{"id":109880,"date":"2021-01-24T07:09:08","date_gmt":"2021-01-24T12:09:08","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/moi-et-mon-cancer\/"},"modified":"2021-01-24T07:09:08","modified_gmt":"2021-01-24T12:09:08","slug":"moi-et-mon-cancer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/moi-et-mon-cancer\/","title":{"rendered":"Moi et mon cancer\u2026"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1 c5\"><span class=\"c4\"><span class=\"c3\"><span class=\"s1 c2\"><strong>Le Temps &#8211; Slaheddine BEN M\u2019BAREK<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"p2 c6\"><span class=\"c4\"><span class=\"c3\">Rafika est une femme qui d\u00e9gage une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et une douceur infinie. Son regard profond est empreint d\u2019un \u00e9trange bonheur, celui d\u2019une femme exceptionnelle qui a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e de plein fouet par le destin. Victime d\u2019un cancer du sein, elle s\u2019est familiaris\u00e9e avec la notion de la mort pour en faire un partenaire intime, une seconde peau avec laquelle elle doit vivre, le temps d\u2019une trag\u00e9die. Rafika nous raconte son dur combat contre, non seulement sa maladie, mais aussi contre un d\u00e9ferlement de tristes \u00e9v\u00e9nements survenus dans sa vie. Elle \u00e9voque avec franchise toutes les \u00e9tapes de sa souffrance, son courage et sa victoire contre un destin qui ne lui a pas souvent souri. Voici son histoire.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"p1 c7\"><span class=\"c4\"><span class=\"c3\">\u00ab Une grande famille unie, des enfants dont on peut \u00eatre fier, un mari attentionn\u00e9\u2026la vie poursuivait son cours sans heurts ni tintamarre. J\u2019\u00e9tais \u00e9duqu\u00e9e dans le \u00ab pacage \u00bb de la modestie, le naturel et la d\u00e9cence. Elev\u00e9e dans la chaleur d\u2019une famille traditionnelle, nourrie du m\u00eame sang de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et de l\u2019altruisme, je traversais mon \u00e9poque sans grands probl\u00e8mes, m\u00eame si parfois elle \u00e9tait trouble, sans que rien n\u2019e\u00fbt alt\u00e9r\u00e9 les vertus l\u00e9gu\u00e9es par mes parents. Je transmettais de mon c\u00f4t\u00e9 ces m\u00eames valeurs \u00e0 mes enfants. Ils connaissaient leurs devoirs, ceux des autres, la bont\u00e9, la piti\u00e9 et l\u2019indulgence. Il y avait de quoi en \u00eatre fier. J\u2019\u00e9tais comme pr\u00e9munie contre le mal et pressentie pour un bonheur qui ne pouvait me faire d\u00e9faut. Mais il ne faudrait jamais compter sans notre destin. L\u2019ann\u00e9e 2018 arriva comme un ouragan et emporta tous mes espoirs. A vrai dire, je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 un sc\u00e9nario catastrophique. J\u2019\u00e9tais une femme qui n\u2019avait jamais connu le malheur. Mes cellules de mon corps respiraient l\u2019enchantement et le bien\u00eatre. Si bien que, lorsque la temp\u00eate e\u00fbt frapp\u00e9 mon \u00eele paradisiaque, je fus tout simplement an\u00e9antie. Je ne croyais pas que j\u2019\u00e9tais \u00e0 ce point fragile et vuln\u00e9rable. Pour moi, la mort, les accidents, la maladie et les souffrances ne faisaient pas partie de mon petit univers calme et serein. Je pensais que cela n&rsquo;arrivait qu&rsquo;aux autres\u2026 L\u2019annonce du d\u00e9c\u00e8s de mon fr\u00e8re, arrach\u00e9 \u00e0 la fleur de l\u2019\u00e2ge m\u2019assomma litt\u00e9ralement. Emport\u00e9 par une crise cardiaque il laissa un vide dans toute la maison. J\u2019eus le sentiment d\u2019une injustice profonde. Je trouvais absurde que la mort l\u2019ait saisie en pleine jeunesse. Toute une vie s\u2019\u00e9croula en une seconde sans m\u00eame nous pr\u00e9parer \u00e0 cette s\u00e9paration \u00f4 combien dramatique. Nous n\u2019avions m\u00eame pas fait le deuil de mon fr\u00e8re que la faucheuse frappa de nouveau douloureusement au sein de ma propre famille. Il est vrai que je ne m\u2019\u00e9tais jamais interrog\u00e9e qui sera le prochain sur la liste ? Mais apparemment quand le destin frappe il ne fait aucune distinction entre les humains encore moins entre l\u2019absurde et l\u2019incompr\u00e9hensible. Suivirent, quelques mois plus tard, dans le cort\u00e8ge de la mort, ma s\u0153ur encore jeune fille, ma belle-s\u0153ur \u00e2g\u00e9e de 37 ans, laissant derri\u00e8re elle cinq enfants. Je suppliais le ciel d\u2019arr\u00eater ce d\u00e9versement macabre et d\u2019\u00e9pargner ma famille de tout mal. Mais le sort semblait s\u2019acharner contre les \u00eatres que j\u2019aimais. Un matin, l\u2019annonce d\u2019un accident de voiture o\u00f9 se trouvait mon dernier fr\u00e8re m\u2019avait boulevers\u00e9e. Il aurait pu mourir. Il s\u2019en \u00e9tait sorti miraculeusement. Nous fumes d\u00e9vast\u00e9s mais vite rassur\u00e9s et heureux comme si nous avions enfin remport\u00e9 une victoire sur la mort. Mais les tristes \u00e9v\u00e9nements avaient \u00e9rod\u00e9 l\u2019affectivit\u00e9 de ma m\u00e8re qui n\u2019arrivait plus \u00e0 supporter les coups de boutoirs d\u2019un sort funeste, car la logique des choses veut qu\u2019une maman doit toujours partir avant les enfants, ob\u00e9issant ainsi \u00e0 un ordre chronologique du temps et des g\u00e9n\u00e9rations\u2026 C&rsquo;est ainsi que ma m\u00e8re disparut \u00e0 son tour emportant avec elle toutes ses souffrances et toutes ses douleurs. Sa vie fut une succession de dures \u00e9preuves qu\u2019elle ne put malheureusement surmonter. Elle \u00e9tait partie les yeux ferm\u00e9s sur ses larmes, contente peut-\u00eatre de rencontrer quelque part dans d\u2019autres cieux les enfants qu\u2019elle avait aim\u00e9s de tout son c\u0153ur.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span> Je pris alors la rel\u00e8ve et faisait de mon mieux pour prot\u00e9ger mon p\u00e8re d\u00e9s\u0153uvr\u00e9 qui ne comprenait pas cette course effr\u00e9n\u00e9e que la mort avait impos\u00e9e aux \u00eatres les plus chers de sa famille.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"p1 c7\"><span class=\"c4\"><span class=\"c3\">Le temps avan\u00e7ait tr\u00e8s vite, bousculant sur son chemin les choses de la vie. J\u2019essayais d\u2019oublier sans oublier les tristes moments que j\u2019avais v\u00e9cus. Mais j\u2019avais l\u2019\u00e9trange pressentiment que la tr\u00eave ne sera que de courte dur\u00e9e. Et j\u2019eus raison lorsqu\u2019un jour, je d\u00e9couvris par hasard une boule compacte dans mon sein. Je ne voulais pas tirer imm\u00e9diatement les cons\u00e9quences avant de me faire une mammographie. Quand je l\u2019eus faite, le m\u00e9decin m\u2019envoya d\u2019urgence au laboratoire pour les analyses appropri\u00e9es. Le verdict m\u00e9dical tomba comme une massue. Une angoisse profonde avait envahi tout mon \u00eatre. Le spectre de la mort s\u2019imposa dans mon esprit comme une v\u00e9rit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire. J&rsquo;\u00e9tais totalement consciente des risques : une chance sur quatre d&rsquo;y rester ou d&rsquo;en sortir. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas la mort qui m&rsquo;angoissait, c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t de laisser derri\u00e8re moi mon p\u00e8re et tous ceux qui m\u2019\u00e9taient chers. D\u00e9sormais il faudrait exister avec ma maladie, int\u00e9grer cette r\u00e9alit\u00e9 jour apr\u00e8s jour et construire ma vie avec cette donne. De l&rsquo;annonce du diagnostic, \u00e0 l\u2019op\u00e9ration, aux rituels de la chimio, mon univers devenait l&rsquo;h\u00f4pital o\u00f9 je parcourais ses couloirs aseptis\u00e9s aux odeurs de l\u2019\u00e9ther. Je rencontrais les malades, des jeunes femmes et m\u00eame des jeunes filles aux visages sombres. Quand nous nous regardions il y avait dans nos yeux cette immense douleur solidaire qui nous liait les unes aux autres et cette angoisse d\u00e9lirante, invincible contre laquelle nous combattions pour ne pas sombrer dans le d\u00e9sespoir. Le brin de sourire que nous partagions \u00e0 cet instant me parut comme l\u2019illustration d\u2019une volont\u00e9 incommensurable de ne pas capituler devant la maladie. J\u2019engageais alors une lutte sans merci contre le mal. Je pensais et j\u2019agissais comme si le temps n&rsquo;avait plus de prise sur moi. La mort ? Elle existait avant moi. Aujourd\u2019hui elle est en moi comme un greffon qui pourrait \u00eatre rejet\u00e9 comme un intrus.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"p1 c7\"><span class=\"c4\"><span class=\"c3\">Je ne changeais rien \u00e0 ma vie. Je redoublais d\u2019effort pour pi\u00e9ger ma maladie et prouver peut \u00eatre \u00e0 moi m\u00eame que j\u2019\u00e9tais plus forte. Je croyais obstin\u00e9ment en l&rsquo;avenir. C&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 important d&rsquo;\u00eatre vivant. L&rsquo;essentiel, quand on vit un cancer, est de vivre avec quelqu&rsquo;un qui vous comprend et qui vous soutient dans les pires moments de votre existence. J\u2019avais la chance d\u2019avoir \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s mon \u00e9poux toujours prompt quand il s\u2019agit d\u2019\u00e9pancher mes craintes et mes inqui\u00e9tudes.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"p1 c7\"><span class=\"c4\"><span class=\"c3\">Je faisais tout pour vivre ma f\u00e9minit\u00e9 en pleine maladie, et jamais je n&rsquo;avais eu autant envie de vivre! Je prenais de plus en plus soin de mon apparence, je refusais qu&rsquo;on me voie diminu\u00e9e, moi qui \u00e9tais toujours si coquette. Prendre soin de mon apparence faisait d&rsquo;ailleurs partie de ma th\u00e9rapie. Une femme qui passe par la chirurgie, la perte de cheveux, de cils et sourcils, ne peut pas s\u2019accepter facilement. Que c\u2019est triste de d\u00e9couvrir chaque matin la peau qui ternit, le visage bouffi par l\u2019effet chimio ! Je d\u00e9cidais de revendiquer le droit \u00e0 la beaut\u00e9, le droit de retrouver confiance en moi&#8230; Quand je me regardais dans mon miroir, il me refl\u00e9tait l&rsquo;image que je voulais, belle, attirante et s\u00e9duisante. Je ne supportais pas qu\u2019on me prenne en flagrant d\u00e9lit de maladie, encore moins, qu\u00e9mandais la piti\u00e9 et la compassion des autres. Je voulais oublier tout, les doutes, les angoisses, la sid\u00e9ration, la m\u00e9tamorphose d&rsquo;un corps qui souffre. Je voulais ne plus perdre du temps, vivre comme si aujourd\u2019hui serait le dernier jour de ma vie et que la mort n\u2019y changera rien. C&rsquo;est ce qui m\u2019avait permis de passer le cap difficile de ma maladie, de sortir de mon impuissance et prendre le chemin de la gu\u00e9rison. Je voudrais par votre entremise m\u2019adresser aux femmes atteintes par ce mal et leur dire que si le cancer du sein est responsable de milliers de d\u00e9c\u00e8s en Tunisie, il n&rsquo;en reste pas moins qu&rsquo;on peut en gu\u00e9rir. Le seul t\u00e9moignage que je pourrais apporter en tant que femme qui a v\u00e9cu cette dure \u00e9preuve, est un t\u00e9moignage positif qui prouve que c\u2019est possible d\u2019appr\u00e9hender la maladie, de ne pas mettre des limites \u00e0 vos espoirs, de revenir \u00e0 l\u2019essentiel et d\u2019apprendre aux autres \u00e0 ne pas avoir peur.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"p1 c7\"><span class=\"c4\"><span class=\"c3\">Pour moi c\u2019est le commencement d&rsquo;une nouvelle vie. S&rsquo;il y a des moments o\u00f9 la vie vous terrasse, il y en a d&rsquo;autres qui vous enveloppent dans un tourbillon d&rsquo;esp\u00e9rance et l&rsquo;on se dit alors que tout est possible. Je dis \u00e0 toutes celles qui souffrent de ne jamais baisser les bras, se battre c&rsquo;est continuer \u00e0 vivre et c&rsquo;est \u00e0 travers ce combat que j&rsquo;ai moi-m\u00eame d\u00e9couvert le vrais sens de la vie \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"p2 c6\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p2 c8\"><span class=\"c4\"><span class=\"c3\"><strong>S.B.M.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Auteur: letemps1<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.letemps.com.tn\/article\/119010\/moi-et-mon-cancer%E2%80%A6\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Temps &#8211; Slaheddine BEN M\u2019BAREK Rafika est une femme qui d\u00e9gage une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et une douceur infinie. Son regard profond est empreint d\u2019un \u00e9trange bonheur, celui d\u2019une femme exceptionnelle qui a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e de plein fouet par le destin. 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