{"id":102766,"date":"2020-10-25T09:35:00","date_gmt":"2020-10-25T13:35:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/la-banque-centrale-face-a-la-gestion-de-crise-et-la-remise-en-question-de-son-independance\/"},"modified":"2020-10-25T09:35:00","modified_gmt":"2020-10-25T13:35:00","slug":"la-banque-centrale-face-a-la-gestion-de-crise-et-la-remise-en-question-de-son-independance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/la-banque-centrale-face-a-la-gestion-de-crise-et-la-remise-en-question-de-son-independance\/","title":{"rendered":"La Banque centrale face \u00e0 la gestion de crise et la remise en question de son ind\u00e9pendance"},"content":{"rendered":"<p class=\"c2\"><strong>L\u2019Institut d\u2019\u00e9mission a-t-il \u00e9t\u00e9 proactif dans la conduite de la politique mon\u00e9taire ? Fallait-il proc\u00e9der avec une prudence jug\u00e9e excessive dans la fixation, \u00e0 la hausse et \u00e0 la baisse, du taux directeur ? L\u2019inflation sera-t-elle bien ma\u00eetris\u00e9e ? Plus encore, la Banque centrale de Tunisie a-t-elle mis en place le plus possible de m\u00e9canismes pr\u00e9ventifs face aux vuln\u00e9rabilit\u00e9s ext\u00e9rieures et quant \u00e0 la viabilit\u00e9 et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des finances publiques ? Autant d\u2019interrogations qui alimentent un vif d\u00e9bat, entretenu avec pour arri\u00e8re-fond la sempiternelle question de l\u2019ind\u00e9pendance ou non de la Banque centrale.<br \/><\/strong><\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Analyse.<\/strong><\/p>\n<p>La pand\u00e9mie de Covid-19 est une crise in\u00e9dite. Au-del\u00e0 des consid\u00e9rations sanitaires qu\u2019elle a engendr\u00e9es, son \u00e9tendue tentaculaire a d\u00e9ferl\u00e9 dans de nombreux pays en crise socio\u00e9conomique, faisant planer sur l\u2019\u00e9conomie mondiale le spectre de la mont\u00e9e des risques, de toute nature, et en particulier le creusement des d\u00e9ficits, notamment budg\u00e9taires, l\u2019accentuation de l\u2019endettement des Etats et l\u2019apparition des vuln\u00e9rabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie tunisienne, en tant que petite \u00e9conomie ouverte, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e par les retomb\u00e9es de la pand\u00e9mie. D\u00e8s le printemps 2020, alors que le virus faisait des ravages \u00e0 l\u2019est, et se propageait tr\u00e8s rapidement dans le Vieux continent, les affres de la crise \u00e9conomique commen\u00e7aient \u00e0 \u00eatre mena\u00e7antes, surtout que l\u2019\u00e9conomie tunisienne est tr\u00e8s ancr\u00e9e \u00e0 celle de la Zone euro, principal partenaire commercial, mais \u00e9galement premier demandeur de services, notamment dans le secteur touristique.<\/p>\n<p>Etant d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9 par une d\u00e9cennie d\u2019accumulation de d\u00e9s\u00e9quilibres macro\u00e9conomiques partis crescendo, le taux de croissance \u00e9conomique s\u2019est \u00e9tabli en moyenne \u00e0 1,8% sur la p\u00e9riode 2011-2019, \u00e0 comparer \u00e0 un taux de 4,2% au cours de la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente (2001-2010). Cette faible performance, fruit de la baisse de l\u2019offre, notamment de produits exportables, conjugu\u00e9e \u00e0 la baisse de la demande, n\u2019a fait qu\u2019engouffrer davantage le pays dans une trappe de faible croissance. De surcro\u00eet, la r\u00e9surgence des tensions inflationnistes qui a caract\u00e9ris\u00e9, dans un premier temps, la p\u00e9riode 2012-2014, puis avec plus d\u2019acuit\u00e9 les ann\u00e9es 2017 et 2018, a plac\u00e9 l\u2019\u00e9conomie dans une zone de stagflation, caract\u00e9ristique par excellence d\u2019une stagnation de la croissance coupl\u00e9e \u00e0 une mont\u00e9e de l\u2019inflation : la situation que craignent le plus les \u00e9conomistes.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019exacerbation des tensions inflationnistes, la Banque centrale a \u00e9t\u00e9 r\u00e9active, voire proactive. Proactive, par le fait d\u2019agir aujourd\u2019hui pour contrer la mont\u00e9e de l\u2019inflation demain !<\/p>\n<p>S\u2019il est vrai qu\u2019elle a agi \u00e0 petites doses au cours de la premi\u00e8re p\u00e9riode susmentionn\u00e9e, favorisant des actions sur le taux directeur variant entre 25 et 50 points de base, son action a \u00e9t\u00e9 beaucoup plus \u00e9nergique \u00e0 partir de 2017, alors que l\u2019inflation est devenue mena\u00e7ante, puisqu\u2019elle s\u2019est install\u00e9e dans la dur\u00e9e (persistance), comme en t\u00e9moigne la hausse des indicateurs de l\u2019inflation sous-jacente qui renseignent sur la \u00ab tendance fondamentale \u00bb de la dynamique de l\u2019inflation.<\/p>\n<p>Jamais la politique mon\u00e9taire n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi active. En effet, quatorze actions sur le taux directeur ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es : neuf hausses et cinq baisses. En particulier, en l\u2019espace de 30 mois, entre avril 2017 et septembre 2019, cinq hausses ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9es pour un total de 350 points de base, portant le taux directeur \u00e0 7,75%.<\/p>\n<p>La Banque centrale \u00e9tant le garant de la stabilit\u00e9 des prix, de par ses statuts qui \u00e9noncent en termes clairs qu\u2019elle est charg\u00e9e de veiller \u00e0 la stabilit\u00e9 des prix (article 7 de la loi n\u00b02016-35 du 25 avril 2016), elle a \u00e9t\u00e9 durant toutes ces ann\u00e9es dans son r\u00f4le, ne m\u00e9nageant aucun effort pour contrer les pressions inflationnistes, car n\u2019est-ce pas la meilleure contribution que puisse apporter une banque centrale \u00e0 son \u00e9conomie que de maintenir l\u2019inflation basse, stable et en harmonie avec l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique ?<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui les r\u00e9sultats sont l\u00e0. Le taux d\u2019inflation qui a atteint un plus haut de 7,7% en juin 2018 s\u2019est inscrit, depuis, sur une trajectoire baissi\u00e8re, pour atteindre 5,4% en ao\u00fbt et septembre 2020. Le resserrement de la politique mon\u00e9taire a bien pay\u00e9 et le processus d\u00e9sinflationniste se poursuit. N\u00e9anmoins, il est entour\u00e9 de risques actifs.<\/p>\n<p>En premier vient la vuln\u00e9rabilit\u00e9 ext\u00e9rieure telle que mesur\u00e9e par le solde de la balance courante. C\u2019est vrai qu\u2019apr\u00e8s avoir atteint son paroxysme en 2018 (11,2% du PIB), il s\u2019est quelque peu att\u00e9nu\u00e9, en 2019 (8,5%) justement gr\u00e2ce, notamment, au resserrement de la politique mon\u00e9taire. En effet, ce dernier a permis de freiner l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des cr\u00e9dits destin\u00e9s \u00e0 l\u2019importation, de pr\u00e9server le stock de devises et de soutenir le dinar. N\u00e9anmoins, un revirement de tendance pourrait aggraver le d\u00e9ficit courant, acc\u00e9l\u00e9rant l\u2019\u00e9rosion des r\u00e9serves de change et la d\u00e9pr\u00e9ciation du dinar, laquelle a \u00e9t\u00e9 une v\u00e9ritable phobie pour les importateurs, les industriels et les consommateurs d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. Les secteurs, autrefois pourvoyeurs de devises, tels que le tourisme, le phosphate, le p\u00e9trole, passent par des difficult\u00e9s, privant le pays de tant de ressources et entretenant un d\u00e9ficit abyssal.<\/p>\n<p>En second lieu, viennent la viabilit\u00e9 et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des finances publiques. Attendu \u00e0 un niveau sans pr\u00e9c\u00e9dent, soit pr\u00e8s de 14% du PIB, en 2020, contre seulement 3,5% en 2019, il traduit une explosion des d\u00e9penses face \u00e0 la modestie des recettes. On comprend bien que les recettes, notamment fiscales, ont \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment touch\u00e9es par la baisse de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique, due \u00e0 la faible croissance qui a caract\u00e9ris\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, et qui a \u00e9t\u00e9 aggrav\u00e9e par les effets de la pand\u00e9mie et le confinement total puis partiel qui s\u2019en est suivi. N\u00e9anmoins, il est paradoxal de voir s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer les d\u00e9penses, notamment de fonctionnement, en d\u00e9pit de la baisse de la productivit\u00e9. Pourtant, le budget a profit\u00e9 d\u2019une aubaine : la baisse des prix internationaux de l\u2019\u00e9nergie qui a fait revenir le prix du Brent de 61$ le baril \u00e0 une moyenne de 44$. Sur un autre plan, la situation difficile des entreprises publiques qui, par le pass\u00e9 procuraient \u00e0 l\u2019Etat des b\u00e9n\u00e9fices substantiels, est devenue assez compliqu\u00e9e et n\u00e9cessite des r\u00e9formes de structure audacieuses afin que ces entreprises redeviennent de v\u00e9ritables joyaux de la Nation. Enfin, l\u2019endettement de l\u2019Etat a pu \u00eatre stabilis\u00e9 en 2019, gr\u00e2ce aux effets du resserrement de la politique mon\u00e9taire qui a contribu\u00e9 \u00e0 ramener le taux d\u2019endettement de 77% du PIB en 2018 \u00e0 72% en 2019, mais est susceptible de monter en fl\u00e8che avec l\u2019augmentation d\u00e9mesur\u00e9e des d\u00e9penses qui met le pays en qu\u00eate de ressources de financement pour boucler le budget 2020 devant un v\u00e9ritable challenge, surtout que l\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s financiers internationaux est devenu plus prohibitif et plus on\u00e9reux au regard de la d\u00e9gradation de la notation souveraine de la Tunisie par les agences de rating au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Une dette publique \u00e9lev\u00e9e a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une grande menace pour l\u2019ind\u00e9pendance de la Banque centrale, et on a toujours craint que la dominance fiscale ne d\u00e9tourne la Banque centrale de ses objectifs de politique mon\u00e9taire et ne mette en danger son objectif de stabilit\u00e9 des prix. C\u2019est pour cette raison que l\u2019ind\u00e9pendance a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e dans pratiquement tous les statuts des banques centrales des pays d\u00e9mocratiques afin de discipliner les gouvernements dans la gestion des finances publiques et de dissuader tout recours \u00e0 la \u00ab planche \u00e0 billets \u00bb, dont les cons\u00e9quences seront pr\u00e9judiciables \u00e0 l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Si la Banque centrale est parvenue \u00e0 soutenir un paysage macro\u00e9conomique aussi turbulent durant toute cette d\u00e9cennie, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance que lui a conf\u00e9r\u00e9e le l\u00e9gislateur, et qui l\u2019habilite \u00e0 faire usage de ses instruments en toute autonomie pour l\u2019atteinte de ses objectifs, en termes de pr\u00e9servation de la stabilit\u00e9 des prix et de contribution \u00e0 la stabilit\u00e9 financi\u00e8re. Cependant, il est clair que la Banque centrale ne peut pas faire cavalier seul, et son action gagnerait \u00e0 \u00eatre soutenue par le gouvernement pour faire sortir le pays du marasme \u00e9conomique dans lequel il se d\u00e9bat. Cela passe notamment par un vrai engagement dans les r\u00e9formes structurelles visant l\u2019am\u00e9lioration du climat des affaires, la lutte contre l\u2019informalit\u00e9, la digitalisation, etc.<\/p>\n<p>Et comme disait le Baron Louis, \u00ab Faites-nous de bonnes politiques, et je vous ferais de bonnes finances \u00bb. A bon entendeur !<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>A.Z.<\/strong><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30789-la-banque-centrale-face-a-la-gestion-de-crise-et-la-remise-en-question-de-son-independance\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Institut d\u2019\u00e9mission a-t-il \u00e9t\u00e9 proactif dans la conduite de la politique mon\u00e9taire ? Fallait-il proc\u00e9der avec une prudence jug\u00e9e excessive dans la fixation, \u00e0 la hausse et \u00e0 la baisse, du taux directeur ? L\u2019inflation sera-t-elle bien ma\u00eetris\u00e9e ? 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