{"id":104977,"date":"2020-11-17T05:14:00","date_gmt":"2020-11-17T10:14:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/un-jour-ideal-pour-mourir-un-sort-plus-terrible-que-les-tragedies-grecques\/"},"modified":"2020-11-17T05:14:00","modified_gmt":"2020-11-17T10:14:00","slug":"un-jour-ideal-pour-mourir-un-sort-plus-terrible-que-les-tragedies-grecques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/un-jour-ideal-pour-mourir-un-sort-plus-terrible-que-les-tragedies-grecques\/","title":{"rendered":"Un jour id\u00e9al pour mourir: un sort plus terrible que les trag\u00e9dies grecques"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c3\"><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Rafik-Darragi-min(3).jpg\" alt=\"\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>Par Rafik Darragi &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> Samir Kacimi est un auteur alg\u00e9rien arabophone n\u00e9 en 1974. Il a \u00e9t\u00e9 avocat puis journaliste avant de se consacrer \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Son premier roman, D\u00e9claration de perte, date de 2000. Depuis, il a sign\u00e9 plusieurs titres dont L\u2019Amour au tournant, traduit en fran\u00e7ais (Seuil, 2017). Son roman, Yawmr\u00e2&rsquo;i li-l-mawt, publi\u00e9 \u00e0 Alger et Beyrouth, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9s\u00e9lectionn\u00e9 par le Booker Prize arabe en 2009. Il vient de para\u00eetre aux \u00e9ditions Actes Sud\/Sindbad sous le titre Un jour id\u00e9al pour mourir.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage est d\u2019une structure particuli\u00e8re. Ecrit \u00e0 une seule voix, celle du narrateur, il ressemble \u00e0 un r\u00e9cit-monologue, d\u00e9filant \u00e0 rebours une lente prise de conscience des principaux personnages, dont Halim Bensadek, un journaliste longtemps au ch\u00f4mage, et son ami, Omar Tounba, devenu un \u2018mauvais gar\u00e7on\u2019 depuis qu\u2019il avait d\u00e9couvert que la femme dont il \u00e9tait follement amoureux \u00e9tait l\u2019ancienne ma\u00eetresse de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour Halim Bensadek, ce d\u00e9fil\u00e9 \u00e0 rebours a commenc\u00e9 d\u00e8s la premi\u00e8re page du livre, juste au moment o\u00f9, volontairement, il se jeta dans le vide du haut d\u2019un immeuble de quinze \u00e9tages dans les Eucalyptus, une triste banlieue d\u2019Alger. Il avait d\u00e9cid\u00e9 de mettre ainsi fin \u00e0 sa vie pour diverses raisons apr\u00e8s m\u00fbres r\u00e9flexions, six mois plus t\u00f4t. Ce qui l\u2019avait d\u2019abord convaincu dans cette d\u00e9cision ce n\u2019\u00e9tait pas tant l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 de Nabila, sa fianc\u00e9e, ou ses d\u00e9boires en tant que journaliste,mais plut\u00f4t \u00ab la dimension po\u00e9tique que les gens attribuent \u00e0 ce geste\u2026 une exception humaine \u00e0 la loi de la fatalit\u00e9 \u00bb (p.8) Il y avait aussi et surtout, \u00ab ce que diraient les gens\u2026 \u2018\u2019Il est mort par amour\u2019\u2019. Aussi, pour entrer dans la l\u00e9gende, prit-il soin de justifier son geste dans une lettre qu\u2019il posta \u00e0 sa propre adresse, l\u2019id\u00e9e \u00e9tant \u00ab d\u2019amener les journaux \u00e0 parler deux fois de lui \u00bb. (p.9)<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment durant cette chute dans le vide, ce bref laps de temps, que Samir Kacimi, a structur\u00e9 son roman, une suite de tristes souvenirs, de cruels \u00e9checs et de traumatismes, mais aussi de surprenantes surprises \u00e0 l\u2019intention du lecteur, le tout habilement li\u00e9. Avec verve il fait adroitement d\u00e9filer le film de la vie de chacun de ses personnages,de telle sorte que l\u2019histoire de l\u2019un croise beaucoup d\u2019autres. Ainsi, Halim Bensadek ne voulait pas d\u2019une \u00ab une mort chiante \u00bb (p.8),se suicider comme son cher ami Omar Tounga, un \u2018chikour\u2019 redoutable qui ne trouva rien de mieux, pour mettre fin \u00e0 sa vie que de se jeter sous un train. Pourtant lorsque lui-m\u00eame, Halim Bensadek avait d\u00e9couvert l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 de sa fianc\u00e9e, il voulut \u00ab rester seul, dans ses propres pens\u00e9es, exactement comme Omar Tounba quand il s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9 \u00e0 courir comme un fou en raison de ce qu\u2019il avait entendu : sa m\u00e8re avait tu\u00e9 son p\u00e8re \u00e0 cause de sa ch\u00e9rie, Nissa Bouttous. \u00bb (p.41)<\/p>\n<p>A ce point pr\u00e9cis de la narration, et quitte \u00e0 cr\u00e9er une certaine confusion entre les deux films de la vie de ses personnages, Samir Kacimi, prolonge cette m\u00e9ditation de Halim Bensadek et la fait croiser avec celle de son ami Omar Tounba :<\/p>\n<p>\u00ab S\u2019il avait lu les trag\u00e9dies grecques comme Halim Bensadek, il aurait jur\u00e9 que ce qui lui arrivait \u00e9tait encore plus terrible, mais il ne les avait pas lues parce que, au sortir de l\u2019\u00e9cole primaire, il avait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019entrer dans la vie active, ce qui expliquait aussi que sa seule r\u00e9action avait \u00e9t\u00e9 de courir comme un d\u00e9rat\u00e9 en marmonnant : \u2018\u2019Pas possible\u2026\u00e7a se peut pas\u2019\u2019 \u00bb. (p.41)<\/p>\n<p>En fait, la vie n\u2019a pas \u00e9pargn\u00e9 non plus Nissa Bouttous, la d\u00e9bauch\u00e9e que fr\u00e9quentait le p\u00e8re d\u2019omar Tounba. Cette femme qui a caus\u00e9 tant de malheurs, a bel et bien eu sa descente aux Enfers, elle \u00e9galement.Priv\u00e9e de l\u2019amour paternel \u00e0 l\u2019\u00e2ge de deux ans, elle avait cru, pour son malheur, le retrouver aupr\u00e8s de son ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole :<\/p>\n<p>\u00ab Elle avait longtemps lutt\u00e9 pour oublier la source de sa douleur, elle avait essay\u00e9 de se tourner vers l\u2019avenir, mais elle se retrouvait chaque fois encha\u00een\u00e9e \u00e0 son pass\u00e9 naus\u00e9abond, maudite par un corps qu\u2019elle n\u2019avait pas choisi et qui l\u2019avait sortie de l\u2019innocence du jeu pour la faire entrer dans la perversit\u00e9, cette injure \u00e0 l\u2019enfance. (pp.81-82).<\/p>\n<p>Comme Samir Kacimi ne se cantonne pas dans une prudente obscurit\u00e9 ou dans des attitudes qui s\u2019accommodent de toutes les interpr\u00e9tations possibles, d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agit des choses de la chair, cette descente aux Enfers touche plus d\u2019un personnage tant la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9crite dans ce roman est compos\u00e9e de marginalis\u00e9s, priv\u00e9s de rep\u00e8res, ravag\u00e9s par la drogue et l\u2019alcool, avec tout ce que cela suppose de pessimisme et de r\u00e9volte.Mais toute \u0153uvre doit avoir sa part de v\u00e9rit\u00e9\u0301 humaine. Il est certain que Samir Kacimi puise directement dans le monde qui l\u2019entoure.<\/p>\n<p>Certes, comme le notait d\u00e9j\u00e0 Aristote, l\u2019homme prend plaisir \u00ab a\u0300 contempler la repr\u00e9sentation la plus pr\u00e9cise des choses dont la vue nous est p\u00e9nible dans la r\u00e9alit\u00e9\u0301, comme les formes des animaux les plus hideux et des cadavres \u00bb (Po\u00e9tique). Dans son roman,Un jour id\u00e9al pour mourir, qu\u2019il a minutieusement bas\u00e9 sur le syst\u00e8me de l\u2019engrenage syst\u00e9matique et impitoyable d\u00e9clench\u00e9 par l\u2019encha\u00eenement des \u00e9v\u00e9nements, Samir Kacimi a multiplie\u0301 certes les d\u00e9ceptions d\u00e9sopilantes de l\u2019attrait du suicide et ces d\u00e9ceptions sont parfois path\u00e9tiques et par cons\u00e9quent, susceptibles de bouleverser le lecteur un tant soit peu en produisant en lui cette \u00e9motion qu\u2019il d\u00e9sire ressentir en secret, sans risques.<\/p>\n<p>Toutefois, en conf\u00e9rant \u00e0 ses principaux personnages une volont\u00e9 de puissance hors norme, conjugu\u00e9e \u00e0 une m\u00e9moire cristallisant une infinit\u00e9 de souvenirs, l\u2019auteur parvient \u00e0 mettre \u00e0 nu ce qui hante leurs esprits depuis \u00abl\u2019actualit\u00e9\u00bb des faits \u00e0 l\u2019origine de ces souvenirs pr\u00e9cis\u00e9ment, des br\u00e8ches du pass\u00e9, br\u00e8ves mais d\u00e9taill\u00e9es, se produisant sous une forme lin\u00e9aire, selon une structure originale : un r\u00e9cit-monologue, de sorte qu\u2019on lit ce roman, sans s\u2019arr\u00eater tant le r\u00e9cit dans une traduction limpide, semble ma\u00eetris\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Samir Kacimi, Un jour id\u00e9al pour mourir, traduit de l\u2019arabe (Alg\u00e9rie) par Lotfi Nia, Sindad\/ACTES SUD, oct.2020.128 pages.<\/strong><\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Rafik Darragi<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30940-un-jour-ideal-pour-mourir-un-sort-plus-terrible-que-les-tragedies-grecques\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Rafik Darragi &#8211; Samir Kacimi est un auteur alg\u00e9rien arabophone n\u00e9 en 1974. 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