{"id":103831,"date":"2020-11-05T09:53:31","date_gmt":"2020-11-05T14:53:31","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/cold-case-une-fiction-de-gauche\/"},"modified":"2020-11-05T09:53:31","modified_gmt":"2020-11-05T14:53:31","slug":"cold-case-une-fiction-de-gauche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/cold-case-une-fiction-de-gauche\/","title":{"rendered":"Cold case, une fiction de gauche"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-text-color has-vivid-red-color c2\"><strong>S\u00e9ries et d\u00e9sir d\u2019Am\u00e9rique<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color c3\"><strong>Quelle que soit l\u2019issue du scrutin pr\u00e9sidentiel -m\u00eame si Trump est bien parti pour rester- le d\u00e9sir d\u2019Am\u00e9rique demeure. Il est constitutif de l\u2019imaginaire contemporain. Il passe notamment \u00e0 travers la fiction, dont les s\u00e9ries. Et \u00a0l\u2019une des s\u00e9ries phares d\u2019un paysage audiovisuel pourtant tr\u00e8s dot\u00e9 en produits de qualit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>Cold case est d\u00e9sormais un \u00abclassique\u00bb. Classique dans le sens o\u00f9 c\u2019est une s\u00e9rie que tous les publics appr\u00e9cient\u00a0 au-del\u00e0 du temps et des fronti\u00e8res g\u00e9ographiques. Lanc\u00e9e en 2003 par Meridith Stielm, Cold case compte 156 \u00e9pisodes de 42 minutes qui s\u2019\u00e9talent sur des saisons allant de 2003 \u00e0 2010.<\/p>\n<p>On retrouve un lieu familier des grandes s\u00e9ries am\u00e9ricaines\u00a0; \u00e0 savoir un d\u00e9partement de police sauf que trois \u00e9l\u00e9ments font une premi\u00e8re diff\u00e9rence: ce n\u2019est plus New York, c\u2019est Philadelphie qui abrite le travail des policiers; les enqu\u00eates concernent non pas des affaires en cours mais celles dites \u00abcold case\u00bb, celles class\u00e9es car non r\u00e9solues; l\u2019autre \u00e9l\u00e9ment est la pr\u00e9sence d\u2019une figure centrale, Lilly Rush (Kathryn Morrid) qui dirige l\u2019\u00e9quipe. Femme inspectrice de la police criminelle de Philadelphie, elle enqu\u00eate sur les meurtres jamais \u00e9lucid\u00e9s commis il y a plusieurs ann\u00e9es voire plusieurs d\u00e9cennies, grosso modo entre 1910 et 2010.<\/p>\n<p>Lilly Rush et son \u00e9quipe sont plus historiens que flics. Ils passent l\u2019essentiels de leur temps \u00e0 \u00e9plucher des vieux documents (journaux, albums de photos, archives\u2026); \u00e0 \u00e9couter les souvenirs des personnes \u00e2g\u00e9es o\u00f9 mettre au jour des traces du pass\u00e9. \u00ab\u00a0Finalement, leur travail ressemble plus \u00e0 celui de l\u2019historien qu\u2019\u00e0 celui de policier, en tout cas tel qu\u2019il est habituellement repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran, avec une sur-pr\u00e9sentation du terrain\u00a0 par rapport au bureau\u00a0dans ce m\u00e9tier\u00a0\u00bb \u00e9crit Marjolaine Boutet dans son livre Cold case, la m\u00e9lodie du pass\u00e9 (Paris, PUF, 2013).<\/p>\n<p>La s\u00e9rie se distingue aussi par son lieu d\u2019intervention, Philadelphie. C\u2019est un choix qui n\u2019est pas fortuit, c\u2019est l\u2019une des villes les plus historiques des USA. C\u2019est la premi\u00e8re capitale du pays. Partout o\u00f9 l\u2019on va, le pass\u00e9 vit. Il suffit de le rencontrer. Dans l\u2019un des \u00e9pisodes, on d\u00e9couvre un terrain vague, au sein d\u2019un quartier pauvre, en fait, le site est un ancien march\u00e9 aux esclaves.<\/p>\n<p>Le d\u00e9cor est ainsi plac\u00e9, nous n\u2019avons pas affaire \u00e0 la grande histoire mais \u00e0 celle des opprim\u00e9s, des oubli\u00e9s; celle des victimes de leur \u00e9poque plus encore que d\u2019un assassinat. Dans l\u2019\u00e9pisode 11 de la saison 5 qui retrace l\u2019histoire tragique d\u2019une famille am\u00e9ricano-japonaise pendant la seconde guerre mondiale, l\u2019inspectrice dit \u00e0 son patron qu\u2019\u00abils parlent pour les victimes\u00bb. Le r\u00f4le des enqu\u00eateurs est donc de rendre la parole \u00e0 ceux qui ne l\u2019on pas eue.<\/p>\n<p>J\u2019aime particuli\u00e8rement comment sont articul\u00e9es l\u2019ouverture et la cl\u00f4ture des \u00e9pisodes de la s\u00e9rie. Chacun des \u00e9pisodes commence par la m\u00eame structure pour les quatre s\u00e9quences qui font l\u2019incipit. Un\u00a0: on ouvre par une sc\u00e8ne au pass\u00e9, pr\u00e9cis\u00e9ment dat\u00e9e et induite par des \u00e9l\u00e9ments de mise\u00a0en sc\u00e8ne : \u00e9clairage, d\u00e9cor, vestimentaire, bande son d\u2019\u00e9poque\u2026<\/p>\n<p>A ce moment, on ne conna\u00eet pas encore les protagonistes. Deux\u00a0: par un fondu noir on passe \u00e0 la deuxi\u00e8me s\u00e9quence avec le corps sans vie d\u2019un ou plusieurs personnages qu\u2019on avait vu pr\u00e9c\u00e9demment. Trois: on voit un policier qui classe le dossier dans la salle des archives; parfois la cam\u00e9ra capte au passage l\u2019ann\u00e9e et le nom de la victime. Quatre\u00a0: la quatri\u00e8me s\u00e9quence nous ram\u00e8ne au pr\u00e9sent avec l\u2019ouverture du dossier suite \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019un \u00e9l\u00e9ment qui va relancer l\u2019enqu\u00eate.<\/p>\n<p>La cl\u00f4ture, elle, est charg\u00e9e d\u2019\u00e9motion. A la fin de chaque \u00e9pisode, la bo\u00eete d\u2019archives qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ouverte \u00a0par les enqu\u00eateurs change de lieu de stockage et rejoint le rayon\u00a0 des affaires r\u00e9solues, avec la mention mise en avant par la cam\u00e9ra \u00abclosed\u00bb. Tout se d\u00e9roule dans un montage magnifique, tr\u00e8s po\u00e9tique, avec l\u2019apparition de la victime comme un fant\u00f4me au moment de l\u2019arrestation du meurtrier avec un regard g\u00e9n\u00e9ralement destin\u00e9 \u00e0 Lilly. Un regard non pas vengeur mais apais\u00e9 et reconnaissant. Justice a \u00e9t\u00e9 rendue. La v\u00e9rit\u00e9 a fini par \u00e9clater.<\/p>\n<p>L\u2019auteure de la s\u00e9rie a r\u00e9ussi \u00e0 convaincre la cha\u00eene CBS d\u2019adopter un nouveau proc\u00e9dural centr\u00e9 non pas sur le meurtrier ou l\u2019enqu\u00eateur mais sur la victime dont la vie est restitu\u00e9e \u00e0 travers une s\u00e9rie de flashback. La s\u00e9rie affiche \u00e9galement un engagement politique \u00e9vident notamment pour les questions de genre. Au niveau th\u00e9matique la question des femmes est omnipr\u00e9sente mais aussi au niveau de la r\u00e9alisation, 83 \u00e9pisodes sur 156 sont \u00e9crits par des femmes. Cold case est une fiction de gauche qui offre une autre image de l\u2019Am\u00e9rique et d\u00e9livre un message de tol\u00e9rance et d\u2019alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/cold-case-une-fiction-de-gauche.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9ries et d\u00e9sir d\u2019Am\u00e9rique Quelle que soit l\u2019issue du scrutin pr\u00e9sidentiel -m\u00eame si Trump est bien parti pour rester- le d\u00e9sir d\u2019Am\u00e9rique demeure. Il est constitutif de l\u2019imaginaire contemporain. Il passe notamment \u00e0 travers la fiction, dont les s\u00e9ries. Et \u00a0l\u2019une des s\u00e9ries phares d\u2019un paysage audiovisuel pourtant tr\u00e8s dot\u00e9 en produits de qualit\u00e9. Cold [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1760,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,54],"tags":[],"class_list":["post-103831","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-maroc"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103831","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1760"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=103831"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103831\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=103831"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=103831"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=103831"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}