{"id":107150,"date":"2020-12-14T11:16:00","date_gmt":"2020-12-14T16:16:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/eloge-de-la-femme-tunisienne-nen-deplaise-aux-esprits-chagrins-et-donneurs-de-lecons\/"},"modified":"2020-12-14T11:16:00","modified_gmt":"2020-12-14T16:16:00","slug":"eloge-de-la-femme-tunisienne-nen-deplaise-aux-esprits-chagrins-et-donneurs-de-lecons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/eloge-de-la-femme-tunisienne-nen-deplaise-aux-esprits-chagrins-et-donneurs-de-lecons\/","title":{"rendered":"Eloge de la femme tunisienne : n&rsquo;en d\u00e9plaise aux esprits chagrins et donneurs de le\u00e7ons"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c3\"><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Monji-Ben-Ra\u00efes-min(3).jpg\" alt=\"\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>Par Monji Ben Raies\u00a0 &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> La femme tunisienne ne peut se d\u00e9finir que par son \u00e9mancipation, sa libert\u00e9 et une beaut\u00e9 qui transcende la simple apparence physique et qui touche au plus profond de l\u2019\u00eatre. La Tunisie est l&rsquo;une des rares parmi les pays arabes, terre qui ont vu leurs femmes marquer l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 d\u2019une empreinte culturelle et politique ind\u00e9l\u00e9bile. Qu\u2019elles soient r\u00e9gentes, strat\u00e8ges, mod\u00e8les ou actrices, elles ont contribu\u00e9 par leur gr\u00e2ce, leurs dons et surtout leur intelligence \u00e0 enrichir notre patrimoine collectif et notre droit de cit\u00e9. Des Femmes actives, ont d\u00e9di\u00e9 leur vie pour am\u00e9liorer la condition f\u00e9minine en Tunisie, premi\u00e8res femmes arabes \u00e0 figurer dans le paysage politique Tunisien et mondial, notamment de l\u2019apr\u00e8s-ind\u00e9pendance et de la Tunisie postr\u00e9volutionnaire. Mais en d\u00e9pit d\u2019une large tradition politique et civique, les tunisiennes continuent \u00e0 faire face \u00e0 de nombreux obstacles. La pauvret\u00e9, les discriminations de genre et la marginalisation cr\u00e9ent et accentuent les clivages sociaux. La violence dans l\u2019espace public \u00e0 l\u2019encontre des femmes, tout comme le harc\u00e8lement sexuel, restent aussi plus pr\u00e9sents que jamais. Mais ce ne sont que vocif\u00e9rations et spasmes d\u2019agonie d\u2019id\u00e9es r\u00e9trogrades et poussi\u00e9reuses d\u2019un autre temps dans d\u2019autres espaces. Le droit de la femme \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 est inscrit en lettres de feu et de sang dans le marbre de l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Il est inali\u00e9nable et imprescriptible n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 certaines organisations sulfureuses au discours obsol\u00e8te et p\u00e9rim\u00e9. L\u2019engagement des femmes dans les mouvements soci\u00e9taux parall\u00e8les \u00e0 la transition d\u00e9mocratique, cr\u00e9e des ponts entre diff\u00e9rentes r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales, entre diff\u00e9rentes r\u00e9gions et modes de pens\u00e9e, entre les g\u00e9n\u00e9rations, pour mener \u00e0 l\u2019ach\u00e8vement de l\u2019\u00e9dification d\u2019une d\u00e9mocratie r\u00e9ellement sociale.<\/p>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e des repr\u00e9sentants du peuple s\u2019est encore une fois distingu\u00e9e par les frasques devenues l\u00e9gendaires de ses occupants. Encore une fois elle rev\u00eat les aspects d\u2019une Cour des miracles. En notre si\u00e8cle, il est anachronique, \u00e0 cet \u00e9gard, d\u2019y trouver un Savonarole fid\u00e8le \u00e0 l\u2019image de celui qui officiait \u00e0 Florence au XV\u00e8me si\u00e8cle et qui institua et dirigea la dictature \u2018\u2019morale\u2019\u2019 th\u00e9ocratique de Florence de 1494 \u00e0 1498. Il nous aura fallu attendre cinq si\u00e8cles pour retrouver un discours int\u00e9griste islamiste similaire \u00e0 celui que tenait ce sinistre personnage \u00e0 propos de l\u2019\u00e9glise catholique romaine. Il s&rsquo;en prenait alors \u00e0 la r\u00e9publique de Florence et y d\u00e9non\u00e7ait la modernit\u00e9 de la renaissance, amoureuse de la culture, de la science et des arts, et son humanisme, comme des moeurs d\u00e9l\u00e9t\u00e8res et une d\u00e9pravation et en appelait \u00e0 un retour \u00e0 l&rsquo;asc\u00e9tisme ; tout comme le n\u00f4tre s\u2019en est pris \u00e0 la Tunisie, \u00e0 l\u2019Etat tunisien et \u00e0 son avant-gardisme. Sous son autorit\u00e9, la population de Florence s\u2019\u00e9tait divis\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9lation et la violence entre \u2018\u2019enrag\u00e9s\u2019\u2019, hostiles \u00e0 Savonarole, et \u2018\u2019 pleureurs\u2019\u2019, ses partisans, la n\u00f4tre, entre pro-Annahdha et d\u00e9tracteurs de gauche.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/xq6mztjl.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c4\"><span class=\"c2\"><em>J\u00e9r\u00f4me Savonarole (en italien Girolamo Savonarola (1452-1498)<\/em><\/span><\/p>\n<p>L\u2019origine du ph\u00e9nom\u00e8ne extr\u00e9miste est sans nul doute la mondialisation appuy\u00e9e sur les infrastructures technologiques qui ont \u00e9veill\u00e9, paradoxalement, \u00e0 un renouveau de l\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019identit\u00e9 culturelle traditionnelle au point que, loin de produire simplement l\u2019uniformit\u00e9 que l\u2019on aurait pu attendre, elle a pouss\u00e9 et encore aujourd\u2019hui \u00e0 la dispersion culturelle et g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des entit\u00e9s s\u00e9par\u00e9es, l\u00e0 o\u00f9 auparavant il y avait de grands ensembles. L\u2019universalisme, fond\u00e9 sur les droits de<br \/>l\u2019Homme et l\u2019int\u00e9gration des soci\u00e9t\u00e9s s\u2019essouffle, face \u00e0 la mont\u00e9e du communautarisme et de sa d\u00e9rive potentielle repr\u00e9sent\u00e9e par le durcissement fondamentaliste et le sectarisme, lesquels suscitent une Inqui\u00e9tude l\u00e9gitime d\u2019individus ou de groupes, que certain penseurs n\u00e9gligent, la\u00a0 consid\u00e9rant comme exag\u00e9r\u00e9e. Pourtant, le fondamentalisme int\u00e9griste nait d\u2019une d\u00e9tresse, r\u00e9elle ou imaginaire, qui se d\u00e9veloppe comme un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9actif \u00e0 une angoisse, justifi\u00e9e ou non, ressentie par des membres d\u2019un groupe ou d\u2019une population ; c\u2019est d\u2019autant plus vrai lorsque la soci\u00e9t\u00e9, par suite de changements mal r\u00e9fl\u00e9chis, se d\u00e9lite et que les assurances qu\u2019elle soutenait auparavant deviennent si al\u00e9atoires, qu\u2019elle donne un sentiment insurmontable de pr\u00e9carit\u00e9. Partant de cela, d\u2019une fa\u00e7on particuli\u00e8re, un groupe au sein de la population, peut fort bien accepter, comme le reste de la population, la modernit\u00e9 scientifico-technologique et n\u00e9anmoins ha\u00efr la culture occidentale qui lui est associ\u00e9e comme v\u00e9hicule. Ils s\u2019enferment alors en la tradition sans \u00eatre capable de manifester une distance critique \u00e0 son \u00e9gard. Dans son d\u00e9lire, le groupe en question adresse \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle ils ne se reconnaissent plus, un avertissement, comme une sorte de cri, tant il ressent fortement le sentiment de se noyer ou de se perdre dans ses contradictions. En ce sens, l\u2019int\u00e9grisme qu\u2019il manifeste est un sympt\u00f4me n\u00e9vrotique qui doit \u00eatre trait\u00e9 comme tel. Toutefois, si le fondamentalisme int\u00e9griste s\u2019explique par des consid\u00e9rations sociologiques, contrairement \u00e0 l\u2019obscurantisme et \u00e0 la n\u00e9gation des droits de l\u2019autre, comme eux,il est inexcusable et condamnable. Il ressort que l&rsquo;obscurantisme religieux est \u00e0 l&rsquo;intelligence humaine ce que la gravit\u00e9 est aux oiseaux. Partout, toujours, ils doivent lutter contre la gravit\u00e9 pour se maintenir en vol. D\u00e8s qu&rsquo;ils cessent de lutter, ou lorsqu&rsquo;ils sont fatigu\u00e9s, ou mal dispos\u00e9s, les oiseaux sont immanquablement entra\u00een\u00e9s au sol, parfois violemment et au pire s\u2019\u00e9crasent. C&rsquo;est ce qui se produit pour l&rsquo;intelligence soci\u00e9tale, d\u00e8s que l&rsquo;on cesse de lutter activement contre l\u2019int\u00e9grisme et l&rsquo;obscurantisme religieux, et d\u00e8s que l&rsquo;on se met \u00e0 croire b\u00eatement, sans preuves, et l\u2019on se dirige alors vers une catastrophe. Un des premiers sympt\u00f4mes d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 infect\u00e9e par l&rsquo;obscurantisme religieux est que la nature m\u00eame du dogme devient obscure, une maladie sociale. Les soci\u00e9t\u00e9s pacifiques ne peuvent exister sans des d\u00e9bats intelligents ; or des d\u00e9bats intelligents ne peuvent avoir lieu si les participants ne cherchent pas d&rsquo;abord tout ce qui les unit, avant de commencer \u00e0 parler de ce qui les s\u00e9pare. Les soci\u00e9t\u00e9s n&rsquo;existent pas seulement \u00e0 cause des lois, des tribunaux, et des prisons. Les soci\u00e9t\u00e9s existent parce qu&rsquo;il y a suffisamment de solidarit\u00e9 et de compr\u00e9hension entre ses membres pour neutraliser les forces toujours mena\u00e7antes de la d\u00e9sunion et de l&rsquo;incompr\u00e9hension. Si des gens cessent de faire des efforts pour tisser des liens sociaux, ou s\u2019ils d\u00e9font d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ce qui a \u00e9t\u00e9 construit sans que l\u2019on ne fasse rien, alors cette soci\u00e9t\u00e9 va tout simplement tomber en morceaux. Il semble que des milliers d&rsquo;ann\u00e9es d&rsquo;histoire le prouvent. M\u00eame si on pr\u00e9sumait que les choses \u00e9taient parfaites au moment o\u00f9 l\u2019on se parle, il faudrait encore faire des efforts, car les liens sociaux et la solidarit\u00e9 ne sont jamais acquis une fois pour toutes. La Tunisie pourrait en parler d\u2019exp\u00e9rience, en proie \u00e0 ces forces dogmatiques qu\u2019elle \u00e0 commis l\u2019erreur de l\u00e9gitimer.<\/p>\n<p>Nous pouvons affirmer avec chagrin que nous avons rat\u00e9 notre transition d\u00e9mocratique, lorsque l\u2019on a permis, dans l\u2019enceinte d\u2019une haute instance constitu\u00e9e de notre Etat, qu\u2019un triste individu, malheureusement \u00e9lu du peuple, soit un jour autoris\u00e9 \u00e0 tenir des propos r\u00e9trogrades comme ceux dont tous les Tunisiens ont \u00e9t\u00e9 les t\u00e9moins un jour de d\u00e9cembre 2020. Cet esclandre nous montre \u00e0 quel point nous avons, plus que jamais, besoin de bons mod\u00e8les d\u2019intelligence et de dialogue. Mais les nouvelles du soir nous donnent trop d\u2019exemples de rixes, de disputes, d\u2019insultes, de nos repr\u00e9sentants, qui normalement devraient s&rsquo;entendre, mais qui ne le font pas. Il aurait \u00e9t\u00e9 agr\u00e9able de voir nos institutions donner le bon exemple de dialogue civilis\u00e9 entre les repr\u00e9sentants des diff\u00e9rentes tendances id\u00e9ologiques et politiques ; mais au lieu de cela, ils font montre d\u2019un \u00e9norme potentiel pour mal s&rsquo;entendre et se quereller, encourag\u00e9s en cela par des corbeaux malhonn\u00eates qui alimentent les foyers de m\u00e9sentente par des discours provocateurs quand ils n\u2019en viennent pas aux mains. En tout \u00e9tat de cause, dans un Etat civil, les lois ne peuvent et ne doivent pas \u00eatre fond\u00e9es sur des croyances religieuses, mais plut\u00f4t sur des principes inspir\u00e9s du bon sens, de la raison, de la science, du respect, etc. Bien s\u00fbr, cela ne signifie pas qu&rsquo;il n&rsquo;y aura jamais de d\u00e9saccords dans leur \u00e9laboration, mais qu\u2019au moins les probl\u00e8mes pourront \u00eatre discut\u00e9s, contrairement aux croyances que l&rsquo;on a ou que l&rsquo;on n&rsquo;a pas. De quoi aurait l&rsquo;air un d\u00e9sastre social total, si une telle chose existait dans les faits ? Quelle est la d\u00e9finition d\u2019une calamit\u00e9 ? Certainement que l&rsquo;obscurantisme religieux, quand il est institutionnalis\u00e9 et l\u00e9galis\u00e9 comme dans la Tunisie d\u2019aujourd\u2019hui, incarn\u00e9 dans des partis au sein de notre parlement, peut-\u00eatre une catastrophe. Apr\u00e8s tout, agir bien, c&rsquo;est agir en conformit\u00e9 avec la raison en son \u00e2me et conscience, alors si on abandonne la raison, rien n\u2019emp\u00eache plus de tomber dans les pires malheurs imaginables. Aussi, si on n&rsquo;arr\u00eate pas l&rsquo;obscurantisme religieux, d\u00e9j\u00e0 dans le discours, comme celui qui s\u00e9vit en Tunisie et dont on a eu un exemple flagrant, il n&rsquo;y aura pas de limites aux dommages qui pourraient \u00eatre faits. En effet, la seule alternative qu\u2019offrent les droits fond\u00e9s sur la m\u00e9taphysique int\u00e9griste, sont les droits fond\u00e9s sur la Loi du plus fort. L&rsquo;obscurantisme religieux est une vraie menace et les individus qui le pr\u00eachent des criminels, et \u00e0 ne rien faire, nous risquons de perdre ce qui nous reste. Parfois domine cette impression que nous avons outrepass\u00e9 le rocher de la Raison en courant apr\u00e8s des chim\u00e8res, et qu&rsquo;on ne s&rsquo;est pas encore rendu compte que, nos Universit\u00e9s, nos Lois, nos institutions, notre Etat et notre Morale, ne tiennent, pour certains, sur rien du tout, &#8230;, sinon du vent. S\u00fbrement ce sera le d\u00e9samour de la Tunisie et de son histoire par une partie de sa population qui est la cause du cr\u00e9dit qu\u2019obtiennent ces tendances extr\u00eames dans la soci\u00e9t\u00e9. Nous n\u2019avons eu de cesse d&rsquo;exalter la R\u00e9publique et le caract\u00e8re civil de l\u2019Etat comme id\u00e9al de faire r\u00e9publicain ; mais d\u2019aucuns diront que ce n&rsquo;est pas avec cela que l&rsquo;on pourra faire r\u00eaver cette population que l\u2019on pousse \u00e0 la mis\u00e8re en rognant son pouvoir d\u2019achat, ou les millions de jeunes Tunisiens et \u00e9migrants clandestins qui meurent en qu\u00eate d&rsquo;identit\u00e9&#8230; Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une r\u00e9publique dans de telles circonstances ? Un \u00c9tat dont le chef n&rsquo;est pas h\u00e9r\u00e9ditaire, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 des monarchies. Ce n&rsquo;est donc pas en invoquant notre r\u00e9gime politique que nous inculquerons aux Tunisiens le \u00ab d\u00e9sir de vivre ensemble \u00bb, vuln\u00e9rables qu\u2019ils sont aux discours subversifs qui planent au-dessus de leur t\u00eate comme une plaie pr\u00eate \u00e0 s\u2019abattre ; mais en transmettant l&rsquo;amour de notre pays, la dignit\u00e9 de ses habitants, mais aussi le respect de ses paysages, ses lettres et ses arts, son histoire et ses h\u00e9ros. Y sommes-nous encore dispos\u00e9s ? Sans \u00eatre islamophobes ou opposant aux minarets ou encore obs\u00e9d\u00e9s de l\u2019identit\u00e9 nationale, tout en restant fermement attach\u00e9 aux id\u00e9aux de libert\u00e9, d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de la\u00efcit\u00e9, il est un combat politique que nous devons mener, en critiquant avec force l\u2019int\u00e9grisme religieux comme id\u00e9ologie et non pas religions, ni les croyants, encore moins les minorit\u00e9s ethniques ; l\u2019instrumentalisation politique des religions est ex\u00e9crable s\u2019il en est, qu\u2019elle soit de fondamentalistes chr\u00e9tiens ou de tenants de la charia, d\u2019int\u00e9gristes juifs ou d\u2019autoritaristes chinois. Dans ce combat, la ligne de clivage n\u2019est pas nationale, ethnique ou Nord\/Sud, mais politique, avec l\u2019id\u00e9al d\u00e9mocratique et la\u00efc \u00e9mancipateur des droits et de l\u2019\u00e9galit\u00e9, contre l\u2019oppression des m\u00e9langes entre la religion et la politique. Il est imp\u00e9ratif pour l\u2019Etat de tenir un discours \u00e0 la fois ferme et pr\u00e9cis, m\u00eame s\u2019il attire l\u2019inimiti\u00e9 des tendances extr\u00e9mistes et des fondamentalistes religieux, ou encore d\u2019une partie de l\u2019opinion publique qui craint que ses positions face \u00e0 l\u2019int\u00e9grisme ne fassent le jeu de certains Etats sur la sc\u00e8ne internationale et des racistes ou n\u00e9gligent la question sociale. Ce probl\u00e8me impose aussi de r\u00e9fl\u00e9chir en dehors des clivages manich\u00e9ens qui menacent aujourd\u2019hui l\u2019universalisme, ce mod\u00e8le issu de la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019Homme de 1948, qui garantit \u00e0 tout \u00eatre humain, la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 en droit. Au niveau soci\u00e9tal, international comme interne, se d\u00e9veloppe, de plus en plus, une forme de diff\u00e9rentialisme, de communautarisme, un multiculturalisme qui revendique les droits de l\u2019Homme \u201cadapt\u00e9s aux circonstances nationales\u201d. Si ce mouvement a permis la prise de conscience antiraciste, la fin d\u2019un mod\u00e8le culturel dominant, il est en bout de course et est en train de passer d\u2019un extr\u00eame \u00e0 l\u2019autre. Certains sont pr\u00eats \u00e0 abandonner les droits de l\u2019Homme pour un extr\u00eame qui auparavant avait \u00e9t\u00e9 combattu, \u00e0 savoir que les \u00eatres humains seraient fondamentalement diff\u00e9rents en raison de leur genre, de leur culture ou de leur religion et que cela justifierait de les traiter de fa\u00e7on diff\u00e9rente. Le risque communautariste, l\u00e0 o\u00f9 le multiculturalisme se fait pi\u00e9ger, c\u2019est-\u00e0-dire voir des minorit\u00e9s se construire dans le rejet d\u2019autres minorit\u00e9s, se profile, notamment contre l\u2019\u00e9galit\u00e9 homme-femme, contre la mixit\u00e9&#8230; Il faudrait sortir de ce pi\u00e8ge sans tomber dans l\u2019extr\u00eame inverse qui serait le retour \u00e0 une vision normative, dominante, nationaliste et trouver le point d\u2019\u00e9quilibre entre respect des communaut\u00e9s et refus du communautarisme sectaire et extr\u00e9miste.<\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9grisme qui attaque nos valeurs fondamentales, le vivre-ensemble, la la\u00efcit\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9 devant et par la loi, l\u2019\u00e9galit\u00e9 de droit, \u2026, se pr\u00e9sente comme un probl\u00e8me politique avant d\u2019\u00eatre religieux ; le combattre n\u2019est pas s\u2019en prendre aux religions ou aux fid\u00e8les, mais \u00e0 ceux qui instrumentalisent les religions dans des buts politiques. Pour relativiser l\u2019imb\u00e9cillit\u00e9 d\u2019un sectarisme qui menace de s\u00e9vir, il nous faut b\u00e2tir des passerelles intellectuelles tr\u00e8s fortes, qui nous feront du bien \u00e0 tous et nous aideront \u00e0 penser ces enjeux par-del\u00e0 les fronti\u00e8res individuelles. Les Tunisiens d\u2019aujourd\u2019hui ont besoin, plus que quiconque, de s&rsquo;approprier le pass\u00e9 et la culture de la Tunisie pour envisager d&rsquo;y faire souche. Mais quel homme politique osera \u00e9crire \u00e0 leur intention, comme Charles de Gaulle au peuple fran\u00e7ais : \u00ab Ce qu&rsquo;il y a, en moi, d&rsquo;affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vou\u00e9e \u00e0 une destin\u00e9e \u00e9minente et exceptionnelle \u00bb (M\u00e9moires de guerre, L&rsquo;Appel, Plon, 1954) ? Quel d\u00e9put\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui osera reprendre l&rsquo;injonction d&rsquo;aimer la Tunisie, parce que la Nature l&rsquo;a faite belle, et parce que l&rsquo;Histoire l&rsquo;a faite grande &#8230; Lequel sera pr\u00eat \u00e0 chanter notre Hymne national d\u2019un coeur vaillant, sans craindre de heurter les imams salafistes, les intellectuels de salon qui assimilent la Tunisie \u00e0 un \u00c9tat h\u00e9r\u00e9tique et sataniste ? Le rappel de l&rsquo;Histoire est n\u00e9cessaire pour comprendre notre nature humaine, ses ombres et ses lumi\u00e8res, mais la m\u00e9moire d\u00e9form\u00e9e est quant \u00e0 elle mortif\u00e8re.<\/p>\n<p>Le coup d&rsquo;envoi au d\u00e9samour de la Tunisie a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par cette loi \u00e9lectorale catastrophique (loi organique n\u00b0 2014-16 du 26 mai 2014, relative aux \u00e9lections et r\u00e9f\u00e9rendums telle que modifi\u00e9e par la loi organique n\u00b0 2017-7 du 14 f\u00e9vrier 2017 et compl\u00e9t\u00e9e par la loi organique n\u00b02019-76 du 30 ao\u00fbt 2019) ; Cette loi truff\u00e9e d&rsquo;inepties et de contresens a fait de nos institutions \u00e9lues des passoires au sein desquelles m\u00eame de sombres individus et des coupe-jarrets peuvent acc\u00e9der et s\u2019acheter un semblant de respectabilit\u00e9. H\u00e9las, depuis, chacun y est all\u00e9 de son couplet pour accuser la Tunisie de tous les maux de la terre. Il y a chez la plupart des Tunisiens une parfaite continuit\u00e9 dans le d\u00e9sir de civilisation et de modernit\u00e9 dont on ne doit pas s&rsquo;affliger comme d\u2019un crime ; les propos tenus dans l\u2019h\u00e9micycle en ce jour fatidique sont un ab\u00eeme d&rsquo;ind\u00e9cence et l&rsquo;on en per\u00e7oit les cons\u00e9quences dans la rage destructrice qui saisit toute une fraction de la population qui n&rsquo;a pas su ou n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 incit\u00e9e \u00e0 s&rsquo;assimiler par le travail et l&rsquo;\u00e9tude. Le plus affligeant est le soutien que re\u00e7oivent ces individus de la part de l\u2019\u00e9tranger par l\u2019entremise de pseudo-intellectuels mal inspir\u00e9s. Leur d\u00e9nonciation surr\u00e9aliste de l\u2019\u00ab h\u00e9r\u00e9sie d&rsquo;\u00c9tat \u00bb, des \u00ab crimes du pass\u00e9 \u00bb, de l&rsquo;\u00ab occidentalophobie \u00bb ou des \u00ab discriminations \u00bb vient valider leur \u00ab s\u00e9paratisme \u00bb outrancier. Pire, en d\u00e9valorisant les croyances auxquelles nous sommes attach\u00e9s, ils relativisent des croyances autrement plus aberrantes. Cela se voit par exemple avec l&rsquo;\u00ab \u00e9criture inclusive \u00bb qui voudrait nous convaincre que les Tunisiennes sont d\u00e9prav\u00e9es en raison de leur revendication de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de genre et la remise en cause des r\u00e8gles qui font injustement primer le masculin sur le f\u00e9minin ! C&rsquo;est oublier que les femmes ont commenc\u00e9 de s&rsquo;\u00e9manciper dans l\u2019arabit\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale et que leur sort \u00e9tait plus enviable qu&rsquo;en aucun autre pays. C&rsquo;est surtout faire oublier qu&rsquo;il y a sur notre sol aujourd&rsquo;hui des agissements autrement plus graves que ceux d\u00e9nonc\u00e9s, obligation du voile, mariages forc\u00e9s d&rsquo;adolescentes, enfermement des femmes, mutilation des filles, etc. Il est temps de revenir aux principes fondamentaux de notre Tunisie et de notre d\u00e9mocratie. Il nous faut arriver \u00e0 ressouder la Nation autour de son Histoire et de sa culture, pour combler le besoin de tous les enfants de la Tunisie d&rsquo;aimer et d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9s, de respecter et d\u2019\u00eatre respect\u00e9. Notre Tunisie est unique au monde, mais, comme pour la Rose du petit prince, \u00ab On ne voit bien qu\u2019avec le coeur, l\u2019essentiel est invisible pour les yeux \u00bb, (Antoine de Saint-Exup\u00e9ry, \u2018\u2019Le petit prince\u2019\u2019). On ne peut transmettre que ce que l\u2019on aime ; or, la honte de soi et l\u2019obscurantisme sectaire ne doivent pas se transmettre, car ils ne font pas aimer et respecter ; c&rsquo;est l\u00e0 la cl\u00e9 du drame que nous vivons au-del\u00e0 du supportable. Il n\u2019existe pas de maquillage qui puisse embellir un coeur laid prof\u00e9rant de fausses v\u00e9rit\u00e9s. Les d\u00e9put\u00e9s de l\u2019indignit\u00e9 sont des vers dans le fruit de notre d\u00e9mocratie, qui recherchent le pourrissement de la situation soci\u00e9tale tunisienne d\u00e9j\u00e0 cruellement meurtrie par l\u2019incomp\u00e9tence gouvernante. Se sentant dot\u00e9s d\u2019une impunit\u00e9, ils ne s\u2019interdisent plus rien dans leur comportement. Que l\u2019on consid\u00e8re les Pr\u00eaches incendiaires prof\u00e9rant le venin de l\u2019int\u00e9grisme entre 2012 et 2014 dans les mosqu\u00e9es ou leurs interventions sur les gradins de l\u2019ARP, toute cette d\u00e9monstration est dirig\u00e9e contre le pays dans son ensemble. Qui sont-ils pour s\u2019affirmer d\u00e9tenteurs de la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019Islam ? Cela nous remet en m\u00e9moire de tristes \u00e9poques, lorsque la \u00ab sainte inquisition soumettait \u00e0 la question extraordinaire les femmes consid\u00e9r\u00e9es comme d\u00e9viantes et accus\u00e9es de sorcellerie et de commerce avec les d\u00e9mons. Ennahdha et sa ramification salafiste semblent avoir islamis\u00e9 et plagi\u00e9 les fondamentaux de l\u2019id\u00e9ologie de l\u2019inquisition catholique du Moyen-\u00c2ge, sans se rendre compte que ces consid\u00e9rations \u00e9taient anachroniques et qu\u2019elles avaient \u00e9t\u00e9 pass\u00e9es \u00e0 la trappe par ceux-l\u00e0 m\u00eame qui les ont invoqu\u00e9es au temps d\u2019avant. C\u2019est donc tomber bien bas que de les avoir r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s pour en faire leur cr\u00e9do fanatique infame et grotesque. Quant au Savonarole de l\u2019ARP, il devrait s\u2019enqu\u00e9rir de la terrible mani\u00e8re dont son homologue historique a pu finir. En \u00e9mettant des jugements d\u2019ordre moral sur une partie de la population, il a fait voler en \u00e9clat le serment qu\u2019il a hypocritement pr\u00eat\u00e9 comme m\u00e9decin sans aucune vergogne. Des actes charg\u00e9s de violences physiques ou symboliques qui refusent l\u2019autonomie de la soci\u00e9t\u00e9 civile par rapport aux transcendances religieuses associ\u00e9es sur le mode de l\u2019allant-de-soi avec une interpr\u00e9tation instrumentale s\u00e9gr\u00e9gationniste de la religion. Des propos qui s\u2019inscrivent dans le refus de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 relativiste, de la coexistence de diff\u00e9rentes visions du monde et qui sont autant de dangers d\u2019un monde moniste et dogmatique, o\u00f9 pr\u00e9domine le refus du pluralisme et de la diversit\u00e9 des valeurs, donc de la critique. Cet obscurantisme c\u00f4toie le terrorisme et l\u2019extr\u00e9misme politique. Que cela touche \u00e0 la religion, au machisme, au racisme, \u00e0 toutes formes arbitraires de domination au sein de la soci\u00e9t\u00e9, le monde social est constitu\u00e9 de certains discours qui se sont impos\u00e9s sur le mode de \u00ab l\u2019allant de soi \u00bb (Pierre Bourdieu) et dont il faudra d\u00e9construire la port\u00e9e si nous voulons vivre en paix. De m\u00eame, le pr\u00e9tendu id\u00e9al islamique auquel se r\u00e9f\u00e8rent ces cat\u00e9gories politiques sp\u00e9cieuses, rel\u00e8ve d\u2019une certaine construction de la r\u00e9alit\u00e9, notamment impuls\u00e9es par des penseurs int\u00e9gristes orientaux, implicitement norm\u00e9e, int\u00e9rioris\u00e9e au quotidien, qu\u2019il suffit d\u2019interroger \u00e0 partir de cas concrets pour les confondre.<\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Monji Ben Raies<\/strong><br \/><span class=\"c2\"><em>Enseignant et chercheur en droit public et Sciences politiques<br \/>Juriste internationaliste<br \/>Universit\u00e9 de Tunis El Manar<br \/>Facult\u00e9 de Droit et des Sciences Politiques de Tunis<\/em><\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31091-n-en-deplaise-aux-esprits-chagrins-et-donneurs-de-lecons\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Monji Ben Raies\u00a0 &#8211; La femme tunisienne ne peut se d\u00e9finir que par son \u00e9mancipation, sa libert\u00e9 et une beaut\u00e9 qui transcende la simple apparence physique et qui touche au plus profond de l\u2019\u00eatre. 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