{"id":112404,"date":"2021-03-03T05:00:00","date_gmt":"2021-03-03T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/en-quete-dalger2\/"},"modified":"2021-03-03T05:00:00","modified_gmt":"2021-03-03T10:00:00","slug":"en-quete-dalger2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/en-quete-dalger2\/","title":{"rendered":"En qu\u00eate d\u2019Alger(2)"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\">Je ne vais pas planter une tente au sein m\u00eame de la librairie du Tiers-Monde, ce n\u2019est pas le but. J\u2019ai fait le tour des rayonnages, qui regorgent de bouquins, comme on dit. Le travail acharn\u00e9 des \u00e9crivains, qui, de jour ou de nuit, actionnent leurs m\u00e9ninges juste pour mettre noir sur blanc un texte sauv\u00e9 de l\u2019oubli, se retrouve ici, \u00e0 la disposition des dingues de lecture, en attente d\u2019une main attentive, dans le respect d\u2019une probable rencontre avec l\u2019alter ego, silencieux mais volubile. Il est vrai que ces livres, ainsi que leurs auteurs, ont pour eux l\u2019\u00e9ternit\u00e9 du papier et la force enfi\u00e9vr\u00e9e du lecteur. Je ne m\u2019attarde pas trop l\u00e0-dedans. Je voudrais bien s\u00fbr prolonger ce dialogue silencieux avec ces \u00e9crivains, d\u2019ici et d\u2019ailleurs, juste pour leur exprimer ma soif de reconnaissance. Ma question est \u00e9vidente : \u00abPourquoi s\u2019ent\u00eatent-ils \u00e0 \u00e9crire ?\u00bb Ma petite voix int\u00e9rieure se fait entendre : \u00abAllez, tire-toi, ce n\u2019est pas aujourd\u2019hui que tu auras la r\u00e9ponse, de toutes les fa\u00e7ons. Un jour viendra o\u00f9 tu comprendras les raisons des uns et des autres. Pour le moment, il faut partir !\u00bb<br \/>Je ne marche plus. Je me laisse porter par le flot des passants et passantes. Une procession de fourmis ! Mais o\u00f9 vont-ils, tous ? \u00c0 croire que personne ne bosse. Un nouveau concept \u00e9conomique serait-il n\u00e9 ? Une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 personne ne bosse, c\u2019est le pied ! Je me laisse aller. Souvent, on est \u00e9paule contre \u00e9paule. On marche compact. Il faut juste trouver le moment idoine pour changer de direction. L\u00e0, \u00e7a commence \u00e0 se d\u00e9canter. Tiens, voil\u00e0 le fameux caf\u00e9, Le Tontonville. Pourquoi est-il si<br \/>fameux ? D\u2019ici, je ne vois rien. Et ma m\u00e9moire n\u2019arrive pas \u00e0 trouver de r\u00e9ponse. Enfin, il r\u00e9pond \u00e0 l\u2019appel. Juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, la beaut\u00e9 du TNA jure sur la morosit\u00e9 ambiante. Le parvis est tout simplement magnifique ; il est rest\u00e9 intact, signe qu\u2019il n\u2019y a pas grande foule au th\u00e9\u00e2tre. Il n\u2019y a plus de pi\u00e8ces \u00e0 jouer. Il n\u2019y a plus rien \u00e0 dire. Le th\u00e9\u00e2tre est d\u00e9clar\u00e9 illicite. D\u00e8s lors, l\u2019Alg\u00e9rien se contente d\u2019assister, en direct, \u00e0 des com\u00e9dies hi\u00e9ratiques en pleine rue. Je les vois, au quotidien. Ce qui m\u2019\u00e9chappe, par contre, c\u2019est la chute de toute cette com\u00e9die. Paix \u00e0 ton \u00e2me, Azeddine Medjoubi ! Juste en face, le square Port-Sa\u00efd joue \u00e0 faire peur aux passantes et passants. Il est diablement vide. \u00c0 part les arbres \u00e9chevel\u00e9s, il n\u2019y a rien de particulier dans ce bivouac ombrag\u00e9. Je vois d\u2019ici le ricanement du touriste, si touriste il y a, bien s\u00fbr. Alger est devenue moche, \u00e0 ce point ? Puis, dans ce square, j\u2019ai vu des jeunes gens, un paquet d\u2019argent entre les doigts, proposer \u00e0 tous le change. Il existe un bureau de change en plein air dans notre capitale. Ouais, monsieur, ce sont\u00a0 les\u00a0 vestiges de l\u2019ancienne Alg\u00e9rie ; la nouvelle, \u00e0 r\u00e9inventer, \u00e0 b\u00e2tir, par le peuple, effacera ses scories. C\u2019est hideux !\u00a0<br \/>Je ne m\u2019y attarde pas. J\u2019enfonce la porte ouverte de Bab Azzoun. Sous les arcades, il y a bousculade. Je pousse avec eux. Je pousse comme tout le monde. Il y a des boutiques \u00e0 faire p\u00e2lir un bazar oriental. Cette rue commer\u00e7ante ne propose que du pr\u00eat-\u00e0-porter. Des pantalons. Des jeans. Des chemises. Des tricots. Des manteaux. Des doudounes. Il y a un choix indescriptible. Mais sans la qualit\u00e9 ! Il suffit que tu montres un imperceptible int\u00e9r\u00eat pour un produit. Hop, on vous saute dessus. N\u2019sa\u00e2douk kho ! \u00c0 croire que c\u2019est le solde permanent ! \u00c7a sent l\u2019arnaque \u00e0 bout de nez ! Tiens, un photographe ! Voil\u00e0, le charme de cette rue ! Cette boutique\u00a0 a v\u00e9cu, le propri\u00e9taire aussi. Puis, il y a une flop\u00e9e de revendeurs de lunettes de contrefa\u00e7on. Comment est-ce<br \/>possible ? Cette marchandise est soumise \u00e0 contr\u00f4le m\u00e9dical, non ? Ma petite voix int\u00e9rieure me rappelle \u00e0 l\u2019ordre : \u00abO\u00f9 penses-tu \u00eatre ? Reviens \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, non d\u2019un dinar non convertible ! Normaaalll, kho ! C\u2019est le pays de la d\u00e9brouille, tout se vend et tout s\u2019ach\u00e8te. Arr\u00eate de bailler aux corneilles ! Va \u00e0 Bab-el-Oued voir si j\u2019y suis !\u00bb<br \/>Je suis saisi d\u2019une angoisse existentielle. Je sens une boule obstruer ma poitrine. Je suis venu revoir Alger, je suis l\u00e0, j\u2019y reste. Je suis en qu\u00eate d\u2019Alger, je me retrouve \u00e0 recenser les mochet\u00e9s, l\u2019inesth\u00e9tique, la laideur, sur les trottoirs de ma capitale. Je suis tent\u00e9 par prendre une ruelle, monter voir ce qui se trame l\u00e0-haut, je ne puis le faire, j\u2019ai peur d\u2019une peur physique. S\u00e9rieux, j\u2019avoue ma faiblesse. Qu\u2019irais-je voir \u00e0 la Casbah ? Des ruelles enchev\u00eatr\u00e9es ? Des maisons abandonn\u00e9es ? Des r\u00e9sidus d\u2019un temps<br \/>\u00e9pique ? Ou, peut-\u00eatre, la voix de Momo clamant sa Bahjati ?\u00a0 Dans la rivi\u00e8re ass\u00e9ch\u00e9e, il ne reste m\u00eame plus les pierres, pour conforter ma douleur. Je vais faire le plein de laideur, je repartirai plus tard vers mon autre laideur.<br \/>\u00c0 la place des Martyrs, il y a un immense\u00a0 nuage de pigeons. \u00c7a peut nourrir tout un village, ma parole. \u00c7a se mange un pigeon, non ? \u00c7a ne sert pas seulement \u00e0 porter des messages. Juste en traversant la route, il y avait (dans une autre vie) des restaurants \u00e0 poisson, dont la renomm\u00e9e a d\u00e9pass\u00e9 nos fronti\u00e8res. Maintenant, je ne sais pas ce qu\u2019il en est. J\u2019ai peur de traverser et de v\u00e9rifier sur place. Je pr\u00e9f\u00e8re reprendre mon petit bonhomme de chemin. Je veux revoir Bab-el-Oued, sa chaleur humaine, le piaillement de ses enfants, l\u2019odeur du th\u00e9 \u00e0 la menthe, les belles brunettes apeur\u00e9es, les coups amicaux sur l\u2019\u00e9paule. Tiens, le cin\u00e9ma Atlas. Ou le Majestic. Peu importe son nom, d\u00e9sormais. Il n\u2019y a plus de tour de chant, ni de f\u00eates nocturnes. Loun\u00e8s A\u00eft Menguellet y a chant\u00e9, sous protection polici\u00e8re. Ce fut un autre temps, une autre \u00e9poque ! Un autre cauchemar !<br \/>Dans tout \u00e7a, je ne retrouve plus qu\u2019un quartier apathique, sans \u00e2me, tournant le dos, presque, \u00e0 la mer festive, comme si Bab-el-Oued ne sait plus comment accueillir les premiers rayons du soleil. Il y a comme une l\u00e9zarde dans l\u2019\u00e2me. L\u2019immeuble o\u00f9 vivait mon ami Krimo s\u2019est vo\u00fbt\u00e9 sous le poids de l\u2019\u00e2ge. Ou de la mal\u00e9diction des anciens. Juste \u00e0 port\u00e9e du mollet, la mer n\u2019arr\u00eate pas de renouveler ses noces avec la gr\u00e8ve dans un claquement de vagues molles. C\u2019est un cauchemar, ma parole. Comme pour un dernier voyage, je suis venu consacrer mon ultime nostalgie ; je n\u2019en retire que cendres dans ma gorge, interrogations inutiles, indiscr\u00e9tions impossibles et perte totale de rep\u00e8res imm\u00e9moriales. Que s\u2019est-il donc pass\u00e9, ici ? La crue du si\u00e8cle a-t-elle r\u00e9fr\u00e9n\u00e9, \u00e0 jamais, la vie \u00e0 Bab-el-Oued ? J\u2019entends Debza chanter Ya lhamla. \u00c0 moins que ce ne soit la grande blessure qui ne s\u2019est pas encore referm\u00e9e.<br \/>Un nouvel ordre a-t-il laiss\u00e9, \u00e0 jamais, son venin actif ? Bab-el-Oued n\u2019a plus sa gouaille d\u2019antan ; c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une autre gestuelle, un regard diff\u00e9rent, une allure d\u2019abandon. Et Krimo ? Il ne citera plus Brecht, ni Warda El Djaza\u00efra, ni les prol\u00e9taires du port d\u2019Alger. Il ne sucera plus un joint, le regard port\u00e9 vers un int\u00e9rieur br\u00fblant d\u2019optimisme. Il est l\u00e0-haut, port\u00e9 par des mouettes rieuses, juste pour nous narguer (encore une fois) d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019initiateur (encore une fois) d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, o\u00f9 je n\u2019ai plus de r\u00f4le \u00e0 jouer. Je n\u2019arr\u00eaterai pas ma qu\u00eate \u00e0 Bab-el-Oued ; j\u2019irai voir ailleurs dans ma Bahjati, Alger de mes cheveux longs.<br \/><em><strong>Y. M.<\/strong><br \/>P. S. : chronique d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Krimo Djilali.<\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/tendances\/en-quete-dalger-2-57253\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne vais pas planter une tente au sein m\u00eame de la librairie du Tiers-Monde, ce n\u2019est pas le but. J\u2019ai fait le tour des rayonnages, qui regorgent de bouquins, comme on dit. 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