{"id":108469,"date":"2020-12-31T05:00:00","date_gmt":"2020-12-31T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mon-voyage-en-chine3\/"},"modified":"2020-12-31T05:00:00","modified_gmt":"2020-12-31T10:00:00","slug":"mon-voyage-en-chine3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mon-voyage-en-chine3\/","title":{"rendered":"Mon voyage en Chine(3)"},"content":{"rendered":"<p class=\"c4\"><strong>P\u00e9kin. Mai 1975\u2026<\/strong><br \/>Mai a fleuri partout en Chine. Des hauteurs du Tibet jusqu\u2019au golfe du Pou Hai, la nature est en f\u00eate. Le train quitte P\u00e9kin au milieu des r\u00e9jouissances : quelque part derri\u00e8re le palais imp\u00e9rial ou Cit\u00e9 interdite, dans cet immense parc baign\u00e9 par la lumi\u00e8re d\u2019une belle journ\u00e9e de printemps, des troubadours, des dragons bariol\u00e9s, des chanteurs, des danseurs et des clowns animent une f\u00eate riche en couleurs\u2026<br \/>Tout est grandiose dans ce pays, \u00e0 l\u2019image de ces immensit\u00e9s r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 la culture du riz ou de ces m\u00e9galopolis avec leurs millions d\u2019habitants\u2026 De P\u00e9kin \u00e0 Shanghai, le train met trois jours environ et enjambe une multitude de fleuves dont le c\u00e9l\u00e8bre Houang Ho (fleuve jaune).<br \/>On n\u2019oublie jamais le charme romantique des trains chinois et l\u2019atmosph\u00e8re feutr\u00e9e qui y r\u00e8gne : soie, velours, laque rouge et parures dor\u00e9es vous plongent dans un d\u00e9cor de d\u00e9but du si\u00e8cle, alors qu\u2019une douce musique vous berce durant toute la journ\u00e9e et une grande partie de la nuit. Mais, de tous les trains que j\u2019ai pris en Chine, et ils sont nombreux, celui qui relie la capitale \u00e0 Shanghai est certainement le plus luxueux. Je n\u2019ai plus en m\u00e9moire, aujourd\u2019hui, les d\u00e9tails qui agr\u00e9mentent ce d\u00e9cor, ni les p\u00e9rip\u00e9ties exactes de ce voyage, mais j\u2019en garde quand m\u00eame quelques bribes de souvenirs qui me permettront &#8211; du moins je l\u2019esp\u00e8re -, d\u2019\u00eatre le plus fid\u00e8le possible \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<br \/>P\u00e9kin : une ville aux allures de gros village, une m\u00e9tropole qui \u00e9volue dans tous les sens mais qui a su garder, de ses origines paysannes, l\u2019image de ces grandes cit\u00e9s provinciales qui bataill\u00e8rent longtemps dans cet empire du Milieu d\u00e9chir\u00e9 par les luttes intestines, avant de s\u2019unir pour former la Chine moderne. Livr\u00e9es du matin au soir aux millions de cyclistes, les rues, tr\u00e8s larges et bien entretenues, ressemblent \u00e0 de grands fleuves qui charrient sans arr\u00eat cette cohorte color\u00e9e et bruyante qui coule entre des b\u00e2timents mornes et peu \u00e9lev\u00e9s. Les voies r\u00e9serv\u00e9es aux automobilistes pr\u00e9sentent la m\u00eame caract\u00e9ristique : spectacle si typique aux villes de l\u2019Extr\u00eame-Orient, avec ce concert de klaxons qui vous perce les tympans et qui arrive jusqu\u2019aux chambres d\u2019h\u00f4tel, suppos\u00e9es insonoris\u00e9es\u2026 Le d\u00e9calage horaire est un autre mal qui perturbe totalement le sommeil : lorsqu\u2019il est une heure du matin \u00e0 P\u00e9kin, il est dix-sept heures de la veille \u00e0 Alger. Les premiers jours sont marqu\u00e9s par de terribles insomnies la nuit et une folle envie de dormir le jour.<br \/>Ce voyage vers Shanghai arrive n\u00e9anmoins au moment o\u00f9 ces nouveaux horaires sont d\u00e9sormais bien assimil\u00e9s. Nos t\u00eates pr\u00e9sentent d\u00e9sormais leur aspect habituel.<br \/>Et c\u2019est parti pour une autre \u00e9quip\u00e9e, \u00e0 travers des paysages nouveaux. Contrairement \u00e0 la Chine occidentale, pays de puissantes cha\u00eenes montagneuses (Tibet) et de d\u00e9serts, le parcours que nous allons emprunter passe par des altitudes raisonnables et des plaines verdoyantes travers\u00e9es d\u2019immenses fleuves que le train mettra plusieurs minutes \u00e0 enjamber, \u00e0 travers des ponts m\u00e9talliques gigantesques.<br \/>Le voyage, qui durera trois jours, s\u2019annonce bien : les conditions atmosph\u00e9riques sont excellentes \u2014 nous sommes au printemps \u2014 et les compartiments sont confortables. Chang, la trentaine d\u00e9pass\u00e9e, \u00e9l\u00e9gant dans son apparence physique, montre au lointain une montagne qui vient brusquement rompre la monotonie d\u2019un paysage compos\u00e9 de milliers de petites rizi\u00e8res. Il parle d\u2019un fait historique, d\u2019un \u00e9v\u00e9nement \u2013 parmi tant d\u2019autres \u2014 qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire mouvement\u00e9e de ces contr\u00e9es. Chang, qui effectue une mission au service du minist\u00e8re o\u00f9 il travaille depuis quelques ann\u00e9es, n\u2019a pas cess\u00e9 de manifester sa joie de partir \u00e0 Shanghai.\u00a0<br \/>Il nous avait accompagn\u00e9s pourtant dans d\u2019autres voyages vers des villes du Nord et de l\u2019Est, mais, \u00e0 aucun moment, je n\u2019ai remarqu\u00e9 chez lui tant d\u2019enthousiasme. Il est aux anges, comme on dit : il est l\u00e0 pour r\u00e9pondre \u00e0 toutes vos questions, vous aider \u00e0 discuter avec un Chinois ou une Chinoise, jouant le r\u00f4le d\u2019un interpr\u00e8te incomparable. Il peut aussi vous pr\u00e9senter les villes travers\u00e9es, ou, tout simplement vous guider dans le choix d\u2019un menu et vous \u00e9viter par l\u00e0 quelques mauvaises surprises !\u00a0\u00a0<br \/>Au wagon-restaurant, Chang sera donc d\u2019un apport tr\u00e8s utile. Parmi les dizaines de plats propos\u00e9s et qui ont des noms tr\u00e8s compliqu\u00e9s, certains sont \u00abinconsommables\u00bb pour des personnes habitu\u00e9es \u00e0 la cuisine alg\u00e9rienne ou occidentale ; d\u2019autres, par contre, sont succulents. Ainsi, nous \u00e9viterons de justesse plusieurs pi\u00e8ges, tel ce beau poisson nageant dans une sauce\u2026 sucr\u00e9e et qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019un\u2026 serpent ! En Chine, il arrive souvent que les menus commencent par des sucreries du genre Rahat Loukoum pour se terminer par un bon bouillon ! C\u2019est autant dire que la pr\u00e9sence de Chang est tr\u00e8s utile dans ces moments-l\u00e0.<br \/>De retour \u00e0 notre wagon, Chang nous invite \u00e0 reprendre \u2013 pour la \u00e9ni\u00e8me fois \u2014 une tasse de th\u00e9. Cela fait plusieurs jours d\u00e9j\u00e0 que je voulais me renseigner sur cette habitude qu\u2019ont les Chinois de consommer des dizaines de tasses de th\u00e9 par jour. Au bureau, chez lui, en voyage, le Chinois a toujours sa bouteille thermos \u00e0 port\u00e9e de main. Chang\u00a0 \u00e9claire notre lanterne : \u00ab C\u2019est un peu comme si l\u2019on buvait de l\u2019eau. Nous ne sommes pas de grands amateurs d\u2019eau fra\u00eeche. Donc, pour se maintenir en forme, nous prenons du th\u00e9 sans sucre et avec beaucoup d\u2019eau bouillante. Le voil\u00e0 le secret de ces bouteilles de thermos qui vous intrigue tant\u2026\u00bb Effectivement, il m\u2019est arriv\u00e9, dans un village tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, en Chine \u2014 Tatchai \u2014 de demander \u00e0 un enfant de m\u2019apporter un peu d\u2019eau \u00e0 boire. Il m\u2019apporta un bol d\u2019eau\u2026 chaude !<br \/>C\u2019est autour de cette tasse de th\u00e9 que Chang va enfin me parler de lui et m\u2019expliquer les raisons de cette joie qu\u2019il ne cesse d\u2019\u00e9taler au grand jour depuis notre d\u00e9part. Chang est fianc\u00e9 \u00e0 une jeune fille qui habite Shanghai et qu\u2019il n\u2019a pas vue depuis deux ann\u00e9es. Ce voyage lui offre l\u2019occasion de la revoir et de passer quelques jours avec elle. C\u2019\u00e9tait donc \u00e7a ! Sacr\u00e9 Chang !\u00a0 Plus tard, en pleine nuit, Chang me montrera la photo de la fianc\u00e9e et la vision de sa bien-aim\u00e9e lui donnera des ailes. Il d\u00e9clamera un long po\u00e8me en chinois qu\u2019il essayera, par la suite, de traduire. Il est question de soleil couchant, de parcs fleuris et de bonheur\u2026 Dehors, la pleine lune \u00e9claire les champs de riz inond\u00e9s d\u2019eau.<br \/>Le reste du voyage se d\u00e9roule dans la m\u00eame ambiance: va-et-vient entre le wagon-restaurant et le compartiment ; paysages et cartes postales, ivresses et Chang qui compte les heures et les minutes et cette musique rythm\u00e9e qui semble r\u00e9gler la marche du train. Tseu-Po, Siu-Tch\u00e9ou\u2026 Puis, Nankin, jadis capitale prestigieuse de la Chine, \u00e9tale, de part et d\u2019autre d\u2019un fleuve impressionnant, ses quartiers barbouill\u00e9s du rouge des toits et du vert d\u2019une luxuriante v\u00e9g\u00e9tation.<br \/>\u00c0 l\u2019approche de Shanghai, les plaines fertiles et admirablement travaill\u00e9es, s\u2019\u00e9tendent \u00e0 l\u2019infini, succession de formes g\u00e9om\u00e9triques parfaites qui semblent avoir \u00e9t\u00e9 trac\u00e9es au centim\u00e8tre pr\u00e8s. Cette r\u00e9gion est parmi les zones les plus fertiles de Chine : les rendements y battent tous les records. L\u2019industrie aussi y est tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e. Toute la banlieue que nous traversons maintenant est h\u00e9riss\u00e9e de grandes chemin\u00e9es qui attestent de la pr\u00e9sence d\u2019usines m\u00e9tallurgiques et chimiques. Le train vient de s\u2019arr\u00eater \u00e0 la gare de Shanghai\u2026\u00a0<br \/>Une ville de style moderne avec ses gratte-ciel, ses vitrines all\u00e9chantes, ses cin\u00e9mas, ses th\u00e9\u00e2tres et son fameux cirque. Ici, on est loin des m\u0153urs \u00abpaysannes\u00bb de P\u00e9kin. Les jeunes sont plus \u00abd\u00e9contract\u00e9s\u00bb et bien qu\u2019ils portent tous le fameux \u00abbleu\u00bb au col Mao, ils paraissent plus ouverts aux influences de l\u2019Occident. Tr\u00e8s grand port, Shanghai est aussi la ville o\u00f9 l\u2019on rencontre le plus d\u2019\u00e9trangers.<br \/>Chang est parti comme un bolide \u00e0 la recherche de sa fianc\u00e9e. Il la retrouvera quelque part dans l\u2019un de ces nombreux parcs d\u00e9cor\u00e9s avec un raffinement minutieux et o\u00f9 les cygnes blancs ont, depuis la nuit des temps, accompagn\u00e9 les amoureux dans leurs balades. Il fait nuit. Les dix millions d\u2019\u00eatres qui habitent cette gigantesque cit\u00e9 sommeillent profond\u00e9ment. Quelque part dans cette m\u00e9gapole, deux \u00eatres b\u00e2tissent des r\u00eaves insens\u00e9s. Il faut tout se dire tr\u00e8s vite car Chang repartira bient\u00f4t avec nous pour P\u00e9kin.<br \/><strong><em>M. F.<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"c4\"><em>P. S. : nonne ann\u00e9e ? Je crois qu\u2019il faut relativiser m\u00eame nos v\u0153ux. Juste une ann\u00e9e sans nouvelle catastrophe. Le virus ne tue pas plus que la grippe ordinaire. Ce qui tue, c\u2019est la r\u00e9gression \u00e9conomique, le stress collectif et l\u2019inaction. Il faut simplement apprendre \u00e0 vivre avec un Covid suspendu au-dessus de nos t\u00eates. Il faut penser \u00e0 tous ces chauffeurs de car, \u00e0 ces taxis, coiffeurs, cafetiers, restaurateurs et tant et tant de personnes qu\u2019on tue \u00e0 petit feu et qui attendent de 2021 qu\u2019elle les sauve. Pas plus !<\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/les-choses-de-la-vie\/mon-voyage-en-chine-3-53885\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>P\u00e9kin. Mai 1975\u2026Mai a fleuri partout en Chine. Des hauteurs du Tibet jusqu\u2019au golfe du Pou Hai, la nature est en f\u00eate. 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