{"id":111624,"date":"2021-02-19T10:50:00","date_gmt":"2021-02-19T15:50:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-il-faut-que-dire-devienne-faire\/"},"modified":"2021-02-19T10:50:00","modified_gmt":"2021-02-19T15:50:00","slug":"tunisie-il-faut-que-dire-devienne-faire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-il-faut-que-dire-devienne-faire\/","title":{"rendered":"Tunisie: Il faut que dire devienne faire!"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Abdelatif-Mrabet.jpg\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Par Abdellatif Mrabet &#8211;<\/strong><\/em><\/span> Le minist\u00e8re des affaires culturelles n\u2019est plus. Vive le minist\u00e8re de la culture et de la valorisation du patrimoine!\u00a0 Dans notre pays, la valse des d\u00e9nominations des portefeuilles minist\u00e9riels continue. Celui de la culture, depuis sa cr\u00e9ation en 1961, a\u00a0 port\u00e9 des appellations diff\u00e9rentes en s\u2019associant m\u00eame parfois au d\u00e9partement de l\u2019information. La derni\u00e8re en date de ses appellations, adopt\u00e9e en 2016, en avait expurg\u00e9 les mots \u00absauvegarde du patrimoine\u00bb pour les diluer dans l\u2019intitul\u00e9\u00a0 g\u00e9n\u00e9rique d\u2019 \u00abaffaires culturelles\u00bb, une d\u00e9nomination qui n\u2019est pas sans rappeler celle du minist\u00e8re Malraux, 1<sup>er<\/sup> portefeuille du genre en France, sous la V<sup>e<\/sup> R\u00e9publique mais qui, en Tunisie a d\u00e9j\u00e0 servi aux tous d\u00e9buts, en 1961, avec le regrett\u00e9 Chedli Klibi. Cependant, voici qu\u2019il y a moins d\u2019un mois, le 16 janvier 2021, le pr\u00e9sident du gouvernement, annon\u00e7ant son dernier remaniement minist\u00e9riel \u2013 \u00e0 ce jour virtuel et dont on ne sait s\u2019il va voir le jour &#8211; nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une nouvelle d\u00e9nomination o\u00f9, bien revenu en titre, le patrimoine est arrim\u00e9 \u00e0 valorisation plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 sauvegarde. Qu\u2019est-ce \u00e0 dire? Encore un fait du prince, un changement de cap? une nouvelle perspective de politique patrimoniale? L\u2019avenir nous le dira, pour s\u00fbr.\u00a0 Cependant, dans notre pays, pays de tourisme, la valorisation, tout autant que le mot, employ\u00e9 il est vrai, depuis les ann\u00e9es 1990, est d\u00e9j\u00e0 connue et revendiqu\u00e9e comme \u00e9tant une pratique patrimoniale courante. En effet, jug\u00e9e indissociable de la notion de d\u00e9veloppement durable et plus particuli\u00e8rement de son retentissement sur les territoires porteurs du\u00a0 patrimoine culturel, \u00e9tape situ\u00e9e en aval du processus de gestion patrimoniale, elle a \u00e9t\u00e9 tent\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises via des mesures diverses de d\u00e9veloppement et de mise en tourisme. Ainsi, s\u2019agissant des sites arch\u00e9ologiques, du moins les plus grands d\u2019entre eux, on a annonc\u00e9 plus d\u2019une fois et\u00a0 souvent de fa\u00e7on p\u00e9remptoire &#8211;\u00a0 la mise en place de quelques parcs (Carthage, Dougga, Sbe\u00eftla et Oudhna) et d\u00e9clar\u00e9 vouloir \u00e9tablir quelques plans de protection et de mise en valeur (Carthage, Dougga). Cependant, il faut le reconna\u00eetre, sauf de rares exceptions, peu de ces r\u00e9alisations virent r\u00e9ellement le jour. Carthage, site exceptionnel du patrimoine mondial, n\u2019a toujours pas de plan de protection et de mise en valeur (PPMV), cela malgr\u00e9 des tentatives diverses, toutes curieusement non abouties. Il en va de m\u00eame pour le site non moins exceptionnel de Dougga qui attend toujours le sien. Nos trois M\u00e9dinas\u00a0 inscrites sur la liste du patrimoine de l\u2019humanit\u00e9 (Tunis, Kairouan et Sousse) n\u2019ont pas elles non plus, \u00e0 ce jour, de plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV). Idem pour l\u2019ensemble historique et traditionnel de Sidi Bou Sa\u00efd qu\u2019on dit aussi vouloir inscrire sur la liste du patrimoine universel\u2026 A cela, ajoutons aussi qu\u2019aucun de ces grands sites \u2013 pas m\u00eame Carthage &#8211; n\u2019a de centre d\u2019interpr\u00e9tation digne de ce nom. Pourtant les \u00e9crits annon\u00e7ant \u00e0 coup de manchettes le recours \u00e0 cet instrument pour valoriser les grands sites ne manquent pas. Nous attendons \u00e0 ce jour le centre d\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019architecture et du patrimoine qu\u2019on nous a promis pour le site de Dougga. Celui de Kairouan, pourtant bel et bien construit \u00e0 proximit\u00e9\u00a0 de l\u2019entr\u00e9e principale de la grande mosqu\u00e9e en vue d\u2019introduire \u00e0 sa visite, lui non plus n\u2019a pas vu le jour, d\u2019embl\u00e9e travesti en locaux pour l\u2019inspection r\u00e9gionale du patrimoine. Quant au dit centre de pr\u00e9sentation des monuments de la m\u00e9dina de la capitale, r\u00e9cemment mis en place (2019), il est de si faible envergure, si modeste, si peu fourni en indications qu\u2019il ne peut pr\u00e9tendre servir l\u2019objectif\u00a0 valorisation..<\/p>\n<p>Veut-on, en changeant ainsi la d\u00e9nomination du minist\u00e8re, rattraper le temps perdu et r\u00e9soudre tous ces probl\u00e8mes en concr\u00e9tisant toutes ces actions avort\u00e9es, inabouties ?<\/p>\n<p>La chose n\u2019est pas impossible, pour peu que nous sachions nous mobiliser, f\u00e9d\u00e9rer nos efforts et les coordonner. Il faut en effet comprendre que les acteurs du patrimoine ne sont pas uniquement les professionnels de l\u2019arch\u00e9ologie. Il y a les autorit\u00e9s locales et la soci\u00e9t\u00e9 civile avec lesquels il faudra d\u00e9sormais compter pour r\u00e9ussir les actions patrimoniales projet\u00e9es. Cela parait \u00e9vident intellectuellement parlant mais dans les faits, la donne\u00a0 est encore loin\u00a0 d\u2019\u00eatre acquise. Il faut en effet que les responsables admettent que l\u2019on ne peut prot\u00e9ger et encore moins valoriser un patrimoine sans l\u2019implication \u2013 et parfois m\u00eame l\u2019assentiment &#8211; des concern\u00e9s eux-m\u00eames. La r\u00e9ussite sur ce plan est donc tributaire de la participation citoyenne car la valorisation est aussi un acte\u00a0 de d\u00e9veloppement culturel territorial.<\/p>\n<p>Cependant, le patrimoine\u00a0 n\u2019est pas que monumental. Aujourd\u2019hui, il existe une v\u00e9ritable illimitation patrimoniale. Les patrimoines sont devenus pluriels, mat\u00e9riel, immat\u00e9riel, naturel, arch\u00e9ologique, industriel, de proximit\u00e9\u2026 autant d\u2019h\u00e9ritages que nous devons pr\u00e9server et qui n\u00e9cessitent eux aussi d\u2019\u00eatre valoris\u00e9s, les uns tout autant que les autres. Allons-nous pouvoir le faire ? Saurons-nous le faire,\u00a0 sachant le retard pris dans l\u2019\u00e9tude et l\u2019inventaire de tous ces avoirs ? L\u00e0 aussi, l\u2019optimisme peut \u00eatre de mise, sachant les comp\u00e9tences dont dispose le pays &#8211; pour peu qu\u2019on sache les mobiliser. Mais, ce qui immanquablement fait d\u00e9faut, ce sont les moyens, l\u2019argent, le nerf de l\u2019action.\u00a0 De ce point de vue, il importe que les d\u00e9cideurs sachent\u00a0 que le budget actuel de la culture, dans son ensemble, suffit \u00e0 peine \u00e0 l\u2019entretien du seul patrimoine. Qu\u2019attendons-nous pour chercher des solutions ? Elles existent. Il faut les tenter. On a certes bien fait de l\u00e9gif\u00e9rer sur le m\u00e9c\u00e9nat culturel en l\u2019adoptant dans la loi compl\u00e9mentaire des finances de 2014 mais, insuffisamment m\u00e9diatis\u00e9, ce dispositif est rest\u00e9 d\u2019un apport fort mineur. La question du financement du patrimoine doit \u00eatre r\u00e9ellement d\u00e9battue.\u00a0 Sans moyens ad\u00e9quats, nous valoriserons peu et sauvegardons encore moins !<\/p>\n<p>La valorisation, c\u2019est aussi une affaire d\u2019outils. Ceux-ci, comme la notion m\u00eame du patrimoine, ont beaucoup \u00e9volu\u00e9 ces derniers temps. La nouveaut\u00e9 est du c\u00f4t\u00e9 des technologies num\u00e9riques. La num\u00e9risation et les applications qui en d\u00e9coulent peuvent profiter au patrimoine en en augmentant l\u2019attractivit\u00e9 et en le rendant davantage accessible au consommateur, citoyen ou touriste. Elles peuvent aussi, par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019imagerie en 3D en faciliter la restitution, la reproduction, la documentation et la mod\u00e9lisation. De tels savoirs, ne nous sont pas \u00e9trangers et il convient de les mettre massivement au service des projets de valorisation que nous souhaitons engager. Il faut en effet num\u00e9riser davantage de monuments, de pi\u00e8ces arch\u00e9ologiques et de pratiques culturelles qu\u2019on ne l\u2019a fait jusqu\u2019ici. Les quelques exp\u00e9riences de valorisation accomplies ou en cours par le biais de la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle et augment\u00e9e au mus\u00e9e du Bardo ainsi qu\u2019au mus\u00e9e de Sousse sont fort concluantes. Idem aussi pour diverses op\u00e9rations de reconstitution de monuments- \u00e0 l\u2019exemple du temple des eaux de Zaghouan, du nymph\u00e9e de Dougga\u2026- ainsi que de visite virtuelle des grands sites de Carthage, de Sbeitla et de Dougga\u2026 Vaste et porteur le domaine du num\u00e9rique a d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 lieu \u00e0 l\u2019\u00e9closion de multiples\u00a0 Start-up sp\u00e9cialis\u00e9es et il est \u00e0 esp\u00e9rer que l\u2019investissement dans ce secteur de l\u2019\u00e9conomie culturelle grandisse davantage.<\/p>\n<p>L\u2019optimisme reste donc de volont\u00e9.\u00a0 Toutefois, quelquefois, pour ne pas dire souvent, alors\u00a0 que les comp\u00e9tences existent, c\u2019est la bonne gouvernance qui semble faire d\u00e9faut ! La valorisation, il faut le dire, est une affaire de gestion et non de d\u00e9nomination. Ces derniers temps, on a vu prolif\u00e9rer les gestes de mauvaise gouvernance et d\u2019incomp\u00e9tence affectant des sites qu\u2019on croyait intouchables, prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019Etat, les uns au national, par classement, les autres, \u00e0 l\u2019international, par inscription sur la liste du patrimoine mondial. Le cas de Carthage en est un triste exemple. Idem aussi pour les ksour qui sont pour la plupart en d\u00e9ficit de restauration. Ils ne sont pas les seuls. Les monuments historiques en perdition, h\u00e9las,\u00a0 se comptent par dizaines. Les mus\u00e9es ne sont pas mieux lotis. C\u2019est ainsi qu\u2019on en a vu fermer quelques uns, le plus illustre \u00e9tant celui national\u00a0 de Carthage totalement soustrait \u00e0 la visite depuis 2018. Le Bardo, quant \u00e0 lui, n\u2019est pas au mieux de son rendement avec des salles en attente d\u2019exploitation et des \u00ab r\u00e9glages \u00bb qui tardent \u00e0 venir. Aussi, ces derniers temps, faisant dans le spectaculaire, priorisant ce qui n\u2019\u00e9tait pas prioritaire, on a multipli\u00e9 les annonces d\u2019actions \u00e0 l\u2019international et on a occult\u00e9 les urgences auxquelles, h\u00e9las, nous rechignons de plus en plus \u00e0 faire face. Pour l\u2019heure donc,\u00a0 valoriser c\u2019est aussi remobiliser et rassembler les forces pour pouvoir corriger\u00a0 les d\u00e9viations, limiter les d\u00e9g\u00e2ts et ne pas c\u00e9der aux difficult\u00e9s. Sommes-nous r\u00e9ellement pr\u00eats \u00e0 retrousser nos manches ?<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Abdellatif Mrabet<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31460-tunisie-il-faut-que-dire-devienne-faire\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Abdellatif Mrabet &#8211; Le minist\u00e8re des affaires culturelles n\u2019est plus. 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