{"id":105978,"date":"2020-11-28T02:50:00","date_gmt":"2020-11-28T07:50:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/samir-aounallah-revient-a-carthage\/"},"modified":"2020-11-28T02:50:00","modified_gmt":"2020-11-28T07:50:00","slug":"samir-aounallah-revient-a-carthage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/samir-aounallah-revient-a-carthage\/","title":{"rendered":"Samir Aounallah: Revient \u00e0 Carthage"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c3\"><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Abdellatif-Mrabet.jpg\" width=\"15%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"right\" alt=\"\"\/>Par Abdellatif Mrabet &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> <strong>Ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, coup sur coup, comme pour pallier la fermeture provisoire de son mus\u00e9e, Carthage a fait l\u2019objet de deux importantes parutions. Ainsi, apr\u00e8s une premi\u00e8re, collective, de grand format, r\u00e9unissant 22 contributions, en voici une seconde, toute r\u00e9cente \u2013octobre 2020\u2013, individuelle, oeuvre de Samir Aounallah, historien-arch\u00e9ologue, celui-l\u00e0 m\u00eame qui est le coauteur et l\u2019\u00e9diteur scientifique de la publication pr\u00e9c\u00e9dente*. Paru en France dans la collection \u00abL\u2019esprit des lieux\u00bb, aux \u00e9ditions CNRS, sous le titre de Carthage. Arch\u00e9ologie et Histoire d\u2019une m\u00e9tropole m\u00e9diterran\u00e9enne, 814 av. J.-C- 1270 ap. J.-C. \u00bb, ce livre de 240 pages est une synth\u00e8se g\u00e9n\u00e9reusement illustr\u00e9e de cartes, photos, plans et figures dont certaines, de remarquables visualisations, sont r\u00e9alis\u00e9es par J.-C. Golvin, directeur de ladite collection.<\/strong><\/p>\n<p>Organis\u00e9 en quatre chapitres, le texte du livre est fluide, savant \u00e0 bon escient, conciliant la science avec le souci de la transmission, du partage et de la clart\u00e9 de la r\u00e9flexion. De quelle Carthage s\u2019agit-il? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, S. Aounallah nous place d\u2019entr\u00e9e face \u00e0 la chronologie du site, une \u00e9paisseur temporelle qui s\u2019\u00e9tend sur plus de deux mill\u00e9naires et qu\u2019il se propose de restituer au plus pr\u00e8s des donn\u00e9es litt\u00e9raires et de l\u2019observation arch\u00e9ologique.<\/p>\n<p>Comme d\u2019usage chez les historiens, apr\u00e8s introduction, l\u2019auteur pr\u00e9sente ses sources, des dizaines d\u2019auteurs, des Grecs et des Latins, dont les \u00e9crits \u2013 souligne-t-il &#8211; sont entach\u00e9s d\u2019une nette partialit\u00e9. De m\u00eame, revenant sur le r\u00e9cit l\u00e9gendaire qui attribue la fondation \u00e0 Elissa, s\u0153ur de Pygmalion, roi de Tyr en Ph\u00e9nicie, il nous rappelle que Carthage est fille d\u2019un contexte historique particulier et que sa naissance &#8211; non fortuite \u2013 participe d\u2019une entreprise de colonisation ph\u00e9nicienne d\u00e9j\u00e0 bien inscrite dans le temps et l\u2019espace m\u00e9diterran\u00e9ens. N\u00e9e sur la colline de Byrsa &#8211; mot grec d\u00e9signant la peau de b\u0153uf cens\u00e9e correspondre \u00e0 l\u2019\u00e9tendue du terrain acquis par Elissa aupr\u00e8s des indig\u00e8nes -, Carthage connut sans doute de modestes d\u00e9buts. On pense qu\u2019elle fut un village fait de huttes et de structures l\u00e9g\u00e8res, cela avant de s\u2019\u00e9tendre peu \u00e0 peu sur les premi\u00e8res pentes du site et \u00e9voluer en cit\u00e9.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Cartage-moy.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>L\u2019arch\u00e9ologie nous apprend peu sur ces premiers temps sinon que la ville archa\u00efque \u00e9tait entour\u00e9e d\u2019une enceinte qui d\u00e9limitait une superficie estim\u00e9e \u00e0 plus d\u2019une cinquantaine d\u2019hectares o\u00f9 cohabitaient les vivants et les morts ainsi que les artisans. Cependant, aux si\u00e8cles suivants, \u00e0 partir du Ve, le terrain nous r\u00e9v\u00e8le une ville autrement plus riche dot\u00e9e de nouveaux remparts ceignant une superficie nettement plus grande que l\u2019initiale.<\/p>\n<p>A cette grande Carthage, l\u2019auteur consacre des d\u00e9veloppements d\u2019autant plus int\u00e9ressants qu\u2019ils reposent sur des arguments d\u2019arch\u00e9ologie, r\u00e9cemment obtenus et fort bien soutenus.<\/p>\n<p>Cependant, nous dit S. Aounallah, plus qu\u2019une ville, Carthage fut aussi m\u00e9tropole. Elle le devint en s\u2019affranchissant de Tyr, la colonie-m\u00e8re, et en devenant \u00e0 son tour une thalassocratie, une v\u00e9ritable puissance m\u00e9diterran\u00e9enne dot\u00e9e d\u2019une marine marchande et militaire fort performante. Intense, riche en p\u00e9rip\u00e9ties et en initiatives d\u2019expansion et de colonisation, notamment en Sicile occidentale, en Sardaigne et \u00e0 Malte, cette p\u00e9riode fut aussi un temps de conflits et de rivalit\u00e9s, notamment avec les Grecs. Si Carthage triompha souvent (exemple de la bataille d\u2019Alalia, au large de la Corse en 535 av. J.-C. contre les Grecs Phoc\u00e9ens), elle n\u2019en essuya pas moins de graves revers, notamment \u00e0\u00a0 im\u00e8re en 480 av. J.-C. et plus tard, toujours en Sicile, avec la d\u00e9b\u00e2cle d\u2019Himilcon le Magonide face \u00e0 Denys l\u2019Ancien, en 396 av. J.-C. Apr\u00e8s 480, forte des le\u00e7ons de sa d\u00e9faite, Carthage se tourna davantage vers le continent, si bien qu\u2019\u00e0 la fin du si\u00e8cle suivant, son territoire y atteignait vers l\u2019ouest Hippo Regius (Annaba) et qu\u2019\u00e0 l\u2019Est, il touchait aux Autels des fr\u00e8res Phil\u00e8nes, point frontalier le s\u00e9parant de celui des Grecs de Cyr\u00e9na\u00efque. Cependant, alors qu\u2019elle devait compter avec la mont\u00e9e en puissance de Rome -cette autre cit\u00e9 devenue empire -, Carthage \u00e9choua \u00e0 mener une politique africaine utile sur le continent.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme romain, pass\u00e9 un temps d\u2019entente et de trait\u00e9s, un autre de remontrances et d\u2019amendes, accul\u00e9e \u00e0 une troisi\u00e8me guerre (149-146 av. n. \u00e8re), Carthage finit par c\u00e9der. Contrairement \u00e0 toute attente, sur place, le vainqueur occupa le territoire plus pour se l\u2019approprier que pour y \u00e9veiller vie. Ce fut un long non-\u00e9v\u00e8nement, un temps si long que l\u2019auteur le qualifie de \u00absi\u00e8cle sans histoire \u00bb. Toutefois, bien que morte, ras\u00e9e sur terrain, Carthage n\u2019en \u00e9tait pas moins un enjeu que se disputaient les factions politiques romaines. En 44, vainqueur des Pomp\u00e9iens et de leur alli\u00e9 Juba \u00e0 Thapsus \u2013 Ras Dimas -, C\u00e9sar d\u00e9cide de ressusciter le cadavre. D\u00e8s lors, tel le ph\u00e9nix renaissant de ses cendres, Carthage retrouva peu \u00e0 peu sa gloire d\u2019antan. La vie y repartit de la colline de Byrsa, au-dessus du quartier Hannibal, o\u00f9 apr\u00e8s \u00e9cr\u00eatement, la reconstruction succ\u00e9da \u00e0 la destruction.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 des d\u00e9buts difficiles, la cit\u00e9 cumula assez vite les honneurs en \u00e9tant successivement l\u2019unique colonie libre de l\u2019Occident romain, capitale de la premi\u00e8re province romaine d\u2019Afrique puis capitale du dioc\u00e8se d\u2019Afrique\u2026<\/p>\n<p class=\"c4\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Cartage-moy-1.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Sur le plan urbain, Carthage ne mit pas longtemps avant de redevenir la m\u00e9tropole qu\u2019elle \u00e9tait et de se hisser au rang de la plus grande ville de l\u2019empire apr\u00e8s Rome. Comme l\u2019Urbs, elle \u00e9tait une cit\u00e9 mod\u00e8le, d\u2019une parure monumentale exceptionnelle dont les vestiges grandioses justifient aujourd\u2019hui son inscription sur la liste du patrimoine mondial en tant que site culturel hors pair. C\u2019est d\u2019ailleurs pour cela qu\u2019en ce troisi\u00e8me chapitre de l\u2019ouvrage, outre une monographie de cette grandiose Carthage romaine, S. Aounallah nous propose un inventaire des principaux monuments du site qu\u2019il nous d\u00e9crit de fa\u00e7on concise mais \u00f4 combien essentielle.<\/p>\n<p>Cependant, l\u2019arch\u00e9ologue \u00e9tant aussi historien, l\u2019auteur ne renonce pas \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation en y allant de sa propre lecture des \u00e9v\u00e8nements et des \u00e9volutions si particuli\u00e8res en cette p\u00e9riode dite d\u2019antiquit\u00e9 tardive, cela tant au plan de la religion \u2013 le passage du paganisme au christianisme, le rayonnement de l\u2019Eglise d\u2019Afrique \u2013 qu\u2019\u00e0 celui de l\u2019\u00e9conomie \u2013 d\u00e9clin de l\u2019\u00e9verg\u00e9tisme, maintien de la prosp\u00e9rit\u00e9\u2026<br \/>Toutefois, partie prenante de l\u2019Empire, Carthage finit par en vivre les difficult\u00e9s. Ce fut ainsi qu\u2019en 439 ap. J.-C., la ville que Salvien qualifiait de Rome en Afrique (in Africano orbe quasi Romam) devint l\u2019eldorado d\u2019un peuple errant, des Germaniques Vandales et Hasdings qui, dix ans apr\u00e8s avoir brav\u00e9 les courants et les flots du d\u00e9troit de Gibraltar (429), parvinrent \u00e0 y \u00e9lire capitale. Plus m\u00eame, leur roi Gens\u00e9ric en fit le point de d\u00e9part de ses exp\u00e9ditions maritimes en direction de l\u2019Italie et des \u00eeles de la M\u00e9diterran\u00e9e. En 455, ce fut de Carthage qu\u2019il partit avec ses alli\u00e9s maures piller Rome et la mettre \u00e0 sac ! En cette p\u00e9riode, malgr\u00e9 quelques signes de r\u00e9gression urbaine, la ville passait encore pour l\u2019une des plus importantes villes au monde.<\/p>\n<p>L\u2019empire fit de son mieux pour la r\u00e9cup\u00e9rer mais il y \u00e9choua par trois fois, soit en 460, en 468 et en 470 ! La quatri\u00e8me fut la bonne, men\u00e9e en 533 sous le r\u00e8gne de Justinien (527-565 ap. J.-C.), depuis Constantinople. Du coup, Carthage reprit de nouveau place dans le concert des grandes capitales imp\u00e9riales. En 610, mont\u00e9 au tr\u00f4ne, Heraclius songea m\u00eame \u00e0 en faire la capitale de l\u2019empire d\u2019Orient en remplacement de Constantinople. A la fin du VIIe si\u00e8cle, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e par les premi\u00e8res exp\u00e9ditions arabes, Carthage fut prise par Hassan ibn Numan qui, ce faisant, en 698, tourna \u00e0 jamais la page de l\u2019antiquit\u00e9 dans le pays. Mais, \u00e0 l\u2019\u00e9poque bien que rest\u00e9e symbole, la ville n\u2019avait plus son \u00e9clat d\u2019antan, son bel urbanisme ayant disparu sous des constructions de fortune \u00e9rig\u00e9es par les populations rurales qui s\u2019y \u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9es, parfois m\u00eame en occupant les \u00e9glises et en segmentant leurs nefs pour y tailler des logements de fortune! Plus tard, \u00e9voqu\u00e9 par les g\u00e9ographes arabes du Xe et XIe si\u00e8cle sous les toponymes de Qartagenna et de Mualliqa, Carthage s\u2019apparente plus \u00e0 un territoire ruralis\u00e9 qu\u2019\u00e0 une ville.<\/p>\n<p><strong>Carthage<br \/><\/strong> <em><strong>Histoire et arch\u00e9ologie d\u2019une m\u00e9tropole m\u00e9diterran\u00e9enne (814 avant J.-C. \u2013 1270 apr\u00e8s J.-C.)<br \/>Samir Aounallah<br \/>CNRS \u00c9ditions, Paris, 2020, 240 p.<\/strong><\/em><\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Abdellatif Mrabet<\/strong><br \/><span class=\"c3\"><em>Professeur d\u2019histoire \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Sousse, directeur du laboratoire<br \/>LR13ES11, \u2018\u2019Occupation du sol, peuplement et modes de vie dans le<br \/>Maghreb antique et m\u00e9di\u00e9val\u00bb, Universit\u00e9 de Sousse, Tunisie.<\/em><\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30998-samir-aounallah-revient-a-carthage\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Abdellatif Mrabet &#8211; Ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, coup sur coup, comme pour pallier la fermeture provisoire de son mus\u00e9e, Carthage a fait l\u2019objet de deux importantes parutions. 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