{"id":105812,"date":"2020-11-26T09:19:06","date_gmt":"2020-11-26T14:19:06","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/six-cineastes-six-films-et-un-virus\/"},"modified":"2020-11-26T09:19:06","modified_gmt":"2020-11-26T14:19:06","slug":"six-cineastes-six-films-et-un-virus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/six-cineastes-six-films-et-un-virus\/","title":{"rendered":"Six cin\u00e9astes, six films et un virus"},"content":{"rendered":"<p class=\"c2\"><strong>Mohammed Bakrim<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color has-luminous-vivid-orange-color\"><em>\u00abNe nous affligeons pas, mais cherchons bien plut\u00f4t la force dans ce qui demeure\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>William Wordsworth<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-color c3\"><strong>A situation in\u00e9dite, un cin\u00e9ma in\u00e9dit? C\u2019est certainement la premi\u00e8re conclusion \u00e0 tirer de l\u2019excellent programme de cours m\u00e9trages initi\u00e9 par le Centre cin\u00e9matographique marocain en invitant six cin\u00e9astes \u00e0 filmer leur v\u00e9cu quotidien en p\u00e9riode de pand\u00e9mie. Le credo qui a anim\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience est simple\u00a0: filmer le quotidien, le v\u00e9cu en cette p\u00e9riode tr\u00e8s particuli\u00e8re \u00e0 partir d\u2019un outil devenu banal, le portable ou \u00able cellulaire\u00bb, pour reprendre l\u2019expression utilis\u00e9e dans le texte de pr\u00e9sentation du programme.<\/strong><\/p>\n<p>Le choix des six cin\u00e9astes va dans ce sens. On peut en effet dire qu\u2019ils sont repr\u00e9sentatifs de la g\u00e9n\u00e9ration de la t\u00e9l\u00e9phonie mobile. Ce sont les enfants de la r\u00e9volution num\u00e9rique et des r\u00e9seaux sociaux. Les six sont, en outre, l\u2019\u00e9manation des ann\u00e9es 2000. Hakim Belabbes et Faouzi Bensa\u00efdi qui passent pour \u00ables ain\u00e9s\u00bb de la liste \u00a0ont commenc\u00e9 leur cin\u00e9ma \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 pour signer leur premier long m\u00e9trage de fiction en 2002 (Trois anges aux ailes cass\u00e9es pour Belabbes) et 2003 (Mille mois pour Bensa\u00efdi). Mohamed Mouftakir (P\u00e9gase, 2011) et Tala Hadid (La nuit entr\u2019ouverte, 2014) marquent la premi\u00e8re d\u00e9cennie des ann\u00e9es 2000\u00a0; arrivent ensuite Adil\u00a0 Fadili dont on attend le premier long m\u00e9trage (en phase de finalisation) et Yassine Marco qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son actif, un premier long m\u00e9trage (Jamal Afina (2018).<\/p>\n<p>Nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019un corpus riche en indications sur un imaginaire et sur un cin\u00e9ma. Le contexte social marqu\u00e9 par l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence sanitaire et le dispositif de prise d\u2019images ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des approches artistiques, esth\u00e9tiques, humaines vari\u00e9es et \u00e9loquentes. Les films disent un \u00e9tat du monde et surtout nous donnent une sorte de bande annonce du cin\u00e9ma qui vient. C\u2019est la chronique prot\u00e9iforme\u00a0 de la m\u00e9tamorphose annonc\u00e9e. Certes, on le savait d\u00e9j\u00e0, le num\u00e9rique a bouscul\u00e9 le rapport de forces au sein d\u2019une production cin\u00e9matographique. Le centre de gravit\u00e9 s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 du tournage vers la post production qui est devenue le moment cl\u00e9 de \u00abde la cr\u00e9ation\u00bb.<\/p>\n<p>Le cin\u00e9aste est un ing\u00e9nieur \u00a0\u00a0es-techniques\u00a0; en logiciel. Avec leur cellulaire, nos cin\u00e9astes ont d\u00e9clin\u00e9 une vari\u00e9t\u00e9 de r\u00e9cits o\u00f9 le montage a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment moteur. Nous avons eu deux cas de figure majeurs\u00a0: le t\u00e9l\u00e9phone comme cam\u00e9ra pour capter, filmer (Mouftakir, Hadid, Fadili, Marco) ou comme m\u00e9moire interne pour puiser dans des images d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 une partie du r\u00e9cit propos\u00e9 (Bensa\u00efdi, Belabbes). \u00a0D\u2019un point de vue philosophique, l\u2019innovation mobile est soup\u00e7onn\u00e9e de d\u00e9traquer la relation au r\u00e9el.<\/p>\n<p>Le cellulaire \u00a0participe de la \u00abvirtualisation du monde\u00bb, parce ce qu\u2019il a le pouvoir de \u00ab nous abstraire de l\u2019environnement auquel nous appartenons\u2026Pourtant d\u00e9j\u00e0 un cin\u00e9aste de la g\u00e9n\u00e9ration argentique, Claude Lelouch \u00a0ne cache pas son enthousiasme pour ce gadget:\u00a0\u00abLorsqu\u2019est arriv\u00e9 ce t\u00e9l\u00e9phone miraculeux avec des images sublimes, je me suis dit, c\u2019est peut-\u00eatre le moment de lib\u00e9rer totalement le sc\u00e9nario, les acteurs\u2026 D\u2019aller encore plus loin dans l\u2019\u00e9motion\u00bb.<\/p>\n<p>Capter le r\u00e9el ou lui apporter une touche de romance\u00a0? Nos cin\u00e9astes se sont donn\u00e9s \u00e0 c\u0153ur joie dans cet exercice de libert\u00e9 que l\u2019on pourrait inscrire difficilement dans une cat\u00e9gorie (fiction, documentaire, docu-fiction). Le contexte lui-m\u00eame est in\u00e9dit\u00a0; alors\u00a0? Le confinement a accul\u00e9 vers plus d\u2019imagination. Echapper au diktat du r\u00e9el qui a impos\u00e9 ses r\u00e8gles. Pour Andr\u00e9 Malraux, \u00e9crivain et cin\u00e9aste le r\u00e9el \u00a0fut longtemps pour lui \u00abinemployable artistiquement\u00bb. Alors, avec le contexte de la pand\u00e9mie, comment vivre ce r\u00e9el limit\u00e9 par les contraintes des mesures\u00a0 de pr\u00e9vention sanitaires. Nous avons eu alors plusieurs cas de figure qui disent la richesse (et la r\u00e9ussite) de l\u2019exercice.<\/p>\n<p>Dans une approche baroque, les plans sont satur\u00e9s d\u2019objets, de lignes, de formes, Mouftakir restitue une exp\u00e9rience toute personnelle du monde. Fadili convoque la m\u00e9moire cin\u00e9phile pour traiter ce r\u00e9el comme probl\u00e8me d\u2019axe dramatique avec le regard de l\u2019enfant comme boussole vers\u00a0 une exp\u00e9rimentation plus libre (l\u2019animation).<\/p>\n<p>Avec Tala Hadid, jouer des concordances et des discordances entre des voix narratives et des s\u00e9ries d\u2019images d\u2019\u00e2ge, de provenance et de signification variable pour inscrire le pr\u00e9sent (le masque) dans une historicit\u00e9\u00a0; donner au local sa dimension universelle. Unir le pouvoir de l\u2019art (dessin, peinture), le pouvoir de parole qui na\u00eet de la rencontre du mutisme \u00a0et du silence des choses, avec le pouvoir du montage.<\/p>\n<p>Faouzi Bensaidi, Hakim Belabb\u00e8s construisent une histoire et un sens par le droit qu\u2019ils s\u2019arrogent de combiner librement les significations, de re-voir les images (ou des extraits de films), de les encha\u00eener autrement, de restreindre ou d\u2019\u00e9largir leur capacit\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p>Chez Yassine Marco des personnages face \u00e0 eux-m\u00eames\u00a0; \u00e0 travers l\u2019expression de leur solitude ou incertitude. Le montage altern\u00e9 les renvie aux interrogations qui les habitent. Et \u00e0 l\u2019horizon appara\u00eet la possibilit\u00e9 d\u2019une vie nouvelle avec le b\u00e9b\u00e9 qui rampe dans la lumi\u00e8re blanche.<\/p>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/six-cineastes-six-films-et-un-virus.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim \u00abNe nous affligeons pas, mais cherchons bien plut\u00f4t la force dans ce qui demeure\u00bb William Wordsworth A situation in\u00e9dite, un cin\u00e9ma in\u00e9dit? 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