{"id":111970,"date":"2021-02-24T05:00:00","date_gmt":"2021-02-24T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/en-quete-dalger\/"},"modified":"2021-02-24T05:00:00","modified_gmt":"2021-02-24T10:00:00","slug":"en-quete-dalger","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/en-quete-dalger\/","title":{"rendered":"EN QU\u00caTE D\u2019ALGER"},"content":{"rendered":"<p class=\"c2\">D\u00e8s lors que j\u2019ai pris la d\u00e9cision de me rendre \u00e0 Alger, nul ne pourra m\u2019en dissuader. Pourquoi remettre \u00e0 demain ? La suite est connue. Tant qu\u2019on a la possibilit\u00e9 de concr\u00e9tiser son d\u00e9sir, pourquoi tergiverser ? Il se faut se prendre par le fond de la culotte. Appliquer la d\u00e9cision. Depuis quelque temps, plus particuli\u00e8rement la nuit, je ne pense qu\u2019\u00e0 revoir la capitale. \u00ab Alger, capitale de l\u2019Alg\u00e9rie \u00bb, chantait Anna Greki.\u00a0<br \/>Il n\u2019y a pas si longtemps, Alger \u00e9tait comme un sortil\u00e8ge pour moi. Je portais dans mes gestes ses moindres recoins. Il n\u2019y a pas chute que je n\u2019ai respect\u00e9e. Il n\u2019y a pas odeurs que je ne porte pas le long de mes veines. Il n\u2019y a pas ciel bleu plus bleu que le ciel de mon Alger. Il en est ainsi de l\u2019amour d\u2019une femme ! Si Alger \u00e9tait une femme, j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 son po\u00e8te courtisan. Je veillerais \u00e0 me pr\u00e9senter devant elle par\u00e9 de mes plus beaux atours. Je serais propre au moment de l\u2019approcher. Je serais faconde pour la placer dans mon discours. Je serais brise doucereuse pour caresser ses cheveux. Je me ferais chanteur pour tracer l\u2019architecture galb\u00e9e de ses rues. A chaque seconde, je lui dirais les \u00ab mots bleus, les mots que l\u2019on dit avec les yeux \u00bb.\u00a0<br \/>Et si, pour une raison ou une autre, Alger dit une contrari\u00e9t\u00e9, je me ferai le boute-en-train, le fou du roi, le clown, le po\u00e8te de la cour, juste pour l\u2019amener \u00e0 esquisser un sourire. Et de ses rides naissantes, effacer toute trace de mauvaise humeur. Momo l\u2019a fait, \u00e0 sa fa\u00e7on. Moi, moi, moi, je convoquerai tous les a\u00e8des, les conteurs, les tambourineurs, les chanteurs, o\u00f9 qu\u2019ils soient, je leur ordonnerai de puiser, au fond d\u2019eux-m\u00eames, la quintessence de leur art, juste pour que ma ville-passion dise sa satisfaction.\u00a0<br \/>\u00ab Dans ton cauchemar \u00bb, dit la petite voix int\u00e9rieure, qui n\u2019attend que ces moments d\u2019euphorie pour casser l\u2019enchantement. J\u2019ai tent\u00e9 de me justifier, rien n\u2019y fait. \u00ab Vomi le r\u00eaveur dans Alger \u00bb, n\u2019est-ce pas un de tes vers ? La petite voix int\u00e9rieure est d\u00e9cid\u00e9ment incl\u00e9mente, aujourd\u2019hui. \u00ab Tu as re\u00e7u des coups dans et par Alger \u00bb, insiste\u00a0 la voix. \u00ab Pourquoi\u00a0 ce sadisme ?\u00bb lui r\u00e9torquai-je. \u00ab J\u2019ai peur que tu ne retombes dans tes travers de jeunesse. Alger ne t\u2019est pas exclusive, elle est \u00e0 tout le monde. Pourquoi donc, \u00e0 cet \u00e2ge certain, tu souhaites bouleverser la r\u00e9alit\u00e9 de ta solitude alg\u00e9roise ? \u00bb lance p\u00e9remptoire la voix. \u00ab Alger n\u2019est pas une femme. Elle n\u2019est pas moins ton amante. Elle ne te doit rien. Ta m\u00e9moire te joue des tours. Tu te vois prince charmant dans ses rues blanch\u00e2tres. Tu n\u2019as \u00e9t\u00e9 qu\u2019une rumeur d\u2019une \u00e9poque qui ne reviendra jamais \u00bb, me tance la petite voix.\u00a0<br \/>Je suis t\u00eatu. Je ne l\u00e2cherai pas mon d\u00e9sir de m\u2019y rendre. Je suis obstin\u00e9ment d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 voir ce qu\u2019il en est. Le bus \u00e9tait plein comme un \u0153uf. J\u2019ai saisi au vol la place derri\u00e8re le chauffeur. Je ne veux surtout pas avoir \u00e0 tenir la discussion avec quiconque. Je ne veux rien dire. Je ne veux rien entendre. Notre conducteur est pr\u00e9cautionneux. Il s\u2019ent\u00eate \u00e0 garder sa droite. Par contre, derri\u00e8re, \u00e7a discute ferme. Le peuple, en marge, refait l\u2019Alg\u00e9rie par la parlotte. Puis, ce peuple conna\u00eet tout. Il a un avis tranch\u00e9 sur tout. Il dispose de solutions \u00e0 la crise mondiale. Aujourd\u2019hui, il est question de la r\u00e9ouverture des caf\u00e9s, des restaurants, des salles de spectacles. Les bars, aussi, pr\u00e9cise certainement un adepte de la dive bouteille. J\u2019\u00e9tais \u00e0 un doigt de me lever et leur dire : \u00ab Avez-vous v\u00e9rifi\u00e9 si les rues ont \u00e9t\u00e9 rouvertes ? N\u2019est-ce pas que toi, peuple amn\u00e9sique, as commenc\u00e9 \u00e0 jeter les pr\u00e9mices d\u2019une r\u00e9volution ? Toi peuple, tu as \u00e9t\u00e9 corrompu par l\u2019ouverture de fonds de commerce. \u00bb Je me suis tu. Le silence est parfois pr\u00e9f\u00e9rable au bavardage.<br \/>Je regarde Belcourt avec des yeux de chien battu. Est-ce possible qu\u2019il en soit ainsi ? Je n\u2019y vois aucun signe de vie. Les murs se l\u00e9zardent plus vite que mon espoir. Les trottoirs d\u00e9fonc\u00e9s annoncent la faillite de la gestion populaire. La\u00e2qiba, autrefois, repaire de l\u2019argent facile, semble atteinte par la maladie du sommeil. Bien s\u00fbr, le peuple est dehors. Sans pr\u00e9cision. Sans architecture. Sans job. Est-il vrai qu\u2019Albert Camus a v\u00e9cu dans ce quartier ? Je n\u2019ai plus le souvenir. La rue Belouizdad est un long trac\u00e9 de bitume pour les v\u00e9hicules qui, comme une procession de chenilles, poussent \u00e0 fond le moteur pour, justement, cr\u00e9er le bouchon tant redout\u00e9. Vivent-ils encore ici ? Oui ! Et ces balcons, qui s\u2019accrochent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment au vertige du temps, risquent \u00e0 tout moment la chute. Je ne veux plus tarder dans cette anarchie des sens, o\u00f9 la multitude falsifie l\u2019action m\u00e9morielle. Je me doute de ne plus \u00eatre \u00e0 ma place. J\u2019accepte ce verdict. Je suis parti trop t\u00f4t. Et je n\u2019ai pas su revenir \u00e0 temps.\u00a0<br \/>Et si je passais par les bars du centre-ville, trouverais-je la trace de Djamel Amrani ? Je veux juste savoir s\u2019il bivouaque toujours dans ses certitudes. Si j\u2019ai fait ce trajet, c\u2019est pour r\u00e9gler des comptes avec ma m\u00e9moire. Ma \u00ab nuit du dedans \u00bb a trop dur\u00e9. Je souhaite accrocher un ersatz de soleil sur les ruines de mon d\u00e9sert. L\u00e0, je suis bouff\u00e9 par ce d\u00e9sert \u00ab capitale \u00bb.\u00a0\u00a0<br \/>Cette rue porte le nom d\u2019un de nos plus grands r\u00e9volutionnaires, Larbi Ben M\u2019hidi. Sauf qu\u2019il n\u2019y a rien de r\u00e9volutionnaire dans cette rue. Rien, sinon qu\u2019elle s\u2019est transform\u00e9e en surface o\u00f9 des godasses viennent s\u2019user \u00e0 longueur d\u2019ann\u00e9e. Dans ma m\u00e9moire, elle \u00e9tait resplendissante. Difficilement, j\u2019y arrive tout de m\u00eame. \u00c7a bouscule. \u00c7a feinte des \u00e9paules. \u00c7a tchatche. \u00c7a va et \u00e7a vient, dans un m\u00e9canisme d\u2019horloge. Tiens, le cavalier sur son cheval est encore l\u00e0. Il va rester\u00a0 longtemps juch\u00e9\u00a0 sur sa monture ? Puis, il a l\u2019air martial ! Il n\u2019y a plus de guerre, d\u00e9sormais. L\u2019Alg\u00e9rie est en paix, sauf avec ses d\u00e9mons. Qu\u2019il rengaine donc son \u00e9p\u00e9e ! Il pourra toujours se faire passer un livre \u00e0 opposer \u00e0 la vacuit\u00e9 du temps qui passe. Alibey (Dahmane pour les intimes) est \u00e0 m\u00eame de lui proposer un titre. La librairie du Tiers-Monde est, par excellence, le temple des r\u00eaves et autres sortil\u00e8ges de ces \u00e9crivains, qui ne cessent de d\u00e9busquer le bon mot derri\u00e8re une improbable inspiration. Je voudrais dire \u00e0 Dahmane de ne jamais se d\u00e9partir de sa passion.<br \/><em><strong>Y. M.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/tendances\/en-quete-dalger-56877\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e8s lors que j\u2019ai pris la d\u00e9cision de me rendre \u00e0 Alger, nul ne pourra m\u2019en dissuader. Pourquoi remettre \u00e0 demain ? La suite est connue. 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