{"id":102960,"date":"2020-10-27T06:00:00","date_gmt":"2020-10-27T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/khelifi-ahmed-la-voix-impossible-la-voix-de-limpossible-la-voix-de-lalgerie\/"},"modified":"2020-10-27T06:00:00","modified_gmt":"2020-10-27T10:00:00","slug":"khelifi-ahmed-la-voix-impossible-la-voix-de-limpossible-la-voix-de-lalgerie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/khelifi-ahmed-la-voix-impossible-la-voix-de-limpossible-la-voix-de-lalgerie\/","title":{"rendered":"Khelifi Ahmed, la voix impossible, la voix de l\u2019impossible, la voix de l\u2019Alg\u00e9rie !"},"content":{"rendered":"<p>De la r\u00e9compense et de la reconnaissance des m\u00e9rites, l&rsquo;adage alg\u00e9rien dit que, de son vivant, l&rsquo;homme aspirait ardemment \u00e0 savourer une seule datte ; mort, on s&#8217;empresse alors de lui offrir un r\u00e9gime tout entier. Ce dicton est on ne peut plus \u00e9loquent au sujet des hommages posthumes aux disparus qui ne re\u00e7urent pas les honneurs m\u00e9rit\u00e9s de leur vivant. Ainsi va la vie et tels sont les Hommes en g\u00e9n\u00e9ral. Oublieux et ingrats, par essence et surtout par culture. Et c&rsquo;est notamment le cas dans notre pays, terre o\u00f9 l&rsquo;on m\u00e9conna\u00eet souvent l&rsquo;Histoire, d\u00e9pr\u00e9cie l&rsquo;art, inf\u00e9riorise les cr\u00e9ateurs, m\u00e9juge et m\u00e9prise les artistes.\u00a0<br \/>Dans notre belle et cruelle Alg\u00e9rie, les artistes meurent moult fois, et d\u00e9j\u00e0 de leur vivant. Le jour de leur mort \u00e9galement et particuli\u00e8rement bien apr\u00e8s leur aller simple pour l&rsquo;ailleurs. Exemple en est, Khelifi Ahmed, remont\u00e9 dans le souvenir du chroniqueur gr\u00e2ce \u00e0 la douce m\u00e9lop\u00e9e d\u2019une de ses goualantes sahraouies s\u2019\u00e9coulant de la radio d\u2019un taxi alg\u00e9rois. Khelifi Ahmed, de son vrai nom Ahmed Abbas Ben A\u00efssa, n\u00e9 \u00e0 Sidi Khaled sur les rives d&rsquo;Oued-Jdi (Biskra). Issu de la tribu des Ouled Ben-Khelifa, il s&rsquo;est \u00e9teint un mois de mars, \u00e0 un peu plus de neuf d\u00e9cennies de vie. Et \u00e0 plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle de d\u00e9veloppement g\u00e9n\u00e9reux d&rsquo;une voix de bronze chaude et divinement velout\u00e9e. Voix unique de stentor saharien.\u00a0<br \/>Vivants, Khelifi Ahmed et tous les autres chanteuses et chanteurs sont d\u00e9j\u00e0 morts, dans l&rsquo;oubli et l&rsquo;ingratitude enterr\u00e9s. Morts par extinction biologique, ils mourront encore davantage des hommages mal rendus ou de la reconnaissance si chichement exprim\u00e9e, quand ce n\u2019est pas de l\u2019oubli froid et permanent. Khelifi Ahmed, le Biskri, \u00e9lev\u00e9 au miel de D\u00e9glet-nour de Tolga, n\u2019eut m\u00eame pas droit, le jour de son enterrement, au r\u00e9gime de dattes de la reconnaissance dont parle la maxime populaire. Juste une poign\u00e9e de dattes s\u00e8ches, celles de la reconnaissance convenue. \u00c0 l&rsquo;exception notable de l&rsquo;ami ind\u00e9fectible et de l&rsquo;admirateur assidu Sa\u00efd Hilmi, les artistes alg\u00e9riens, c&rsquo;est-\u00e0-dire ceux qui restent et ceux qui sont dignes de ce nom, n&rsquo;y \u00e9taient m\u00eame pas. Une fois l&rsquo;artiste dans les cieux, ils sont m\u00eame rest\u00e9s sans voix. Pas m\u00eame un mot, pas m\u00eame un faux sanglot ni quelque lamento de circonstance.\u00a0<br \/>Quant \u00e0 elle, l&rsquo;auguste RADP, la R\u00e9publique alg\u00e9rienne d\u00e9mocratique et populaire, eh bien, elle \u00e9tait absente elle aussi. Comme \u00e0 chaque fois qu&rsquo;un artiste casse sa fl\u00fbte enchant\u00e9e. Mais, bonne fille, elle d\u00e9l\u00e9gua quand m\u00eame l&rsquo;expression de sa compassion \u00e0 sa rev\u00eache ministre de la Culture d&rsquo;alors. Une bien obscure rond-de-cuir de la culture qui publia un communiqu\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;\u00e9motion avait les accents d&rsquo;un tr\u00e9molo bureaucratique ! Khelifi Ahmed, l&rsquo;\u00e9mir absolu du b\u00e9doui, dont l&rsquo;immense Wadi&rsquo;e Essafi disait qu&rsquo;il \u00e9tait la \u00abvoix impossible, la voix de l&rsquo;impossible, la voix de l&rsquo;Alg\u00e9rie\u00bb, est mort, ce jour-l\u00e0, une autre fois encore, comme tant de fois avant. Oh, il pouvait bien se consoler de savoir \u00e0 cet instant-l\u00e0 que la ministre en question avait \u00e9dit\u00e9 l&rsquo;ensemble de son \u0153uvre dans un coffret certes beau mais introuvable sur le march\u00e9. Comme il s&rsquo;est peut-\u00eatre consol\u00e9 de constater, un autre jour, que ses compatriotes ne sont pas en revanche tous oublieux et ingrats. M\u00eame si la municipalit\u00e9 alg\u00e9roise de Sidi-M&rsquo;hammed l&rsquo;avait gratifi\u00e9 ce jour-l\u00e0 de son m\u00e9diocre \u00abburnous d&rsquo;or\u00bb, lui qui faisait tisser les siens en poils de dromadaire chez un ma\u00eetre-lainier de Bou Sa\u00e2da.\u00a0<br \/>Vivant, Khelifi Ahmed avait notamment enchant\u00e9 le grand ma\u00eetre \u00e9gyptien Mohamed Abdelwahab et le maestro libanais Wadi&rsquo;e Essafi. Il avait subjugu\u00e9 par ailleurs le Guin\u00e9en S\u00e9kou Tour\u00e9 et le Cambodgien Norodom Sihanouk, envo\u00fbt\u00e9s qu&rsquo;ils furent par les puissantes envol\u00e9es de son envo\u00fbtant \u00abaye yaye\u00bb ! Pour les m\u00e9lomanes alg\u00e9riens, innombrables et reconnaissants, sa voix, sa gasba et son bendir, c&rsquo;est encore le nirvana et toujours le samsara, le plaisir renaissant et r\u00e9incarn\u00e9 ! Khelifi Ahmed est en effet tel le stentor grec de jadis, crieur tout-puissant durant la guerre de Troie, qui ne fut vaincu que par le dieu Herm\u00e8s, dans une joute vocale. La voix de Khelifi Ahmed est en effet in\u00e9galable, incomparable, inimitable, insondable. Bref, elle est unique. Comme l&rsquo;oasis de Sidi Khaled. Comme les dattes de Biskra. Savoureux symbole pour celui qui soignait lui-m\u00eame les palmiers-dattiers de la famille, lui qui aimait ce travail de composition qui lui permettait de grimper au plus haut des palmiers pour la taille et la f\u00e9condation, ou encore pour la cueillette de r\u00e9gimes providentiels.\u00a0<br \/>Comment diantre oublier un artiste exceptionnel \u00e0 chaque date d&rsquo;anniversaire de sa mort ou juste \u00e0 l\u2019irruption de sa voix enregistr\u00e9e ? Comment ne pas exprimer, \u00e0 chaque chanson r\u00e9\u00e9cout\u00e9e, toute sa gratitude \u00e0 ce bienfaiteur artistique qui fut le ma\u00eetre incontest\u00e9 du genre sahraoui qu&rsquo;il a sublim\u00e9, gr\u00e2ce, entre autres talents, \u00e0 celui de sa ma\u00eetrise de la psalmodie du Coran qu&rsquo;il pratiquait depuis sa tendre enfance ? Les modes utilis\u00e9s par Khelifi Ahmed furent ceux en usage dans la musique arabe d&rsquo;Orient. Le sroudji sahraoui \u00e9quivalent du bayati ou le hiouti qui fait \u00e9cho au sika. De m\u00eame que le saba oriental qui prend le nom de mawwal kerdada b\u00e9doui, ou bien encore le hidjaz qui correspond au a\u00efdi alg\u00e9rien. Sans oublier le nahawend et le bayati chouri qui renvoient au sa\u00efhi des Alg\u00e9riens, ainsi que le m&rsquo;hayer araq qui est notre srawi national. Ces apparentements musicaux expliquent beaucoup la cote d&rsquo;estime et le degr\u00e9 d&rsquo;appr\u00e9ciation dont jouissait Khelifi Ahmed aupr\u00e8s du public et surtout des artistes dans les pays arabes d&rsquo;Orient.\u00a0<br \/>\u00abL&rsquo;oubli n&rsquo;est autre chose qu&rsquo;un palimpseste\u00bb, disait Victor Hugo. Et c&rsquo;est donc une bonne raison pour le chroniqueur de faire de son hommage r\u00e9it\u00e9r\u00e9 \u00e0 Khelifi Ahmed un modeste manuscrit constitu\u00e9 d&rsquo;un parchemin d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9, et dont il fait dispara\u00eetre les anciennes inscriptions de la r\u00e9v\u00e9rence pour pouvoir y \u00e9crire de nouveau les mots de la nostalgie, du souvenir et du remerciement.\u00a0\u00a0<br \/>N. K.<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/point-virgule\/khelifi-ahmed-la-voix-impossible-la-voix-de-limpossible-la-voix-de-lalgerie-50376\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la r\u00e9compense et de la reconnaissance des m\u00e9rites, l&rsquo;adage alg\u00e9rien dit que, de son vivant, l&rsquo;homme aspirait ardemment \u00e0 savourer une seule datte ; mort, on s&#8217;empresse alors de lui offrir un r\u00e9gime tout entier. 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