{"id":110720,"date":"2021-02-06T04:29:00","date_gmt":"2021-02-06T09:29:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/dr-holger-dix-partis-en-crise-instabilite-et-la-volonte-du-peuple-tendances-recentes-de-la-jeune-democratie-en-tunisie\/"},"modified":"2021-02-06T04:29:00","modified_gmt":"2021-02-06T09:29:00","slug":"dr-holger-dix-partis-en-crise-instabilite-et-la-volonte-du-peuple-tendances-recentes-de-la-jeune-democratie-en-tunisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/dr-holger-dix-partis-en-crise-instabilite-et-la-volonte-du-peuple-tendances-recentes-de-la-jeune-democratie-en-tunisie\/","title":{"rendered":"Dr Holger Dix &#8211; Partis en crise, instabilit\u00e9 et la \u00ab\u00a0volont\u00e9 du peuple\u00a0\u00bb : Tendances r\u00e9centes de la jeune d\u00e9mocratie en Tunisie"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\">Un regard ext\u00e9rieur, mais \u00e0 partir de la Tunisie, pour \u00e9valuer le chemin parcouru par la Tunisie durant la d\u00e9cennie \u00e9coul\u00e9e et dessiner les voies d&rsquo;avenir est toujours utile. Il est encore plus instructif lorsqu&rsquo;il \u00e9mane d&rsquo;un observateur averti et un praticien sur le terrain, comme le Dr Holger Dix, Repr\u00e9sentant R\u00e9sident de la Konrad-Adenauer-Stiftung (<a href=\"https:\/\/www.kas.de\/fr\/web\/tunesien\/home\">KAS<\/a>) pour la Tunisie \/ Alg\u00e9rie, bas\u00e9 \u00e0 Tunis. Dans une analyse r\u00e9cemment publi\u00e9 dans la revue International Reports, \u00e9dit\u00e9e par la Fondation, il dessine les tendances relev\u00e9es et esquisse les priorit\u00e9s n\u00e9cessaires.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"c2\">Sa conclusion est nette: \u00ab\u00a0Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, le tableau a \u00e9t\u00e9 assombri par l&rsquo;instabilit\u00e9 politique, une approche incoh\u00e9rente des libert\u00e9s, le manque de sens des responsabilit\u00e9s en politique et dans la soci\u00e9t\u00e9, et par l&rsquo;incapacit\u00e9 des hommes politiques \u00e0 concevoir et \u00e0 mettre en \u0153uvre des solutions \u00e0 long terme pour r\u00e9soudre les goulots d&rsquo;\u00e9tranglement du d\u00e9veloppement du pays.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"c2\">Pond\u00e9r\u00e9, Dr Dix estime cependant :\u00a0 \u00ab\u00a0Les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;une r\u00e9ussite sont sans aucun doute l&rsquo;organisation d&rsquo;\u00e9lections parlementaires et pr\u00e9sidentielles conformes aux normes d\u00e9mocratiques, l&rsquo;adoption d&rsquo;une constitution d\u00e9mocratique en 2014, une soci\u00e9t\u00e9 civile active qui prot\u00e8ge la d\u00e9mocratie et une presse libre. Dans l&rsquo;ensemble, la Tunisie reste une r\u00e9f\u00e9rence importante dans la r\u00e9gion en termes de d\u00e9veloppement culturel, religieux et d\u00e9mocratique.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span class=\"c2\">Perspicace, il ne manque pas de souligner : \u00ab\u00a0Une poursuite r\u00e9ussie de cette transition d\u00e9mocratique enverrait \u00e9galement un signal important aux pays qui n&rsquo;ont pas encore commenc\u00e9 ou achev\u00e9 ce processus, et encouragerait les d\u00e9fenseurs locaux de la d\u00e9mocratie. Un \u00e9chec alimenterait les mouvements antid\u00e9mocratiques et confirmerait l&rsquo;opinion des sceptiques selon laquelle la d\u00e9mocratie est irr\u00e9alisable dans le monde arabe.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.kas.de\/documents\/259121\/10879399\/Parteienkrise%2C+Instabilit%C3%A4t+und+%E2%80%9EVolkswille%E2%80%9C.pdf\/582da02a-c353-b641-e7c2-3aa42573bc45?version=1.0&amp;t=1606472224442\"><span class=\"c2\">Texte original en langue allemande<\/span><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.kas.de\/en\/web\/auslandsinformationen\/artikel\/detail\/-\/content\/parties-in-crisis-instability-and-the-will-of-the-people\"><span class=\"c2\">Traduction en langue anglaise<\/span><\/a><\/p>\n<p><span class=\"c2\">Ci-apr\u00e8s traduction, non-officielle en lange fran\u00e7aise<\/span><\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Par Holger Dix &#8211;<\/strong><\/span> Janvier 2021 marque le dixi\u00e8me anniversaire de la r\u00e9volution en Tunisie, mais les c\u00e9l\u00e9brations seront temp\u00e9r\u00e9es par un fort sentiment de d\u00e9ception face \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de la situation depuis lors. Des enqu\u00eates repr\u00e9sentatives r\u00e9v\u00e8lent que la grande majorit\u00e9 des Tunisiens sont m\u00e9contents de la situation politique, \u00e9conomique et sociale de leur pays, et estiment que celui-ci va dans la mauvaise direction.<\/p>\n<p>Depuis les \u00e9lections l\u00e9gislatives et pr\u00e9sidentielles de 2019, un certain nombre de tendances politiques sont apparues qui partagent la responsabilit\u00e9 de la lenteur du d\u00e9veloppement du pays. Elles auront un impact sur la Tunisie \u00e0 moyen terme, et mettront \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve le d\u00e9veloppement et la r\u00e9silience de cette d\u00e9mocratie encore jeune. Ces tendances comprennent : la marginalisation croissante du syst\u00e8me des partis ; l&rsquo;intensification des conflits concernant les comp\u00e9tences des institutions d\u00e9mocratiques ; l&rsquo;instabilit\u00e9 politique avec des gouvernements de courte dur\u00e9e ; et le manque de respect des \u00e9l\u00e9ments repr\u00e9sentatifs de la d\u00e9mocratie parlementaire, incarn\u00e9, entre autres, par le non-respect des r\u00e9sultats des \u00e9lections lors de la formation d&rsquo;un gouvernement. Ce sentiment de d\u00e9sillusion par rapport aux r\u00e9alisations de la r\u00e9volution se combine avec un scepticisme croissant quant \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 de la d\u00e9mocratie et une nostalgie romantique de l&rsquo;\u00e9poque pr\u00e9-d\u00e9mocratique.<\/p>\n<h2>Tendance 1 : Scepticisme croissant \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la d\u00e9mocratie et nostalgie de l&rsquo;ancien r\u00e9gime autoritaire<\/h2>\n<p>Lors d&rsquo;un atelier de planification organis\u00e9 par la Konrad-Adenauer-Stiftung en mars 2020, le c\u00e9l\u00e8bre sociologue tunisien Riadh Zghal a d\u00e9crit la transition politique de la Tunisie comme suit : \u00ab\u00a0La d\u00e9mocratie s&rsquo;est effondr\u00e9e sur nos t\u00eates\u00a0\u00bb. La r\u00e9volution tunisienne a commenc\u00e9 le 17 d\u00e9cembre 2010 et s&rsquo;est termin\u00e9e moins d&rsquo;un mois plus tard, le 14 janvier 2011, lorsque le pr\u00e9sident de l&rsquo;\u00e9poque a fui le pays. La Tunisie n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 la transition vers la d\u00e9mocratie qui en a r\u00e9sult\u00e9, et qui reste un travail en cours. Dans son livre de 2016 \u00ab\u00a0Tunisie, une d\u00e9mocratie sur un sol islamique\u00a0\u00bb, le d\u00e9funt pr\u00e9sident tunisien Beji Ca\u00efd Essebsi revient sur cette p\u00e9riode et d\u00e9crit comment le seul parti politique du pays, le RCD (Rassemblement constitutionnel d\u00e9mocratique), a \u00e9t\u00e9 effectivement dissous du jour au lendemain. Soudain, d&rsquo;autres partis politiques ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s et la libert\u00e9 de la presse a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e. D\u00e8s le d\u00e9but, cette d\u00e9mocratie a d\u00fb \u00e9galement faire face \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se largement r\u00e9pandue selon laquelle un tel syst\u00e8me \u00e9tait fondamentalement irr\u00e9alisable dans un pays islamique.<\/p>\n<p>Les Tunisiens eux-m\u00eames sont de plus en plus critiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des r\u00e9sultats de la transformation politique de leur pays. En juin 2020, la Konrad-Adenauer-Stiftung a charg\u00e9 Sigma Conseil, un institut de sondage, de r\u00e9aliser une enqu\u00eate sur les raisons du populisme. Interrog\u00e9s sur la situation \u00e9conomique du pays, 77 % des r\u00e9pondants ont d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es. Selon le sondage, la responsabilit\u00e9 premi\u00e8re de cette situation incombe aux hommes politiques (60 % des personnes interrog\u00e9es), \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat (47 %) et aux entreprises (32 %). Les personnes interrog\u00e9es ont identifi\u00e9 quelques lacunes majeures dans des domaines politiques cl\u00e9s qui affectent la perception du public quant \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 du syst\u00e8me politique. Par exemple, 76 % des personnes interrog\u00e9es \u00e9taient m\u00e9contentes de la politique de l&rsquo;\u00e9ducation et 65 % ont d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;un membre de leur famille \u00e9tait au ch\u00f4mage. Dans une autre enqu\u00eate sur l&rsquo;inclusion \u00e9conomique en Tunisie, \u00e9galement men\u00e9e au nom de la Konrad-Adenauer-Stiftung par Sigma Conseil, en d\u00e9cembre 2019, 60 % des personnes interrog\u00e9es ont estim\u00e9 que la fracture sociale en Tunisie s&rsquo;\u00e9tait creus\u00e9e au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>De nombreux Tunisiens pensent que le d\u00e9clin \u00e9conomique et social est li\u00e9 \u00e0 la transition politique qui a commenc\u00e9 il y a dix ans, et ne voient pas de dividendes de la d\u00e9mocratie. La confiance dans les institutions politiques du pays s&rsquo;amenuise. En ao\u00fbt 2020, seuls 23 % des personnes interrog\u00e9es dans le cadre du barom\u00e8tre politique ont d\u00e9clar\u00e9 faire confiance aux partis politiques ou au parlement. La pand\u00e9mie de coronavirus a d&rsquo;abord renforc\u00e9 la popularit\u00e9 du gouvernement, mais elle est retomb\u00e9e \u00e0 49 %, loin derri\u00e8re les organisations sociales auxquelles 69 % des Tunisiens font encore confiance. Le pr\u00e9sident est le seul homme politique qui b\u00e9n\u00e9ficie encore d&rsquo;un large soutien, \u00e0 88 %. Il est un critique f\u00e9roce des acteurs politiques actuels et a remport\u00e9 les \u00e9lections de 2019 sur une plateforme anti-establishment.<\/p>\n<p>Dans un sondage r\u00e9alis\u00e9 par Sigma Conseil pour le compte de la Konrad-Adenauer-Stiftung en septembre 2020, 72 % des personnes interrog\u00e9es \u00e9taient d&rsquo;accord avec l&rsquo;affirmation selon laquelle la d\u00e9mocratie n&rsquo;allait nulle part, et pensaient qu&rsquo;il serait pr\u00e9f\u00e9rable d&rsquo;avoir moins de d\u00e9mocratie et plus d&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e0 la place. Ce scepticisme croissant \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la d\u00e9mocratie s&rsquo;est \u00e9galement traduit par une baisse de la participation aux \u00e9lections l\u00e9gislatives, qui est pass\u00e9e de 51 % en 2011 \u00e0 41 % en 2014, et \u00e0 seulement 32 % en 2019.<\/p>\n<p>Les derniers sondages sur les pr\u00e9f\u00e9rences des \u00e9lecteurs montrent que le PDL est le parti le plus puissant, avec Ennahdha. Le PDL est un parti qui reste proche de l&rsquo;ancien r\u00e9gime de Ben Ali et est en mesure de tirer parti du sentiment croissant de nostalgie de l&rsquo;\u00e8re pr\u00e9-d\u00e9mocratique. Les acquis de la r\u00e9volution s&rsquo;estompent face \u00e0 l&rsquo;instabilit\u00e9 politique, \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 de la situation en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, avec notamment de nombreux attentats terroristes depuis 2011, et aux probl\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux croissants du pays. En effet, de nombreux Tunisiens estiment que ces r\u00e9alisations ne repr\u00e9sentent gu\u00e8re plus que la libert\u00e9 d&rsquo;expression.<\/p>\n<h2>Tendance 2 : L&rsquo;importance des partis politiques diminue<\/h2>\n<p>Depuis la r\u00e9volution, le syst\u00e8me des partis en Tunisie a connu un changement radical. Avant 2011, dans la plupart des domaines de la soci\u00e9t\u00e9 et de la politique, le syst\u00e8me politique \u00e9tait domin\u00e9 par le RCD dans ce qui \u00e9tait en fait un \u00c9tat \u00e0 parti unique. Six partis d&rsquo;opposition ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 exister, mais au mieux, ils se sont vu attribuer une fonction de niche.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la r\u00e9volution, une loi a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e pour permettre aux partis politiques de fonctionner librement, et plus de 220 partis ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s depuis, avec des degr\u00e9s d&rsquo;importance et des dur\u00e9es de vie variables. Le syst\u00e8me de partis qui en r\u00e9sulte est de plus en plus fragment\u00e9, et les partis ont peu d&rsquo;influence en termes de d\u00e9finition du programme politique, de nomination des dirigeants politiques et de stabilisation du syst\u00e8me politique.<\/p>\n<p class=\"c4\"><em><strong><span class=\"c3\">Les hommes politiques \u00e9migrent r\u00e9guli\u00e8rement vers des foyers politiques plus prometteurs, ce qui entra\u00eene des changements constants de majorit\u00e9s parlementaires.<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p>\u00c0 une ou deux exceptions pr\u00e8s, cela est principalement d\u00fb \u00e0 une repr\u00e9sentativit\u00e9 insuffisante en raison de d\u00e9clarations de manifeste et d&rsquo;une orientation des valeurs inad\u00e9quates, de conflits internes et d&rsquo;une mauvaise organisation des partis. En g\u00e9n\u00e9ral, les partis tunisiens sont organis\u00e9s selon le mod\u00e8le \u00ab\u00a0top-down\u00a0\u00bb, selon lequel les d\u00e9cisions sont prises au plus haut niveau et communiqu\u00e9es ensuite vers le bas &#8211; si tant est qu&rsquo;elles le soient. Souvent, une carri\u00e8re dans un parti politique tunisien ne commence pas au niveau local. Bien souvent, des hommes politiques sans exp\u00e9rience locale ou r\u00e9gionale de la politique des partis occupent des postes de direction de parti au niveau national, ce qui affaiblit encore davantage l&rsquo;importance des organisations r\u00e9gionales. La plupart des partis sont mal organis\u00e9s au niveau local et ignorent largement les r\u00e9gions, sauf pendant les campagnes \u00e9lectorales ou en cas de tensions politiques.<\/p>\n<p>De plus, les membres des partis et leurs repr\u00e9sentants \u00e9lus ont tendance \u00e0 \u00eatre peu loyaux envers leur propre parti. Les hommes politiques \u00e9migrent r\u00e9guli\u00e8rement vers des foyers politiques plus prometteurs, ce qui entra\u00eene des changements constants de majorit\u00e9s parlementaires. Cela est d\u00fb en partie aux conflits internes permanents caus\u00e9s par les d\u00e9ficits d\u00e9mocratiques au sein des structures des partis, et aux faibles comp\u00e9tences de direction des dirigeants des partis. Les retomb\u00e9es dramatiques de ces crises sont \u00e9videntes dans le cas du parti Nidaa Tounes. En cinq ans seulement, il est pass\u00e9 d&rsquo;un parti majoritaire qui fournissait le pr\u00e9sident, le premier ministre et le pr\u00e9sident du parlement du pays, \u00e0 un parti fractur\u00e9 avec seulement trois d\u00e9put\u00e9s. Des enqu\u00eates non publi\u00e9es sur les membres actuels et anciens du parti, mises \u00e0 la disposition de la Konrad-Adenauer-Stiftung, montrent que la raison principale pour laquelle les anciens membres ont tourn\u00e9 le dos \u00e0 leur parti n&rsquo;\u00e9tait pas une mauvaise politique, mais des conflits internes au parti.<\/p>\n<p>Le parti islamiste Ennahdha (\u00ab\u00a0Renaissance\u00a0\u00bb) est un cas particulier dans le paysage politique tunisien. Ce parti b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un soutien populaire consid\u00e9rable depuis sa cr\u00e9ation en 2011, et a toujours \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des partis les plus puissants au Parlement. Il est souvent d\u00e9crit comme le seul parti populaire de Tunisie. Bien que son programme politique soit assez insaisissable, il b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une direction, d&rsquo;une organisation et d&rsquo;une discipline meilleures que celles des autres partis. Sur le plan du contenu, le parti a essay\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es d&rsquo;\u00eatre per\u00e7u comme un parti conservateur islamique sur le mod\u00e8le des d\u00e9mocrates-chr\u00e9tiens allemands.<\/p>\n<p>Cependant, sa relation avec les Fr\u00e8res musulmans reste opaque. \u00c0 ce jour, Ennahdha a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l&rsquo;extr\u00eame polarisation des la\u00efcs et des conservateurs religieux dans la soci\u00e9t\u00e9 tunisienne. Alors que le camp la\u00efc est politiquement divis\u00e9, Ennahdha a construit une base de base parmi les conservateurs religieux, ce qui lui a permis de s&rsquo;affirmer comme un pouvoir politique relativement stable. Cependant, Ennahdha a r\u00e9cemment perdu beaucoup de soutien populaire et sa coh\u00e9sion s&rsquo;effrite, en particulier depuis que des discussions ont \u00e9t\u00e9 entam\u00e9es sur la question de savoir si le leader actuel du parti, Rached Ghannouchi, devrait se voir attribuer un troisi\u00e8me mandat &#8211; ce qui est interdit par les statuts du parti.<\/p>\n<p>De nombreux partis politiques du pays manquent de transparence et sont per\u00e7us comme quelque peu douteux par le public tunisien. En fait, seuls trois des quelque vingt partis repr\u00e9sent\u00e9s au parlement soumettent r\u00e9guli\u00e8rement leur \u00e9tat des comptes obligatoire \u00e0 la Cour des comptes, et la plupart des partis politiques sont oppos\u00e9s \u00e0 la divulgation du financement des campagnes.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est donc pas surprenant que les partisans de la d\u00e9mocratie directe aient gagn\u00e9 en soutien et en influence politique. Le vainqueur des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2019 a \u00e9t\u00e9 Kais Sa\u00efed, un candidat ind\u00e9pendant qui s&rsquo;est distanc\u00e9 des autres politiciens par sa position anti-establishment. Il a \u00e9galement pr\u00f4n\u00e9 diverses formes de d\u00e9mocratie directe et a fait campagne sous le slogan \u00ab\u00a0le peuple veut\u00a0\u00bb, ce qui laisse entendre qu&rsquo;il existe une volont\u00e9 populaire reconnaissable sur laquelle la politique peut et doit se fonder. Cela contredit explicitement la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une concurrence des id\u00e9es repr\u00e9sent\u00e9es par les partis, et donc leur acceptation en tant que piliers de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative.<\/p>\n<p class=\"c4\"><em><span class=\"c3\"><strong>Les mauvaises performances des partis \u00e9tablis sont une cons\u00e9quence directe du m\u00e9contentement \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du syst\u00e8me des partis.<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p>Lors des \u00e9lections parlementaires de 2019, les partis politiques \u00e9tablis ont \u00e9t\u00e9 parmi les perdants. Certains se battent tout juste pour survivre, comme Nidaa Tounes, le parti lib\u00e9ral Afek Tounes, et l&rsquo;alliance de gauche Front Populaire. Parmi les vainqueurs, on trouve des partis politiques \u00e0 tendance populiste. Cette cat\u00e9gorie comprend Qalb Tounes, qui est devenu le deuxi\u00e8me parti le plus puissant au Parlement peu apr\u00e8s sa fondation, et dont le leader a atteint le deuxi\u00e8me tour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles. Cependant, beaucoup de ses repr\u00e9sentants ont ressenti si peu de loyaut\u00e9 envers ce parti encore jeune que pr\u00e8s d&rsquo;un tiers d&rsquo;entre eux l&rsquo;ont abandonn\u00e9 apr\u00e8s les \u00e9lections.<\/p>\n<p>Les mauvaises performances des partis \u00e9tablis sont une cons\u00e9quence directe de l&rsquo;insatisfaction \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du syst\u00e8me des partis, que de nombreux Tunisiens jugent trop repli\u00e9 sur lui-m\u00eame. M\u00eame le terme \u00ab\u00a0classe politique\u00a0\u00bb, qui d\u00e9signe habituellement les hommes politiques en Tunisie, indique dans quelle mesure les hommes politiques et les partis se sont \u00e9loign\u00e9s de leur fonction repr\u00e9sentative ou ne l&rsquo;ont pas encore atteinte.<\/p>\n<p>La formation du gouvernement apr\u00e8s les \u00e9lections a une fois de plus soulign\u00e9 l&rsquo;importance d\u00e9croissante des partis politiques. Plut\u00f4t que de demander \u00e0 un chef de parti de former un gouvernement, le pr\u00e9sident s&rsquo;est tourn\u00e9 vers Habib Jemli, un homme politique assez peu connu et inexp\u00e9riment\u00e9, dont le soutien du parti Ennahdha est quelque peu divis\u00e9. Cependant, Jemli n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 obtenir une majorit\u00e9 parlementaire pour son cabinet, et le pr\u00e9sident a donc nomm\u00e9 l&rsquo;ancien candidat pr\u00e9sidentiel Elyes Fakhfakh. Bien que Fakhfakh ait une grande exp\u00e9rience politique, son parti Ettakatol n&rsquo;a pas remport\u00e9 un seul si\u00e8ge aux \u00e9lections parlementaires et, en tant que candidat du parti \u00e0 la pr\u00e9sidence, il n&rsquo;a recueilli que 0,34 % des voix. Fakhfakh a obtenu la confiance du Parlement pour son cabinet, mais l&rsquo;absence d&rsquo;une majorit\u00e9 s\u00fbre lui a rendu difficile toute avanc\u00e9e. En effet, son gouvernement a dur\u00e9 moins de cinq mois avant qu&rsquo;il ne doive d\u00e9missionner en raison d&rsquo;un conflit d&rsquo;int\u00e9r\u00eats. Une fois de plus, ce n&rsquo;est pas un politicien de parti mais un technocrate qui a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 former un gouvernement.<\/p>\n<p>Le 1er septembre 2020, Hichem Mechichi a remport\u00e9 134 des 109 voix requises au Parlement, et dirige d\u00e9sormais un cabinet compos\u00e9 en grande partie d&rsquo;autres technocrates. Cela souligne le d\u00e9clin de l&rsquo;importance des partis politiques, et r\u00e9v\u00e8le comment il est d\u00e9sormais possible d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 la plus haute fonction politique en Tunisie sans le soutien d&rsquo;un parti. Les partis laissent \u00e0 d&rsquo;autres acteurs le soin de fa\u00e7onner la politique tunisienne, y compris des experts et des associations, comme la f\u00e9d\u00e9ration syndicale UGTT, ou l&rsquo;UTICA, l&rsquo;association des employeurs. Ces organisations ne sont elles-m\u00eames que partiellement repr\u00e9sentatives, mais elles sont plus aptes \u00e0 promouvoir leurs int\u00e9r\u00eats et \u00e0 mobiliser les masses. En cons\u00e9quence, les partis politiques sont rel\u00e9gu\u00e9s au second plan politique. Toutefois, l&rsquo;histoire politique r\u00e9cente du pays a montr\u00e9 que les gouvernements form\u00e9s de cette mani\u00e8re, sans le soutien d&rsquo;un parti politique, ont tendance \u00e0 \u00eatre extr\u00eamement fragiles.<\/p>\n<h2>Tendance 3 : Augmentation de l&rsquo;instabilit\u00e9 politique<\/h2>\n<p>L&rsquo;instabilit\u00e9 politique de la Tunisie a commenc\u00e9 avec la r\u00e9volution de 2011. De l\u00e0, elle s&rsquo;est perp\u00e9tu\u00e9e par un scepticisme croissant \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des institutions d\u00e9mocratiques et par l&rsquo;incapacit\u00e9 des hommes politiques \u00e0 tenir leurs promesses. Il est probable qu&rsquo;elle continuera \u00e0 affecter le pays pendant de nombreuses ann\u00e9es encore. Selon la fa\u00e7on dont ils sont compt\u00e9s, il y a eu sept ou peut-\u00eatre m\u00eame neuf gouvernements depuis 2011, ainsi que de nombreux remaniements minist\u00e9riels. Le gouvernement de Hamadi Jebali a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 en d\u00e9cembre 2011, et a dur\u00e9 15 mois jusqu&rsquo;en mars 2013 ; son successeur Ali Laarayedh n&rsquo;a g\u00e9r\u00e9 que onze mois. Le gouvernement de Mehdi Joma\u00e2 a dur\u00e9 douze mois (janvier 2014 \u00e0 janvier 2015), et celui de son successeur, Habib Essid, 18 mois (f\u00e9vrier 2015 \u00e0 ao\u00fbt 2016). Youssef Chahed a dirig\u00e9 un gouvernement qui a \u00e9t\u00e9 remani\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, mais qui est rest\u00e9 relativement stable avec un mandat de 42 mois.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections parlementaires de septembre 2019 ont marqu\u00e9 le d\u00e9but d&rsquo;une nouvelle phase d&rsquo;extr\u00eame instabilit\u00e9 apr\u00e8s que le gouvernement d&rsquo;Elyes Fakhfakh, form\u00e9 en mars 2020, ait d\u00fb se retirer en juillet 2020.<\/p>\n<p class=\"c4\"><em><span class=\"c3\"><strong>Les gouvernements tunisiens commencent leur lutte pour la survie le jour m\u00eame de leur entr\u00e9e en fonction et tentent simplement de repousser leur destitution le plus longtemps possible.<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p>Le Parlement a confirm\u00e9 la nomination de Hichem Mechichi, un nouveau venu politique, au poste de Premier ministre en septembre 2020. Consid\u00e9r\u00e9 comme un administrateur expert, il a bri\u00e8vement agi en tant que conseiller pr\u00e9sidentiel apr\u00e8s les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, puis a \u00e9t\u00e9 ministre de l&rsquo;int\u00e9rieur dans le gouvernement Fakhfakh pendant quelques mois. Il ne dispose pas d&rsquo;une majorit\u00e9 s\u00fbre au Parlement, et les premi\u00e8res impressions laissent \u00e9galement penser qu&rsquo;il ne pourra pas toujours compter sur le soutien du pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Pour parler franchement, l&rsquo;histoire r\u00e9cente montre que les gouvernements tunisiens commencent leur lutte pour la survie le jour m\u00eame de leur entr\u00e9e en fonction et tentent simplement de reporter leur destitution le plus longtemps possible. Le mandat de cinq ans qu&rsquo;implique l&rsquo;\u00e9lection est de facto sans importance. Les gouvernements entrants sont conscients du fait qu&rsquo;ils n&rsquo;auront tr\u00e8s probablement pas cinq ans pour formuler et mettre en \u0153uvre leur politique. Fonctionnant en mode de crise permanente, il est presque in\u00e9vitable que les gouvernements se concentrent sur ce qui est devant eux et n\u00e9gligent la planification strat\u00e9gique \u00e0 long terme. Dans cette situation, m\u00eame une l\u00e9g\u00e8re r\u00e9sistance \u00e0 des d\u00e9cisions impopulaires (aussi n\u00e9cessaires soient-elles) conduit \u00e0 des concessions, ce qui augmente la susceptibilit\u00e9 aux solutions populistes.<\/p>\n<p>Outre certaines clauses de la constitution (voir tendance 4), une autre cause de cette instabilit\u00e9 est le syst\u00e8me \u00e9lectoral lui-m\u00eame, qui tend \u00e0 produire un parlement fractur\u00e9 et des majorit\u00e9s peu claires. Lors de l&rsquo;\u00e9laboration de la loi \u00e9lectorale tunisienne, l&rsquo;objectif d&rsquo;assurer la repr\u00e9sentation de tous les groupes sociaux concern\u00e9s au parlement a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9 par rapport \u00e0 l&rsquo;objectif de concentration des partis politiques et de formation de majorit\u00e9s parlementaires stables. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;introduire la repr\u00e9sentation proportionnelle sans seuil \u00e9lectoral, et les si\u00e8ges individuels seront r\u00e9partis selon un syst\u00e8me de quotas et la m\u00e9thode du plus grand reste, qui favorise les petits partis. Lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives d&rsquo;octobre 2019, les 217 si\u00e8ges ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9partis entre 20 partis, dont sept n&rsquo;ont qu&rsquo;un seul d\u00e9put\u00e9.<\/p>\n<p>Selon la constitution, le pr\u00e9sident tunisien donne \u00e0 la liste ayant le plus grand nombre de si\u00e8ges le mandat de former un gouvernement. Si elle ne parvient pas \u00e0 obtenir la majorit\u00e9, le pr\u00e9sident peut alors demander \u00e0 un autre candidat de former un gouvernement. Si ce gouvernement ne parvient pas non plus \u00e0 obtenir la confiance du parlement, le pr\u00e9sident peut dissoudre le parlement et convoquer de nouvelles \u00e9lections. Apr\u00e8s les \u00e9lections parlementaires de 2019, le candidat du parti Ennahdha, qui \u00e9tait initialement charg\u00e9 de former le gouvernement, n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 obtenir la majorit\u00e9 au Parlement. Le pr\u00e9sident a alors s\u00e9lectionn\u00e9 un autre candidat et lui a demand\u00e9 de former un gouvernement. Pourtant, le parti de ce chef de gouvernement d\u00e9sign\u00e9 n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 remporter un seul si\u00e8ge lors des \u00e9lections, de sorte que cette d\u00e9cision a ignor\u00e9 la volont\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lectorat. L&rsquo;approbation ult\u00e9rieure de la nomination de Fakhfakh par le Parlement \u00e9tait davantage motiv\u00e9e par le d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9viter de nouvelles \u00e9lections que par le soutien \u00e0 l&rsquo;homme et \u00e0 sa politique. Cette tendance des r\u00e9sultats \u00e9lectoraux \u00e0 jouer un r\u00f4le subordonn\u00e9 dans la formation d&rsquo;un gouvernement a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9e \u00e0 nouveau lorsque le gouvernement Fakhfakh s&rsquo;est retir\u00e9 en juillet 2020, et qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 \u00e0 Hichem Mechichi, un ind\u00e9pendant, de former un gouvernement. D\u00e9but septembre 2020, le Parlement a approuv\u00e9 son cabinet, qui \u00e9tait presque enti\u00e8rement compos\u00e9 de ministres qui ne s&rsquo;\u00e9taient m\u00eame pas pr\u00e9sent\u00e9s aux pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e9lections l\u00e9gislatives.<\/p>\n<p>Avec la difficult\u00e9 de cr\u00e9er des majorit\u00e9s gouvernementales stables et la mont\u00e9e des partis extr\u00e9mistes au Parlement, la situation rappelle fortement le syst\u00e8me multipartite qui pr\u00e9valait en R\u00e9publique de Weimar en Allemagne. Dans l&rsquo;enqu\u00eate Sigma Conseil de juin 2020 mentionn\u00e9e plus haut, 78 % des personnes interrog\u00e9es n&rsquo;\u00e9taient pas d&rsquo;accord avec l&rsquo;affirmation selon laquelle le parlement tunisien repr\u00e9sente v\u00e9ritablement leurs int\u00e9r\u00eats et refl\u00e8te leurs opinions politiques. En revanche, 70 % des personnes interrog\u00e9es ont d\u00e9clar\u00e9 que le gouvernement ne les repr\u00e9sente pas.<\/p>\n<h2>Tendance 4 : Les conflits de comp\u00e9tences entravent la bonne gouvernance<\/h2>\n<p>R\u00e9dig\u00e9e en 2014, la constitution tunisienne est le r\u00e9sultat d&rsquo;un processus de n\u00e9gociation visant \u00e0 \u00e9viter deux sc\u00e9narios de menace. D&rsquo;une part, suite \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience du r\u00e9gime de Ben Ali, il \u00e9tait important d&rsquo;\u00e9viter que les pr\u00e9sidents aient trop de pouvoir. Ainsi, le Parlement a \u00e9t\u00e9 dot\u00e9 d&rsquo;un large \u00e9ventail de comp\u00e9tences et les pouvoirs ex\u00e9cutifs ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9partis entre le pr\u00e9sident et le premier ministre. Deuxi\u00e8mement, le pouvoir des islamistes devait \u00eatre maintenu sous contr\u00f4le. En tant que parti politique le plus puissant, ils pr\u00e9conisent un syst\u00e8me parlementaire avec un pr\u00e9sident qui n&rsquo;est pas impliqu\u00e9 dans le travail du gouvernement.<\/p>\n<p>Afin de limiter leur influence, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 que le pr\u00e9sident devrait \u00eatre \u00e9lu directement et se voir confier des fonctions ex\u00e9cutives. Ainsi, selon l&rsquo;article 71 de la constitution, l&rsquo;ex\u00e9cutif est compos\u00e9 du pr\u00e9sident de la r\u00e9publique et d&rsquo;un gouvernement pr\u00e9sid\u00e9 par le chef du gouvernement. Le pr\u00e9sident repr\u00e9sente le pays et fixe les lignes directrices de la politique \u00e9trang\u00e8re, ainsi que de la politique de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9, tandis que le premier ministre est responsable de tous les autres domaines politiques. Le fait que le pr\u00e9sident soit directement \u00e9lu lui conf\u00e8re une plus grande l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique que le premier ministre, qui est \u00e9lu par le Parlement.<\/p>\n<p>Bien que le premier ministre soit responsable de la majorit\u00e9 des affaires gouvernementales, le public le per\u00e7oit comme interchangeable et donc moins puissant &#8211; en partie \u00e0 cause du renouvellement rapide des gouvernements depuis la r\u00e9volution. L&rsquo;exp\u00e9rience de ces derni\u00e8res ann\u00e9es montre que cette division du pouvoir ex\u00e9cutif en deux \u00ab\u00a0pr\u00e9sidents\u00a0\u00bb n&rsquo;est possible que si les deux titulaires du poste travaillent ensemble politiquement ou si le premier ministre dispose d&rsquo;une majorit\u00e9 stable au parlement. Or, cela a rarement \u00e9t\u00e9 le cas depuis l&rsquo;adoption de la constitution.<\/p>\n<p>De plus, apr\u00e8s les \u00e9lections parlementaires de 2019, le leader d&rsquo;Ennahdha, Rached Ghannouchi, a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 pr\u00e9sident du Parlement, augmentant ainsi le nombre de \u00ab\u00a0pr\u00e9sidents\u00a0\u00bb pouvant exercer une influence politique. Ghannouchi aborde explicitement les questions politiques actuelles en sa qualit\u00e9 de pr\u00e9sident du Parlement, et non de chef de parti. C&rsquo;est en cette qualit\u00e9, par exemple, qu&rsquo;il a initi\u00e9 ses propres d\u00e9marches diplomatiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la Turquie. Cela a provoqu\u00e9 un toll\u00e9 parmi les groupes anti-islamistes en Tunisie, qui le soup\u00e7onnaient de travailler avec les Fr\u00e8res musulmans. Ghannouchi a \u00e9galement pris parti lors du conflit libyen, abandonnant ainsi la traditionnelle neutralit\u00e9 diplomatique de la Tunisie \u00e0 cet \u00e9gard. Il a \u00e9galement outrepass\u00e9 son autorit\u00e9 lorsqu&rsquo;il a publi\u00e9 une d\u00e9claration officielle critiquant l&rsquo;accord de paix sign\u00e9 par Isra\u00ebl et les \u00c9mirats arabes unis.<\/p>\n<p>Selon un proverbe africain, lorsque les \u00e9l\u00e9phants se battent, c&rsquo;est l&rsquo;herbe qui souffre. De nombreux Tunisiens pensent aujourd&rsquo;hui que le pays a trois pr\u00e9sidents : le pr\u00e9sident de la r\u00e9publique, le premier ministre et le pr\u00e9sident du Parlement. Ils se disputent tous le pouvoir et attisent les conflits entre les institutions d\u00e9mocratiques. Ce conflit, qui d\u00e9passe le cadre des contr\u00f4les d\u00e9mocratiques, affaiblit l&rsquo;action de l&rsquo;\u00c9tat, suscite l&rsquo;inqui\u00e9tude du public quant \u00e0 la direction politique de la Tunisie et diminue la confiance internationale dans un pays qui s&rsquo;appuie sur des relations internationales solides.<\/p>\n<h2>Instruments pour la consolidation de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative<\/h2>\n<p>La crise politique en Tunisie met en \u00e9vidence les leviers qui pourraient \u00eatre utilis\u00e9s pour rendre sa d\u00e9mocratie plus r\u00e9sistante, ainsi que pour contrer les r\u00e9actions excessives, telles que les appels \u00e0 la d\u00e9mocratie directe, ou \u00e0 la suspension temporaire des principes d\u00e9mocratiques (\u00ab\u00a0gouvernement par d\u00e9cret\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Parmi les autres revendications de grande port\u00e9e, on peut citer la modification de la constitution ; bien qu&rsquo;il y ait de nombreuses bonnes raisons \u00e0 cela, elle prendrait beaucoup de temps et n&rsquo;apporterait donc pas de solution \u00e0 la crise politique aigu\u00eb actuelle. Les mesures suivantes seraient moins co\u00fbteuses et plus faciles \u00e0 mettre en \u0153uvre \u00e0 moyen terme :<\/p>\n<h3>Renforcer l&rsquo;\u00e9ducation civique<\/h3>\n<p>Le faible niveau de confiance dans la d\u00e9mocratie et ses principes et proc\u00e9dures (tendance 1) est principalement d\u00fb au manque de connaissances et d&rsquo;informations. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;\u00e9ducation civique devrait \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment plus important de l&rsquo;\u00e9ducation \u00e0 tous les niveaux. Des mesures cibl\u00e9es d&rsquo;\u00e9ducation civique devraient \u00e9galement s&rsquo;adresser aux acteurs politiques actuels, en particulier aux conseillers locaux \u00e9lus en 2018 dans le cadre de la d\u00e9centralisation du pays, ainsi qu&rsquo;aux responsables administratifs locaux. Cela les aiderait \u00e0 accomplir leurs t\u00e2ches et renforcerait la confiance de la population dans la d\u00e9mocratie dans leur vie quotidienne.<\/p>\n<p class=\"c4\"><span class=\"c3\"><em><strong>Le foss\u00e9 entre la \u00ab\u00a0classe politique\u00a0\u00bb, repr\u00e9sent\u00e9e par les partis, et la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble doit \u00eatre r\u00e9par\u00e9.<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<h3>Renforcer la fonction repr\u00e9sentative du syst\u00e8me des partis et sanctionner les partis politiques<\/h3>\n<p>Le syst\u00e8me des partis ne doit pas \u00eatre au-dessus de la loi. Des sanctions l\u00e9gales doivent s&rsquo;appliquer aux partis qui, par exemple, ne respectent pas leurs obligations en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9, ou violent les r\u00e8gles de la d\u00e9mocratie interne du parti. La simple mise en \u0153uvre de ces mesures entra\u00eenerait une plus grande concentration du syst\u00e8me des partis. Il est important de r\u00e9parer le foss\u00e9 qui existe entre la \u00ab\u00a0classe politique\u00a0\u00bb, repr\u00e9sent\u00e9e par les partis, et la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble. Pour y parvenir, les partis doivent attirer davantage de partisans qui ne d\u00e9pendent pas de la politique sur le plan existentiel, ou qui n&rsquo;aspirent pas \u00e0 une carri\u00e8re politique. Par exemple, les jeunes pourraient \u00eatre encourag\u00e9s \u00e0 s&rsquo;engager dans la politique gr\u00e2ce \u00e0 une offre \u00e0 bas seuil, comme l&rsquo;adh\u00e9sion aux ailes jeunesse des partis politiques, qui devrait \u00eatre fortement d\u00e9centralis\u00e9e. Cela pourrait \u00e9galement contribuer \u00e0 cr\u00e9er une masse critique de membres de partis, ce qui est essentiel pour que les partis puissent se contr\u00f4ler plus efficacement. De telles mesures pourraient mettre un terme \u00e0 la diminution de l&rsquo;importance des partis politiques (tendance 2), et renforcer ainsi la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative.<\/p>\n<h3>R\u00e9former la loi \u00e9lectorale<\/h3>\n<p>Quelques r\u00e9formes mineures de la loi \u00e9lectorale permettraient de contrecarrer la fragmentation du parlement. La repr\u00e9sentation proportionnelle devrait \u00eatre maintenue, mais un seuil \u00e9lectoral de trois \u00e0 cinq pour cent devrait \u00eatre mis en place. Les syst\u00e8mes de vote laborieux et compliqu\u00e9s devraient \u00eatre \u00e9vit\u00e9s. Cela vaut \u00e9galement pour l&rsquo;introduction d&rsquo;un syst\u00e8me de vote majoritaire, qui risque de d\u00e9passer la maturit\u00e9 de la d\u00e9mocratie tunisienne en excluant une grande partie de l&rsquo;\u00e9lectorat de la r\u00e9partition des si\u00e8ges. La diversit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 tunisienne serait ainsi mal repr\u00e9sent\u00e9e au parlement. Un seuil \u00e9lectoral r\u00e9duirait le nombre de partis politiques repr\u00e9sent\u00e9s au parlement et favoriserait des majorit\u00e9s plus stables (tendance 3). Il encouragerait \u00e9galement les micro-partis \u00e0 fusionner avec d&rsquo;autres partis pour \u00e9viter de se retrouver potentiellement sans si\u00e8ge. Cela am\u00e9liorerait leur capacit\u00e9 d&rsquo;organisation et leur pertinence politique (tendance 2).<\/p>\n<h3>\u00c9tablir la Cour constitutionnelle<\/h3>\n<p>Il est essentiel de terminer la mise en place de la Cour constitutionnelle, un processus qui est bloqu\u00e9 depuis 2015. La Cour devrait \u00eatre compos\u00e9e de douze juges, dont quatre seront nomm\u00e9s par le Parlement, quatre par le Conseil judiciaire supr\u00eame et quatre par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, la Cour reste vacante parce que le Parlement n&rsquo;a pas approuv\u00e9 quatre candidats, qui doivent \u00eatre \u00e9lus \u00e0 la majorit\u00e9 des deux tiers. Certains hommes politiques semblent nerveux \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de cr\u00e9er un organe excessivement ind\u00e9pendant, ou craignent que la situation de majorit\u00e9 au parlement ne conduise \u00e0 la nomination de juges religieusement conservateurs qui interpr\u00e9teraient la loi en cons\u00e9quence. Dans une certaine mesure, ces craintes sont l&rsquo;expression du manque d&rsquo;exp\u00e9rience du pays en mati\u00e8re de cour constitutionnelle. Le processus pourrait \u00eatre mis en route si le Conseil judiciaire et le pr\u00e9sident s\u00e9lectionnaient leurs huit juges, ce qui augmenterait la pression sur le parlement. La mise en place de la Cour constitutionnelle r\u00e9duirait les conflits de comp\u00e9tences d\u00e9crits dans la tendance 4, et permettrait ainsi une action gouvernementale plus constructive.<\/p>\n<h3>Introduire des r\u00e8gles sur la commutation entre les partis<\/h3>\n<p>Le nomadisme politique au sein du parlement affaiblit sa fonction repr\u00e9sentative, car les membres du parlement ont tendance \u00e0 s&rsquo;\u00e9loigner de la volont\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lectorat. Les changements fr\u00e9quents de parti entra\u00eenent une modification permanente de l&rsquo;\u00e9quilibre des pouvoirs. Cela rend difficile le maintien d&rsquo;un contr\u00f4le l\u00e9gitime sur le pouvoir ex\u00e9cutif et favorise l&rsquo;instabilit\u00e9. En outre, \u00e0 la fin d&rsquo;une p\u00e9riode l\u00e9gislative, il est presque impossible pour les \u00e9lecteurs d&rsquo;attribuer la responsabilit\u00e9 politique de leurs d\u00e9cisions parlementaires \u00e0 des d\u00e9put\u00e9s particuliers et de voter en cons\u00e9quence. Il serait utile que les d\u00e9put\u00e9s s&rsquo;engagent \u00e0 faire preuve d&rsquo;une plus grande loyaut\u00e9 envers leur parti, ou que des r\u00e8gles soient introduites sur le passage d&rsquo;un parti \u00e0 l&rsquo;autre. Par exemple, des d\u00e9lais pr\u00e9cis pourraient \u00eatre fix\u00e9s pour changer de parti, comme c&rsquo;est le cas en Afrique du Sud. En outre, les \u00e9lecteurs pourraient sanctionner le nomadisme politique si les organismes gouvernementaux ou non gouvernementaux fournissaient un suivi et une documentation plus d\u00e9taill\u00e9s de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. La r\u00e9glementation et le contr\u00f4le cr\u00e9eraient des obstacles au changement de parti, ce qui r\u00e9duirait alors l&rsquo;instabilit\u00e9 politique qui d\u00e9coule du manque de majorit\u00e9s s\u00fbres au Parlement (Tendance 3).<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong><em>La d\u00e9mocratie a \u00e9t\u00e9 mise sous pression avant d&rsquo;avoir pu acqu\u00e9rir la r\u00e9silience dont elle avait besoin.<\/em><\/strong><\/p>\n<h2>Conclusion : Une premi\u00e8re d\u00e9cennie de d\u00e9mocratie difficile<\/h2>\n<p>Les dix premi\u00e8res ann\u00e9es de la transition politique en Tunisie ont certainement \u00e9t\u00e9 mouvement\u00e9es. Sa d\u00e9mocratie a \u00e9t\u00e9 mise sous pression avant qu&rsquo;elle n&rsquo;ait pu acqu\u00e9rir la r\u00e9silience n\u00e9cessaire pour surmonter les crises internes et externes. Les attaques terroristes aux effets catastrophiques sur le tourisme, si vital pour l&rsquo;\u00e9conomie, la guerre qui dure depuis presque dix ans en Libye voisine, l&rsquo;influence croissante des \u00c9tats autoritaires dans la r\u00e9gion et, plus r\u00e9cemment, la pand\u00e9mie de coronavirus ont tous cr\u00e9\u00e9 des conditions difficiles pour le d\u00e9veloppement de la d\u00e9mocratie. Selon le point de vue de chacun, les r\u00e9cents d\u00e9veloppements politiques en Tunisie peuvent \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s comme une r\u00e9ussite incompl\u00e8te ou comme une preuve incompl\u00e8te de l&rsquo;\u00e9chec de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, le tableau a \u00e9t\u00e9 assombri par l&rsquo;instabilit\u00e9 politique, une approche incoh\u00e9rente des libert\u00e9s, le manque de sens des responsabilit\u00e9s en politique et dans la soci\u00e9t\u00e9, et par l&rsquo;incapacit\u00e9 des hommes politiques \u00e0 concevoir et \u00e0 mettre en \u0153uvre des solutions \u00e0 long terme pour r\u00e9soudre les goulots d&rsquo;\u00e9tranglement du d\u00e9veloppement du pays.<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;une r\u00e9ussite sont sans aucun doute l&rsquo;organisation d&rsquo;\u00e9lections parlementaires et pr\u00e9sidentielles conformes aux normes d\u00e9mocratiques, l&rsquo;adoption d&rsquo;une constitution d\u00e9mocratique en 2014, une soci\u00e9t\u00e9 civile active qui prot\u00e8ge la d\u00e9mocratie et une presse libre. Dans l&rsquo;ensemble, la Tunisie reste une r\u00e9f\u00e9rence importante dans la r\u00e9gion en termes de d\u00e9veloppement culturel, religieux et d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Une poursuite r\u00e9ussie de cette transition d\u00e9mocratique enverrait \u00e9galement un signal important aux pays qui n&rsquo;ont pas encore commenc\u00e9 ou achev\u00e9 ce processus, et encouragerait les d\u00e9fenseurs locaux de la d\u00e9mocratie. Un \u00e9chec alimenterait les mouvements antid\u00e9mocratiques et confirmerait l&rsquo;opinion des sceptiques selon laquelle la d\u00e9mocratie est irr\u00e9alisable dans le monde arabe.<br \/>\u00a0<\/p>\n<p><strong>Dr Holger Dix<\/strong><\/p>\n<p><span class=\"c5\"><em>Dr Holger Dix est le Repr\u00e9sentant R\u00e9sident de la Konrad-Adenauer-Stiftung pour la Tunisie \/ Alg\u00e9rie, bas\u00e9 \u00e0 Tunis, Tunisie<\/em><\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31389-dr-holger-dix-partis-en-crise-instabilite-et-la-volonte-du-peuple-tendances-recentes-de-la-jeune-democratie-en-tunisie\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un regard ext\u00e9rieur, mais \u00e0 partir de la Tunisie, pour \u00e9valuer le chemin parcouru par la Tunisie durant la d\u00e9cennie \u00e9coul\u00e9e et dessiner les voies d&rsquo;avenir est toujours utile. Il est encore plus instructif lorsqu&rsquo;il \u00e9mane d&rsquo;un observateur averti et un praticien sur le terrain, comme le Dr Holger Dix, Repr\u00e9sentant R\u00e9sident de la Konrad-Adenauer-Stiftung [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-110720","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/110720","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=110720"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/110720\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=110720"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=110720"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=110720"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}