{"id":112779,"date":"2021-03-09T11:00:10","date_gmt":"2021-03-09T16:00:10","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/france-meyer-traduire-un-auteur-marocain-a-ete-un-de-mes-plus-grands-defis\/"},"modified":"2021-03-09T11:00:10","modified_gmt":"2021-03-09T16:00:10","slug":"france-meyer-traduire-un-auteur-marocain-a-ete-un-de-mes-plus-grands-defis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/france-meyer-traduire-un-auteur-marocain-a-ete-un-de-mes-plus-grands-defis\/","title":{"rendered":"France Meyer : \u00abTraduire un auteur marocain a \u00e9t\u00e9  un de mes plus grands d\u00e9fis\u00bb"},"content":{"rendered":"<figure class=\"post-thumbnail\" itemprop=\"associatedMedia\" itemscope=\"itemscope\" itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\"><img decoding=\"async\" class=\"post_layout_5_img\" src=\"http:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/France-Meyer-roman-Hot-Maroc.jpg\" alt=\"France Meyer : \u00abTraduire un auteur marocain a \u00e9t\u00e9 un de mes plus grands d\u00e9fis\u00bb\"\/><\/figure>\n<p><span class=\"c5\"><strong>Entretien avec France Meyer, traductrice aux attaches marocaines<\/strong><\/span><span id=\"more-370542\"\/><\/p>\n<p><span class=\"c6\">L\u2019\u00e9minente traductrice France Meyer a r\u00e9cemment traduit en fran\u00e7ais le roman \u00abHot Maroc\u00bb de Yassin Adnan. Elle s\u2019exprime sur cette exp\u00e9rience et les difficult\u00e9s qu\u2019elle a rencontr\u00e9es lors de son op\u00e9ration traduisante. Elle se confie \u00e9galement sur ses fortes attaches au Royaume. Un parcours qui vaut la d\u00e9couverte.<\/span><\/p>\n<p><strong>ALM : Votre nom de famille confirme que vous \u00eates \u00e9trang\u00e8re, alors que vous avez de fortes attaches au Maroc. Pourriez-vous vous pr\u00e9senter au grand public de notre pays?<\/strong><\/p>\n<p><span class=\"c6\"><strong>France Meyer :<\/strong><\/span> En quelques mots, je suis traductrice litt\u00e9raire arabe-fran\u00e7ais, passeuse de mots et de culture, marocaine de c\u0153ur, amoureuse de la langue fran\u00e7aise, des langues arabe et berb\u00e8re et\u2026 des arbres.<br \/>J\u2019ai grandi et v\u00e9cu 20 ans au Maroc. Je porte ce pays en moi, j\u2019y ai mes racines. J\u2019ai appris tr\u00e8s t\u00f4t le dialecte marocain et des rudiments de berb\u00e8re tachelhit. Plus tard il m\u2019a sembl\u00e9 naturel d\u2019approfondir mes connaissances de la langue arabe \u00e0 l\u2019universit\u00e9, sans avoir \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019intention de devenir traductrice. Cet engagement s\u2019est fait quelques ann\u00e9es plus tard, gr\u00e2ce \u00e0 ma rencontre \u00e0 Damas avec le professeur Jamal Chehayyed qui m\u2019a encourag\u00e9e et guid\u00e9e dans cette voie. C\u2019est sous sa tutelle que j\u2019ai traduit mon premier roman, Palabres sur le Nil, de Naguib Mahfouz. J\u2019ai v\u00e9cu quelques ann\u00e9es au Moyen-Orient, puis la vie m\u2019a men\u00e9e en Australie, o\u00f9 apr\u00e8s avoir enseign\u00e9 l\u2019arabe pendant dix ans, je me consacre d\u00e9sormais \u00e0 mes traductions. La richesse humaine, culturelle et artistique des pays et des peuples qui m\u2019ont accueillie a form\u00e9 ma vision du monde et d\u00e9velopp\u00e9 mon sens de la tol\u00e9rance et ma perception de l\u2019universalit\u00e9 du beau et du bien.<\/p>\n<p><strong>Vous avez r\u00e9cemment traduit le roman \u00abHot Maroc\u00bb de l\u2019\u00e9crivain marocain Yassin Adnan. Quelle est la valeur ajout\u00e9e de cette traduction pour votre carri\u00e8re?<\/strong><\/p>\n<p>Traduire un auteur marocain a \u00e9t\u00e9 un v\u00e9ritable honneur et un de mes plus grands d\u00e9fis. Ce fut surtout un immense plaisir de pouvoir enfin me sentir imm\u00e9diatement en harmonie avec le texte que je traduisais. Ayant grandi au Maroc, les situations et les personnages m\u2019\u00e9taient culturellement familiers. J\u2019allais de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre avec l\u2019impression de marcher dans leurs pas et d\u2019\u00eatre en quelque sorte \u00e0 la fois leur espion, leur complice et leur ombre.<br \/>Traduire Yassin Adnan m\u2019a permis de boucler la boucle d\u2019un fil qui m\u2019a men\u00e9e aux quatre coins du monde arabe, et de me retrouver en pays de connaissance, \u00e0 la source de mon histoire. Aucun des auteurs que j\u2019ai traduits ne ressemble \u00e0 l\u2019autre. Tous trempent leur plume dans l\u2019encre de leur propre culture, et dessinent un enchev\u00eatrement de lignes et de mots qui tissent la toile litt\u00e9raire du monde arabe. Une immense \u0153uvre pointilliste o\u00f9 chaque auteur, chaque roman, est ancr\u00e9 sur une parcelle sp\u00e9cifique de la r\u00e9gion. Traduire Yassin Adnan m\u2019a permis d\u2019ajouter une pi\u00e8ce ma\u00eetresse au puzzle de ma carri\u00e8re, le cha\u00eenon manquant. Pouvoir offrir aux lecteurs francophones ce que la litt\u00e9rature arabe a de meilleur est une de mes raisons de vivre. La traduction de Hot Maroc est en cela une de mes plus pr\u00e9cieuses contributions, \u00e0 l\u2019\u00e9gal, tout en restant intrins\u00e8quement incomparable, de celles que j\u2019ai pu faire en traduisant Naguib Mahfouz, Abdel Rahman Mounif et d\u2019autres brillants \u00e9crivains.<\/p>\n<p><strong>Quelles ont \u00e9t\u00e9 les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es lors de la traduction de \u00ab Hot Maroc \u00bb ?<\/strong><\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s que j\u2019ai rencontr\u00e9es sont celles inh\u00e9rentes \u00e0 toute traduction litt\u00e9raire. Dans ma sp\u00e9cialit\u00e9, les registres de langue sont parfois difficiles \u00e0 cerner du fait de la diglossie arabe moderne-dialecte. Chaque pays arabe a son ou ses propres dialectes auxquels Yassin Adnan a rajout\u00e9 l\u2019h\u00e9ritage po\u00e9tique et litt\u00e9raire classique, puisant dans cette richesse linguistique pour donner vie aux dialogues et corps aux personnages. Ce qui m\u2019a frapp\u00e9e chez lui fut tout d\u2019abord la profondeur et l\u2019\u00e9tendue de sa culture et de son \u00e9rudition. Le rencontrer m\u2019a permis d\u2019\u00e9toffer et d\u2019approfondir mes connaissances, et d\u2019affiner ma sensibilit\u00e9 litt\u00e9raire et culturelle pour mieux traduire la profondeur et l\u2019\u00e2me de son roman. Pouvoir \u00e9tablir des liens professionnels dans le respect et l\u2019admiration du travail de l\u2019autre, et forger avec lui une amiti\u00e9 sinc\u00e8re, m\u2019ont aid\u00e9e \u00e0 trouver les mots justes, avec patience et humilit\u00e9. Je lui dois donc beaucoup. Il a su me guider sans jamais s\u2019imposer et c\u2019est ensemble que nous avons abord\u00e9 et franchi les obstacles rencontr\u00e9s. Mon travail de recherche en a donc \u00e9t\u00e9 simplifi\u00e9, me permettant de laisser libre cours \u00e0 ma cr\u00e9ativit\u00e9 tout en restant fid\u00e8le \u00e0 son \u0153uvre. Mon plus grand d\u00e9fi fut de traduire l\u2019humour qui porte sa plume et illumine ses personnages et la trame de son r\u00e9cit. Ce travail \u00e0 quatre mains fut \u00e0 la fois une merveilleuse aventure et un grand plaisir.<\/p>\n<p><strong>Quel regard portez-vous sur la traduction d\u2019\u0153uvres litt\u00e9raires en g\u00e9n\u00e9ral et celles marocaines en particulier ?<\/strong><\/p>\n<p>Le monde arabe est pluriel, l\u2019Extr\u00eame-Orient et l\u2019Occident le sont tout autant. Le r\u00f4le du traducteur a toujours \u00e9t\u00e9 celui de passeur de mots et d\u2019id\u00e9es, je ne fais qu\u2019ajouter une modeste pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice. Chaque \u0153uvre traduite permet aux id\u00e9es de transhumer, de franchir un nouveau seuil, d\u2019aborder un autre rivage et d\u2019en modifier, imperceptiblement, l\u2019horizon. Notre r\u00f4le est intimement li\u00e9 \u00e0 celui des \u00e9crivains, sans lesquels nous n\u2019existerions pas. En traduisant, j\u2019esp\u00e8re lever le voile sur certaines zones d\u2019ombre, stimuler la r\u00e9flexion, promouvoir la tol\u00e9rance et la libre-pens\u00e9e. Comme je l\u2019ai dit pr\u00e9c\u00e9demment, traduire un auteur marocain, c\u2019est offrir au public fran\u00e7ais un regard neuf sur un pays que beaucoup associent \u00e0 un paradis touristique, en oubliant parfois la richesse artistique et litt\u00e9raire. C\u2019est aussi permettre \u00e0 des lecteurs marocains non arabophones de d\u00e9couvrir une autre facette de leur culture, et d\u2019y retrouver au-del\u00e0 de la langue employ\u00e9e l\u2019\u00e9motion brute indissociable de la marocanit\u00e9 qui sous-tend l\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n<p><strong>Auriez-vous d\u2019autres projets ?<\/strong><\/p>\n<p>Je suis en train de traduire un court roman d\u2019une \u00e9crivaine libanaise, abordant entre autres les th\u00e8mes des rapports interg\u00e9n\u00e9rationnels, de l\u2019homosexualit\u00e9, de la multinationalit\u00e9 et de la mouvance migratoire, avec pour toile de fond l\u2019insoluble conflit isra\u00e9lo-arabe.<br \/>Au-del\u00e0 de ce projet, la richesse de la litt\u00e9rature arabe est telle qu\u2019il me faudrait plusieurs vies pour satisfaire mes ambitions. Continuer \u00e0 traduire le Maroc en fait partie. Esp\u00e9rons que les \u00e9diteurs fran\u00e7ais et francophones continueront de se laisser \u00e9merveiller par les \u00e9crivains de langue arabe et trouveront le soutien et les fonds n\u00e9cessaires pour faire traduire et publier leurs \u0153uvres.<\/p>\n<p>Auteur: Salima Guisser<br \/>\n<a href=\"https:\/\/aujourdhui.ma\/culture\/livre\/france-meyer-traduire-un-auteur-marocain-a-ete-un-de-mes-plus-grands-defis\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien avec France Meyer, traductrice aux attaches marocaines L\u2019\u00e9minente traductrice France Meyer a r\u00e9cemment traduit en fran\u00e7ais le roman \u00abHot Maroc\u00bb de Yassin Adnan. Elle s\u2019exprime sur cette exp\u00e9rience et les difficult\u00e9s qu\u2019elle a rencontr\u00e9es lors de son op\u00e9ration traduisante. Elle se confie \u00e9galement sur ses fortes attaches au Royaume. 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