{"id":108326,"date":"2020-12-29T05:00:00","date_gmt":"2020-12-29T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/noublions-pas-ammar-ouhadda\/"},"modified":"2020-12-29T05:00:00","modified_gmt":"2020-12-29T10:00:00","slug":"noublions-pas-ammar-ouhadda","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/noublions-pas-ammar-ouhadda\/","title":{"rendered":"N\u2019oublions pas Ammar Ouhadda !"},"content":{"rendered":"<p class=\"c4\">Comme tous les grands artistes alg\u00e9riens tomb\u00e9s dans l&rsquo;oubli et victimes de l&rsquo;ingratitude des hommes et des femmes, Ammar Ouhadda est parti, d\u00e9finitivement, subrepticement, avec l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance de ceux qui se retirent sur la pointe des pieds. Acteur de th\u00e9\u00e2tre et de cin\u00e9ma, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 90 ans, il est surtout un grand chansonnier et un humoriste social de la veine des Rachid Ksentini et des Mohamed Touri. Il est parti apr\u00e8s avoir souffert de l&rsquo;amn\u00e9sie artistique des Alg\u00e9riens et d&rsquo;un diab\u00e8te chronique. Il a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 sobrement et discr\u00e8tement au cimeti\u00e8re alg\u00e9rois d&rsquo;El-Madania, l&rsquo;ancien Clos-Salembier, \u00e0 quelques encablures de son quartier f\u00e9tiche de La Redoute, \u00e0 El-Mouradia.<br \/>Il y dort d\u00e9sormais du sommeil des justes, de ceux qui ont donn\u00e9 \u00e0 leur peuple du r\u00e9confort, beaucoup de bonheur m\u00eame, celui des rimes guillerettes, des notes joyeuses, des planches th\u00e9\u00e2trales et des studios de cin\u00e9ma et de t\u00e9l\u00e9. Ammar Ouhadda, alg\u00e9rois de racines kabyles, \u00e9tait un grand artiste, pardon, un immense talent au service d&rsquo;une ph\u00e9nom\u00e9nale capacit\u00e9 \u00e0 insuffler l&rsquo;all\u00e9gresse dans les c\u0153urs. Grand ami de Khouya El Baz, surnom fauconnier du g\u00e9ant Mohamed El Badji, le compositeur qui faisait pleurer les guitares, Amar Ouhadda s&rsquo;est fait surtout conna\u00eetre par des chansonnettes, des goualantes qui sont finalement des peintures des m\u0153urs de son \u00e9poque.\u00a0<br \/>Il y avait de la psycho-sociologie dans ses ritournelles humoristiques, comme dans la c\u00e9l\u00e8bre Guerrouma ou-Guerroum, hymne en couplets \u00e0 un vieux couple de g\u00e9rontes grincheux mais \u00e9minemment sympathiques qui se chamaillent pour mieux se retrouver, dans la tendresse renouvel\u00e9e des seniors qui ne se quittent plus. On retrouve une inspiration, une tonalit\u00e9 et des aquarelles identiques dans sa fameuse Ettzaou\u00e8djt oudert enniya, litt\u00e9ralement, je me suis mari\u00e9 de bonne foi. Attention, il ne s&rsquo;agit pas de la complainte d&rsquo;un mari\u00e9 tromp\u00e9 ou qui se serait tromp\u00e9 sur un choix de vie, mais plut\u00f4t d&rsquo;un hommage au mariage traditionnel, dit de raison, qui est la forme d&rsquo;union la plus courante en Alg\u00e9rie.\u00a0<br \/>Racines kabyles obligent, Ammar Ouhadda a chant\u00e9 aussi en tamazight, comme certains grands artistes, notamment de ch\u00e2abi, originaires de cette terre de cr\u00e9ateurs de g\u00e9nie comme M&rsquo;hamed El Anka, Hadj Mrizek, Hssissen et Ammar Ezzahi ou encore l&rsquo;inoubliable Cheikh El Hasnaoui. Pour le souvenir et le plaisir, citons alors la douce et d\u00e9licieuse chanson Ekker Mattesdoud (matteddoud), qu&rsquo;on pourrait restituer en fran\u00e7ais par viens m&rsquo;accompagner ou viens avec moi : invitation pudique \u00e0 un amour \u00e0 partager, exhortation \u00e0 cheminer sur le sentier d&rsquo;une tendresse commune. Artiste polymorphe et polychrome, Ammar Ouhadda fut \u00e9galement un acteur de th\u00e9\u00e2tre talentueux. Il fut un soci\u00e9taire du TNA, le Th\u00e9\u00e2tre national populaire, mais surtout un compagnon de route de l&rsquo;immense Hassan El Hassani, le c\u00e9l\u00e8bre homme \u00e0 la vache, alias Boubagra, le Fernandel du Titteri. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, celles d&rsquo;une Alg\u00e9rie boumedi\u00e9niste, r\u00e9volutionnaire et socialiste, il rejoint ce fr\u00e8re d&rsquo;art au TTP, c&rsquo;est-\u00e0-dire la Troupe populaire d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;itin\u00e9rance et de proximit\u00e9. Il y c\u00f4toiera d&rsquo;autres grands des planches alg\u00e9riennes de l&rsquo;\u00e9poque, entre autres, Mustapha El Anka, Tayeb Abou Al Hassan et Rachid Zouba.<br \/>Humoriste en diable, ce com\u00e9dien s&rsquo;est distingu\u00e9 aussi par des sketchs savoureux dont la sapidit\u00e9 rappelle beaucoup ses chansonnettes qui croquent les travers et les m\u0153urs de ses compatriotes. \u00c9voquant le Vieil-Alger tout comme la Casbah, Ammar Ouhadda avait sign\u00e9 trois m\u00e9morables sayn\u00e8tes, trois morceaux d&rsquo;anthologie que sont Hayek Lemramma (voile de soie naturelle fine, tiss\u00e9e anciennement \u00e0 Tlemcen), A\u00e2djar El Horma (le voile de la pudeur) et Ettarbouche el-M\u00e2anguar (le fez droit port\u00e9, signe de dignit\u00e9, symbolis\u00e9 par la t\u00eate haute).\u00a0<br \/>Avant de quitter les planches et les plateaux de t\u00e9l\u00e9, Ammar Ouhadda a tourn\u00e9 des \u00abaventures\u00bb qui portent son nom. Il s&rsquo;agit des tribulations d&rsquo;un Alg\u00e9rois dans la nouvelle Alg\u00e9rie, celle qui n&rsquo;\u00e9tait plus socialiste mais qui n&rsquo;\u00e9tait pas, non plus, tout \u00e0 fait lib\u00e9rale. Une sorte d&rsquo;entre-deux bien alg\u00e9rien, construit sur l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 et le quiproquo.<br \/>Ainsi fut l&rsquo;artiste. Polyvalent, gai, g\u00e9n\u00e9reux, disponible, altruiste, digne, brave et courageux. En somme, des qualit\u00e9s si caract\u00e9ristiques des Alg\u00e9riens de la trempe humaine et de la hauteur artistique de Guerroum, alias Ammar Ouhadda, saltimbanque alg\u00e9rois qui s&rsquo;est retir\u00e9 derri\u00e8re les rideaux du th\u00e9\u00e2tre de la vie. Il y a d\u00e9j\u00e0 neuf ans.\u00a0<br \/>Da Ammar, au revoir !<br \/><em><strong>N. K.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/point-virgule\/noublions-pas-ammar-ouhadda-53773\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme tous les grands artistes alg\u00e9riens tomb\u00e9s dans l&rsquo;oubli et victimes de l&rsquo;ingratitude des hommes et des femmes, Ammar Ouhadda est parti, d\u00e9finitivement, subrepticement, avec l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance de ceux qui se retirent sur la pointe des pieds. 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