{"id":111999,"date":"2021-02-24T10:42:34","date_gmt":"2021-02-24T15:42:34","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/finances-publiques-la-dette-du-cameroun-est-elle-soutenable\/"},"modified":"2021-02-24T10:42:34","modified_gmt":"2021-02-24T15:42:34","slug":"finances-publiques-la-dette-du-cameroun-est-elle-soutenable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/finances-publiques-la-dette-du-cameroun-est-elle-soutenable\/","title":{"rendered":"Finances publiques : la dette du Cameroun est-elle soutenable ?"},"content":{"rendered":"<p>Au 31 d\u00e9cembre 2019, l\u2019encours de la dette publique et \u00e0 garantie publique a atteint un volume de 9\u00a0717 milliards de FCFA, compos\u00e9e de 73,3% de dette ext\u00e9rieure, de 26,6% de dette int\u00e9rieure et 0,3% de dette avalis\u00e9e, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le Ministre camerounais des finances Louis Paul Motaze. C\u2019\u00e9tait le\u00a09 f\u00e9vrier 2021 \u00e0 douala au cours de la pr\u00e9sentation du programme d\u2019\u00e9mission des titres publics du Cameroun aux investisseurs nationaux et \u00e9trangers.\u00a0Cette dette qui a progress\u00e9 de 1 067 milliards (11%)\u00a0 en 12 mois, repr\u00e9sente d\u00e9sormais 43,6% du PIB contre 38,3% \u00e0 fin 2019(8650 milliards). Une augmentation qui peut en partie s\u2019expliquer par une hausse de l\u2019enveloppe des financements mobilis\u00e9s au cours de cette p\u00e9riode sur le march\u00e9 mon\u00e9taire de la Beac. Celle-ci est pass\u00e9e de 643 milliards en 2019 \u00e0 774,63 milliards en 2020.\u00a0 En r\u00e9action \u00e0 l\u2019urgence de la crise sanitaire et face \u00e0 la baisse de leurs revenus, les \u00c9tats de la Cemac dont le Cameroun ont globalement accru leur demande de ressources sur le march\u00e9 des valeurs du Tr\u00e9sor.<\/p>\n<p><strong>Risques de surendettement<\/strong><\/p>\n<p>En d\u00e9pit de son rythme de progression, la dette publique camerounaise demeure \u00e0 priori soutenable. \u00ab\u00a0Le Cameroun dispose encore des marges d\u2019endettement\u00a0\u00bb s\u2019est vant\u00e9 le Louis Paul Motaze. \u00a0Le Minfi s\u2019appuie sur le fait que le pays se situe encore en dessous du plafond d\u2019endettement public en vigueur dans la zone Cemac qui est de 70% du PIB. Dans son dernier rapport sur le Cameroun publi\u00e9 le 28 octobre dernier, l\u2019agence de notation financi\u00e8re Moody\u2019s Investors Service maintient \u00e0 \u00ab B2 \u00bb sa note sur le pays assortie d\u2019une perspective \u00ab stable \u00bb. L\u2019agence am\u00e9ricaine reste donc optimiste sur la capacit\u00e9 du pays \u00e0 honorer ses engagements malgr\u00e9 la crise sanitaire mondiale et ses effets sur l\u2019\u00e9conomie. Le principal atout du Cameroun, selon Moody\u2019s, est la relative diversification de son \u00e9conomie, ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 contenir l\u2019impact du choc p\u00e9trolier par rapport \u00e0 ses pairs r\u00e9gionaux et aux pays membres de la Communaut\u00e9 \u00e9conomique et mon\u00e9taire de l\u2019Afrique Centrale (Cemac). En 2019, l\u2019exportation de cette mati\u00e8re premi\u00e8re a contribu\u00e9 \u00e0 41,8% des recettes d\u2019exportations enregistr\u00e9es au cours de cette ann\u00e9e. La diversification des recettes d\u2019exportation tient \u00e9galement de l\u2019apparition depuis 2018 d\u2019un nouveau produit \u00e0 l\u2019exportation, notamment le Gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 (GNL).<\/p>\n<p>Un optimisme que ne partage pas le FMI. Dans son rapport de juin 2020, l\u2019institution de Bretton Wood confirme son \u00e9valuation de d\u00e9cembre 2015 selon laquelle le pays est expos\u00e9 \u00e0 un risque de surendettement \u00e9lev\u00e9. Malgr\u00e9 ces garanties relatives qu\u2019il pr\u00e9sente, le Cameroun pourrait conna\u00eetre une d\u00e9gradation de sa note souveraine, ce qui pourrait durcir davantage les conditions d\u2019endettement. Pour Moody\u2019s, le contexte socio-politique particuli\u00e8rement tendu, li\u00e9 \u00e0 la succession au sommet de l\u2019Etat et la crise dans les r\u00e9gions anglophones du pays, constituent des facteurs de risques pour le profil de cr\u00e9dit du Cameroun.<\/p>\n<p>\u00a0Si la mise en \u0153uvre stricte du programme d\u2019assainissement budg\u00e9taire et l\u2019acc\u00e8s accru aux sources de financements concessionnels dans le cadre du programme triennal ont am\u00e9lior\u00e9 la dynamique de la dette, le FMI estime que le Cameroun restera vuln\u00e9rable aux chocs. \u00abCela s\u2019explique par le fait que les \u00e9ch\u00e9ances de remboursement de d\u2019Eurobonds en 2023, 2024 et 2025 sont au-dessus du seuil pays\u00bb, renseigne la Caisse autonome d\u2019amortissement(CAA), structure de gestion de l\u2019ensemble des fonds d\u2019emprunts publics de l\u2019\u00c9tat et de ses d\u00e9membrements.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s le gouvernement, l\u2019encours de la dette publique a augment\u00e9 de plus de 34% en deux ans du fait entre autres des d\u00e9caissements sur les appuis budg\u00e9taires obtenus dans le cadre du Programme \u00c9conomique et Financier (Pef) en cours avec le FMI, la mobilisation des titres publics et l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des travaux des grands projets d\u2019infrastructures. Avec les crises s\u00e9curitaires que traverse le pays, la pand\u00e9mie du coronavirus et son impact sur l\u2019\u00e9conomie, le volume de la dette devrait davantage s\u2019alourdir poussant ainsi le pays \u00e0 recourir \u00e0 la dette pour financer son d\u00e9ficit budg\u00e9taire. Pour l\u2019exercice budg\u00e9taire 2021, le besoin de financement de l\u2019Etat pour combler ce gap est de 1 484,9 milliards de FCFA. Un besoin qui ne devrait cesser de cro\u00eetre au cours des ann\u00e9es \u00e0 venir. Entre soutenabilit\u00e9 et asphyxie, la question de la dette publique au Cameroun n\u2019a pas fini de susciter les d\u00e9bats au sein de l\u2019opinion publique. \u00a0<\/p>\n<p><strong>Regard crois\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Le Dr Eric Eloundou Ngah (\u00e0 gauche) est\u00a0<strong>Expert Financier et Enseignant des Universit\u00e9s\u00a0; pour lui, la dette du Cameroun reste soutenable mais il faut mettre fin \u00e0 la tol\u00e9rance fiscale injustifi\u00e9e envers le secteur informel et revoir la politique budg\u00e9taire. Pour Yannick Achille Fogne(\u00e0 droite), expert en ing\u00e9nierie Financi\u00e8re, seule une am\u00e9lioration de la croissance \u00e9conomique peut permettre de soutenir la dette.\u00a0<\/strong>EcoMatin a sollicit\u00e9 l\u2019expertise de ces deux financiers pour un \u00e9clairage sur cette question explosive de la dette publique qui fait d\u00e9bat au Cameroun.\u00a0<\/p>\n<figure class=\"wp-block-image size-large\">\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/ecomatin.net\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/montage-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22839\" srcset=\"https:\/\/ecomatin.net\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/montage-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/ecomatin.net\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/montage-300x200.jpg 300w, https:\/\/ecomatin.net\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/montage-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\"\/><\/p>\n<\/figure>\n<p><strong>Quelle appr\u00e9ciation faites-vous de la soutenabilit\u00e9 de la dette publique du Cameroun\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Yannick A. Fogne<\/strong>\u00a0: L\u2019appr\u00e9ciation du niveau d\u2019endettement est un exercice \u00e0 aborder avec des hypoth\u00e8ses pr\u00e9cises, car la significativit\u00e9 des ratios en d\u00e9pend. Dans l\u2019absolu, un niveau d\u2019endettement \u00e0 43.6% du PIB n\u2019a aucune raison d\u2019inqui\u00e9ter, car non seulement il est en de\u00e7\u00e0 du seuil r\u00e9gional de 70%, mais est aussi bien en de\u00e7\u00e0 du niveau moyen d\u2019endettement des pays dans le monde.\u00a0 Le premier facteur \u00e0 prendre en compte c\u2019est l\u2019historique de croissance de la dette. Si on a travers\u00e9 la barre d\u2019endettement de 15% du PIB pour se retrouver \u00e0 43.6% en 10 ans, on pourrait conjecturer, ceteris paribus qu\u2019on atteindra le plafond de 70% dans les 10 prochaines ann\u00e9es et que fera-t-on \u00e0 ce moment\u00a0?\u00a0 Cela \u00e9tant, le second facteur \u00e0 consid\u00e9rer c\u2019est la croissance \u00e9conomique. Plus la croissance est forte, plus ce ratio se stabilise ou baisse. Le PIB doit donc cro\u00eetre plus vite que l\u2019endettement. Pour rendre la dette soutenable, le Cameroun doit faire une croissance au-dessus de 6% dans les prochaines ann\u00e9es, en maintenant le m\u00eame rythme de croissance de l\u2019endettement net de 3 points de PIB par an observ\u00e9 en moyenne sur les 10 derni\u00e8res ann\u00e9es.\u00a0 Donc en conclusion je peux plus pencher pour les inqui\u00e9tudes du FMI, car la crise du Covid et la baisse des prix des mati\u00e8res premi\u00e8res sont des difficult\u00e9s suppl\u00e9mentaires auxquelles le gouvernement devra faire face. \u00a0<\/p>\n<p><strong>Eric Eloundou Ngah\u00a0:\u00a0<\/strong>Il nous semble important, avant d\u2019aborder la question de la soutenabilit\u00e9 de la dette du Cameroun, de rappeler les raisons objectives qui justifient la mobilisation de ce type de ressources par le Gouvernement, en sachant que l\u2019alternative est constitu\u00e9e essentiellement de recettes fiscales, qui restent jusqu\u2019ici r\u00e9duites au stricte minimum par rapport au potentiel qu\u2019offre le tissu \u00e9conomique r\u00e9el.<\/p>\n<p>En effet, on pourrait relever, sans risque de susciter une pol\u00e9mique, qu\u2019il y a un consensus national concernant l\u2019ambition l\u00e9gitime des populations d\u2019acc\u00e9der \u00e0 de meilleures conditions de vie sur toute l\u2019\u00e9tendue du territoire. Ce qui implique la r\u00e9alisation d\u2019importants projets d\u2019infrastructures couvrant aussi bien l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9, le transport, l\u2019\u00e9nergie, les t\u00e9l\u00e9communications, le divertissement, etc. Le co\u00fbt de ces infrastructures, compar\u00e9 \u00e0 la surface financi\u00e8re actuelle de l\u2019Etat, est largement au-dessus de ses moyens et appelle par cons\u00e9quent l\u2019endettement public.<\/p>\n<p>A titre indicatif, le budget adopt\u00e9 par le Gouvernement pour le compte de l\u2019exercice 2021 s\u2019\u00e9quilibre en recettes et d\u00e9penses \u00e0 FCFA 4865,2 milliards, en hausse de FCFA 400 milliards par rapport \u00e0 2020. Au titre de budget d\u2019investissement, il est pr\u00e9vu FCFA 1\u00a0352 milliards en 2021, contre FCFA 3\u00a0318 milliards pour le budget de fonctionnement (dont FCFA 982 milliards, soit 30%, affect\u00e9s au service de la dette, \u00e0 due concurrence (FCFA 491 milliards) entre dette int\u00e9rieure et dette ext\u00e9rieure. Les recettes budg\u00e9taires nettes de l\u2019Etat sont estim\u00e9es \u00e0 FCFA 3\u00a0429,7 milliards, tandis que les ressources de financement sont estim\u00e9es \u00e0 FCFA 1\u00a0481,9 milliards, dont FCFA 1\u00a0155,4 milliards de dettes, constitu\u00e9es de FCFA 703,4 milliards de pr\u00eats projets\u00a0; FCFA 350 milliards d\u2019\u00e9mission de titres publics et FCFA 102 milliards de financement bancaire. Ces dettes sont compl\u00e9t\u00e9es par des appuis budg\u00e9taires de FCFA 260 milliards et des financements exceptionnels (all\u00e8gement dette G20) de FCFA 66,5 milliards.<\/p>\n<p>Eu \u00e9gard \u00e0 tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la soutenabilit\u00e9 de la dette publique du Cameroun peut \u00eatre analys\u00e9e \u00e0 trois niveaux\u00a0:<\/p>\n<p>(i)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Premi\u00e8rement, le niveau de recettes fiscales, que nous jugeons m\u00e9diocre par rapport au potentiel r\u00e9el de l\u2019\u00e9conomie camerounaise, du fait d\u2019une tol\u00e9rance injustifi\u00e9e du secteur informel. Il convient pour le Gouvernement d\u2019adopter une approche fiscale novatrice, qui ferait de l\u2019\u00e9ducation financi\u00e8re des op\u00e9rateurs \u00e9conomiques le levier principal de l\u2019\u00e9largissement progressif de son assiette fiscale, car ceux-ci sont des collecteurs d\u2019imp\u00f4ts et non des contribuables comme cela semble commun\u00e9ment admis\u00a0;<\/p>\n<p>(ii)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Deuxi\u00e8mement, la qualit\u00e9 de la d\u00e9pense publique devrait constituer une priorit\u00e9 dans les r\u00e9formes men\u00e9es par le Gouvernement. On ne saurait justifier que le budget de fonctionnement du seul appareil administratif absorbe 68% des recettes budg\u00e9taires de l\u2019Etat, au d\u00e9triment des appuis au secteur priv\u00e9 dont l\u2019impact sur l\u2019emploi, la croissance \u00e9conomique et les recettes fiscales serait d\u00e9cupl\u00e9 \u00e0 hauteur des appuis consentis\u00a0;<\/p>\n<p>(iii)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Troisi\u00e8mement, en se r\u00e9f\u00e9rant aux crit\u00e8res de convergence de la CEMAC et aux r\u00e8gles g\u00e9n\u00e9rales en mati\u00e8re d\u2019\u00e9quilibre macro\u00e9conomique, le Cameroun conserve effectivement une marge de man\u0153uvre consid\u00e9rable pour soutenir son endettement. Ce qui inqui\u00e8te davantage est la propension \u00e0 l\u2019endettement, qui n\u2019est pas accompagn\u00e9e \u00e0 un rythme comparable, par des mesures d\u2019assainissement des finances publiques et d\u2019\u00e9largissement de l\u2019assiette fiscale.<\/p>\n<p><strong><em>La dette ext\u00e9rieure repr\u00e9sente 73,3% de la dette publique soit 6600 milliards de FCFA. Est-ce un danger pour la soutenabilit\u00e9 de la dette du Cameroun ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Yannick A. Fogne<\/strong>\u00a0: Le premier d\u00e9faut de la dette ext\u00e9rieure c\u2019est le co\u00fbt, une moyenne de 3% en plus par rapport \u00e0 la dette int\u00e9rieure, ce qui compromet aussi les chances de remboursement et de restructuration. Le second d\u00e9faut de la dette ext\u00e9rieure c\u2019est son efficacit\u00e9. Depuis 2010 on peine \u00e0 voir \u00e9merger les chantiers qui ont \u00e9t\u00e9 pourtant financ\u00e9s \u00e0 80% par des bailleurs ext\u00e9rieurs et dont la majorit\u00e9 des entreprises ex\u00e9cutant sont de m\u00eames nationalit\u00e9s que les dettes. La question de la concr\u00e9tisation des projets financ\u00e9s doit \u00eatre pos\u00e9e et les responsabilit\u00e9s doivent \u00eatre \u00e9tablies pour am\u00e9liorer la soutenabilit\u00e9 de la dette. Il est \u00e9vident que si les diff\u00e9rents projets structurants (barrages, autoroutes\u2026)\u00a0 lanc\u00e9s \u00e9taient tous achev\u00e9s le Cameroun aurait au minimum 1 point de croissance en plus. Les bailleurs de fonds ont aussi leur part de responsabilit\u00e9 dans la d\u00e9faillance \u00e9ventuelle de leur d\u00e9biteur. \u00a0\u00a0<\/p>\n<p><strong>Eric Eloundou Ngah\u00a0:\u00a0<\/strong>La principale contrainte de la dette ext\u00e9rieure n\u2019est pas tant sa soutenabilit\u00e9 que son impact sur la souverainet\u00e9 \u00e9conomique, financi\u00e8re et politique du pays.<\/p>\n<p>Au m\u00eame titre que la d\u00e9pendance commerciale vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9tranger, la dette publique ext\u00e9rieure fragilise la stabilit\u00e9 macro\u00e9conomique et l\u2019influence g\u00e9ostrat\u00e9gique du Cameroun. C\u2019est en cela qu\u2019elle constitue un danger pour le moment.<\/p>\n<p><strong><em>Comment peut-on inverser ce risque de surendettement \u00e9voqu\u00e9 par le FMI ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Yannick A. Fogne<\/strong>\u00a0: D\u00e9j\u00e0 le FMI doit commencer par auditer la dette et l\u2019effectivit\u00e9 des chantiers pour lesquels les emprunts ont \u00e9t\u00e9 contract\u00e9s, en vue de lancer d\u2019\u00e9ventuelles restructurations. C\u2019est seulement cette restructuration qui peut permettre \u00e0 l\u2019Etat de mettre ses chantiers en exploitation, de terminer les projets comme l\u2019autoroute Douala-Yaound\u00e9 et divers autres projets de production d\u2019\u00e9nergie \u00e9lectrique. L\u2019ach\u00e8vement de ces projets est indispensable pour la croissance \u00e9conomique et la solvabilit\u00e9 de l\u2019Etat. Comme je l\u2019ai dit plus haut, seule une am\u00e9lioration de la croissance \u00e9conomique pourra permettre de soutenir la dette. Le FMI doit donc aider le pays dans ce sens et beaucoup moins avec ses incitations \u00e0 l\u2019agressivit\u00e9 fiscale envers les pauvres. Dans un pays o\u00f9 l\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit bancaire est tr\u00e8s complexe et tr\u00e8s co\u00fbteux, la seule fa\u00e7on pour l\u2019Etat de promouvoir le d\u00e9veloppement des PME c\u2019est la souplesse de la fiscalit\u00e9, car cela permet aux m\u00e9nages de financer le d\u00e9veloppement de leurs activit\u00e9s en fonds propres \u00e0 d\u00e9faut du cr\u00e9dit. Faute de cr\u00e9dit et faute de fonds propres d\u00fb \u00e0 l\u2019agressivit\u00e9 fiscale il n\u2019y a pas d\u2019investissement et il n\u2019y a pas cr\u00e9ation de richesse et d\u2019emplois. \u00a0\u00a0<\/p>\n<p><strong>Eric Eloundou Ngah\u00a0:\u00a0<\/strong>Comme \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, la solvabilit\u00e9 du Cameroun reste solide et offre encore des marges d\u2019endettement. Nous nous r\u00e9servons ici d\u2019\u00e9voquer le niveau d\u2019endettement des pays dits industrialis\u00e9s, dont les indicateurs sont nettement plus alarmants que ceux du Cameroun, mais qui, \u00e0 leur d\u00e9charge, offrent d\u2019une part, plus de visibilit\u00e9 en mati\u00e8re de gouvernance publique et, d\u2019autre part, un niveau d\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique suffisamment important pour rassurer leurs cr\u00e9anciers quant \u00e0 leur solvabilit\u00e9 imm\u00e9diate et future.<\/p>\n<p>Pour inverser le risque de surendettement \u00e9voqu\u00e9 par le FMI, il convient de privil\u00e9gier d\u2019autres sources de financement dans l\u2019avenir, en se penchant prioritairement sur la dynamisation du tissu \u00e9conomique local et l\u2019\u00e9largissement de l\u2019assiette fiscale. Cette approche entra\u00eene en m\u00eame temps le d\u00e9veloppement du syst\u00e8me financier national et pourrait permettre d\u2019inverser progressivement la courbe d\u2019endettement ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Il faut esp\u00e9rer que le Gouvernement parvienne \u00e0 mettre en \u0153uvre de fa\u00e7on efficace la strat\u00e9gie nationale de d\u00e9veloppement 2020-2030, qui repr\u00e9sente \u00e0 notre humble avis, une belle boussole pour la relance \u00e9conomique du Cameroun.<\/p>\n<p><strong><em>Alors que le gouvernement rembourse \u00e0 bonne date la dette ext\u00e9rieure, la dette int\u00e9rieure qui ne repr\u00e9sente que 26,6% ne semble pas autant prioritaire. Quel commentaire pouvez-vous en faire ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Yannick A. Fogne<\/strong>\u00a0: Effectivement la pression est beaucoup plus forte sur la dette ext\u00e9rieure que la dette int\u00e9rieure. Plusieurs m\u00e9canismes un peu coercitifs comme la notation sont mis sur pied pour amener le gouvernement \u00e0 rester solvable \u00e0 l\u2019international. Le FMI y joue aussi un r\u00f4le important. Cependant, la question r\u00e9v\u00e8le aussi la pauvret\u00e9 de notre syst\u00e8me financier et mon\u00e9taire, o\u00f9 les cr\u00e9anciers de l\u2019Etat devraient pouvoir mon\u00e9tiser les titres dont ils disposent un peu plus facilement. Je pense que la banque centrale et les autres autorit\u00e9s financi\u00e8res devraient se pencher sur la question et mettre des m\u00e9canismes sur pied pour rendre liquide les titres de dette int\u00e9rieure.\u00a0<\/p>\n<p><strong>Eric Eloundou Ngah\u00a0<\/strong>: Si nous nous en tenons aux pr\u00e9visions budg\u00e9taires de 2021 relatives au remboursement de la dette publique, il semble bien au contraire que le Gouvernement prend tr\u00e8s au s\u00e9rieux le traitement de la dette int\u00e9rieure. Il est en effet pr\u00e9vu pratiquement le m\u00eame montant que pour le remboursement de la dette ext\u00e9rieure, soit FCFA 491 milliards, bien que ce montant soit en l\u00e9ger recul par rapport \u00e0 2020 o\u00f9 il se situait \u00e0 FCFA 539,7 milliards (FCFA 536,2 milliards en 2019).<\/p>\n<p>Par ailleurs, il peut \u00eatre compr\u00e9hensible que la dette ext\u00e9rieure soit privil\u00e9gi\u00e9e dans l\u2019ex\u00e9cution des remboursements, compte tenu des enjeux g\u00e9ostrat\u00e9giques li\u00e9s \u00e0 ce type de ressources et des risques de sanctions internationales auxquels le Cameroun s\u2019exposent si le service de la dette ext\u00e9rieure n\u2019\u00e9tait pas honor\u00e9.<\/p>\n<p>5-\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<strong><em>Il y\u2019a comme une hantise au sein de l\u2019opinion par rapport au volume global de la dette mais certains analystes estiment que ce n\u2019est pas tant le montant que l\u2019utilisation qu\u2019il faut contr\u00f4ler. Que pensez-vous de l\u2019utilisation de la dette publique au Cameroun ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Yannick A. Fogne\u00a0:\u00a0<\/strong>L\u2019utilisation de la dette est effectivement probl\u00e9matique, mais c\u2019est une question qui concerne \u00e0 la fois l\u2019Etat, ses cr\u00e9anciers et les institutions internationales comme le FMI. S\u2019il y a autant d\u2019insuffisances dans la r\u00e9alisation des projets c\u2019est qu\u2019il y avait d\u00e9j\u00e0 des pr\u00e9mices dans l\u2019\u00e9tude du projet et le montage des dossiers de financements structur\u00e9s. Je pense que les bailleurs de fonds en tant que gestionnaires de leurs propres risques devraient am\u00e9liorer leur ing\u00e9nierie juridique et d\u00e9ployer plus de m\u00e9canismes n\u00e9cessaires qui leur permettent de s\u2019assurer de l\u2019effectivit\u00e9 des travaux et ouvrages qu\u2019ils ont financ\u00e9s. Cela d\u2019autant plus que la majeure partie des grands chantiers sont assur\u00e9s par des entreprises proches de ces pr\u00eateurs.<\/p>\n<p><strong>Eric Eloundou Ngah\u00a0:\u00a0<\/strong>Comme nous l\u2019avons relev\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, le budget de fonctionnement de l\u2019Etat absorbe 68% des recettes budg\u00e9taires\u00a0; le solde \u00e9tant affect\u00e9 au remboursement de la dette publique. L\u2019endettement reste par cons\u00e9quent le principal levier dont dispose le Gouvernement pour financer les investissements publics.<\/p>\n<p>L\u2019utilisation de la dette publique du Cameroun peut \u00eatre questionn\u00e9e dans le cadre de l\u2019\u00e9valuation et de la conduite des projets d\u2019investissements r\u00e9alis\u00e9s par le Gouvernement. La Banque mondiale a relev\u00e9 \u00e0 cet effet, des cas de sur\u00e9valuation des projets r\u00e9alis\u00e9s au Cameroun, correspondant \u00e0 6 fois le co\u00fbt des projets similaires dans des pays de m\u00eame profil. Il revient donc \u00e0 tout le dispositif institutionnel (s\u00e9nat, assembl\u00e9e nationale, r\u00e9gions, communes, etc.) de veiller d\u00e9sormais \u00e0 la bonne utilisation de ces ressources, en sachant quelles sont les cons\u00e9quences des d\u00e9viances observ\u00e9es actuellement, sur le plan s\u00e9curitaire et socio-\u00e9conomique. Le m\u00eame contr\u00f4le peut \u00eatre \u00e9tendu aux d\u00e9penses de fonctionnement du Gouvernement.<\/p>\n<p><strong><em>En novembre 2020, l\u2019agence de notation financi\u00e8re Moody\u2019s attribuait au Cameroun la Note \u00ab B2 \u00bb assortie d\u2019une perspective stable, mais elle marquait des inqui\u00e9tudes sur la capacit\u00e9 du pays \u00e0 honorer ses engagements ; ce qui pourrait rabaisser la note du pays en 2021. D\u2019apr\u00e8s vous, quels sont les risques qui menacent la solvabilit\u00e9 du Cameroun ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Yannick A. Fogne\u00a0<\/strong>: Les principaux facteurs qui impactent n\u00e9gativement la solvabilit\u00e9 du Cameroun sont actuellement la contraction de l\u2019\u00e9conomie avec la covid , l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 au NOSO et la faiblesse du prix des mati\u00e8res premi\u00e8res. Je pense que Moody\u2019s va observer de pr\u00e8s la teneur du plan de relance post covid et en tenir compte dans la notation en 2021.\u00a0 Cependant, la reconstruction du NOSO risque d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer le rythme d\u2019endettement de l\u2019Etat et jouer n\u00e9gativement sur la notation.\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>En perspectives, la transition \u00e9nerg\u00e9tique en occident et en Asie\u00a0; c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019abandon des \u00e9nergies fossiles pour les \u00e9nergies renouvelables est un signal d\u2019alarme pour la diversification de notre \u00e9conomie et de nos sources d\u2019approvisionnement en r\u00e9serves de change. L\u2019industrie automobile est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9solument tourn\u00e9e vers l\u2019\u00e9lectrique et d\u2019autres sources d\u2019\u00e9nergie comme l\u2019hydrog\u00e8ne sont en train de monter en puissance. Au-dessus de tout cela, le soleil artificiel actuellement d\u00e9velopp\u00e9 dans plusieurs pays sera en service dans la prochaine d\u00e9cennie. La demande en p\u00e9trole va donc significativement baisser et les prix avec. Je pense que ce sont des facteurs que Moody observe de pr\u00e8s et agira sur la note de moyen et long terme le moment venu, mais ce sont des menaces que l\u2019ensemble des pays de la CEMAC doivent prendre en urgence d\u00e8s maintenant.\u00a0<\/p>\n<p><strong>Eric Eloundou Ngah\u00a0:\u00a0<\/strong>Cette note \u00ab\u00a0B2\u00a0\u00bb peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme satisfaisante pour le Cameroun, dans un contexte marqu\u00e9 par la crise sanitaire de la COVID-19, qui a provoqu\u00e9 une crise \u00e9conomique et financi\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. En dehors de la crise sanitaire, les principaux risques pouvant abaisser la note du Cameroun sont d\u2019ordre s\u00e9curitaire. Il faut saluer \u00e0 cet effet le travail extraordinaire qu\u2019abat l\u2019arm\u00e9e camerounaise pour pr\u00e9server la paix et rassurer aussi bien les populations, les op\u00e9rateurs \u00e9conomiques, que les partenaires au d\u00e9veloppement et les investisseurs internationaux. La note devrait \u00eatre maintenue \u00e0 B2 pour 2021.<\/p>\n<p>Auteur: Cedrick JIONGO<br \/>\n<a href=\"https:\/\/ecomatin.net\/finances-publiques-la-dette-du-cameroun-est-elle-soutenable\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au 31 d\u00e9cembre 2019, l\u2019encours de la dette publique et \u00e0 garantie publique a atteint un volume de 9\u00a0717 milliards de FCFA, compos\u00e9e de 73,3% de dette ext\u00e9rieure, de 26,6% de dette int\u00e9rieure et 0,3% de dette avalis\u00e9e, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le Ministre camerounais des finances Louis Paul Motaze. 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