{"id":111682,"date":"2021-02-20T06:00:00","date_gmt":"2021-02-20T11:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-el-aziz-ben-achour-la-creation-dune-police-a-tunis-en-1860\/"},"modified":"2021-02-20T06:00:00","modified_gmt":"2021-02-20T11:00:00","slug":"mohamed-el-aziz-ben-achour-la-creation-dune-police-a-tunis-en-1860","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-el-aziz-ben-achour-la-creation-dune-police-a-tunis-en-1860\/","title":{"rendered":"Mohamed-El Aziz Ben Achour: La cr\u00e9ation d\u2019une police \u00e0 Tunis en 1860"},"content":{"rendered":"<p><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Aziz-Ben-Achour(24).jpg\" alt=\"\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>Dans l\u2019histoire urbaine musulmane, la gestion des villes a toujours fait l\u2019objet d\u2019une attention particuli\u00e8re de la part du pouvoir central. Le souci constant \u00e9tait, bien entendu, d\u2019assurer l\u2019approvisionnement de la population en denr\u00e9es alimentaires et produits de qualit\u00e9 et d\u2019assurer l\u2019ordre. C\u2019est ainsi qu\u2019apparurent t\u00f4t dans l\u2019histoire des villes la fonction du muhtassib,\u00a0 responsable de la police des march\u00e9s, de la voie publique et censeur des m\u0153urs, et celle de la \u00abchourta\u00bb, qui de nos jours encore d\u00e9signe la police.\u00a0 La charia \u00e9tant une r\u00e9f\u00e9rence centrale dans l\u2019urbanisme comme dans l\u2019organisation de l\u2019ordre urbain, il convient de signaler ici le r\u00f4le actif du cadi.\u00a0 Certes, prioritairement concern\u00e9 par les affaires li\u00e9es au statut personnel, ce haut magistrat religieux avait un droit de regard sur la gestion de la ville, le contr\u00f4le du commerce des produits alimentaires et des grains, et divers contentieux survenant entre les habitants.<\/strong><\/p>\n<p>A Tunis au temps des beys husse\u00efnites, les autorit\u00e9s urbaines \u00e9taient le cheikh el m\u00e9dina. Repr\u00e9sentant du Bey et porte-parole des citadins, il \u00e9tait charg\u00e9 du maintien de l\u2019ordre dans la m\u00e9dina et ses souks, et exer\u00e7ait son autorit\u00e9 sur les am\u00een-s, syndics de m\u00e9tiers et du commerce. Exer\u00e7ant \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames fonctions mais dans le p\u00e9rim\u00e8tre des faubourgs, on trouvait les cheikhs de Bab Souika et de Bab El Jazira. A un niveau inf\u00e9rieur, il y avait les mharik-s chefs de quartiers. La surveillance de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique et le contr\u00f4le de la qualit\u00e9 \u00e9taient confi\u00e9s aux marchands et artisans les plus qualifi\u00e9s. Les am\u00een-s des vivres (am\u00een-s al ma\u2019\u00e2ch), pour leur part, \u00e9taient charg\u00e9s de contr\u00f4ler le prix du bl\u00e9 et la qualit\u00e9 des denr\u00e9es.<\/p>\n<p>H\u00e9ritage de la conqu\u00eate ottomane, des autorit\u00e9s militaires exer\u00e7aient \u00e9galement des attributions en mati\u00e8re d\u2019administration de la ville. Le Dey ou Daoulatl\u00ee, qui fut jadis le ma\u00eetre du pays, finit par \u00eatre soumis \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 des beys husse\u00efnites. Il garda cependant la fonction de gouverneur de la ville et de magistrat urbain. Assist\u00e9 d\u2019un torjm\u00e2n (interpr\u00e8te, mais qui \u00e9tait en fait \u00ab l\u2019\u0153il du Bey \u00bb), le dey exer\u00e7ait une justice correctionnelle en son pr\u00e9toire connu sous le nom de Dr\u00eebat el dey. Il avait le pouvoir de mettre aux arr\u00eats, de condamner au bagne et de faire donner la bastonnade jusqu\u2019\u00e0 trois cents coups. L\u2019agha de la Kasbah, gouverneur de la citadelle, avait la garde des clefs de la ville. Cet officier ainsi que le chef des janissaires (agha al askar ou agha al kors\u00ee) et l\u2019officier-payeur de la milice (kahia du Dar el Pacha) avaient des attributions judiciaires en mati\u00e8re de contrats, dettes et d\u00e9lits mineurs. Ce r\u00f4le inattendu chez des militaires leur assurait cependant de substantiels revenus gr\u00e2ce aux droits qu\u2019ils pr\u00e9levaient. Vestiges de l\u2019ancienne organisation ottomane, ces dignit\u00e9s disparurent entre 1855 et 1860.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Dribha-1.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Si durant le jour, le maintien de l\u2019ordre ne posait pas de r\u00e9els probl\u00e8mes, la nuit, avec\u00a0 ses tentations interlopes et ses dangers, \u00e9tait, dans l\u2019ancien temps, la peur des honn\u00eates gens et la pr\u00e9occupation constante des autorit\u00e9s. Aussi le couvre-feu, annonc\u00e9 au cr\u00e9puscule par un coup de canon dit \u00abs\u00e2chma\u00bb, \u00e9tait-il impos\u00e9 \u00e0 longueur d\u2019ann\u00e9e. On proc\u00e9dait alors \u00e0 la fermeture des souks, des portes des remparts ext\u00e9rieurs, et celles s\u00e9parant la m\u00e9dina des faubourgs. Interdiction \u00e9tait faite \u00e0 tous de sortir et de circuler. Quelques exceptions \u00e9taient pr\u00e9vues, comme de pouvoir se rendre \u00e0 l\u2019oratoire du quartier pour la pri\u00e8re du soir et de l\u2019aube, qu\u00e9rir un m\u00e9decin ou porter une nouvelle urgente sous la surveillance des veilleurs de nuit.\u00a0 Les rares personnes admises \u00e0 circuler devaient d\u00e9cliner leur identit\u00e9 et \u00eatre munies d\u2019une lanterne (fn\u00e2r). A ce propos, il est int\u00e9ressant de souligner avec l\u2019historien Arnaud Exbalin que, comme ici, dans toutes les villes d\u2019Occident, le couvre-feu (courfeu dans l\u2019ancien usage fran\u00e7ais, d\u2019o\u00f9 l\u2019anglais curfew) \u00e9tait la norme jusqu\u2019au XVIIIe si\u00e8cle. A Tunis, les princes husse\u00efnites, toujours soucieux de parer \u00e0 toute tentative de soul\u00e8vement des janissaires log\u00e9s dans la cit\u00e9, et gardant \u00e0 l\u2019esprit l\u2019origine militaire de la fonction de dey, priv\u00e8rent de cette attribution le titulaire de cette charge. Ils confi\u00e8rent donc la s\u00e9curit\u00e9 de la ville durant la nuit au cheikh el m\u00e9dina et aux cheikhs des faubourgs. Leurs agents (laww\u00e2ja) effectuaient des rondes nocturnes. Les auteurs de d\u00e9lits \u00e9taient d\u00e9f\u00e9r\u00e9s le lendemain \u00e0 la Dr\u00eeba du dey par le cheikh el m\u00e9dina.\u00a0<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Plaque-de-police.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, cette organisation traditionnelle apparut insuffisante \u00e0 un Etat beylical engag\u00e9 dans un programme de r\u00e9formes politiques et institutionnelles.\u00a0 A Tunis m\u00eame, outre ce programme de modernisation, il fallut trouver une solution \u00e0 la perturbation de l\u2019ordre urbain ancien cons\u00e9cutif \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation des \u00e9trangers en mati\u00e8re de commerce et de propri\u00e9t\u00e9.\u00a0 Pire encore, dans les ann\u00e9es 1850-1860, la paup\u00e9risation des milieux musulmans d\u2019artisans et de marchands sous les coups de boutoir de la concurrence des produits europ\u00e9ens\u00a0 et l\u2019exode de populations mis\u00e9rables, chass\u00e9es de leurs campagnes au lendemain de la f\u00e9roce r\u00e9pression de la r\u00e9volte de 1864, provoqu\u00e8rent une hausse inou\u00efe de la criminalit\u00e9. Dans les proc\u00e8s-verbaux de justice, un mot revient avec une fr\u00e9quence remarquable : \u00abtahy\u00eer r\u00e2hat al soukk\u00e2n\u00bb, l\u2019atteinte \u00e0 l\u2019ordre public et \u00e0 la qui\u00e9tude des habitants.\u00a0 Dans ces conditions, l\u2019Etat\u00a0 qui avait cr\u00e9\u00e9 en 1858\u00a0 un Conseil municipal et, en 1860, une cour p\u00e9nale de droit \u00abs\u00e9culier\u00bb, saisit l\u2019occasion de la mort du dey Kchouk Mhammad en septembre 1860 pour supprimer cette dignit\u00e9 et cr\u00e9er une police d\u2019un type nouveau appel\u00e9e al Dhabtiya (du terme polys\u00e9mique arabe \u00abdhabt\u00bb dont un des sens est \u00abmaintien de l\u2019ordre\u00bb; en fran\u00e7ais on adopta la forme \u00abzapti\u00e9s\u00bb, comme en turc). Le Bey d\u00e9signa \u00e0 sa t\u00eate un g\u00e9n\u00e9ral (am\u00eer liou\u00e2 puis am\u00eer oumar\u00e2 ou far\u00eek) qui installa son administration dans l\u2019ancien local du dey, d\u2019o\u00f9 le nom qu\u2019on lui donna couramment de Far\u00eek al Dr\u00eeba.\u00a0 Son titre officiel \u00e9tait cependant ra\u2019\u00ees (pr\u00e9sident)majlis (conseil) el Dhabtiya. A sa cr\u00e9ation, ce conseil comprenait aussi trois dignitaires (les g\u00e9n\u00e9raux Mourad et Othman Hachem et Larbi Zarrouk, alors vice-pr\u00e9sident du conseil municipal), du cheikh el m\u00e9dina\u00a0 et des cheikhs des deux faubourgs de Tunis. Succ\u00e9dant au dey, le chef de la police des zapti\u00e9s h\u00e9rita de ses pr\u00e9rogatives de gouverneur de la ville charg\u00e9 de la s\u00e9curit\u00e9 et du maintien de l\u2019ordre ainsi que le pouvoir lui aussi, le pouvoir d\u2019emprisonner les fauteurs de troubles et de juger les d\u00e9lits mineurs. A la diff\u00e9rence du dey, ce nouveau dignitaire compta parmi ses attributions la s\u00e9curit\u00e9 de la ville pendant la nuit.\u00a0<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Zapti\u00e9s.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Comme \u00e0 Istanbul, o\u00f9, depuis 1839, existait une force de s\u00e9curit\u00e9 appel\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment \u00abZaptiy\u00e9\u00bb, l\u2019organisation de la nouvelle police tunisienne fut calqu\u00e9e sur le mod\u00e8le militaire. Le g\u00e9n\u00e9ral avait sous ses ordres un colonel, deux lieutenants-colonels, un commandant, divers officiers subalternes dont deux lieutenants charg\u00e9s sp\u00e9cialement des affaires engageant des Europ\u00e9ens ainsi qu\u2019un secr\u00e9taire, un intendant. Un docteur italien, Achille Brignone, \u00e9tait attach\u00e9 \u00e0 la police en qualit\u00e9 de m\u00e9decin. Pour assurer l\u2019ordre, des postes (markaz-s) furent r\u00e9partis en divers endroits de la ville. Les plus importants \u00e9tant ceux du quartier g\u00e9n\u00e9ral de la police (markaz al Dr\u00eeba), de Bab al Bahr (dite, plus tard, \u00abPorte de France\u00bb qui \u00e9tait l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la m\u00e9dina pour tout ce qui venait du port de La Goulette, mais aussi le quartier o\u00f9 r\u00e9sidaient les consuls et les marchands europ\u00e9ens, ce qui n\u00e9cessitait un contr\u00f4le vigilant), d\u2019al Halfaouine, pour la surveillance du faubourg, et le poste du quartier juif (al H\u00e2ra). Un cinqui\u00e8me poste \u00e9tait celui qui organisait les patrouilles nocturnes appel\u00e9es karaghoul (mot d\u00e9riv\u00e9 du terme turc \u00abkarakuluk\u00e7u\u00bb, force charg\u00e9e du maintien de l\u2019ordre). Chaque poste \u00e9tait command\u00e9 par un binb\u00e2ch\u00ee (commandant). Le nombre des zapti\u00e9s (dhabtiya) \u00e9tait d\u2019environ 600 hommes recrut\u00e9s parmi les soldats de l\u2019arm\u00e9e tunisienne.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Le-g\u00e9n\u00e9ral-Othman-Hachem.jpg\" alt=\"\" width=\"40%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"right\"\/>Notons qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence du Conseil municipal avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e uniquement \u00e0 Tunis, la police des zapti\u00e9s fut institu\u00e9e dans d\u2019autres villes. La correspondance administrative conserv\u00e9e aux Archives nationales (AGT, dossier 445), ainsi que le Journal officiel de 1883 nous apprennent, en effet, que Le Bardo et La Goulette et m\u00eame Zaghouan, T\u00e9bourba ou Mateur avaient leurs zapti\u00e9s. Relevaient-ils de l\u2019autorit\u00e9 sup\u00e9rieure du g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e9sident du majlis al Dhabtiya? Nous ne pouvons l\u2019affirmer mais nous ne pensons pas que l\u2019Etat aurait laiss\u00e9 entre les mains d\u2019un seul homme la s\u00e9curit\u00e9 publique dans la capitale et sur l\u2019ensemble du territoire.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Th\u00e9oriquement, les choses paraissaient rationnelles et susceptibles de renforcer l\u2019ordre de la cit\u00e9 par la cr\u00e9ation d\u2019une force de police r\u00e9guli\u00e8re. Mais, comme c\u2019\u00e9tait toujours le cas \u00e0 l\u2019\u00e9poque, les institutions nouvelles ne rempla\u00e7aient pas les anciennes. Elles se superposaient\u00a0 simplement \u00e0 elles. Cette coexistence elle-m\u00eame n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9glement\u00e9e par le pouvoir central, de sorte que l\u2019action de la nouvelle police \u00e9tait \u00e0 la fois difficile et entach\u00e9e d\u2019abus. Organis\u00e9 comme une troupe et command\u00e9 par des militaires, le corps des zapti\u00e9s eut tendance \u00e0 bousculer les institutions urbaines avec lesquelles il \u00e9tait cens\u00e9 collaborer.\u00a0 Les am\u00een-s, syndics des m\u00e9tiers et contr\u00f4leurs \u00e9conomiques, sans doute d\u00e9daign\u00e9s par les officiers sup\u00e9rieurs qui commandaient le corps, eurent \u00e0 en souffrir. En 1873, le syndic des parfumeurs (am\u00een el \u2018att\u00e2r\u00een), personnage respectable s\u2019il en fut, fit saisir des encens frelat\u00e9s et envoya le fraudeur \u00e0 la prison des zapti\u00e9s. Le chef de poste le remit en libert\u00e9 et fit savoir \u00e0 l\u2019am\u00een qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e0 se m\u00ealer de cette histoire ! Comme ce dernier maintenait fermement sa position, le policier d\u00e9cr\u00e9ta que la marchandise frelat\u00e9e \u00e9tait une \u00abvari\u00e9t\u00e9 tunisienne \u00bb et que l\u2019encens pur, vendu au souk El Att\u00e2r\u00een, \u00e9tait simplement la \u00ab vari\u00e9t\u00e9 de Stamboul\u00bb. Face \u00e0 une telle outrecuidance, le notable en r\u00e9f\u00e9ra au Premier ministre. Notable prudent, il pr\u00e9cisa dans sa lettre qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas de taille \u00e0 se mesurer au \u00ab g\u00e9n\u00e9ral de division, pr\u00e9sident du Conseil des dhabtiya \u00bb et qu\u2019il n\u2019avait pour but que d\u2019informer l\u2019autorit\u00e9 sup\u00e9rieure.\u00a0 En 1870, le cheikh el m\u00e9dina se plaignit au minist\u00e8re de l\u2019insolence d\u2019un syndic prot\u00e9g\u00e9 par un officier zapti\u00e9.\u00a0 Deux hautes autorit\u00e9s de contr\u00f4le de l\u2019approvisionnement de la ville, le pr\u00e9sident du Conseil municipal et le cadi, pour leur part, se plaignaient des agissements de la nouvelle police, notamment des exactions dont \u00e9taient souvent victimes les contr\u00f4leurs des denr\u00e9es (am\u00een-s al ma\u2019\u00e2ch) et des gardes municipaux charg\u00e9s de les escorter.\u00a0 Sans doute \u00e9tait-ce d\u00fb \u00e0 la complicit\u00e9 de certains agents avec les fraudeurs dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la corruption \u00e9tait courante.<\/p>\n<p>L\u2019insuffisance de l\u2019action en mati\u00e8re de maintien de l\u2019ordre et notamment durant la nuit \u00e9tait un autre motif de protestation. Les consuls europ\u00e9ens, toujours \u00e0 l\u2019aff\u00fbt d\u2019une r\u00e9crimination \u00e0 adresser au Bey durant cette p\u00e9riode pr\u00e9coloniale, se plaignaient ainsi du manque d\u2019effectifs et de l\u2019incapacit\u00e9 de la police \u00e0 d\u00e9manteler les bandes de malfaiteurs, voire leur passivit\u00e9 complice.\u00a0 Paolo Tapia, consul d\u2019Autriche, signalait ainsi au Premier ministre l\u2019existence de caf\u00e9s louches et qui jouissaient pourtant d\u2019une \u00e9trange impunit\u00e9. Licurgo Maccio, consul d\u2019Italie \u00abse voyait contraint\u00bb de signaler la complicit\u00e9 de certains agents avec des prisonniers, en leur facilitant notamment les contacts avec l\u2019ext\u00e9rieur. Plus graves encore \u00e9taient les accusations de vols et d\u2019agression commis par les policiers eux-m\u00eames.\u00a0 Les minutes du tribunal p\u00e9nal de Tunis (1860-1864) mentionnent, parmi les innombrables d\u00e9lits, des affaires de m\u0153urs et de vol impliquant des zapti\u00e9s qui s\u2019\u00e9taient acoquin\u00e9s avec des prox\u00e9n\u00e8tes et des prostitu\u00e9es.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re de maintien de l\u2019ordre \u2014raison pour laquelle il fut institu\u00e9\u2014 le corps des Dhabtiya se distingua surtout par la r\u00e9pression ordonn\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Hassan Al Magroun contre certains agitateurs en 1864. En cette ann\u00e9e-l\u00e0, alors que l\u2019Etat \u00e9tait en p\u00e9ril et qu\u2019une r\u00e9volte embrasait le pays, la rumeur courut qu\u2019un d\u00e9barquement fran\u00e7ais \u00e9tait imminent. La tension \u00e9tait vive et une \u00e9meute antieurop\u00e9enne et antis\u00e9mite pouvait \u00e9clater \u00e0 tout moment.\u00a0 Al Magroun r\u00e9ussit \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre et \u00e0 rassurer la population europ\u00e9enne et isra\u00e9lite, mais l\u2019institution polici\u00e8re n\u2019y gagna pas en popularit\u00e9.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019en 1882, mourut le g\u00e9n\u00e9ral Hassan Haydar (nomm\u00e9 en 1872) qui commanda la police apr\u00e8s les g\u00e9n\u00e9raux Slim (1860-1862, puis de 1865 \u00e0 1878) et Hassan el Magroun (1862-1865), la Tunisie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sous protectorat, et on ne se soucia apparemment pas de pourvoir le poste. En 1886, le corps fut dissous et un commissaire de police fran\u00e7ais fut charg\u00e9 d\u2019assurer la s\u00e9curit\u00e9 publique. En d\u00e9finitive, la cr\u00e9ation de la police des zapti\u00e9s ne fit qu\u2019aggraver le d\u00e9sordre qui affectait le monde urbain. Elle ne fut qu\u2019une vell\u00e9it\u00e9 de modernisation et l\u2019expression d\u2019une pr\u00e9sence accrue du pouvoir central au d\u00e9triment des autorit\u00e9s urbaines traditionnelles ; ce qui eut pour effet d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer leur d\u00e9clin sans pour autant donner naissance \u00e0 un nouvel ordre.\u00a0 De tout fa\u00e7on, et compte tenu des difficult\u00e9s politiques et financi\u00e8res de l\u2019Etat beylical, la r\u00e9forme \u00e9tait impossible. Ces difficult\u00e9s \u00e9taient aggrav\u00e9es par les strat\u00e9gies mises en \u0153uvre par les chancelleries europ\u00e9ennes. Il s\u2019agissait, en effet, de bloquer toute tentative de redressement en attendant la r\u00e9alisation du projet de domination coloniale par l\u2019une ou l\u2019autre des puissances alors en comp\u00e9tition \u00e0 Tunis, la France, l\u2019Italie et l\u2019Angleterre.<\/p>\n<p>(Sur les \u00e9v\u00e9nements, les personnes et les institutions \u00e9voqu\u00e9s ici, voir, de l\u2019auteur: Cat\u00e9gories de la soci\u00e9t\u00e9 tunisoise au XIXe si\u00e8cle, INAA, Tunis, 1989 et La Tunisie, la M\u00e9diterran\u00e9e et l\u2019Orient au miroir de l\u2019histoire, \u00e9d. <span class=\"c3\"><strong>Leaders<\/strong><\/span>, Tunis, 2020).<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Mohamed-El Aziz Ben Achour<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31458-mohamed-el-aziz-ben-achour-la-creation-d-une-police-a-tunis-en-1860\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l\u2019histoire urbaine musulmane, la gestion des villes a toujours fait l\u2019objet d\u2019une attention particuli\u00e8re de la part du pouvoir central. 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