00e8s une ann\u00e9e de balbutiements (1956-1957), le deuxi\u00e8me gouvernement Bourguiba s\u2019attaqua frontalement aux maux, d\u00e9sormais, cibl\u00e9s.<br \/>Le nouveau chef d\u2019Etat fra\u00eechement d\u00e9sign\u00e9 par la constituante fit donc appel \u00e0 Ben Salah, le rebelle. En effet, le successeur de Hached \u00e0 la t\u00eate de l\u2019UGTT, eut la hardiesse lors du congr\u00e8s de l\u2019Union en 1955 de pr\u00e9senter un programme de redressement \u00e9conomique et social qui d\u00e9plut au \u00ab combattant supr\u00eame \u00bb. Il n\u2019h\u00e9sita point \u00e0 affubler les auteurs de ce \u00ab nouveau manifeste \u00bb de l\u2019\u00e9pith\u00e8te, corrosive \u00e0 ses yeux, de \u00ab communistes \u00bb.<\/p>\n<p>Et il ne tarda pas \u00e0 le faire d\u00e9poser le 19 d\u00e9cembre 1956 par la commission administrative de cette organisation qui commen\u00e7ait \u00e0 prendre ses distances du nouveau r\u00e9gime. Ben Salah, bouc-\u00e9missaire d\u00e9j\u00e0 ! Il faut dire qu\u2019\u00e0 la gouverne de Bourguiba, le leader de la centrale syndicale avait os\u00e9 exprimer lors de l\u2019inauguration du nouveau si\u00e8ge de l\u2019UGTT \u00e0 la place Mohamed Ali, le 12 Juin 1955 par le chef victorieux du n\u00e9o-destour, le souhait que celui-ci demeur\u00e2t une figure tut\u00e9laire, \u00e0 l\u2019instar de Ghandi, en assumant gu\u00e8re de responsabilit\u00e9s \u00e0 la t\u00eate du gouvernement annonc\u00e9 au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance.<br \/>C\u2019\u00e9tait, bien s\u00fbr, m\u00e9conna\u00eetre l\u2019homme-lion qui voulait non seulement gouverner, mais, aussi, r\u00e9gner.<\/p>\n<p>C\u2019est pourtant le m\u00eame Ben Salah qui sera le 25 Juillet 1957 au premier rang au palais du Bardo, pour faire occuper le si\u00e8ge du 19\u00e8me et dernier bey husseinite, l\u2019homme qui annon\u00e7a \u00e0 Edgar Faure \u00e0 Paris le 15 mai 1955. \u00ab En Tunisie, je m\u2019appr\u00eate \u00e0 \u00e9tablir la r\u00e9publique \u00bb<span class=\"c3\"><sup><strong>(2)<\/strong><\/sup><\/span>.\u00a0 Le nouveau chef d\u2019Etat eut derechef de bonnes dispositions \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce trentenaire fougueux.<\/p>\n<p>Habib Bourguiba Junior, son compagnon, dira que \u00ab son p\u00e8re \u00e9tait impressionn\u00e9 par sa capacit\u00e9 de travail, son \u00e9loquence et la logique de ses projets : trois vertus rarement r\u00e9unies en une seule personne \u00bb<span class=\"c3\"><sup><strong>(3)<\/strong><\/sup><\/span> .<\/p>\n<p>C\u2019est alors qu\u2019il lui confia le 31 Juillet 1957 le minist\u00e8re de la sant\u00e9.<\/p>\n<p>Son bilan \u00e0 la t\u00eate de ce d\u00e9partement fut \u00e9loquent. Plusieurs r\u00e9alisations sanitaires sont \u00e0 son actif. J\u2019en retiens, quant \u00e0 moi, une que l\u2019actualit\u00e9 a rendue c\u00e9l\u00e9brissime : l\u2019h\u00f4pital Abderrahmane Mami \u00e0 l\u2019Ariana, construit en 1958.<\/p>\n<p>Dr Brahim Gharbi, l\u2019inspirateur de ce temple de la pneumologie, m\u2019a souvent rappel\u00e9, du temps o\u00f9 j\u2019\u00e9tais maire de cette ville, avec beaucoup de chagrin, que lui et Sid Ahmed avaient fait planter des centaines d\u2019arbres, autant de sources d\u2019oxyg\u00e8ne aux alentours de l\u2019h\u00f4pital mais que la d\u00e9ferlante urbaine a arrach\u00e9s.<sup><span class=\"c3\"><strong>(4)<\/strong><\/span><\/sup>\u00a0 Trois ans et demi plus tard en janvier 1961, Bourguiba, se rendant compte que le \u00ab laisser-faire, lasser-passer \u00bb n\u2019\u00e9tait point le mod\u00e8le \u00e9conomique appropri\u00e9 pour le redressement du pays, confia les r\u00eanes de l\u2019\u00e9conomie nationale au \u00ab communiste \u00bb d\u2019hier.<\/p>\n<p>Ministre du plan et des finances en titre, Ben Salah allait progressivement coiffer tous les d\u00e9partements \u00e9conomiques : agriculture, industrie, mines et commerce. Le 1er juillet 1968, il h\u00e9ritera concomitamment du minist\u00e8re de l\u2019\u00e9ducation nationale dirig\u00e9 depuis une d\u00e9cennie par son ain\u00e9 et camarade syndical, Mahmoud Messeddi<span class=\"c3\"><sup><strong>(5)<\/strong><\/sup><\/span>, Si Ahmed prit alors \u00e0 bras le corps son destin dont il fixa l\u2019horizon \u00e0 l\u2019an 1971, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9ch\u00e9ance des premi\u00e8res perspectives d\u00e9cennales en Tunisie.<\/p>\n<p>La d\u00e9colonisation, la promotion de l\u2019homme, la r\u00e9forme des structures et l\u2019auto-d\u00e9veloppement, telles \u00e9taient les finalit\u00e9s de cette vision du tandem Bourguiba \u2013 Ben Salah.<\/p>\n<p>Tout alla si bien au d\u00e9but que le parti au pouvoir changera en 1964 pour la premi\u00e8re fois d\u2019appellation en adoptant le socialisme -fut-il \u00e9dulcor\u00e9 par une r\u00e9miniscence destourienne-.<\/p>\n<p>Mais, Bourguiba, comme tout \u00eatre mortel, fut foudroy\u00e9 le 14 Mars 1967par une attaque cardiaque. Un mauvais pr\u00e9sage pour celui qui tenait mordicus au soutien de son mentor.<\/p>\n<p>A Paris, en ce jour-l\u00e0, nous organisions \u00e0 la Facult\u00e9 de Droit de la Rue d\u2019Assas, un colloque sus le socialisme destourien en pr\u00e9sence de deux t\u00e9nors : Ben Salah et Masmoudi.<\/p>\n<p>Nous sentions une sourde tension \u00e0 la tribune entre le ministre flamboyant et l\u2019ambassadeur virevoltant, deux parmi les dauphins pr\u00e9sum\u00e9s du \u00ab matador \u00bb affaibli. L\u2019un des participants osa m\u00eame interpeller Ben Salah \u00ab ne craignez-vous pas, en l\u2019absence de l\u2019adh\u00e9sion de vos pairs au bureau politique \u00e0 vos id\u00e9es, d\u2019\u00eatre l\u00e2ch\u00e9 un jour par le pr\u00e9sident telle une boule de cristal ? \u00bb.<\/p>\n<p>Propos pr\u00e9monitoire ! Deux ans plus tard ce qui devait advenir, advint.<\/p>\n<p>En entrainant son ministre dans la course effr\u00e9n\u00e9e vers la g\u00e9n\u00e9ralisation du syst\u00e8me coop\u00e9ratif, le pr\u00e9sident, aiguillonn\u00e9 par son entourage hostile \u00e0 cet alter-go, le poussa vers le pr\u00e9cipice.<br \/>Le 8 septembre 1969, le conseil de la r\u00e9publique<span class=\"c3\"><sup><strong>(6)<\/strong><\/sup><\/span> d\u00e9cida de stopper net l\u2019exp\u00e9rience socialiste.<\/p>\n<p>Le 7 novembre suivant, Bourguiba limoge Ben Salah du dernier d\u00e9partement qu\u2019il occupait encore depuis le 9 septembre<span class=\"c3\"><sup><strong>(7)<\/strong><\/sup><\/span>. Alors commen\u00e7a la descente aux enfers<span class=\"c3\"><sup><strong>(8)<\/strong><\/sup><\/span>.<\/p>\n<p>Une cour partiale, puisque compos\u00e9e par ses contempteurs, lui infligea pour crime de haute trahison, une lourde sentence \u2013 dix ans de travaux forc\u00e9s \u2013 qu\u2019il ne tarda pas \u00e0 abr\u00e9ger en quittant discr\u00e8tement le pays le 4 f\u00e9vrier 1973.<\/p>\n<p>Ahmed Ben Salah survivra pendant cinquante ans \u00e0 ce jugement ignominieux. Il est mort en toute s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, parmi les siens, dans son douillet cocon de Rad\u00e8s.<\/p>\n<p>L\u2019histoire \u00e0 laquelle il appartient d\u00e9sormais jugera de la vie d\u2019un homme d\u2019Etat qui, telle une m\u00e9t\u00e9orite, fut stopp\u00e9e en plein envol.<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>A\u00efssa Baccouche<\/strong><\/p>\n<p class=\"c5\"><span class=\"c2\"><em>1) L\u2019un de ses disciples, G\u00e9rard de Bernis (1928-2010) a amplement contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du programme \u00e9conomique de l\u2019UGTT.<br \/>2) Edgar Faure, M\u00e9moires II Plon 1984, p. 265<br \/>3) Bourguiba Junior, notre histoire, entretiens avec Mohamed Kerrou, CERES 2006, p. 219.<br \/>4) L\u2019h\u00f4pital est aujourd\u2019hui enserr\u00e9 entre le quartier ENNASR et celui de Borj Turki Cf mon livre \u00ab l\u2019Ariana du village \u00e0 la grande ville \u00bb Arabesque, 2015 : \u00ab avec le nouvel h\u00f4pital Mahmoud Materi, on aura consomm\u00e9 la quasi-totalit\u00e9 de l\u2019espace, bois\u00e9, il y a une demi-si\u00e8cle \u00bb, p. 191.<br \/>5) Mahmoud Messadi fit parti du bureau ex\u00e9cutif pr\u00e9sid\u00e9 par Ben Salah aux c\u00f4t\u00e9s, entre autres, de Ahmed Tlili, Abdallah Farhat, Mustapha Filali et Mohamed Kraiem.<br \/>6) Une h\u00e9r\u00e9sie \u00ab constitutionnelle \u00bb : assembl\u00e9e conjointe du gouvernement et du bureau politique du PSD !<br \/>7) Ce jour-l\u00e0, j\u2019\u00e9tais dans son bureau pour traiter des affaires estudiantines, dont j\u2019avais la charge \u00e0 la t\u00eate de l\u2019UGTT. Il \u00e9pancha sa bile en me lan\u00e7ant cette phrase m\u00e9taphorique : \u00ab moi, professeur du secondaire, je me sens fier quand mes propres \u00e9l\u00e8ves me surpassent tandis que d\u2019autres ma\u00eetres sont aveugl\u00e9s par la r\u00e9ussite de leurs disciples \u00bb.<br \/>8)\u00ab J\u2019estime en pesant mes mots qu\u2019il s\u2019agissant d\u2019un complot, je dis bien complot pour faire endosser \u00e0 Ben Salah toute la responsabilit\u00e9, le prendre en bouc \u00e9missaire et ainsi exon\u00e9rer tout autre responsable \u00bb, Bourguiba Junior notre histoire, p. 220.<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30788-bourguiba-ben-salah-meme-combat\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par A\u00efssa Baccouche &#8211; Maintenant que les deux sont pass\u00e9s de vie \u00e0 tr\u00e9pas, l\u2019un, Bourguiba en 2000, l\u2019autre, Ben Salah en 2020, il est peut-\u00eatre temps de se rem\u00e9morer la saga, riche et tumultueuse, de ce bin\u00f4me qui a marqu\u00e9 l\u2019histoire contemporaine de la Tunisie durant pr\u00e8s d\u2019une quinzaine d\u2019ann\u00e9es &#8211; de 1955 \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":102761,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-102760","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/102760","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=102760"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/102760\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=102760"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=102760"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=102760"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}