{"id":106440,"date":"2020-12-04T15:39:00","date_gmt":"2020-12-04T20:39:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/azza-filali-cet-etat-qui-tue-ses-enfants\/"},"modified":"2020-12-04T15:39:00","modified_gmt":"2020-12-04T20:39:00","slug":"azza-filali-cet-etat-qui-tue-ses-enfants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/azza-filali-cet-etat-qui-tue-ses-enfants\/","title":{"rendered":"Azza Filali : Cet Etat qui tue ses enfants"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Azza-Filali(3).jpg\" alt=\"\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>Pas de place pour l\u2019indignation, ni pour des mots de bon aloi et les propos convenus. Cela serait ind\u00e9cent.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Une mort absurde \u00e0 en hurler :<\/strong><\/span> Badr Eddine Aloui, 26 ans, premi\u00e8re ann\u00e9e de r\u00e9sidanat en chirurgie \u00e0 l\u2019h\u00f4pital \u00ab universitaire \u00bb de Jendouba. Appel\u00e9 aux urgences, le jeune m\u00e9decin appuie sur le bouton de l\u2019ascenseur, la porte s\u2019ouvre, il p\u00e9n\u00e8tre et tombe dans le vide.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>L\u2019h\u00f4pital \u00ab universitaire \u00bb de Jendouba :<\/strong><\/span> six \u00e9tages. Tous les ascenseurs sont en panne, sauf un seul qui marche quand il veut. Ce soir-l\u00e0, il a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas marcher. Si les ascenseurs sont en panne c\u2019est parce que la soci\u00e9t\u00e9 de maintenance a refus\u00e9 de les r\u00e9parer, et si la soci\u00e9t\u00e9 de maintenance n\u2019a pas r\u00e9par\u00e9 les ascenseurs c\u2019est parce que l\u2019h\u00f4pital n\u2019a pas pay\u00e9 les arri\u00e9r\u00e9s qu\u2019il doit \u00e0 ladite soci\u00e9t\u00e9. L\u2019h\u00f4pital pr\u00e9f\u00e8re investir dans du neuf plut\u00f4t que r\u00e9parer \u00ab du vieux \u00bb. D\u2019ailleurs, monsieur le ministre de la sant\u00e9 publique a visit\u00e9 l\u2019h\u00f4pital \u00ab universitaire \u00bb de Jendouba le 3 octobre dernier. Ce jour-l\u00e0, le fameux ascenseur devait s\u00fbrement fonctionner, pour que monsieur le ministre puisse acc\u00e9der aux diff\u00e9rents \u00e9tages, et v\u00e9rifier par lui-m\u00eame la bonne marche de l\u2019institution. Et dire qu\u2019il aurait suffi d\u2019un mauvais hasard pour que monsieur le ministre tombe dans le vide, et avec lui le directeur de l\u2019h\u00f4pital, ainsi que le responsable du syndicat\u2026 Quelle perte cruelle ! Mais les ministres ne tombent pas, en tout cas pas d\u2019aussi haut !<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Notre Etat et ses grands (et moins grands) commis ne poss\u00e8dent pas la culture de la maintenance.<\/strong><\/span> Faire du neuf avec du vieux, ils ne savent pas ce que cela veut dire. Ils pr\u00e9f\u00e8rent faire du neuf avec du neuf, c\u2019est plus facile, et puis le neuf c\u2019est joli \u00e0 regarder, \u00e7a marche sans accrocs ; c\u2019est aussi une occasion pour convier monsieur le ministre \u00e0 venir inaugurer le mat\u00e9riel, couper le ruban et apr\u00e8s se rendre dans le bureau du directeur pour avaler un jus de fruits synth\u00e9tique, servi dans des gobelets ou un caf\u00e9 au go\u00fbt de jus de chaussettes, venu tout droit de la caf\u00e9t\u00e9ria.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>C\u2019est que la culture de la maintenance, suppose quelque chose d\u2019assez rare sous notre beau ciel bleu :<\/strong><\/span> l\u2019attention aux objets qu\u2019on manipule. L\u2019art de garder neuf ce qui traverse les ans. Mais, pour cela il faut fournir des efforts au quotidien, chose que les fonctionnaires de l\u2019Etat n\u2019aiment pas. Les efforts c\u2019est comme les r\u00e9coltes, \u00e7a ob\u00e9it aux saisons : la saison des appels d\u2019offres, celle de la soumission du budget annuel, et puis celle de la pr\u00e9paration des dossiers lorsqu\u2019un expert ou un responsable vient en visite. A l\u2019h\u00f4pital \u00ab universitaire \u00bb de Jendouba, comme dans toutes les institutions publiques de notre vaillante r\u00e9publique, les efforts sont induits par la n\u00e9cessit\u00e9. Hors n\u00e9cessit\u00e9 on sommeille, les femelles bavardent, les agents font leurs petites affaires en douce; on ram\u00e8ne \u00e0 la maison le surplus de compresses, de gel, ou de m\u00e9dicaments qui encombrent la pharmacie de l\u2019h\u00f4pital \u00ab universitaire \u00bb, bref on vit comme tous les citoyens ordinaires.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Quant aux ascenseurs qui ne marchent pas, obligeant les malades \u00e0 emprunter les escaliers,<\/strong><\/span> \u00e0 pied ou allong\u00e9s en oblique sur un brancard qui tangue, tout cela n\u2019emp\u00eache personne de dormir, ni monsieur le directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019h\u00f4pital \u00ab universitaire \u00bb ni monsieur le ministre de la sant\u00e9. Mais cela n\u2019emp\u00eache pas un r\u00e9sident de 26 ans de mourir, broy\u00e9 dans un trou !<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>L\u2019absence de culture de la maintenance chez les fonctionnaires de l\u2019Etat est d\u2019autant plus curieuse que ces m\u00eames fonctionnaires,<\/strong><\/span> rentr\u00e9s chez eux, portent un soin extr\u00eame \u00e0 leurs objets personnels. Si le frigidaire ou le t\u00e9l\u00e9viseur sont abim\u00e9s par maladresse ou manque d\u2019entretien ou que le vase h\u00e9rit\u00e9 de la grand-m\u00e8re est r\u00e9duit en miettes par une partie de ballon, c\u2019est le drame \u00e0 la maison. En v\u00e9rit\u00e9, nos fonctionnaires ont toujours soigneusement fait la part entre ce qui leur appartient et ce qui est une propri\u00e9t\u00e9 publique. Celle-ci ne les concerne que de loin. Qu\u2019elle tombe en panne, ce n\u2019est pas leur affaire. Au responsable de l\u2019administration de trouver des solutions. Et voil\u00e0 notre responsable, noy\u00e9 sous les dettes, qui active son syst\u00e8me d\u2019appel d\u2019offres, pour r\u00e9parer le mat\u00e9riel. Apr\u00e8s l\u2019appel d\u2019offres, vient l\u2019ouverture des plis, puis le choix du moins-disant, puis la convocation de la soci\u00e9t\u00e9 de r\u00e9paration choisie, une soci\u00e9t\u00e9 forc\u00e9ment distincte de celle ayant install\u00e9 le mat\u00e9riel. Puis, il y a un temps consacr\u00e9 dans nos administrations, temps mort qu\u2019on respecte scrupuleusement et pendant lequel rien ne se passe car on attend l\u2019intervention de ladite soci\u00e9t\u00e9 : un mois, deux mois, voire plus. C\u2019est que nos fonctionnaires sont dot\u00e9s d\u2019une qualit\u00e9 remarquable : l\u2019extr\u00eame patience qu\u2019ils d\u00e9ploient quand il ne s\u2019agit pas de leurs affaires. Que de temps, que de g\u00e9n\u00e9rations nous faudra-t-il pour nous pr\u00e9occuper du bien public, l\u2019entretenir, le r\u00e9parer comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une propri\u00e9t\u00e9 personnelle.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Qu\u2019un directeur d\u2019h\u00f4pital dorme sur ses deux oreilles lorsque les six ascenseurs de cet h\u00f4pital sont en panne, tous les six !<\/strong><\/span> Voil\u00e0 qui est tout \u00e0 son honneur ! Lui, au moins, n\u2019a pas de probl\u00e8mes d\u2019insomnie ! Tout comme l\u2019ouvrier dans un service, ou le gardien \u00e0 la porte de l\u2019h\u00f4pital, notre directeur est d\u00e9nu\u00e9 du moindre souci pour la chose publique. Vous me direz qu\u2019il est impuissant, l\u2019h\u00f4pital \u00e9tant incapable de payer ses dettes, pour r\u00e9cup\u00e9rer les services des soci\u00e9t\u00e9s qui entretiennent le mat\u00e9riel. Imaginez, un instant, six ascenseurs hors service, et un malade atteint d\u2019insuffisance cardiaque et oblig\u00e9 de gravir six \u00e9tages pour regagner son lit. Voil\u00e0 une v\u00e9ritable \u00e9preuve d\u2019effort ! Qu\u2019il en sorte indemne ou qu\u2019elle l\u2019ach\u00e8ve, c\u2019est juste une question de hasard.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Qu\u2019on d\u00e9signe un coupable pour ce qui a eu lieu le jeudi soir, qu\u2019on intente un proc\u00e8s, qu\u2019on organise pour Badr Eddine des fun\u00e9railles nationales, tout cela est de la poudre aux yeux, destin\u00e9e \u00e0 occuper les gens. Le probl\u00e8me est ailleurs :<\/strong><\/span> la mauvaise gouvernance des institutions publiques, plomb\u00e9es de dettes, mourant chaque jour un peu plus. Et puis l\u2019horrible indiff\u00e9rence des salari\u00e9s de l\u2019Etat pour la chose publique.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>En d\u00e9finitive qui donc a tu\u00e9 Badr- Eddine ?<\/strong><\/span> L\u2019ascenseur, certes. Mais derri\u00e8re l\u2019ascenseur se tient le directeur de l\u2019h\u00f4pital, victime des p\u00e9nuries, coupable quand m\u00eame. Toutefois, ce directeur n\u2019est que le repr\u00e9sentant du ministre de la sant\u00e9 qui l\u2019a nomm\u00e9 et a ferm\u00e9 les yeux, en passant devant les ascenseurs, lors de sa visite. Le ministre est redevable de la situation de son d\u00e9partement \u00e0 monsieur le chef du gouvernement. Avec celui-ci, nous voici parvenus au sommet de l\u2019Etat. Et en v\u00e9rit\u00e9, ces responsables successifs, r\u00e9unis en chapelet, repr\u00e9sentent l\u2019Etat. Quoiqu\u2019on dise, quoiqu\u2019on pr\u00e9tende c\u2019est l\u2019Etat qui a tu\u00e9 Badr-Eddine Aloui.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Azza Filali<\/strong><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31039-azza-filali-cet-etat-qui-tue-ses-enfants\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pas de place pour l\u2019indignation, ni pour des mots de bon aloi et les propos convenus. Cela serait ind\u00e9cent. Une mort absurde \u00e0 en hurler : Badr Eddine Aloui, 26 ans, premi\u00e8re ann\u00e9e de r\u00e9sidanat en chirurgie \u00e0 l\u2019h\u00f4pital \u00ab universitaire \u00bb de Jendouba. 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