{"id":112888,"date":"2021-03-10T05:00:00","date_gmt":"2021-03-10T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mahmoud-boudarene-une-memoire-en-fragments\/"},"modified":"2021-03-10T05:00:00","modified_gmt":"2021-03-10T10:00:00","slug":"mahmoud-boudarene-une-memoire-en-fragments","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mahmoud-boudarene-une-memoire-en-fragments\/","title":{"rendered":"Mahmoud Boudarene, une m\u00e9moire en fragments"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\">J\u2019ai connu Mahmoud Boudarene du temps o\u00f9 la crise de logement battait son plein. Nous \u00e9tions dans les ann\u00e9es quatre-vingt. \u00c0 Tizi, une nouvelle ville montait crescendo, \u00e0 sa p\u00e9riph\u00e9rie. En ce temps-l\u00e0, la culture a fait sortir les foules. Car la po\u00e9sie ancienne fut interdite de se dire au sein m\u00eame d\u2019une universit\u00e9. Et le logement \u00e9tait une denr\u00e9e rare. Chaque b\u00e2timent qui montait, \u00e9tait automatiquement attribu\u00e9. Au fait, pourquoi dit-on b\u00e2timent, pas immeuble ? Immeuble sonne mieux, non ? Puis, pourquoi dit-on cage, pas entr\u00e9e d\u2019immeuble ? Diantre, pourquoi nommer ces cit\u00e9s par le nombre de logements ? A Tizi, la nouvelle ville s\u2019appelait \u00ab les 2000 logements \u00bb, tout bonnement. D\u2019ailleurs, on persiste toujours \u00e0 l\u2019appeler \u00ab les 2 000 \u00bb. Et juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, il y a le fameux boulevard des \u00ab 12 \u00bb. La toponymie, chez nous, n\u2019a pas encore trouv\u00e9 sa philosophie. Et son juste milieu.\u00a0<br \/>Dans cette chronique, il est question du psychiatre Mahmoud Boudarene. Ainsi donc, je me retrouve voisin avec le toubib. Entre voisin, on se salue. On parle auto. On parle \u00e9cole. On parle enfant. On parle Alg\u00e9rie. On se trouve des affinit\u00e9s. On se coalise pour la parabole. Tout \u00e7a, quoi ! Les \u00ab 2 000 \u00bb sont devenus invivables. On s\u2019est mis en qu\u00eate d\u2019un terrain \u00e0 b\u00e2tir. Les lotissements fleurissaient, en ce temps-l\u00e0. \u00c0 la m\u00eame p\u00e9riode, ou presque, nous \u00e9tions nombreux \u00e0 avoir tent\u00e9 l\u2019auto-construction. Chacun de nous a construit son petit r\u00eave. Na\u00efvement, nous pensions que les probl\u00e8mes d\u2019incivilit\u00e9 \u00e9taient derri\u00e8re nous. Les lotissements ne sont pas des paradis sur terre, loin s\u2019en faut. Le r\u00eave, parfois, se transforme en cauchemar. L\u00e0, je m\u2019\u00e9gare. Si j\u2019ai choisi de parler de Mahmoud Boudarene, c\u2019est qu\u2019il y a une raison.\u00a0<br \/>Puis, entre voisins d\u2019immeuble, on sait garder le contact. On se croise, ici et l\u00e0. Devant l\u2019\u00e9cole des enfants. Au caf\u00e9. Chez des amis communs. Ce fut le cas avec Mahmoud Boudarene. Et d\u2019autres, bien s\u00fbr. Sauf que le toubib, en plus de sa sp\u00e9cialit\u00e9 en m\u00e9decine, ai-je dit qu\u2019il est psychiatre, a en lui l\u2019amour des belles lettres. Il aime lire. Il aime \u00e9crire. Un toubib qui \u00e9crit, il n\u2019y a rien d\u2019\u00e9tonnant. Je connais bien un neurochirurgien qui est musicien.\u00a0<br \/>Notre pays est pass\u00e9 par des \u00e9tapes, qui ont \u00e9branl\u00e9 ses assises. Octobre 1988. Une ouverture d\u00e9mocratique rat\u00e9e. Des \u00e9lections qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 ni libres ni honn\u00eates. Les partis politiques, trop nombreux. La mont\u00e9e de l\u2019islamisme\u2026 Comme beaucoup de cadres, Mahmoud Boudarene a v\u00e9cu tout \u00e7a. Il voyait de pr\u00e8s la casse. Il \u00e9tait aux premi\u00e8res loges, de par son m\u00e9tier. Il a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019agir. Oui, il s\u2019est m\u00eal\u00e9 de politique. Il a fait un mandat de d\u00e9put\u00e9. Il a int\u00e9gr\u00e9 un parti politique. Il a pris ses responsabilit\u00e9s, comme il le dit lui-m\u00eame. Il n\u2019en pouvait plus de rester les bras crois\u00e9s.\u00a0<br \/>De cette exp\u00e9rience de citoyen concern\u00e9, il en est sorti trois ouvrages : Le stress, entre bien-\u00eatre et souffrance, \u00e9dition Berti, 2005. L\u2019action politique en Alg\u00e9rie, un bilan, une exp\u00e9rience et le regard du psychiatre, \u00e9dition L\u2019Odyss\u00e9e, 2012. La violence sociale en Alg\u00e9rie, comprendre son \u00e9mergence et sa progression, \u00e9dition Koukou, 2017. Je peux dire que ces trois productions se compl\u00e8tent et pr\u00e9sentent le constat de Boudarene, concernant l\u2019\u00e9tat psychosociologique du pays. Qui n\u2019est gu\u00e8re r\u00e9jouissant. Il analyse ce ph\u00e9nom\u00e8ne avec un regard averti, celui d\u2019un sp\u00e9cialiste dont la mission est d\u2019\u00eatre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la souffrance humaine, de la comprendre, de l\u2019analyser et de la soigner. Puis, il a eu le courage politique de dresser le bilan de son action politique, sans jamais se d\u00e9partir de son regard de psychiatre. L\u00e0, il prend ses responsabilit\u00e9s. Il pr\u00e9cise ses motivations. Et il ne se d\u00e9robe point.\u00a0<br \/>Mahmoud Boudarene est tr\u00e8s impliqu\u00e9 dans la toile. Il y est pratiquement au quotidien. Il balance une chronique, un point de vue, une remarque, un avis, des id\u00e9es, des coups de gueule, au quotidien. C\u2019est vrai qu\u2019il est moins r\u00e9gulier, en ce moment. N\u00e9anmoins, il r\u00e9pond aux sollicitations, remarques et critiques. Il reste soft, direct, empathique, p\u00e9dagogue et franc. Il dit tout, le toubib ! De ses parlottes avec les fleurs, de ses coups de sang face aux inepties politiques en cours dans notre pays, de ses r\u00e9miniscences, de son travail parfois, de ses amiti\u00e9s. Il faut reconna\u00eetre qu\u2019il suscite le d\u00e9bat. Mais quel est l\u2019impact social d\u2019un d\u00e9bat sur Facebook ?\u00a0<br \/>\u00c0 un moment donn\u00e9, l\u2019heure \u00e9tait aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, avant que Boutef ne rentre, contraint et forc\u00e9, chez lui, cette fois-ci d\u00e9finitivement, lui qui n\u2019a eu de cesse de menacer l\u2019Alg\u00e9rie de tout lui donner, sous peine de prendre sa valise. Par le biais de la toile, Mahmoud Boudarene s\u2019\u00e9tait d\u00e9clar\u00e9 candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Quelle mouche a-t-elle donc piqu\u00e9 notre psychiatre ? Il voulait \u00eatre candidat, s\u00e9rieux ? Il ne cessait pas de le r\u00e9p\u00e9ter, au jour le jour. Un Don Quichotte politique, me suis-je dit. Comment allait-il faire ? Il n\u2019avait pas de parti ? Pas de soutiens. Pas de sous. Enfin, on peut avoir cette vell\u00e9it\u00e9 au fond de soi, sans plus. Un peu comme un r\u00eave impossible. Un semblant de fantasme. Non, le toubib est s\u00e9rieux, il n\u2019en d\u00e9mord pas. Le moment venu, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 dans la course au Palais d\u2019El-Mouradia. Le r\u00eave est rest\u00e9 pendant. Et le fantasme, juste exprim\u00e9. Je pense que c\u2019est une bonne exp\u00e9rience partag\u00e9e avec les fans du virtuel. Un ouvrage sur le d\u00e9sir serait une excellente mani\u00e8re d\u2019expliquer l\u2019\u00e9cart\u00e8lement existant entre vouloir faire et passer \u00e0 l\u2019action.\u00a0\u00a0<br \/>\u00ab Il garde les yeux ferm\u00e9s et essaie de faire l\u2019inventaire des d\u00e9bris de son enfance, de sa jeunesse qu\u2019il a d\u00fb laisser choir sur son parcours. \u00bb Cette phrase est tir\u00e9e de la quatri\u00e8me de couverture du dernier-n\u00e9 de Mahmoud Boudarene, Une vie \u00e0 p\u00e9daler, \u00e9dition Reapsy, 2021.Ce texte n\u2019est pas lin\u00e9aire ; il ne s\u2019agit pas d\u2019une autobiographie ; il est question d\u2019\u00e9taler au grand jour des fragments d\u2019une m\u00e9moire, que je trouve particuli\u00e8rement vivace chez Boudarene. Il y a de l\u2019\u00e9motion, mais aussi beaucoup de nostalgie. Il y a les espaces qui ont compt\u00e9, mais il y a \u00e9galement les visages aim\u00e9s, particuli\u00e8rement ceux de la grand-m\u00e8re et de la maman. Celles-ci, dans l\u2019adversit\u00e9, ont fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019auteur \u00e0 l\u2019infini. Il y a le visage du p\u00e8re, l\u2019absent ; absent, parce qu\u2019il a choisi l\u2019honneur du combat \u00e0 l\u2019indignit\u00e9 de l\u2019esclave. Mais le remord est l\u00e0 : ne pas pouvoir se recueillir sur une tombe.\u00a0<br \/>Mahmoud Boudarene, en feuilletant les pages du livre de sa vie, est tant\u00f4t tendre, tant\u00f4t bravache, mais particuli\u00e8rement attachant. La franchise est de mise ; il ne donne pas l\u2019air de se censurer dans le choix des fragments m\u00e9moriels. J\u2019ai lu ce condens\u00e9 d\u2019une vie avec beaucoup d\u2019\u00e9motion, d\u2019amusement parfois, mais surtout avec beaucoup de nostalgie, parfois de regret. Regret, car je me dis que notre g\u00e9n\u00e9ration aurait pu conna\u00eetre un autre destin. Je suis \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbr que c\u2019est le cas pour le psychiatre d\u2019At Douala. Avec Une vie \u00e0 p\u00e9daler, je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 zapper entre Le fils du pauvre et Jours de Kabylie de Mouloud Feraoun. Et je fais le pari que Mahmoud Boudarene n\u2019en est pas \u00e0 son dernier essai.<br \/><em><strong>Y. M.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/tendances\/mahmoud-boudarene-une-memoire-en-fragments-57632\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai connu Mahmoud Boudarene du temps o\u00f9 la crise de logement battait son plein. Nous \u00e9tions dans les ann\u00e9es quatre-vingt. \u00c0 Tizi, une nouvelle ville montait crescendo, \u00e0 sa p\u00e9riph\u00e9rie. En ce temps-l\u00e0, la culture a fait sortir les foules. Car la po\u00e9sie ancienne fut interdite de se dire au sein m\u00eame d\u2019une universit\u00e9. 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