{"id":104217,"date":"2020-11-09T13:46:00","date_gmt":"2020-11-09T18:46:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-fessi-le-cercle-vicieux-des-crises-budgetaire-bancaire-et-monetaire\/"},"modified":"2020-11-09T13:46:00","modified_gmt":"2020-11-09T18:46:00","slug":"mohamed-fessi-le-cercle-vicieux-des-crises-budgetaire-bancaire-et-monetaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-fessi-le-cercle-vicieux-des-crises-budgetaire-bancaire-et-monetaire\/","title":{"rendered":"Mohamed Fessi : Le cercle vicieux des crises budg\u00e9taire, bancaire et mon\u00e9taire"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c3\"><span class=\"c2\"><em><strong>Par Mohamed Fessi &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> M\u00eame si je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 un adepte du \u00ab Ah ! C\u2019\u00e9tait mieux avant \u00bb, force est de reconnaitre, qu\u2019avant, c&rsquo;est-\u00e0-dire, dans les d\u00e9cennies 1990 et 2000, les fondamentaux de l\u2019\u00e9conomie tunisienne \u00e9taient sains,\u00a0 avec une classe moyenne qui grossissait et une mobilit\u00e9 sociale qui permettait aux enfants de r\u00e9ussir mieux que leurs parents. (En disant cela je n\u2019occulte en rien le pilonnage par le r\u00e9gime de l\u2019ex pr\u00e9sident Ben Ali des valeurs fondamentales sur lesquelles s\u2019\u00e9difie toute nation qui se respecte. Mais \u00e7a, c\u2019est un autre sujet). Puis l\u2019amateurisme, les calculs partisans et les errements des gouvernements qui se sont succ\u00e9d\u00e9 depuis 2011, ont d\u00e9truit l&rsquo;Etat et fait exploser la dette ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p>La d\u00e9gradation de l&rsquo;\u00e9conomie se poursuit sous la \u00ab d\u00e9mocratie \u00bb, avec l&rsquo;apparition d&rsquo;une pauvret\u00e9 croissante. L\u2019instabilit\u00e9 et l\u2019inconstance du pouvoir, conjugu\u00e9es \u00e0 l\u2019absence d\u2019un projet de soci\u00e9t\u00e9 mobilisateur,\u00a0 ont provoqu\u00e9 un affaissement de l&rsquo;Etat. Un \u00e9norme g\u00e2chis. La faiblesse de l&rsquo;Etat a de lourdes cons\u00e9quences: des secteurs productifs et g\u00e9n\u00e9rateurs de devises \u00e0 l\u2019arr\u00eat (p\u00e9trole et phosphate notamment) et un secteur informel qui d\u00e9passe en volume et en chiffres l\u2019\u00e9conomie organis\u00e9e, privant l\u2019Etat de ressources douani\u00e8res et fiscales pr\u00e9cieuses. Pour les acteurs de l\u2019\u00e9conomie souterraine,\u00a0 ne pas payer ses imp\u00f4ts reste un sport. La corruption et un go\u00fbt pour l&rsquo;argent facile y sont \u00e9rig\u00e9s en r\u00e8gle depuis des lustres. Et il semble que l&rsquo;Etat n&rsquo;a pas trouv\u00e9\u00a0 les moyens de changer la donne, \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance.<br \/>Sur un autre plan, depuis dix ans, le pays vit au-dessus de ses moyens. Les d\u00e9ficits \u2013budg\u00e9taire, de la balance courante, de celle des paiements\u2026, s\u2019encha\u00eenent sans que cela\u00a0 semble \u00e9mouvoir\u00a0 grand monde.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, l\u2019\u00e9conomie tunisienne, paie le prix d&rsquo;une politique populiste fond\u00e9e sur la priorit\u00e9 absolue donn\u00e9e \u00e0 la consommation au d\u00e9triment de l&rsquo;investissement, la priorit\u00e9 donn\u00e9e au jour le jour au d\u00e9triment du long terme. L\u2019Etat avec son armada de fonctionnaires et d\u2019agents publics, est oblig\u00e9 de servir une masse salariale de 20 milliards de dinars, pas loin du cinqui\u00e8me de la richesse produite. Qui ose imaginer que, dans une entreprise industrielle ou m\u00eame commerciale, les salaires puissent atteindre une telle proportion ? Ce serait la faillite assur\u00e9e. Dans les activit\u00e9s relevant du service public, les autorit\u00e9s, en emp\u00eachant les hausses de tarifs (il est vrai que ces hausses doivent \u00eatre accompagn\u00e9es par des mesures de soutien qui ciblent les couches sociales qui en ont besoin), ont asphyxi\u00e9 les entreprises. Ceci sans parler de la gestion chaotique de la quasi-totalit\u00e9 de ces entreprises (ni objectifs clairs et dat\u00e9 ni contrats-programmes). R\u00e9sultat des courses, des d\u00e9ficits chroniques qui enflent d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, creusant davantage le d\u00e9ficit budg\u00e9taire de l\u2019Etat.<\/p>\n<p>Le pays semble ne rien apprendre de ses erreurs pass\u00e9es. Des\u00a0 solutions de facilit\u00e9 sont envisag\u00e9es. Pourquoi ne pas mon\u00e9tiser la dette de l\u2019Etat ? Ou bien augmenter les imp\u00f4ts et les taxes?<br \/>Si la pression fiscale continue d\u2019augmenter (avec une infrastructure et des services publics qui ne cessent de se d\u00e9t\u00e9riorer) et que le gouvernement change les r\u00e8gles fiscales en permanence, qui oserait investir un dinar? Et comment ferait-on pour drainer les capitaux \u00e9trangers dont nous avons grandement besoin pour faire tomber la pression sur le dinar ?<\/p>\n<p>La mon\u00e9tisation de la dette est l&rsquo;op\u00e9ration par laquelle une banque centrale ach\u00e8te directement ou indirectement (sur les march\u00e9s primaire et\/ou secondaire)\u00a0\u00a0 les emprunts \u00e9mis par l&rsquo;Etat. Ce qui est, en th\u00e9orie, bien pratique lorsqu&rsquo;un pays ne parvient plus \u00e0 se financer sur les march\u00e9s parce que les investisseurs traditionnels doutent de sa solvabilit\u00e9. La banque centrale se substitue \u00e0 eux. Il suffit juste pour acheter les dettes et cr\u00e9er de la monnaie, de fabriquer des billets autant qu&rsquo;elle le d\u00e9sire, puisque c&rsquo;est elle qui d\u00e9tient la planche \u00e0 imprimer. Probl\u00e8me, la monnaie cr\u00e9\u00e9e en grande quantit\u00e9, bien au-del\u00e0 de l&rsquo;augmentation de la richesse du pays fabrique de l&rsquo;inflation. L\u2019exemple de la Turquie, qui a subi un taux d\u2019inflation de 11,8% en septembre 2020,\u00a0 nous para\u00eet \u00e9difiant pour illustrer nos propos.\u00a0 Selon une \u00e9tude Euler Hermes parue le 10 septembre 2020, la Turquie est en t\u00eate des pays \u00e0 march\u00e9s \u00e9mergents qui ont creus\u00e9 leurs scores de risque d&rsquo;inflation suite \u00e0 la mise en place par leurs banques centrales de politiques mon\u00e9taires, d\u00eetes non-conventionnelles\u00a0 sans pr\u00e9c\u00e9dent et pas toujours appropri\u00e9es (politiques mon\u00e9taires d&rsquo;assouplissement quantitatif visant \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer de l&rsquo;argent frais pour stimuler l&rsquo;\u00e9conomie), afin de lutter contre la crise li\u00e9e au Covid. L&rsquo;enqu\u00eate en question, pose la question de l&rsquo;inflation et de la soutenabilit\u00e9 de la dette publique et conclut \u00ab sans un engagement budg\u00e9taire fort et sans cadre bien d\u00e9fini et de taille suffisante, les effets des politiques d\u2019assouplissement mon\u00e9taire seront contre-productifs et\u00a0 susceptibles d&rsquo;augmenter le co\u00fbt d&#8217;emprunt du gouvernement \u00e0 moyen terme. En fait, dans un contexte de hausse de l&rsquo;inflation et de pr\u00e9occupations concernant la viabilit\u00e9 de la dette, les investisseurs peuvent demander des primes de risque plus \u00e9lev\u00e9es pour les nouvelles \u00e9missions de dette\u00a0 des pays \u00e9mergents \u00bb.<\/p>\n<p>M\u00eame si la r\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine et, depuis 2015, la banque centrale europ\u00e9enne (BCE), sous l\u2019impulsion de Mario Draghi \u2013et son fameux whatever it takes-\u00a0 ont largement us\u00e9 de ce moyen, les banques centrales qui pensent que leurs politiques qui visent \u00e0 inonder les march\u00e9s de liquidit\u00e9s pourraient r\u00e9gler les probl\u00e8mes structurels commettent une funeste erreur. Qu&rsquo;attendent les banques centrales de ces politiques mon\u00e9taires incroyablement expansionnistes? Ces derni\u00e8res, en achetant de grandes quantit\u00e9s de dettes publiques et en abaissant leurs taux directeurs,\u00a0 permettent de faciliter\u00a0\u00a0 le financement budg\u00e9taire et esp\u00e8rent relancer l\u2019\u00e9conomie (La BCE, par exemple,\u00a0 essaie d&rsquo;accro\u00eetre les liquidit\u00e9s d\u00e9tenues par les banques jusqu&rsquo;au point o\u00f9 celles-ci recommenceront \u00e0 pr\u00eater \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie). Mais en aucun cas ces politiques ne peuvent r\u00e9soudre les probl\u00e8mes structurels de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle d\u2019un\u00a0 pays.\u00a0 Elles ne peuvent en aucun cas\u00a0 en corriger les anomalies structurelles. Quelles sont-elles en Tunisie? Il est vrai que la liste est longue. En premier lieu, le manque de comp\u00e9titivit\u00e9 de l&rsquo;industrie, caus\u00e9 par la faiblesse de la productivit\u00e9\u00a0 du facteur travail et le manque d&rsquo;innovation. Cette industrie est par ailleurs faiblement exportatrice, ou si on veut \u00eatre plus pr\u00e9cis, exportatrice de produits et de services \u00e0 tr\u00e8s faible valeur ajout\u00e9e. En deuxi\u00e8me, lieu le d\u00e9faut de rigueur dans la gestion des finances publiques. En troisi\u00e8me lieu, le mauvais rendement du syst\u00e8me fiscal. En quatri\u00e8me lieu, un syst\u00e8me \u00e9ducatif obsol\u00e8te est inadapt\u00e9 aux besoins du march\u00e9 de l\u2019emploi. En cinqui\u00e8me lieu, une lourdeur bureaucratique qui entrave la libert\u00e9 d\u2019entreprendre\u2026<\/p>\n<p>Pour r\u00e9sumer, disons qu\u2019il y a trois facteurs de production en \u00e9conomie: le capital, le travail et la confiance. Force est de reconnaitre, qu\u2019actuellement, en Tunisie, les trois font d\u00e9faut. Plut\u00f4t que de mon\u00e9tiser la dette publique, ne convient-il pas mieux de s\u2019attaquer aux racines du mal ? Ces racines\u00a0 nous renvoient au probl\u00e8me des d\u00e9ficits budg\u00e9taire et public, au poids de la dette (80% du PIB selon l\u2019ITCEQ), au niveau des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et, enfin, au niveau de l&rsquo;inflation. Malheureusement, depuis dix ans, le pays n&rsquo;a pas eu de grande vision politique (ni socio-\u00e9conomique). L&rsquo;urgence \u00e9lectorale et les int\u00e9r\u00eats cat\u00e9goriels font perdre de vue les objectifs \u00e0 long terme. Tout au long de ces ann\u00e9es, nos dirigeants n\u2019ont pas cess\u00e9 de mal lire les moments importants.<\/p>\n<p>Je ne pourrais cl\u00f4turer cet article sans faire remarquer \u00e0 ceux qui disent que le sc\u00e9nario grec guette la Tunisie, que malgr\u00e9 beaucoup de similitudes inqui\u00e9tantes entre la situation \u00e9conomique de la Tunisie et celle qu&rsquo;a connue la Gr\u00e8ce en 2010- une dette publique colossale qui ne cesse de gonfler, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, une corruption et une \u00e9vasion fiscale et, plus globalement, une \u00e9conomie souterraine tr\u00e8s r\u00e9pandues, des salaires publics qui bouffent une grande partie des ressources budg\u00e9taires et qui sont un bon exemple de l\u2019incoh\u00e9rence de l\u2019\u00c9tat&#8230;-, deux \u00e9l\u00e9ments majeurs distinguent les deux situations.<\/p>\n<p>D\u2019abord la Gr\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 soutenue par l&rsquo;Europe qui y a inject\u00e9 pr\u00e8s de\u00a0 300 milliards d&rsquo;euros (excusez du peu). Ensuite, le gouvernement grec a \u00e9t\u00e9 contraint d\u2019engager une foule de r\u00e9formes structurelles dont les cons\u00e9quences sociales ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s douloureuses pour la population.<\/p>\n<p>A notre sens, par del\u00e0 la pol\u00e9mique qui fait rage autour du refus de la banque centrale de mon\u00e9tiser la dette de l\u2019Etat (m\u00eame si, eu \u00e9gard aux circonstances exceptionnelles li\u00e9es au Covid, il\u00a0 acquis que la BCT va l\u00e2cher du lest, il n\u2019en demeure pas moins\u00a0 l\u00e9gitime de s\u2019interroger sur l\u2019ampleur de son intervention et les conditions\u00a0 qu\u2019elle va poser au gouvernement), les seules questions qui vaillent la peine d\u2019\u00eatre pos\u00e9es sont\u00a0 les suivantes : Quand est-ce que\u00a0 nos\u00a0 gouvernants comptent-ils\u00a0\u00a0 engager les r\u00e9formes structurelles-certes douloureuses- \u00e0 m\u00eame de sauver le pays de la faillite annonc\u00e9e ? Et les Tunisiens sont-ils pr\u00eats \u00e0 en endurer le corollaire ?<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat de ces derniers jours, en marge de la loi de finances compl\u00e9mentaire de 2020 et celle de 2021, t\u00e9moigne d\u2019un d\u00e9but de prise de conscience. Pourvu qu\u2019elle ne soit pas parasit\u00e9e par les calculs politiciens partisans.<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Mohamed Fessi<\/strong><br \/><span class=\"c2\"><em>Expert comptable et consultant d\u2019entreprises<\/em><\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30898-mohamed-fessi-le-cercle-vicieux-des-crises-budgetaire-bancaire-et-monetaire\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mohamed Fessi &#8211; M\u00eame si je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 un adepte du \u00ab Ah ! 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