{"id":105921,"date":"2020-11-27T11:49:00","date_gmt":"2020-11-27T16:49:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-fessi-maradona-le-cerf-volant-cosmique-est-mort\/"},"modified":"2020-11-27T11:49:00","modified_gmt":"2020-11-27T16:49:00","slug":"mohamed-fessi-maradona-le-cerf-volant-cosmique-est-mort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-fessi-maradona-le-cerf-volant-cosmique-est-mort\/","title":{"rendered":"Mohamed Fessi: Maradona, le cerf-volant cosmique est mort"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c3\"><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Mohamed-Fessi.jpg\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Par<\/strong> <strong>Mohamed Fessi &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> Diego Armando Maradona a vu le jour le 30 octobre 1960 dans un bidonville des faubourgs de Buenos Aires. Il est le cinqui\u00e8me enfant d\u2019une famille pauvre qui en compte sept. (Son p\u00e8re est ouvrier dans une usine). Mais son g\u00e9nie ne tarde pas \u00e0 \u00e9clater. Dans son autobiographie, Moi, Diego, le joueur raconte: \u00ab petit, quand ma m\u00e8re m\u2019envoie faire des courses, j\u2019ai toujours au pied quelque chose ressemblant \u00e0 un ballon: une orange, des boules de papier ou de chiffon. \u00bb En 1976, Maradona n\u2019a pas encore 16 ans, quand il dispute son premier match officiel sous les couleurs d\u2019Argentinos Juniors. Cinq ans plus tard, il est enr\u00f4l\u00e9 par Boca Juniors.<\/p>\n<p>En 1982, il est transf\u00e9r\u00e9 au mythique FC Barcelone pour la somme &#8211; \u00e9norme pour l\u2019\u00e9poque &#8211; de 7 millions de dollars. Au Braca, l\u2019aventure tourne court. Ses vir\u00e9es nocturnes et ses nombreuses blessures (Maradona est souvent victime de l\u2019acharnement des d\u00e9fenseurs des \u00e9quipes adverses) poussent les dirigeants du club \u00e0 se s\u00e9parer de lui. Et qui se pr\u00e9sente pour racheter son contrat? Naples, la ville la plus pauvre d\u2019Italie, sinon d\u2019Europe. Ceux qui ont eu l\u2019occasion de lire la t\u00e9tralogie d\u2019Elena ferrante (l\u2019Amie prodigieuse) peuvent imaginer ce qu\u2019\u00e9taient Naples et le sud de l\u2019Italie dans les\u00a0 d\u00e9cennies 1970 et 1980, les conditions de leur d\u00e9veloppement \u00e9conomique, le r\u00f4le que jouaient les milieux mafieux dans tous les secteurs de l\u2019\u00e9conomie, l\u2019illusion de la r\u00e9ussite se mesurant \u00e0 l\u2019aune de la quantit\u00e9 d\u2019argent amass\u00e9, peu en importe le moyen. Maradona est donc arriv\u00e9 dans une ville qui traversait des ann\u00e9es difficiles : le tremblement de terre (en 1980), la d\u00e9tresse \u00e9conomique, la criminalit\u00e9. Une ville un peu de losers, dont on se moquait.<\/p>\n<p>Sur les conditions de l\u2019atterrissage d\u2019\u00ab El Pibe de Oro \u00bb, le gamin en or, \u00e0 Naples, beaucoup tout a \u00e9t\u00e9 dit et \u00e9crit, alimentant la l\u00e9gende du plus grand joueur que le football ait connu. Le bruit courait que la Camorra a pr\u00eat\u00e9 son concours pour rassembler la somme n\u00e9cessaire. Quoi qu\u2019il en f\u00fbt, le 5 juillet 1984, quand Maradona arrive -en h\u00e9licopt\u00e8re-\u00a0 au stade San Paolo, les\u00a0\u00a0 70 000 personnes qui l\u2019accueillent sont en liesse. Avec \u00ab Dieguito \u00bb dans ses rangs, le Napoli conna\u00eetra son \u00e2ge d&rsquo;or, remportant un troph\u00e9e europ\u00e9en en 1989 -coupe de l\u2019UEFA-\u00a0 ainsi que ses deux premiers -et uniques- titres de champion d&rsquo;Italie : en 1987 devant la Juve de Michel Platini et en 1990 avec le c\u00e9l\u00e8bre doubl\u00e9 Scudetto et Super Coupe. Ce sont ces deux titres de champion qui comptent le plus pour les supporters napolitains. Parce qu&rsquo;avec eux, Maradona a remis Naples sur la carte d&rsquo;un football italien jusque-l\u00e0 domin\u00e9 sans partage par le Nord.<\/p>\n<p>Trente ans apr\u00e8s la fin de l\u2019aventure, les Napolitains sont unanimes pour dire que Maradona est l\u2019homme qui rendit sa fiert\u00e9 \u00e0 la ville m\u00e9ridionale, longtemps m\u00e9pris\u00e9e par les villes du prosp\u00e8re nord de l\u2019Italie: Turin, Milan et Rome.<\/p>\n<p>Si le g\u00e9nie de Maradona a \u00e9clat\u00e9 \u00e0 Naples, devenant au passage un dieu vivant pour les tifosi, c\u2019est, qu\u2019\u00e0 la base, il y a eu une ad\u00e9quation parfaite entre la ville et le bad boy qu\u2019il \u00e9tait. Lui qui avait aussi grandi dans la pauvret\u00e9, il a compris la ville et en est tomb\u00e9 tout de suite amoureux.<\/p>\n<p>Au Mexique, lors de la coupe du monde de 1986, Maradona \u00e9tait \u00e0 la fois ange et d\u00e9mon, g\u00e9nie et tricheur. Personne n\u2019oubliera les deux buts qu\u2019il marqua en demi-finale, lors du fameux match Argentine\/Angleterre (quatre ans plus t\u00f4t, la guerre des Malouines a oppos\u00e9 les deux pays). Le premier de la main. Maradona dira plus tard que Dieu lui a pr\u00eat\u00e9 Sa main pour loger le ballon dans les filets de Peter Shelton (l\u2019arbitre tunisien Ali Ben Nacer n\u2019y a vu que du feu). Mais le meilleur est \u00e0 venir. Cinq minutes apr\u00e8s, Maradona re\u00e7oit le ballon dans sa moiti\u00e9 du terrain, s\u2019ensuit une chevauch\u00e9e de 60 m\u00e8tres au cours de laquelle il passe en revue toute la d\u00e9fense anglaise, m\u00e9dus\u00e9e, et trompe une seconde fois Peter Shelton d\u2019un tir au second poteau. Un chef-d\u2019\u0153uvre de but. Le but du si\u00e8cle. Aujourd\u2019hui encore, \u00e9couter la voix du commentateur Victor Hugo Morales cracher dans son micro: \u00ab Cerf-volant cosmique, de quelle plan\u00e8te\u00a0 viens- tu pour tra\u00eener sur ton chemin tant d\u2019Anglais\u2026 \u00bb, donne la chair de poule. En finale, l\u2019Argentine affronte l\u2019Allemagne de Rummenigge, Maradona ne marque pas, mais offre le but de la victoire (3-2) \u00e0 Jorge Burruchaga. L\u2019Argentine est \u00e0 ses pieds. Les Argentins exultent. Sur les murs d\u2019enceinte des cimeti\u00e8res, les supporters, fous de joie, accrochent des banderoles sur lesquelles est \u00e9crit \u2013\u00e0 l\u2019adresse des morts dans leurs tombes- : \u00ab Vous ne pourrez\u00a0 jamais savoir ce que vous venez de rater ! \u00bb<\/p>\n<p>En 1990, tout \u00e9tait presque pr\u00eat pour que l\u2019Italie, pays h\u00f4te, remporte une quatri\u00e8me coupe du monde. C\u2019\u00e9tait\u00a0 compter sans la rage de Maradona qui frappa encore une fois. Dans une demi-finale qui s\u2019apparentait plus \u00e0 un drame shakespearien ou \u00e0\u00a0 une trag\u00e9die de Verdi- plus pr\u00e9cis\u00e9ment son fameux op\u00e9ra Aida, o\u00f9 l\u2019h\u00e9ro\u00efne est tiraill\u00e9e entre deux amours, celui de sa patrie et celui qu\u2019elle voue \u00e0 Radam\u00e8s-, qu\u2019\u00e0 un match de football, les Napolitains \u00e9taient partag\u00e9s pour savoir qui supporter, leur h\u00e9ros argentin qui a fait r\u00eaver la ville ou leur patrie qui les rejette. Au bout du compte, c\u2019est l\u2019Argentine qui gagne aux tirs au but.\u00a0 Elle ira \u00e0 Rome, affronter l\u2019Allemagne en finale.\u00a0 Finale perdue sur le score de un but \u00e0 z\u00e9ro. Et aussi finale inoubliable, moins pour sa qualit\u00e9 footballistique que pour l\u2019attitude du public italien qui a copieusement siffl\u00e9 l\u2019hymne argentin. En r\u00e9plique, Maradona traita ce public, dont une grande partie l\u2019avait\u00a0 tant adul\u00e9 jusque-l\u00e0, de fils de p&#8230;.Ce furent les paroles de trop. Les Italiens ne lui ont jamais pardonn\u00e9 \u00e7a. D\u2019ailleurs, c\u2019est \u00e0 partir de cette demi-finale que les ennuis judiciaires de Maradona ont commenc\u00e9. Contr\u00f4l\u00e9 positif \u00e0 la coca\u00efne en mars 1991, il \u00e9copa d\u2019une suspension de 18 mois. La sanction la plus lourde jamais prononc\u00e9e en s\u00e9rie A. Beaucoup de commentateurs diront par la suite que\u00a0 c\u2019\u00e9tait une erreur monumentale de la part de la f\u00e9d\u00e9ration italienne de football de programmer une demi-finale \u00e0 Naples. Mais \u00e7a, c\u2019est une autre histoire. Depuis, le chemin que suivit le h\u00e9ros argentin, emprunta une lente et inexorable d\u00e9gringolade. Drogue, trafics, provocations, exc\u00e8s et amiti\u00e9s douteuses vont d\u00e9sormais baliser sa fin de carri\u00e8re, m\u00eame s\u2019il esp\u00e9rait un come-back victorieux lors de la coupe du monde de 1994, organis\u00e9e aux Etats-Unis.<\/p>\n<p>Au final, que retenir de ce parcours hors normes? Beaucoup de choses, \u00e0 coup s\u00fbr. La plus importante, \u00e0 mes yeux, est que, comme ceux de\u00a0 beaucoup g\u00e9nies- Rimbaud, Baudelaire, Einstein, Picasso&#8230;, la vie et le parcours de Maradona confinent au mystique. Lui, qui pour tous les amateurs du ballon rond,\u00a0 fut \u00e0 la fois dieu et homme. Il y a bien Maradona, le dieu du football, et il y a aussi, Diego, l\u2019homme na\u00eet pauvre, sa f\u00ealure, sa r\u00e9volte contre l\u2019injustice (en 1978, il vit sa non s\u00e9lection au Mondial, organis\u00e9 et gagn\u00e9 par son pays, comme la pire injustice de sa carri\u00e8re), ses mauvais penchants, ses mauvaises fr\u00e9quentations (ses relations \u00e0 Naples avec Luigi Giuliano, le parrain d\u2019un clan camorriste r\u00e9put\u00e9 violent). Humain, trop humain, suis-je tent\u00e9 d\u2019\u00e9crire. Il y a surtout ses prises de position sans concession face \u00e0 tous ceux qui ont fait du football un business tr\u00e8s lucratif, privant au passage des millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs, issus les classes les moins ais\u00e9es, de vivre leur passion en suivant les matchs \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, devenue payante. Il y a enfin, l\u2019homme qui n\u2019a jamais pli\u00e9 face au syst\u00e8me Havelange \/ Blatter ; l\u2019homme qui n\u2019a jamais pu \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par le star-syst\u00e8me, contrairement \u00e0 Pel\u00e9 ou Platini, par exemple. C\u2019est ce qui le prend si proche de tous ceux qui l\u2019ont aim\u00e9 et admir\u00e9 et qui sont pr\u00eats \u00e0 tout lui pardonner. Les Argentins qui le pleurent aujourd\u2019hui &#8211; et ils ne sont pas les seuls- disent : \u00ab Messi est l&rsquo;Argentin que nous aimerions \u00eatre, talentueux, ordonn\u00e9. Diego est l&rsquo;Argentin que nous sommes. Il repr\u00e9sente 85 % d&rsquo;entre nous. \u00bb<\/p>\n<p>Maintenant qu\u2019il est parti dribbler dans la cour de Dieu, puisse Ce dernier le couvrir de son infinie mis\u00e9ricorde.<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Mohamed Fessi<\/strong><br \/><span class=\"c2\"><em>Expert comptable et consultant d\u2019entreprises<\/em><\/span><\/p>\n<p class=\"c5\">Lire aussi<\/p>\n<p class=\"c5\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30993-l-ambassadeur-d-argentine-a-tunis-les-amateurs-de-football-n-oublieront-jamais-les-heures-de-bonheur-qu-ils-doivent-a-maradona-video\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">L&rsquo;ambassadeur d&rsquo;Argentine \u00e0 Tunis : les amateurs de football n&rsquo;oublieront jamais les heures de bonheur qu&rsquo;ils doivent \u00e0 Maradona (Vid\u00e9o)<\/a><\/p>\n<p class=\"c5\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30989-le-gamin-en-or-diego-armando-maradona-est-mort\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">\u00ab\u00a0Le gamin en or\u00a0\u00bb, Diego Armando Maradona est mort<\/a><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30999-mohamed-fessi-maradona-le-cerf-volant-cosmique-est-mort\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mohamed Fessi &#8211; Diego Armando Maradona a vu le jour le 30 octobre 1960 dans un bidonville des faubourgs de Buenos Aires. 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