{"id":110459,"date":"2021-02-02T03:55:00","date_gmt":"2021-02-02T08:55:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/monji-ben-raies-ou-est-letat-tunisien\/"},"modified":"2021-02-02T03:55:00","modified_gmt":"2021-02-02T08:55:00","slug":"monji-ben-raies-ou-est-letat-tunisien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/monji-ben-raies-ou-est-letat-tunisien\/","title":{"rendered":"Monji Ben Raies: O\u00f9 est l\u2019Etat tunisien ?"},"content":{"rendered":"<p>Un Etat \u00e9choue pour des raisons diverses ; ext\u00e9rieures par exemple, son exploitation par un syst\u00e8me international domin\u00e9 par des puissances pr\u00e9datrices ; responsabilit\u00e9s occidentales dans l\u2019\u00e9chec \u00e9conomique de mod\u00e8les \u00e9tatiques mondialis\u00e9s ; ou bien son dysfonctionnement provient d\u2019une transposition forc\u00e9e de techniques de gouvernance occidentales mal adapt\u00e9es ; ou encore pour des raisons internes comme la corruption et\/ou la mauvaise gestion ? En Tunisie, aujourd\u2019hui, il n&rsquo;y a plus d&rsquo;\u00c9tat, et ce qui en tient lieu ne dispose m\u00eame pas des apparences du pouvoir. La d\u00e9faillance de l\u2019Etat est une notion prot\u00e9iforme.<\/p>\n<p>Elle peut prendre des apparences et des proportions variables et recouvrir plusieurs r\u00e9alit\u00e9s diff\u00e9rentes, toutes dommageables. Il ne faut pas que la Tunisie rejoigne cette cat\u00e9gorie d\u2019\u00c9tats qui ont r\u00e9ussi \u00e0 exister un temps, mais qui n\u2019ont jamais r\u00e9ellement pu s\u2019imposer pour perdurer et se sont effondr\u00e9s, sans qu\u2019aucun traitement politique ne parvienne ensuite \u00e0 les remplacer. En effet l\u2019absence d\u2019autorit\u00e9 centrale est un mal qui suscite une vacuit\u00e9 sombre, un vide, tr\u00e8s vite combl\u00e9s par des acteurs concurrents, sans intelligence, et g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 fort potentiel d\u00e9stabilisant. Notons que, depuis son ind\u00e9pendance, l\u2019\u00c9tat tunisien est rest\u00e9 marqu\u00e9 par cette dualit\u00e9 fonctionnelle, \u00e0 le fois confessionnelle et s\u00e9culi\u00e8re, qui embarrassait autant les R\u00e9gents que les Pr\u00e9sidents. Dans cette perspective, la pr\u00e9occupation gouvernante a toujours \u00e9t\u00e9 de m\u00e9nager, avec beaucoup de difficult\u00e9, Dieu et le Si\u00e8cle. Des tentatives d\u2019organiser la coexistence de l\u2019Islam et de la la\u00efcit\u00e9, rivaux \u00e9ternels, a vu les logiques de fragmentation sociale l\u2019emporter, et ce, encore de nos jours. Le pays est fractur\u00e9, devenu un terrain d\u2019affrontement o\u00f9 se d\u00e9ploient nombre d\u2019entreprises pseudo-identitaires tendancieuses, certaines tr\u00e8s violentes.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><span class=\"c2\"><strong>Une Tunisie abandonn\u00e9e en p\u00e2ture aux factions multiples<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le paroxysme est atteint \u00e0 partir de 2011, la Tunisie \u00e9tant une entit\u00e9 vuln\u00e9rable, sans \u00c9tat fort, o\u00f9 se r\u00e8glent les comptes de clans, o\u00f9 s\u2019importent les rapports de force. Une Tunisie depuis dix longues ann\u00e9es d\u00e9c\u00e9r\u00e9br\u00e9e et abandonn\u00e9e en p\u00e2ture aux factions multiples, orpheline de la d\u00e9mocratie que l\u2019on a voulu construire dans la douleur ; un Etat aux provinces au demeurant insoumises \u00e0 Tunis, livr\u00e9 aux diff\u00e9rentes forces ext\u00e9rieures et int\u00e9rieures qui tentent de lui imposer une conduite, constituent des exemples parmi tant d\u2019autres de ce qu\u2019il subit. Voil\u00e0 ce qu\u2019il en co\u00fbte d\u2019entretenir la fiction d\u2019un \u00c9tat import\u00e9 que l\u2019on voudrait conforme \u00e0 l\u2019id\u00e9altype occidental w\u00e9b\u00e9rien, sur un terrain, dans une soci\u00e9t\u00e9 qui ne s\u2019y pr\u00eate pas. Le drame intime de cet \u00e9chec \u00e9tatique r\u00e9side sans doute dans cette double fiction \u00e0 la fois juridique et politique, d\u2019un fonctionnement institutionnel mondialis\u00e9 et de la souverainet\u00e9 st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e. Th\u00e9oriquement, l\u2019\u00c9tat d\u00e9liquescent reste consid\u00e9r\u00e9 comme le repr\u00e9sentant d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ou pour le moins, le garant d\u2019un territoire, comme l\u2019a pr\u00e9cis\u00e9 le Chef de l\u2019Etat le 25 janvier 2021 au Conseil National de S\u00e9curit\u00e9 ; mais dans les faits, le contr\u00f4le de ces derniers lui \u00e9chappe. La r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir, sur le terrain, passe de mains en mains, parfois avec l\u2019assentiment et dans le soulagement au moins temporaire d\u2019une population lass\u00e9e de l\u2019incomp\u00e9tence, de la corruption, parfois m\u00eame des vexations volontaires qui lui sont inflig\u00e9es, comme ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><span class=\"c2\"><strong>Un syst\u00e8me politique \u00e0 bout de souffle<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La faiblesse de l\u2019\u00c9tat du fait de difficult\u00e9s de gouvernance interne est facteur de conflit. D\u00e8s lors, la non-viabilit\u00e9 d\u2019un espace national, la mal-gouvernance de ce m\u00eame espace, provoque un ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9stabilisation pour sa population, entra\u00eene des mouvances migratoires, des dynamiques de sortie du politique vers la violence, et donc une instabilit\u00e9 plus grande encore. Il peut s\u2019agir d\u2019une d\u00e9stabilisation par le haut, avec une incertitude politique g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la chute ou la fragilisation du r\u00e9gime politique, ce que le pays vit actuellement ; ou d\u2019une d\u00e9stabilisation par le bas, qui prend les traits d\u2019une contagion contestataire au sein de la population, face \u00e0 un syst\u00e8me politique \u00e0 bout de souffle, ce qui est aussi le cas. Les soul\u00e8vements r\u00e9gionaux ont donn\u00e9 \u00e0 voir un ph\u00e9nom\u00e8ne politique central, l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat \u00e0 r\u00e9pondre aux demandes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame en d\u00e9liquescence par manque de r\u00e9f\u00e9rentiel et d\u2019un syst\u00e8me de valeur. Tous les Tunisiens consid\u00e8rent que le gouvernement actuel, tout comme celui remani\u00e9, sont incapables de r\u00e9soudre la crise qu\u2019il a provoqu\u00e9e par incomp\u00e9tence et laisser-aller ; et son chef en est r\u00e9duit \u00e0 agiter encore plus la menace du d\u00e9sordre, dont il est le vrai responsable, pour tenter de se maintenir en place quelques semaines encore.<\/p>\n<p>Pour quel d\u00e9risoire avenir ? Nul ne le sait, pas m\u00eame lui. Face \u00e0 la situation chaotique qui r\u00e8gne en Tunisie, personne n\u2019est pr\u00eat pour diriger efficacement un gouvernement qui succ\u00e9derait \u00e0 celui en place, pas m\u00eame le candidat pl\u00e9biscit\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence de 2019 ! Mais notre pays se trouve face \u00e0 un dilemme, entre l&rsquo;Homme de l&rsquo;anarchie et celui qui ne peut plus \u00e9crire l&rsquo;Histoire, que choisir ? Il est imp\u00e9ratif de refonder la d\u00e9mocratie sur des bases plus solides et d&rsquo;ouvrir \u00e0 la jeunesse d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e cette perspective exaltante qui l\u2019a pouss\u00e9e dans la rue en 2011, l\u2019alliance de la dignit\u00e9 et de la libert\u00e9. C\u2019est de notre imagination, de notre volont\u00e9 et de notre d\u00e9termination, que d\u00e9pend la r\u00e9ponse aux questions pos\u00e9es, \u00e0 Tunis, en 2021 ; et qu&rsquo;ainsi la Tunisie puisse \u00eatre parmi les grandes nations \u00e9mergentes \u00e0 s&rsquo;attaquer aux structures m\u00eames d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 obsol\u00e8te qu&rsquo;elle a subie jusqu&rsquo;ici comme une fatalit\u00e9.<\/p>\n<p>Durant ces ann\u00e9es perdues \u00e0 ne rien entreprendre, notre pays a perdu la confiance de ses pairs. Les autorit\u00e9s tunisiennes qui se sont succ\u00e9d\u00e9es au cours de cette d\u00e9cennie sont responsables de ces revers fortune, \u00e0 cause de la pi\u00e8tre id\u00e9e que la Tunisie donne, de sa politique, notamment diplomatique et de sa justice (Cf. entre-autre l\u2019affaire Baghdadi Mahmoudi, livr\u00e9 de fa\u00e7on criminelle aux autorit\u00e9s r\u00e9volutionnaires libyennes). Elles ont tout fait pour donner du pays une image d\u00e9sastreuse, faisant h\u00e9siter puis reculer toutes les instances nationales et internationales, d\u00e8s qu\u2019il est question de collaborer avec un pays qui part en lambeaux ; un syst\u00e8me soci\u00e9tal en faillite, une industrie \u00e0 l\u2019arr\u00eat, une classe politique des plus insignifiantes, un appareil judiciaire sans ind\u00e9pendance, qui n\u2019arrive pas \u00e0 se d\u00e9faire du contr\u00f4le exerc\u00e9 par les partis politiques ; tout comme les autorit\u00e9s qui g\u00e8rent le pays en dehors des r\u00e8gles et de la logique internationales, sous la pression et le bon vouloir de certains groupes et certaines formations influentes. En ces mati\u00e8res, tous les Couscous inscrits au patrimoine culturel mondial de l\u2019UNESCO n\u2019y changeront rien ! La Tunisie de Ben Ali a cautionn\u00e9 l\u2019illusion de la dur\u00e9e de r\u00e9gimes remparts contre l\u2019islamisme politique et\/ou le terrorisme, alors m\u00eame que leur immobilisme finissait par ronger l\u2019\u00c9tat de l\u2019int\u00e9rieur. Ce sont les tergiversations et l\u2019incapacit\u00e9 plus g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 g\u00e9rer la trag\u00e9die tunisienne qui ont conduit \u00e0 la violence destructrice de sa propre population, sans possibilit\u00e9 aucune d\u2019organiser un face-\u00e0-face m\u00eame volontairement corn\u00e9lien entre l\u2019Etat lui-m\u00eame et les \u00e9l\u00e9ments les plus radicaux de l\u2019opposition en l\u2019occurrence islamiste. Le r\u00e9sultat final apr\u00e8s 12 gouvernements et 467 ministres d\u00e9sign\u00e9s est un \u00c9tat de facto abattu ou r\u00e9duit \u00e0 sa simple survie tragiquement symbolique, d\u00e9stabilis\u00e9, au point de devenir une menace pour lui-m\u00eame et la s\u00e9curit\u00e9 nationale, tant les risques de confrontation directe entre factions de la population y sont forts. Il ne reste qu\u2019un Etat min\u00e9 par ses propres maux, \u00e0 commencer par la corruption des \u00e9lites politiques, faillite \u00e9conomique qui prend des formes mouvantes, des plus classiques aux plus modernes. Les \u00e9meutes, les manifestations, l\u2019effervescence, sont l\u2019ultime r\u00e9ponse du peuple au marasme, \u00e0 la mauvaise gouvernance et \u00e0 la distribution in\u00e9quitable des richesses nationales. Un \u00e9tat de fait qui est aussi, la cons\u00e9quence d\u2019une gestion verticale unilat\u00e9rale, loin de toute concertation, et l\u2019absence de cap et de visibilit\u00e9 \u00e9conomique, de la politique lib\u00e9rale pr\u00f4n\u00e9e par le r\u00e9gime en contradiction avec l\u2019Etat social. L\u2019ordre d\u00e9mocratique tunisien est faible, incapable de s\u2019attaquer aux nombreuses racines politico-socio-\u00e9conomiques de la r\u00e9volution de 2011, comme la pauvret\u00e9 et le ch\u00f4mage \u00e9lev\u00e9 (deux jeunes sur trois) et les grandes disparit\u00e9s de d\u00e9veloppement entre les r\u00e9gions int\u00e9rieures et celles c\u00f4ti\u00e8res. Toutefois, la prolif\u00e9ration des mouvements socio-\u00e9conomiques et la fr\u00e9quence des protestations de masse montrent que la sph\u00e8re publique saisie il y a dix ans continue de s\u2019\u00e9tendre et rend cet ordre r\u00e9sistant mais non-r\u00e9silient.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><span class=\"c2\"><strong>Les limites du changement politique sans perspectives \u00e9conomique et sociale<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les d\u00e9fis actuels de la d\u00e9mocratie tunisienne montrent les limites du changement politique sans perspectives \u00e9conomique et sociale. L\u2019\u00e9conomie du pays et son volet social est toujours domin\u00e9e par les anciens r\u00e9seaux d\u2019\u00e9lites honn\u00eates comme malhonn\u00eates. Les promesses de redistribution des revenus, d\u2019am\u00e9lioration des services publics ou de suppression des obstacles structurels \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019emplois et \u00e0 la croissance pour tous n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 tenues. Certes il n\u2019existe pas de solutions \u00e0 court terme \u00e0 ces probl\u00e8mes structurels. Mais il est quand m\u00eame possible de proc\u00e9der \u00e0 des r\u00e9formes rapides et pertinentes, dans les domaines de la fiscalit\u00e9, du pouvoir d\u2019achat et du soutien de l\u2019\u00c9tat aux grandes entreprises, en rendant les premi\u00e8res plus progressives et \u00e9galitaires, tout en supprimant les anciens privil\u00e8ges des nantis et de la fortune. La d\u00e9cennie qui a d\u00e9fil\u00e9 avec son cort\u00e8ge de tourments, d\u2019\u00e9checs et de d\u00e9confitures a accentu\u00e9 ce sentiment de frustration adoss\u00e9 \u00e0 un temp\u00e9rament g\u00e9n\u00e9ral maussade.<\/p>\n<p>Le parti islamiste Ennahdha, tout comme ceux dits de gauche, confortablement install\u00e9s au pouvoir, ont pr\u00e9cipit\u00e9 en quelques ann\u00e9es la Tunisie dans un statut d\u2019Etat d\u00e9faillant. L\u2019histoire nous enseigne en effet que, d\u00e8s qu\u2019un pouvoir politique opte pour une orientation id\u00e9ologique stricte, pour la conduite des affaires publiques, particuli\u00e8rement associant le domaine religieux, il prononce le d\u00e9clin progressif de l\u2019Etat avec tout ce que cela implique en termes de difficult\u00e9s, politiques, \u00e9conomiques et sociales. Si, en plus, les institutions publiques sont bafou\u00e9es ou instrumentalis\u00e9es par quelques individus ou groupes mafieux qui gravitent autour du pouvoir et que les services publics sont absents, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et la corruption se g\u00e9n\u00e9ralisent et l\u2019arbitraire devient quasiment la norme dans la gestion de la vie publique, pr\u00e9mices d\u2019un Etat d\u00e9faillant. Loin d\u2019assurer \u00e0 la Tunisie le d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social et culturel qu\u2019elle m\u00e9riterait, le pouvoir en place n\u2019assume m\u00eame plus sa fonction essentielle, qui est de prot\u00e9ger ses citoyens et de faire r\u00e9gner l\u2019ordre et la s\u00e9curit\u00e9 dans le pays de mani\u00e8re pacifique et civilis\u00e9e. Les actes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s contre des citoyens par des groupes extr\u00e9mistes violents, qualifi\u00e9s par plusieurs de milices du r\u00e9gime, en disent long sur l\u2019incapacit\u00e9 du pouvoir \u00e0 contr\u00f4ler le pays et la vie publique et \u00e0 faire respecter la loi, l\u2019ordre et la s\u00e9curit\u00e9, ce qui pourrait signifier la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence du pouvoir en groupe usant de violences, d\u2019intimidations et de r\u00e8glement de compte afin d\u2019asseoir son autorit\u00e9 et se maintenir en place. Nous sommes donc en pr\u00e9sence d\u2019un appareil s\u00e9curitaire parall\u00e8le, agissant comme un Etat dans l\u2019Etat et qui, en plus, b\u00e9n\u00e9ficie syst\u00e9matiquement d\u2019une impunit\u00e9 totale. Face \u00e0 cette faille s\u00e9curitaire, l\u2019id\u00e9e de recours \u00e0 une protection priv\u00e9e ou la constitution de milices priv\u00e9es fait son chemin au sein de la population terroris\u00e9e par le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, avec tous les risques que cela engendre. Tout observateur constate de plus en plus la prolif\u00e9ration de trafic en tout genre, dont une partie importante \u00e9chappe totalement au contr\u00f4le des autorit\u00e9s, ce qui accentue d\u00e9liquescence caract\u00e9ris\u00e9e du r\u00f4le d\u2019un Etat. Le client\u00e9lisme et le n\u00e9potisme avec le noyautage des institutions et l\u2019utilisation des fonds publics \u00e0 des fins partisanes prolif\u00e8rent. La corruption devient une norme et presque un moyen normal de b\u00e9n\u00e9ficier des dividendes d\u2019un pouvoir qui ne reconna\u00eet ni reddition de compte ni transparence. Alors que les Tunisiens s\u2019attendaient \u00e0 une gouvernance constructive afin de regarder vers l\u2019avenir en inaugurant une \u00e8re de d\u00e9mocratie, de libert\u00e9 et de justice sociale, l\u2019intimidation, la menace et l\u2019arbitraire sont d\u00e9sormais la r\u00e8gle afin de faire taire tous ceux qui contestent le pouvoir islamiste ou contreviennent \u00e0 ses diktats id\u00e9ologiques. Le pays s\u2019est transform\u00e9 en d\u00e9potoir \u00e0 ciel ouvert au sens figur\u00e9 comme au sens propre, et les autorit\u00e9s municipales ne s\u2019en pr\u00e9occupent pas. Ajoutons \u00e0 cela, les coupures sporadiques de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et de l\u2019eau courante dans plusieurs villes et r\u00e9gions, sans aucune explication convaincante de la part des autorit\u00e9s, dans un rapport de force qui confirme la transformation de la vie publique en une jungle o\u00f9 la force compte plus que le droit. La rupture tant annonc\u00e9e avec la dictature et ses pratiques s\u2019est plut\u00f4t faite avec les acquis modernistes, le parcours historique du pays et ses sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles, et avec ce qui reste de coh\u00e9sion sociale. La seule renaissance \u00e0 ce stade, est celle du sous-d\u00e9veloppement, de la d\u00e9gradation de la situation du pays, ainsi que l\u2019existence de zones du territoire tunisien qui \u00e9chappent au pouvoir et vivent dans une situation de quasi r\u00e9bellion.<\/p>\n<p>Un Etat d\u00e9faillant, terreau de la violence, de l\u2019extr\u00e9misme, du terrorisme et du crime organis\u00e9, qui ne semble plus reconna\u00eetre la citoyennet\u00e9 ni l\u2019Etat-nation comme base des soci\u00e9t\u00e9s et des institutions modernes ; on est en droit de craindre le pire, surtout avec la prolif\u00e9ration des groupes fondamentalistes violents. Mais la crise de l\u2019\u00c9tat n\u2019a pas amen\u00e9 la fin de celui-ci sur la sc\u00e8ne mondiale. Elle impose n\u00e9anmoins, sa r\u00e9invention et sa confirmation en tant que personne morale de droit public confirm\u00e9e et membre effectif et coh\u00e9rent de la soci\u00e9t\u00e9 internationale. Peu importe la personnalit\u00e9 de celui qui assumera la responsabilit\u00e9 initiale de cette t\u00e2che de restauration, s\u2019il est bien intentionn\u00e9 et comp\u00e9tent. L&rsquo;essentiel est que cette t\u00e2che soit accomplie en bonne et due forme, dans la transparence. Or, elle ne le sera pas si nous retournons au confusionnisme ant\u00e9rieur ou renon\u00e7ons \u00e0 la politique de conciliation des forces de d\u00e9mocratie et de progr\u00e8s. Il convient de faire l&rsquo;effort qu\u2019elle demande pour lui permettre de porter tous ses fruits. \u00c0 travers la r\u00e9volte des \u00e9tudiants, celle des jeunes en qu\u00eate d\u2019emploi et la gr\u00e8ve des travailleurs, des forces nouvelles se sont faites jour, pour communiquer avec les pouvoirs publics. Elles ne peuvent \u00eatre ignor\u00e9es, mais elles ne peuvent non plus ignorer l\u2019int\u00e9r\u00eat national et ceux qui ont donn\u00e9 leur vie pour lui, pour que la Tunisie ne disparaisse pas et son exemple original de d\u00e9veloppement avec elle ; toutes les personnes, dont les p\u00e8res du peuple Tunisien, qui ont men\u00e9 le combat dans des temps difficiles et pr\u00e9par\u00e9 l&rsquo;av\u00e8nement des temps qui viennent ne doivent pas tomber dans l\u2019oubli. Pour l&rsquo;imm\u00e9diat, versons au grand d\u00e9bat qui occupe les Tunisiens les r\u00e9flexions et opinions suivantes relativement au remaniement minist\u00e9riel pr\u00e9sent\u00e9 par le Chef du gouvernement.<\/p>\n<p>Le personnage, un citoyen lambda sans r\u00e9elle envergure, sorti de l\u2019anonymat est devenu la seconde t\u00eate de l\u2019ex\u00e9cutif. Apr\u00e8s avoir pris tant de peine pour constituer sa premi\u00e8re formation gouvernementale, voil\u00e0 qu\u2019il d\u00e9fend bec et ongle son remaniement ; c\u2019est le douzi\u00e8me gouvernement depuis 2012, constitu\u00e9 en d\u00e9pit de toute rationalit\u00e9 seulement cinq mois apr\u00e8s que la premi\u00e8re formation se soit install\u00e9e dans ses meubles ; sans qu\u2019elle soit \u00e9tay\u00e9e par un programme socio-\u00e9conomique quelconque, la nouvelle composition a re\u00e7u l\u2019aval inconsid\u00e9r\u00e9 de l\u2019ARP. Personnage sans leadership et sans charisme, le premier ministre s\u2019est vu offrir l\u2019opportunit\u00e9 de demeurer au pouvoir, moyennant certains portefeuilles conc\u00e9d\u00e9s gracieusement \u00e0 des partis politiques peu recommandables. Il est certain que ce changement dans le gouvernement n&rsquo;est qu&rsquo;un subterfuge pour les islamistes afin de contr\u00f4ler et manipuler les institutions de l\u2019Etat \u00e0 leur sommet ; mais il est plus facile de changer de ministres et de gouvernement que de politiques publiques et dans quelques mois, les cartes seront une nouvelle fois redistribu\u00e9es. C\u2019est une technique dilatoire pour des commanditaires qui ont besoin de temps, pour diluer les responsabilit\u00e9s, pour brouiller les cartes et d\u00e9tourner l\u2019attention des enjeux r\u00e9els que tous incapables de concr\u00e9tiser et dont ils ne se pr\u00e9occupent m\u00eame pas. Il semblerait que leur vigilance soit focalis\u00e9e vers d\u2019autres basses \u0153uvres et qu\u2019un plan minutieux et sournois soit en marche, ayant pour objectif la prise du pouvoir par tous les moyens, un complot auquel le chef du gouvernement est partie prenante, ayant partie li\u00e9e avec les int\u00e9gristes d\u2019Al Quarama et Annahdha avec la complicit\u00e9 de Qalb Tounes comme troisi\u00e8me larron ; aussi convient-il de prendre les devants, d\u00e8s maintenant d\u2019\u00e9viter la carence du pouvoir qui commence \u00e0 se profiler et de r\u00e9organiser la permanence de l\u2019Etat ; il nous faut rappeler le Chef de l\u2019Etat \u00e0 ses devoirs, comme garant de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du pays. L\u2019absence factuelle de l\u2019une des deux t\u00eates du pouvoir, celle pour tenir les r\u00eanes de l\u2019Etat, devrait certes provoquer naturellement la disparition du Premier Ministre et de son gouvernement, mais elle entrainerait la chute de l\u2019Etat avec lui.<\/p>\n<p>Dans cette hypoth\u00e8se, un gouvernement provisoire de gestion de crise doit aussit\u00f4t \u00eatre mis en place, en lieu et place du gouvernement fantoche qui vient d\u2019\u00eatre investi, avec une mission de trois ordres ; Remettre l&rsquo;\u00c9tat en marche en se faisant l&rsquo;interlocuteur attentif de repr\u00e9sentants des manifestants avertis, qui r\u00e9fl\u00e9chissent avec ardeur et d\u00e9sint\u00e9ressement aux r\u00e9formes indispensables de notre appareil \u00e9conomique, social et \u00e9ducatif ; R\u00e9pondre aux justes revendications des divers groupes socioprofessionnels ; Organiser les conditions pratiques d\u2019\u00e9puration et de renouvellement des institutions de gouvernance. Sa dur\u00e9e sera limit\u00e9e, pour le moins, \u00e0 l&rsquo;\u00e9lection du prochain Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Il se composerait de onze membres, choisis sans exclusive et sans dosage p\u00e9rim\u00e9, comme ce fut le cas dans certaines situations et institutions, dans des conditions diff\u00e9rentes et cependant comparables, du fait de la disparition de l&rsquo;\u00c9tat, en recherchant sur des options communes le concours de ceux qui seront en mesure d&rsquo;\u00e9largir les bases de la conciliation nationale ; L&rsquo;un des premiers actes du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique devra \u00eatre de dissoudre l&rsquo;Assembl\u00e9e des repr\u00e9sentants du peuple. Il se portera solennellement garant devant le pays entier du respect des libert\u00e9s individuelles et publiques, notamment par un droit \u00e9gal d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la libert\u00e9 de communication et par l&rsquo;exercice des droits de l\u2019Homme sans restriction aucune, des droits de r\u00e9union et d&rsquo;expression pour toutes les formations politiques. Le renouvellement de l&rsquo;Assembl\u00e9e pourrait avoir lieu dans le courant des mois suivants.<\/p>\n<p>Les citoyens d\u00e9cideraient ensuite, par les urnes (par un scrutin uninominal), alors librement et en pleine connaissance de cause de la majorit\u00e9 parlementaire et de l&rsquo;orientation politique de la nouvelle l\u00e9gislature. Ayant ainsi fix\u00e9 les \u00e9tapes et propos\u00e9 le processus qui m\u00e8nera \u00e0 la rel\u00e8ve d\u00e9mocratique, un tel objectif ne saurait \u00eatre atteint si la provocation, le vandalisme, la corruption et la r\u00e9pression peuvent tirer profit du d\u00e9sordre. Ceux qui, avec justification \u00e0 l\u2019appui, n&rsquo;accepteraient pas le nouvel ordre \u00e9tabli, devraient trouver dans la coh\u00e9sion et la discipline les v\u00e9ritables moyens d&rsquo;assurer la victoire de la d\u00e9mocratie. Mais il est naturel que deux questions viennent aussit\u00f4t \u00e0 l&rsquo;esprit. Qui formera le gouvernement provisoire ? Au demeurant, ce n&rsquo;est pas un probl\u00e8me d&rsquo;hommes, c&rsquo;est celui d\u2019un choix politique, et ce choix politique, reste \u00e0 d\u00e9finir. Le suffrage universel direct le dira. Telles sont les conditions qui paraissent n\u00e9cessaires pour que les Tunisiens, ayant repris en main leurs propres affaires parce qu&rsquo;ils auront dit non au chaos soient dot\u00e9s d&rsquo;un \u00c9tat capable de reprendre rang dans le monde, l\u2019Afrique et le Maghreb, d&rsquo;\u00e9panouir les libert\u00e9s et surtout de r\u00e9tablir \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur la concorde, la l\u00e9galit\u00e9 et la paix.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><span class=\"c3\"><strong>Un imp\u00e9ratif, r\u00e9tablir l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;Etat<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La R\u00e9publique doit cesser de reculer partout. S\u2019il n&rsquo;y a plus d&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;Etat, il faut la r\u00e9tablir. La refondation de l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;Etat passe aussi par l&rsquo;autorit\u00e9 de la loi pour elle-m\u00eame et non du fait de sa sanction. Il ne peut y avoir de zones de non-droit en R\u00e9publique. L&rsquo;Etat doit r\u00e9investir le territoire entier face aux trafics en tout genre. La reconqu\u00eate doit se traduire aussi par une pr\u00e9sence dans les quartiers, pour lutter pr\u00e9ventivement contre cette criminalit\u00e9 rampante en constante progression, l&rsquo;\u00e9volution de la d\u00e9linquance et la mont\u00e9e de la menace terroriste. Ce gouvernement a consid\u00e9rablement affaibli l&rsquo;arsenal pr\u00e9ventif dont disposait l&rsquo;Etat pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 des citoyens et prot\u00e9ger l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de l\u2019Etat. Nous devons d&rsquo;urgence redonner \u00e0 celui-ci la capacit\u00e9 \u00e0 faire face \u00e0 ces menaces en particulier celle terroriste, dont toutes les cons\u00e9quences de son aggravation massive n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 tir\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Monji Ben Raies<\/strong><br \/><span class=\"c4\"><em>Enseignant et chercheur en droit public et Sciences politiques<br \/>Juriste internationaliste<br \/>Universit\u00e9 de Tunis El Manar<br \/>Facult\u00e9 de Droit et des Sciences Politiques de Tunis<\/em><\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31366-ou-est-l-etat-tunisien\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un Etat \u00e9choue pour des raisons diverses ; ext\u00e9rieures par exemple, son exploitation par un syst\u00e8me international domin\u00e9 par des puissances pr\u00e9datrices ; responsabilit\u00e9s occidentales dans l\u2019\u00e9chec \u00e9conomique de mod\u00e8les \u00e9tatiques mondialis\u00e9s ; ou bien son dysfonctionnement provient d\u2019une transposition forc\u00e9e de techniques de gouvernance occidentales mal adapt\u00e9es ; ou encore pour des raisons internes [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-110459","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/110459","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=110459"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/110459\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=110459"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=110459"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=110459"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}