{"id":109102,"date":"2021-01-11T13:18:04","date_gmt":"2021-01-11T18:18:04","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/senegal-keur-massar-terre-gorgee\/"},"modified":"2021-01-11T13:18:04","modified_gmt":"2021-01-11T18:18:04","slug":"senegal-keur-massar-terre-gorgee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/senegal-keur-massar-terre-gorgee\/","title":{"rendered":"S\u00e9n\u00e9gal : Keur Massar, terre gorg\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>Quatre mois apr\u00e8s la d\u00e9ferlante des eaux pluviales dans cette populeuse commune de la banlieue de Dakar, les stigmates sont encore perceptibles \u00e7\u00e0 et l\u00e0. Plong\u00e9e au c\u0153ur de l\u2019\u00e9picentre des inondations.Keur Massar. Quartier El Hadj Path\u00e9. Roger Mbaye, la cinquantaine d\u00e9pass\u00e9e, regagne sans mal sa demeure le soir. Durant le dernier \u00e9t\u00e9 pluvieux, cette routine correspondait \u00e0 un chemin de croix pour ce catholique. \u00ab Le d\u00e9placement \u00e9tait un casse-t\u00eate. Le danger r\u00e9el. Dans les rues, on pouvait perdre pied et se noyer. On ne sortait que pour les courses essentielles \u00bb, se souvient-il.<\/p>\n<p>En d\u00e9but septembre 2020, il a plu des cordes un peu partout au S\u00e9n\u00e9gal. Particuli\u00e8rement \u00e0 Keur Massar. \u00ab Vers 8 heures, le niveau de l\u2019eau a commenc\u00e9 \u00e0 monter. On a alors install\u00e9 des barrages. Mais nos intenses efforts n\u2019ont pas port\u00e9 leurs fruits. J\u2019ai donc rassembl\u00e9 mes affaires. Je n\u2019ai pu transporter un lit, une armoire, des matelas et des ustensiles.<br \/>A 13 heures, ma maison \u00e9tait envahie. A la tomb\u00e9e de la nuit, c\u2019\u00e9tait le chaos\u00a0\u00bb, narre Cheikh Faye, habitant du quartier Sogui B\u00e2.<\/p>\n<p>Dans un instinct de survie, cet enseignant r\u00e9sidant \u00e0 Keur Massar depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es plie bagage et laisse derri\u00e8re lui un capharna\u00fcm : \u00ab Le niveau de l\u2019eau oscillait entre 1m10 et 1m20. C\u2019\u00e9tait la panique g\u00e9n\u00e9rale. On n\u2019avait jamais v\u00e9cu pareille situation. Un sauve-qui-peut ! Ceux qui sont rest\u00e9s ce jour-l\u00e0 ont fr\u00f4l\u00e9 le pire durant la nuit parce que la pluie avait redoubl\u00e9 d\u2019intensit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>P\u00e8re de six enfants, M. Faye a organis\u00e9 en urgence le retrait de sa famille. \u00ab J\u2019ai conduit certains d\u2019entre eux \u00e0 la maison familiale. Pour les autres, j\u2019ai trouv\u00e9 des lieux d\u2019accueil temporaires. Mais j\u2019ai dormi trois jours suppl\u00e9mentaires dans une chambre qu\u2019on m\u2019avait pr\u00eat\u00e9e<br \/>dans le quartier\u00a0\u00bb, d\u00e9taille-t-il.<\/p>\n<p>Amadou Diallo, teint clair, y tient un commerce. Sa boutique n\u2019a pas r\u00e9sist\u00e9 aux flots. \u00ab Toutes les marchandises au sol ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites. J\u2019ai perdu des frigidaires. Les d\u00e9g\u00e2ts<br \/>sont estim\u00e9s \u00e0 200.000 F CFA (300 euros) au moins\u00a0\u00bb, se d\u00e9sole-t-il.<\/p>\n<p>La mosqu\u00e9e du coin, qui fait \u00e9galement office d\u2019internat pour des enfants en apprentissage du Coran, a \u00e9t\u00e9 submerg\u00e9e. \u00ab Tout le monde \u00e9tait sorti. Nous avons essay\u00e9 de sauver ce qui pouvait l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb, souligne l\u2019imam Serigne Abdou Karim Niang.<\/p>\n<p>A proximit\u00e9, Mohamed Timara tire de toutes ses forces une barque artisanale sur laquelle sont rang\u00e9s des bidons d\u2019eau. \u00ab C\u2019est pour ma grand-m\u00e8re qui se trouve dans un immeuble o\u00f9 il n\u2019y a plus d\u2019eau. Elle ne sort plus \u00e0 cause des inondations. Il arrive que je fasse cette op\u00e9ration deux fois par jour \u00bb, explique l\u2019adolescent d\u00e9goulinant de sueur.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, trois femmes, gilets bien ajust\u00e9s, embarquent dans un zodiac stationn\u00e9 devant le poste de commandement avanc\u00e9 des sapeurs-pompiers afin de rejoindre leurs foyers. Le bateau pneumatique \u00e0 moteur navigue lentement dans des eaux verd\u00e2tres d\u2019une hauteur de 83 centim\u00e8tres.<\/p>\n<p>A lire aussi: S\u00e9n\u00e9gal : les inondations au c\u0153ur des politiques publiques<\/p>\n<p>Pour les moins chanceux, le syst\u00e8me D s\u2019imposait. \u00ab Il y avait un business de la travers\u00e9e des eaux.<br \/>Le trajet \u00e9tait factur\u00e9 \u00e0 1000 F CFA au d\u00e9but et \u00e0 la fin le prix est tomb\u00e9 \u00e0 500 F CFA\u00bb,\u00a0informe Roger Mbaye.<\/p>\n<p>Ciel d\u00e9cha\u00een\u00e9<\/p>\n<p>Selon l\u2019Agence nationale de l\u2019aviation civile et de la m\u00e9t\u00e9orologie (Anacim), du 4 au 6 septembre, une vingtaine de localit\u00e9s du pays ont enregistr\u00e9 une pluviom\u00e9trie sup\u00e9rieure ou \u00e9gale \u00e0 150 millim\u00e8tres. Ces fortes pr\u00e9cipitations ont caus\u00e9 sept d\u00e9c\u00e8s et pouss\u00e9 le gouvernement \u00e0 activer dare-dare le plan Orsec (Organisation des secours).<\/p>\n<p>Originaire de Boundou, dans le S\u00e9n\u00e9gal oriental, Mamadou B\u00e2 (63 ans) est l\u2019un des tout premiers sinistr\u00e9s \u00e0 s\u2019\u00e9tablir au site de recasement situ\u00e9 \u00e0 quelques encablures du Centre de sant\u00e9 de Keur Massar.<\/p>\n<p>V\u00eatu d\u2019un kaftan bleu assorti d\u2019un bonnet blanc, le patriarche assis sur une natte dress\u00e9e sous un parasol de fortune \u00e9gr\u00e8ne un chapelet. \u00ab Je vis dans une tente avec ma femme, mes enfants et mes petits-enfants. On ne se plaint pas mais j\u2019avais peur \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019y loger.<br \/>Car j\u2019avais des \u00e9chos peu rassurants sur ce type d\u2019endroit. Heureusement, il n\u2019y a pas de probl\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 ou d\u2019alimentation. On nous donne gratuitement le petit-d\u00e9jeuner, le d\u00e9jeuner et le d\u00eener \u00bb, se console-t-il.<\/p>\n<p>Ce jour-l\u00e0, de jeunes hommes d\u00e9chargent d\u2019un camion des bidons d\u2019huile. Sur place, l\u2019aide s\u2019organise avec les interventions de la mairie et de la Croix Rouge. M\u00eame un expatri\u00e9 s\u2019associe \u00e0 l\u2019\u00e9lan de solidarit\u00e9. International s\u00e9n\u00e9galais de basketball dans les ann\u00e9es 90, Boubacar Richard Aw est maintenant un entra\u00eeneur aux Etats-Unis. \u00ab Son don est compos\u00e9 de riz, de tomate, d\u2019huile, de caf\u00e9, de chocolat, de p\u00e2te, de lait, de sucre\u2026<br \/>Il a senti la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019aider les sinistr\u00e9s. Il n\u2019oublie pas d\u2019o\u00f9 il vient\u00a0\u00bb, rapporte Mback\u00e9 Seck, son \u00e9missaire.<\/p>\n<p>Tout comme le vieux B\u00e2, Fatou Dioum vient du quartier Mamadou Mbengue. Cette dame \u00e9lanc\u00e9e occupe la tente 3 du camp de relogement : \u00ab J\u2019\u00e9tais entour\u00e9e par l\u2019eau. Pour prier, j\u2019\u00e9tais oblig\u00e9e d\u2019aller dans la rue. Le paiement d\u2019un loyer n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 ma port\u00e9e. Et m\u00eame si on m\u2019avait pr\u00eat\u00e9 une chambre cela ne m\u2019arrangerait pas<br \/>parce que je suis en compagnie de mes enfants et petits-enfants\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A lire aussi: L\u2019Afrique dans l\u2019engrenage des inondations<\/p>\n<p>Avec le soleil de plomb, les adultes se retranchent dans la trentaine d\u2019abris am\u00e9nag\u00e9s sur un vaste espace. Des gar\u00e7ons jouent aux billes. Tandis que des filles, seaux et bassines en main, se regroupent autour d\u2019une citerne d\u2019eau.<\/p>\n<p>T\u00e2che ardue<\/p>\n<p>Macky Sall s\u2019est rendu le 17 septembre dans la zone pour cerner l\u2019ampleur du mal, apporter r\u00e9confort \u00e0 la population et annoncer l\u2019\u00e9rection de Keur Massar en d\u00e9partement.<\/p>\n<p>Auparavant, le chef de l\u2019Etat a d\u00e9gag\u00e9 un budget d\u2019urgence de 10 milliards F CFA : sept milliards pour l\u2019accompagnement des sapeurs-pompiers et de l\u2019Office national de l\u2019assainissement du S\u00e9n\u00e9gal (Onas) et 3 milliards en appui direct aux sinistr\u00e9s sur la base des rapports des autorit\u00e9s locales. \u00ab J\u2019ai plusieurs fois \u00e9t\u00e9 contact\u00e9. On m\u2019a identifi\u00e9 mais je n\u2019ai rien re\u00e7u<br \/>jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent \u00bb, pr\u00e9cise Roger Mbaye. M\u00eame son de cloche du c\u00f4t\u00e9 de Cheikh Faye.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a re\u00e7u des mains de Moustapha Niasse, pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, le Rapport g\u00e9n\u00e9ral (344 pages) de la Mission d\u2019informations parlementaire sur les inondations.<\/p>\n<p>Ce document contient notamment des recommandations pour consolider le Programme d\u00e9cennal de lutte contre les inondations (2012-2022). Son taux d\u2019ex\u00e9cution financi\u00e8re est \u00e0 ce jour de 66,7 %. Soit 506 milliards F CFA d\u00e9pens\u00e9s sur 766 pr\u00e9vus.<\/p>\n<p>\u00ab Nous voulons que l\u2019Etat construise des canalisations ad\u00e9quates. Il faut des solutions durables pour que cette situation ne se reproduise plus \u00bb, pr\u00e9conise Mamadou B\u00e2.<\/p>\n<p>Auteur: APA News<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.journalducameroun.com\/senegal-keur-massar-terre-gorgee\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quatre mois apr\u00e8s la d\u00e9ferlante des eaux pluviales dans cette populeuse commune de la banlieue de Dakar, les stigmates sont encore perceptibles \u00e7\u00e0 et l\u00e0. Plong\u00e9e au c\u0153ur de l\u2019\u00e9picentre des inondations.Keur Massar. Quartier El Hadj Path\u00e9. Roger Mbaye, la cinquantaine d\u00e9pass\u00e9e, regagne sans mal sa demeure le soir. 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