{"id":107192,"date":"2020-12-15T04:30:00","date_gmt":"2020-12-15T09:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-voyage-lointain-de-la-musique-du-sahel\/"},"modified":"2020-12-15T04:30:00","modified_gmt":"2020-12-15T09:30:00","slug":"le-voyage-lointain-de-la-musique-du-sahel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-voyage-lointain-de-la-musique-du-sahel\/","title":{"rendered":"Le voyage lointain de la musique du Sahel"},"content":{"rendered":"<div id=\"originalText\" readability=\"123\">\n<p><strong>Sahel Sounds (\u201cles Sons du Sahel\u201d) publie normalement des vinyles enregistr\u00e9s\u00a0au Mali, en Mauritanie, au Niger ou au S\u00e9n\u00e9gal.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est le m\u00eame principe que les bonnes vieilles cassettes enregistr\u00e9es dans une cave, recopi\u00e9es mille fois et partag\u00e9es entre fans. Sauf qu\u2019aujourd\u2019hui il suffit aux musiciens du Sahel d\u2019un smartphone et d\u2019un message WhatsApp pour se faire conna\u00eetre \u00e0 travers le monde. C\u2019est ce qu\u2019esp\u00e8re Ali Traor\u00e9, 26 ans. Dans une cour de Bamako au sol de terre, encombr\u00e9e de scooters et de jerrycans, le jeune homme, tout de noir v\u00eatu, se met \u00e0 gratter les cordes de sa guitare acoustique. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, Hamadoun Guindo frappe en rythme sur une calebasse.\u00a0<\/p>\n<p>Ali, dont le nom d\u2019artiste est \u201cBounaly\u201d, chante sa nostalgie, les dunes de Niafounk\u00e9, sa ville natale, celle aussi de l\u2019immense chanteur et guitariste Ali Farka Tour\u00e9, qu\u2019il a quitt\u00e9e en 2010 pour \u00e9tudier \u00e0 Bamako, deux ans avant\u00a0 l\u2019avanc\u00e9e des jihadistes dans le Nord.\u00a0 Sourire aux l\u00e8vres, il appuie apr\u00e8s quelques minutes sur la touche \u201cstop\u201d de son smartphone. Il n\u2019y a plus qu\u2019\u00e0 envoyer le morceau par WhatsApp \u00e0 Christopher Kirkley, le fondateur du label Sahel Sounds, qui vit dans l\u2019Oregon, sur la c\u00f4te Ouest des \u00c9tats-Unis. Sahel Sounds (\u201cles Sons du Sahel\u201d) publie normalement des vinyles enregistr\u00e9s au Mali, en Mauritanie, au Niger ou au S\u00e9n\u00e9gal.\u00a0<\/p>\n<p>En janvier 2020, son patron d\u00e9cide de demander \u00e0 des musiciens de ces pays de lui envoyer leurs enregistrements par WhatsApp. Il les publiera ensuite, \u00e0 peine retouch\u00e9s, sur la plateforme de vente de musique en ligne Bandcamp,\u00a0 connue pour accueillir des artistes ind\u00e9pendants.\u00a0 Chaque mois, de nouveaux morceaux sont publi\u00e9s sous le titre \u201cMusic from Saharan WhatsApp\u201d (Musique du WhatsApp saharien). Pour l\u2019internaute, le prix du t\u00e9l\u00e9chargement est libre. Quant \u00e0 l\u2019artiste, il re\u00e7oit 100% des revenus pendant le mois o\u00f9 ses \u0153uvres sont en ligne. Ali Traor\u00e9 raconte comment Christopher Kirkley lui a un jour demand\u00e9 d\u2019\u201cenregistrer quelques sons dans le t\u00e9l\u00e9phone\u201d, puis de les transf\u00e9rer par WhatsApp. \u201cJ\u2019ai dit O. K., pas de souci, on va faire comme \u00e7a.\u201d \u00c0 peine deux semaines se sont ensuite \u00e9coul\u00e9es entre l\u2019enregistrement des morceaux et leur mise en ligne d\u00e9but novembre.\u00a0<br \/>\u00a0<br \/><strong>\u201cAbattre les barri\u00e8res\u201d\u00a0<\/strong><br \/>\u201cUn label du Mali ne peut pas t\u2019amener aux \u00c9tats-Unis ou dans des tourn\u00e9es internationales\u201d, souligne le musicien, en esp\u00e9rant que cette musique par WhatsApp lui apporte la notori\u00e9t\u00e9. \u201cC\u2019est essentiellement une exp\u00e9rience, pour voir comment abattre les barri\u00e8res \u00e0 l\u2019entr\u00e9e sur le march\u00e9 pour ces artistes d\u2019Afrique de l\u2019Ouest\u201d, confie \u00e0 l\u2019AFP Christopher Kirkley. Parmi ceux qui ont particip\u00e9 au projet, certains ont \u00e9t\u00e9 \u201cchoqu\u00e9s\u201d par les montants qu\u2019ils ont r\u00e9colt\u00e9s en si peu de temps pour quelques morceaux enregistr\u00e9s sur leur t\u00e9l\u00e9phone, dit-il. \u201cC\u2019\u00e9tait vraiment g\u00e9nial\u201d, se r\u00e9jouit Amariam Hamadalher, membre du groupe de blues touareg originaire du Niger Les Filles de Illighadad.\u00a0 Juste cinq morceaux enregistr\u00e9s \u00e0 la maison, avec des amis, leur ont rapport\u00e9 3 000 euros, dit-elle, soit 20 ou 30 fois le salaire moyen dans la r\u00e9gion. \u201c\u00c7a nous a beaucoup aid\u00e9es en cette p\u00e9riode de coronavirus un peu difficile.\u201d\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Christopher Kirkley a fond\u00e9 son label Sahel Sounds en 2009, d\u2019abord sous la forme d\u2019un blog. Puis il a voyag\u00e9 pendant des ann\u00e9es, notamment au Sahel, immense r\u00e9gion semi-d\u00e9sertique au sud du Sahara, enregistrant les musiciens locaux. Il s\u2019est rendu compte de l\u2019importance des t\u00e9l\u00e9phones portables dans le monde musical de la sous-r\u00e9gion.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, on n\u2019en \u00e9tait plus aux cassettes dupliqu\u00e9es, mais internet n\u2019\u00e9tait pas encore tr\u00e8s r\u00e9pandu et il fallait utiliser le Bluetooth pour\u00a0 \u00a0s\u2019\u00e9changer des fichiers entre des t\u00e9l\u00e9phones distants de quelques m\u00e8tres.\u00a0 \u201cC\u2019\u00e9tait vraiment int\u00e9ressant de voir ce que les gens avaient dans leur t\u00e9l\u00e9phone. Dans chaque ville, c\u2019\u00e9tait diff\u00e9rent, et il y avait beaucoup de\u00a0 morceaux qu\u2019on ne trouvait nulle part ailleurs, pas \u00e0 la radio et certainement pas sur Youtube\u201d, se rappelle celui que le magazine Les Inrockuptibles a surnomm\u00e9 \u201cLe baroudeur devenu producteur\u201d.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Dix ans plus tard, les smartphones sont partout, m\u00eame au Sahel, mais Christopher Kirkley entend \u201cjouer un peu avec la m\u00eame id\u00e9e\u201d : d\u00e9couvrir et faire conna\u00eetre la musique telle qu\u2019elle est jou\u00e9e et partag\u00e9e au Sahel, sans le filtre d\u2019un producteur de studio ou d\u2019une maison de disques.\u00a0<\/p>\n<p class=\"c6\"><strong>Par Emmet LIVINGSTONE avec Amaury HAUCHARD\u00a0\u00e0 BAMAKO\/AFP\u00a0<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"text_core\" readability=\"123\">\n<p><strong>Sahel Sounds (\u201cles Sons du Sahel\u201d) publie normalement des vinyles enregistr\u00e9s\u00a0au Mali, en Mauritanie, au Niger ou au S\u00e9n\u00e9gal.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est le m\u00eame principe que les bonnes vieilles cassettes enregistr\u00e9es dans une cave, recopi\u00e9es mille fois et partag\u00e9es entre fans. Sauf qu\u2019aujourd\u2019hui il suffit aux musiciens du Sahel d\u2019un smartphone et d\u2019un message WhatsApp pour se faire conna\u00eetre \u00e0 travers le monde. C\u2019est ce qu\u2019esp\u00e8re Ali Traor\u00e9, 26 ans. Dans une cour de Bamako au sol de terre, encombr\u00e9e de scooters et de jerrycans, le jeune homme, tout de noir v\u00eatu, se met \u00e0 gratter les cordes de sa guitare acoustique. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, Hamadoun Guindo frappe en rythme sur une calebasse.\u00a0<\/p>\n<p>Ali, dont le nom d\u2019artiste est \u201cBounaly\u201d, chante sa nostalgie, les dunes de Niafounk\u00e9, sa ville natale, celle aussi de l\u2019immense chanteur et guitariste Ali Farka Tour\u00e9, qu\u2019il a quitt\u00e9e en 2010 pour \u00e9tudier \u00e0 Bamako, deux ans avant\u00a0 l\u2019avanc\u00e9e des jihadistes dans le Nord.\u00a0 Sourire aux l\u00e8vres, il appuie apr\u00e8s quelques minutes sur la touche \u201cstop\u201d de son smartphone. Il n\u2019y a plus qu\u2019\u00e0 envoyer le morceau par WhatsApp \u00e0 Christopher Kirkley, le fondateur du label Sahel Sounds, qui vit dans l\u2019Oregon, sur la c\u00f4te Ouest des \u00c9tats-Unis. Sahel Sounds (\u201cles Sons du Sahel\u201d) publie normalement des vinyles enregistr\u00e9s au Mali, en Mauritanie, au Niger ou au S\u00e9n\u00e9gal.\u00a0<\/p>\n<p>En janvier 2020, son patron d\u00e9cide de demander \u00e0 des musiciens de ces pays de lui envoyer leurs enregistrements par WhatsApp. Il les publiera ensuite, \u00e0 peine retouch\u00e9s, sur la plateforme de vente de musique en ligne Bandcamp,\u00a0 connue pour accueillir des artistes ind\u00e9pendants.\u00a0 Chaque mois, de nouveaux morceaux sont publi\u00e9s sous le titre \u201cMusic from Saharan WhatsApp\u201d (Musique du WhatsApp saharien). Pour l\u2019internaute, le prix du t\u00e9l\u00e9chargement est libre. Quant \u00e0 l\u2019artiste, il re\u00e7oit 100% des revenus pendant le mois o\u00f9 ses \u0153uvres sont en ligne. Ali Traor\u00e9 raconte comment Christopher Kirkley lui a un jour demand\u00e9 d\u2019\u201cenregistrer quelques sons dans le t\u00e9l\u00e9phone\u201d, puis de les transf\u00e9rer par WhatsApp. \u201cJ\u2019ai dit O. K., pas de souci, on va faire comme \u00e7a.\u201d \u00c0 peine deux semaines se sont ensuite \u00e9coul\u00e9es entre l\u2019enregistrement des morceaux et leur mise en ligne d\u00e9but novembre.\u00a0<br \/>\u00a0<br \/><strong>\u201cAbattre les barri\u00e8res\u201d\u00a0<\/strong><br \/>\u201cUn label du Mali ne peut pas t\u2019amener aux \u00c9tats-Unis ou dans des tourn\u00e9es internationales\u201d, souligne le musicien, en esp\u00e9rant que cette musique par WhatsApp lui apporte la notori\u00e9t\u00e9. \u201cC\u2019est essentiellement une exp\u00e9rience, pour voir comment abattre les barri\u00e8res \u00e0 l\u2019entr\u00e9e sur le march\u00e9 pour ces artistes d\u2019Afrique de l\u2019Ouest\u201d, confie \u00e0 l\u2019AFP Christopher Kirkley. Parmi ceux qui ont particip\u00e9 au projet, certains ont \u00e9t\u00e9 \u201cchoqu\u00e9s\u201d par les montants qu\u2019ils ont r\u00e9colt\u00e9s en si peu de temps pour quelques morceaux enregistr\u00e9s sur leur t\u00e9l\u00e9phone, dit-il. \u201cC\u2019\u00e9tait vraiment g\u00e9nial\u201d, se r\u00e9jouit Amariam Hamadalher, membre du groupe de blues touareg originaire du Niger Les Filles de Illighadad.\u00a0 Juste cinq morceaux enregistr\u00e9s \u00e0 la maison, avec des amis, leur ont rapport\u00e9 3 000 euros, dit-elle, soit 20 ou 30 fois le salaire moyen dans la r\u00e9gion. \u201c\u00c7a nous a beaucoup aid\u00e9es en cette p\u00e9riode de coronavirus un peu difficile.\u201d\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Christopher Kirkley a fond\u00e9 son label Sahel Sounds en 2009, d\u2019abord sous la forme d\u2019un blog. Puis il a voyag\u00e9 pendant des ann\u00e9es, notamment au Sahel, immense r\u00e9gion semi-d\u00e9sertique au sud du Sahara, enregistrant les musiciens locaux. Il s\u2019est rendu compte de l\u2019importance des t\u00e9l\u00e9phones portables dans le monde musical de la sous-r\u00e9gion.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, on n\u2019en \u00e9tait plus aux cassettes dupliqu\u00e9es, mais internet n\u2019\u00e9tait pas encore tr\u00e8s r\u00e9pandu et il fallait utiliser le Bluetooth pour\u00a0 \u00a0s\u2019\u00e9changer des fichiers entre des t\u00e9l\u00e9phones distants de quelques m\u00e8tres.\u00a0 \u201cC\u2019\u00e9tait vraiment int\u00e9ressant de voir ce que les gens avaient dans leur t\u00e9l\u00e9phone. Dans chaque ville, c\u2019\u00e9tait diff\u00e9rent, et il y avait beaucoup de\u00a0 morceaux qu\u2019on ne trouvait nulle part ailleurs, pas \u00e0 la radio et certainement pas sur Youtube\u201d, se rappelle celui que le magazine Les Inrockuptibles a surnomm\u00e9 \u201cLe baroudeur devenu producteur\u201d.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Dix ans plus tard, les smartphones sont partout, m\u00eame au Sahel, mais Christopher Kirkley entend \u201cjouer un peu avec la m\u00eame id\u00e9e\u201d : d\u00e9couvrir et faire conna\u00eetre la musique telle qu\u2019elle est jou\u00e9e et partag\u00e9e au Sahel, sans le filtre d\u2019un producteur de studio ou d\u2019une maison de disques.\u00a0<\/p>\n<p class=\"c6\"><strong>Par Emmet LIVINGSTONE avec Amaury HAUCHARD\u00a0\u00e0 BAMAKO\/AFP\u00a0<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.liberte-algerie.com\/culture\/le-voyage-lointain-de-la-musique-du-sahel-350720\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sahel Sounds (\u201cles Sons du Sahel\u201d) publie normalement des vinyles enregistr\u00e9s\u00a0au Mali, en Mauritanie, au Niger ou au S\u00e9n\u00e9gal.\u00a0 C\u2019est le m\u00eame principe que les bonnes vieilles cassettes enregistr\u00e9es dans une cave, recopi\u00e9es mille fois et partag\u00e9es entre fans. 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